00:00Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans 7 minutes chrono, chaque jour la parole aux personnalités du département.
00:20On parle de mercosur, on parle de dermatose, on parlait de loi du plomb.
00:24Aujourd'hui, le monde agricole est à nouveau sous tension.
00:27Nous parlons de la situation aujourd'hui avec un expert, Jean-Claude Tissot, qui est sénateur de la Loire,
00:32ancien agriculteur, commissaire aux affaires économiques au Sénat et co-rapporteur de la mission agricole sur le budget.
00:38Jean-Claude Tissot, bonjour.
00:39Bonjour.
00:39Merci de votre présence avec nous ce mois de janvier, encore très agité dans le monde agricole.
00:43Depuis décembre dernier, les agriculteurs sont plus ou moins dans la rue pour protester à la fois, je le disais,
00:48contre la dermatose cellulaire et le mode d'abattage massif des troupeaux.
00:52Et puis là, dernièrement, l'actualité, c'est le mercosur.
00:55Vendredi dernier, les États membres de l'Union européenne ont approuvé la signature de l'accord de libre-échange
01:00entre l'Union européenne et des pays d'Amérique latine.
01:03Il y aura une décision, une signature officielle le 17 janvier par la présidente de la Commission européenne.
01:08Alors, on sent que ça cristallise beaucoup d'inquiétudes dans le monde agricole.
01:11Comment est-ce que vous, Jean-Claude Tissot, vous vivez cette nouvelle séquence de crise dans le monde agricole ?
01:17Difficilement. Difficilement. Évidemment que je soutiens sans aucune difficulté et sans aucune, j'allais dire,
01:28presque arrière-pensée les manifestations qui se sont organisées ces jours derniers et depuis finalement longtemps.
01:33Mais en fait, il faut peut-être, sans faire la genèse de la crise, mais on parle de crise agricole depuis presque tout le temps.
01:37Alors que c'est quand même un paradoxe parce qu'aujourd'hui, dans le moment où je vous parle, les cours n'ont jamais été aussi hauts.
01:43En question de production bovine, ovine, en laitier, en verre.
01:45Donc on pourrait considérer que la provision se porte bien.
01:48Mais hélas, ce n'est pas le cas. Donc il faut se poser les bonnes questions. Pourquoi on arrive toujours à cette crise-là ?
01:53À ces crises-là. Aujourd'hui, la crise, elle est plus conjoncturelle, elle est structurelle.
01:56On arrive au bout du bout d'un système et c'est quand même un paradoxe.
02:00Et c'est vrai, vous le disiez, si on additionne les deux budgets, le budget européen consacré à l'agriculture et le budget national consacré à l'agriculture,
02:11pour la France, c'est 14 milliards d'euros.
02:15Si on divise, c'est 2 900 euros par ferme par mois.
02:19Évidemment que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas ce qui véritablement arrive sur certaines fermes.
02:24Et c'est absolument anormal parce que dans le même temps, il y a 20% des agriculteurs qui sont sous le seuil de pauvreté.
02:28Donc on voit bien là le système qui est au bout du...
02:30Donc qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème de répartition des aides ?
02:32Il y a un problème de répartition des aides.
02:34Les plus grosses structures, ce n'est pas le cas dans la Loire, mais les plus grosses structures captent des dizaines de milliers d'euros,
02:39enfin des centaines de milliers d'euros.
02:40Et l'exemple qu'on connaît tous, c'est qu'il était, on l'a lu dans la presse ces temps-ci,
02:44Arnaud Rousseau, le patron de la FNSOA, capte 170 000 euros à lui tout seul sur sa structure.
02:48Donc voilà, il faut qu'on, je pense, qu'on revoie ce système d'aides-là.
02:51Et puis surtout, il faut vraiment...
02:54On avait commencé à travailler sur la PAC dernière avec des plafonds pour les aides,
02:57mais on n'est pas allé assez loin à mon sens.
02:58Et puis, il faut quand même accepter de partager,
03:02parce qu'évidemment, on arrivera à ce qui est des disparitions des petites fermes
03:06qui, aujourd'hui, irriguent nos territoires ligériens.
03:08Donc alors, plus généralement, avant le Mercosur, il faut retravailler à la politique agricole commune ?
03:12C'est ce qu'il faut faire ?
03:13C'est à l'Europe de se remettre en compte ?
03:14Je pense qu'aujourd'hui, on fait un amagame de tout.
03:16La DNC d'un côté, le Mercosur, la crise agricole, etc.
03:18Oui, parce qu'on a l'impression que les ras-le-bol sont pileux.
03:20Voilà, évidemment.
03:21Et puis, en plus, ils ont raison, les paysans, d'être mécontents.
03:24Mais aujourd'hui, si on parle de la nouvelle PAC,
03:27entre autres, il faut mettre des plafonds,
03:30organiser différemment le montant des aides,
03:33imaginer comment on peut les redistribuer, comment on peut les donner.
03:37Aujourd'hui, comme je le disais, c'est des rentes.
03:38Il ne faut plus que ce soit des rentes.
03:39Il faut qu'on aide les structures et les filières qui sont en difficulté.
03:43Si elles ne sont pas en difficulté, on arrête de les aider.
03:45Donc, c'est les critères d'attribution que vous pouvez avoir ?
03:47Il faut vraiment qu'on revoie ce système-là.
03:48Je pense qu'on va être contraint de le faire.
03:50Et puis, après, l'histoire du Mercosur.
03:52Pourquoi le Mercosur, il cristallise autant de craintes ?
03:56Parce qu'en fait, on va autoriser à travers le Mercosur
03:58l'importation de produits en volume,
04:02mais surtout de la manière dont ces produits-là,
04:04qu'ils soient végétals ou animaux,
04:05pour ce qui nous concerne l'agriculture,
04:08avec des solutions qui sont interdites chez nous.
04:11Oui, c'est un dumping normatif.
04:13Voilà, c'est ça.
04:13Donc, comment voulez-vous que les paysans acceptent
04:16de voir arriver des produits qu'ils ont, eux,
04:19qui n'ont pas la possibilité d'utiliser ?
04:22Évidemment, on organise une concurrence absolument déloyale.
04:25Comment imaginer un producteur de pommes,
04:27un producteur de cerises,
04:28regarder pourrir ses fruits,
04:30parce qu'il ne peut pas utiliser ce produit ?
04:31Ce qui est bien,
04:32je pense qu'il faut trouver d'autres solutions.
04:34Il faudrait que la loi soit la même pour tout le monde.
04:35Il faut que la loi soit la même pour tout le monde.
04:38Et c'est pour ça.
04:39Et la force publique, aujourd'hui,
04:40l'État français doit accompagner ce changement-là.
04:43Il ne faut pas s'acharner à vouloir utiliser
04:45les mêmes produits qu'utilisent les autres.
04:47Au contraire, il faut dire,
04:48OK, nous, on a une agriculture saine.
04:49Et d'ailleurs, tout le monde le dit,
04:51tous les syndicats confondus sont d'accord pour dire
04:52qu'en France, on a une des agricultures
04:54les plus saines et les plus sûres d'Europe, voire du monde.
04:58Donc, continuons de garder cette...
05:00Et ça veut dire pouvoir mettre en péril, éventuellement,
05:03ce savoir-faire-là, cette exigence française ?
05:05Oui, bien sûr.
05:05Ça peut mettre en péril.
05:06Et puis, ça peut tout simplement faire disparaître
05:08des fermes économiquement parlant.
05:10Et quand on est élu, quand on est sénateur,
05:12quel est le degré de pouvoir dont on dispose
05:13pour faire bouger les choses ?
05:14Alors, il y a des recours, là, pour le coup,
05:17contre le Mercosur, mais on imagine que, bon...
05:19Voilà, il faut travailler au moment du budget,
05:21au moment de la réforme de la PAC,
05:22refaire des propositions.
05:23Chaque parti fera des propositions.
05:25Après, chaque parti politique soutiendra
05:27au niveau européen une stratégie.
05:30Et puis, on verra quelle sera la solution,
05:34quelles seront les solutions qui sortiront du chapeau.
05:36L'État de l'agriculture dans la loi,
05:38pour ce département que vous connaissez bien,
05:39dans quel État est-il ?
05:40Mais il n'est pas si mauvais.
05:42Après, il y a des filières qui sont plus en difficulté
05:43et qu'il faut continuer d'accompagner,
05:45qu'il faut peut-être accompagner plus aujourd'hui.
05:46Je parlais de les arboriculteurs, les maraîchers.
05:49C'est des filières qui passent presque à travers la PAC.
05:52On les aide de façon très, très marginale.
05:54Et je pense que c'est des gens qui sont obligés,
05:56qui vont être contraints d'orienter leurs exploitations
06:00de façon différente.
06:02Mais ils ne peuvent pas le faire tout seuls.
06:03Ils ont besoin de la force publique.
06:04Donc, il faut absolument qu'on les accompagne.
06:06Et moi, je milite pour ça, au niveau du Parlement,
06:08pour qu'on aide clairement,
06:10en euros, sonnant et trébuchant, ces structures-là.
06:13Alors, crise environnementale, crise sanitaire, crise économique,
06:17est-ce qu'on peut imaginer que le mouvement se tasse,
06:19ou au contraire, que la crispation augmente encore
06:22et qu'on arrive dans une situation intenable ?
06:24On ne peut pas faire de la politique fiction,
06:25mais aujourd'hui, il y a eu des annonces
06:26qui ont été faites par la ministre.
06:27Al-Val-Skalval, ça a calmé certains esprits.
06:31Apparemment, mais...
06:33On a l'impression que la France n'a plus tellement la main.
06:35Ben oui, elle n'a plus tellement la main.
06:38Il y a deux lectures.
06:40Il y a quand même un paquet de milliards, si j'ose dire,
06:43mais il faut faire ainsi à la main de chaque État
06:45pour donner une vraie orientation politique.
06:47Donc, elle a quand même la main.
06:49Si elle le souhaite, elle peut avoir la main.
06:50Elle peut avoir la main et aider des structures,
06:52telles que je le disais tout à l'heure,
06:53des petites structures,
06:54pour que ces structures-là continuent d'être acteurs dynamiques
06:59sur nos territoires.
07:00Merci beaucoup, Jean-Claude Dissois,
07:02d'avoir fait ce diagnostic de l'agriculture française
07:04avec nous aujourd'hui dans ce 7 minutes chrono.
07:06Merci de nous avoir suivis.
07:07On se retrouve demain, même heure, sur TL7, à demain.
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