- il y a 6 semaines
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00:00Vous écoutez les dossiers d'Interpol, un podcast européen.
00:12Assassins ou trafiquants, victimes ou coupables, égarés dans le grand labyrinthe des frontières et des lois,
00:19ce sont les acteurs inattendus des dossiers d'Interpol.
00:24Malgré les catastrophes naturelles et les autres, celles que les hommes fabriquent,
00:30il y a tout de même encore des paradis sur la Terre, à San Isidro, par exemple.
00:35C'est un quartier résidentiel de Buenos Aires, assez loin du centre, en bordure de l'océan.
00:41Alors imaginez une plage de sable fin, d'où l'on aperçoit à demi caché par une végétation tropicale
00:47des villas blanches, croulant sous leurs fleurs, ajoutez à cela des terrasses avec balancelles,
00:54des piscines, du gazon anglais et des voitures qui n'en finissent pas.
00:5723 avril 1960.
01:02Une limousine rutilante s'apprête à franchir la grille toujours ouverte d'une des villas.
01:08Voyons, comment s'appelle-t-elle celle-ci ?
01:11La Maravilla ?
01:13Los Modronios ?
01:15Tiens !
01:17Elle s'appelle la Petite France.
01:19Un bonhomme rondelé, sort de la voiture, la soixantaine, le cheveu gris et abondant, l'œil vif.
01:25Il est éminemment sympathique et respire le bonheur de vivre.
01:29Son nom ?
01:31Christian de Marquet.
01:32Il vit depuis 15 ans en Argentine, où il est arrivé avec femme et enfant, sans parler d'une fortune
01:38qui a bien facilité son adoption par la grande bourgeoisie d'affaires de Buenos Aires.
01:43Pourtant, il ne fait pas d'affaires, ce monsieur de Marquet.
01:46Il vit de ses rentes et patronne un nombre impressionnant de sociétés sportives et d'œuvres charitables.
01:52Veuf, depuis 10 ans, il a élevé sa fille Maria avec le distingué concours des sœurs de l'Assomption
01:59et il peut être fier du résultat.
02:02Maria a toutes les qualités que l'on prête à un ange,
02:06ce qui n'a d'ailleurs rien de tellement inattendu, puisqu'elle habite un paradis.
02:10Une armée de domestiques assurent le confort quotidien,
02:12les deux marqués reçoivent beaucoup et sont beaucoup reçus.
02:16Maria n'est-elle pas un des plus beaux partis de la capitale ?
02:20Bref, la petite France est une maison où il fait bon vivre et où il est bon d'être vu.
02:26C'est sans doute ce que pensent les invités qui se pressent ce soir sous la véranda
02:30pour fêter les 20 ans de Maria.
02:32Un énorme gâteau domine le buffet.
02:35Un orchestre joue des mambles.
02:37Les gens bavardent par petits groupes, une coupe de champagne à la main,
02:41une atmosphère détendue et pourtant légèrement guindée.
02:45La haute société de Buenos Aires a ses traditions
02:46et ne s'est pas encore laissée gagner par le laisser-aller des partis.
02:50Cher aux Américas du Nat.
02:52C'est sans doute pourquoi Marina, la femme de chambre préposée aux vestiaires,
02:57regarde d'un œil effaré les deux hommes en imperméable qui viennent d'arriver.
03:01Messieurs, messieurs, pardonnez-moi, mais vous n'êtes pas en tenue de soirée.
03:05Le carton d'invitation précisait pourtant que...
03:08Écoute, je vais te dire une chose, ma belle, hein ?
03:11Pas besoin de carton pour nous.
03:13Enfin, pas ce genre de carton-là, en tout cas.
03:16Et les deux visiteurs éclatent de rire, d'un rire gras qui détonne dans le hall de marbre rose.
03:23Marina, qui ne comprend pas un mot de français, appelle le maître d'hôtel.
03:28Il arrive, un sourcil levé.
03:30Ses messieurs sont attendus.
03:32Ses messieurs répondent par une deuxième crise de fou rire.
03:35Enfin, l'un d'eux tire de sa poche une carte.
03:40L'autre fait de même.
03:42Va porter ça à ton patron, mon vieux évite.
03:45Dis-lui qu'on l'attend dehors, au bord de la piscine.
03:50Le maître d'hôtel saisit les cartes comme s'il s'agissait d'une paire d'araignées
03:54et traverse en diagonale l'immense véranda où le maître des lieux,
03:57la main sur le cœur et une coupe de champagne dans l'autre,
04:00se livrent avec frénésie aux joies de la samba.
04:03Un coup d'œil sur les cartes, une brève excuse à sa danseuse,
04:09et le voilà sur la terrasse.
04:12Est-ce le changement d'éclairage ?
04:14Son teint à aller est devenu gris.
04:18Quelques marches, une allée au bout de la quête,
04:20il aperçoit étendu dans des transats,
04:22deux hommes qui se lèvent en le voyant,
04:26deux hommes qui lui rappellent que le passé colle aux semelles,
04:31même quand on a changé de soulier.
04:33Les deux hommes vont à sa rencontre.
04:37Ils sourient de toutes leurs dents.
04:39Alors, Tino, comment on se retrouve ?
04:44Christian de Marquet serre les poings au fond de ses poches
04:47au lieu de serrer les mains tendues.
04:50Que venez-vous faire ici ?
04:53Angelo fait sardi ricane.
04:55Prendre du bon temps ?
04:57Après quinze ans de cabane,
04:58Tu crois que c'est volé ?
05:00Que venez-vous faire ici, chez moi ?
05:05Marine Ofieschi, pouf de rire, chez toi ?
05:08Mais Angelo vient de le dire,
05:10se reposer, s'amuser, se laisser vivre.
05:13Et tout ça t'effraie, naturellement.
05:16Quoi ?
05:16Oh, pas la peine de voyer, Tino, t'as très bien compris.
05:20Tu vois, on a des ennuis d'argent, forcément, à la tôle,
05:23ça n'a jamais rapporté grand-chose, hein ?
05:25Alors, comme il paraît que t'es plein aux arts,
05:27c'est que tu chantes bien.
05:30Christian de Marquet ne domine plus sa fureur.
05:32Les mots sifflent entre ses dents.
05:34Écoutez-moi bien, les gars.
05:35Vous allez repartir comme vous êtes venus, hein ?
05:37Trouvez un autre gogo.
05:39Ici, ce n'est pas la bonne adresse.
05:41Je n'ai plus rien à voir avec des types comme vous.
05:44Et je vous rappelle que ce n'est pas de ma faute
05:45si vous avez tiré quinze ans.
05:49Angelo prend une voix douce.
05:51Mais qui a dit le contraire, Tino ?
05:55T'as toujours été régulier.
05:58C'est pour ça qu'on t'aime bien.
06:01Alors, raison de plus pour nous reposer chez toi.
06:05Et si je refuse ?
06:08Deux grands sourires montrent les dents.
06:11Oh, c'est très simple.
06:13La police d'ici saura demain
06:15la nature de tes rentes, ton vrai nom,
06:18ta condamnation en France,
06:20vingt ans par contumace.
06:23Et qu'est-ce que tu crois qu'elle fera, la police ?
06:27Hein, Tino ?
06:29Constantin Marquès
06:32dit Tino.
06:35Alias Christian de Marquet, pour la bonne société,
06:37glisse un doigt entre son cou et le col de sa chemise à jabot.
06:41On pourrait croire qu'il est sur le point d'étouffer de rage,
06:43mais non.
06:45Il sourit.
06:48Eh bien, venez !
06:50Je vais vous conduire à vos chambres
06:51et vous faire monter des smokings
06:53si vous désirez assister à la soirée.
06:55Et comment ?
06:56Angelo et Marino
06:58ont répondu d'une seule voix et,
07:01rengainés d'un même geste,
07:04leur révolvait.
07:07À partir de cette maudite soirée,
07:09la vie bourgeoise de la petite France
07:10va connaître bien des vicissitudes.
07:12Le lendemain même,
07:13Christian de Marquet conduit sa fille à l'aéroport.
07:17Il a gardé à Paris de bons amis
07:18qui l'hébergeront jusqu'au départ des énergumènes.
07:22Quand on a affaire à de tels voyous,
07:24la moindre des précautions
07:25et de mettre en sûreté
07:26sont bien le plus précieux.
07:28Angelo et Marino jouent les éléphants
07:30dans un magasin de porcelaine,
07:32terrorisent la domesticité,
07:34font du stock-car avec les voitures.
07:36En quinze jours,
07:37le paradis est devenu un enfer.
07:40Et puis soudain, c'est l'oasis.
07:42Les deux intrus sont partis
07:44au volant du break.
07:46Le jardinier en profite aussitôt
07:48pour réparer ses plates-bandes,
07:50le chauffeur pour décabosser
07:51les voitures
07:51et le mettre des lieux
07:52pour recevoir quelques amis
07:54et faire ainsi taire les ragots.
07:57Mais une nuit, un peu avant l'aube,
07:59des rires et des coups de klaxon
08:01annoncent le retour des truands.
08:03Oh, ils ne sont pas seuls, loin de là.
08:05Débordant du break
08:06dont le toit est ouvert,
08:08une dizaine de femmes chantent à tue-tête
08:10en agitant des foulards.
08:12Et puis tout ce monde se répand
08:14dans les jardins,
08:15les chambres, les salons
08:16et bientôt la petite France
08:18fait penser à ces maisons très fermées
08:20qu'on appelle ici casitas.
08:23Cette fois, la mesure est comble.
08:26D'autant plus que tout en jouant
08:27avec son revolver,
08:28Marino demande une augmentation.
08:29Tu sais, Tino,
08:32mille dollars par semaine
08:33avec la vie que tu nous fais mener,
08:34c'est une misère.
08:36Alors, à partir d'aujourd'hui,
08:37c'est toujours mille dollars.
08:39Seulement, c'est par jour.
08:41Pour ce qui est de ces dames,
08:42elles se plaisent tellement ici
08:43qu'elles vont y rester un moment.
08:45C'est tellement plus pratique.
08:49De marquer grince des dents.
08:52Je vous défends de transformer ma maison !
08:55Angelo et Marino s'amusent beaucoup.
08:57Dire qu'il en a vécu
08:58pendant toute sa vie
08:59et qu'il nous fait la morale !
09:02En tout cas, maintenant
09:03que nous t'avons retrouvé,
09:05tu n'es pas prêt de nous voir repartir.
09:08La poule aux œufs dents !
09:09C'est Tino !
09:11Angelo rectifie,
09:13dit plutôt le coq.
09:15Il chante si bien.
09:17Et c'est le fou rire !
09:19Un fou rire qui les empêche
09:20de voir un éclair froid
09:21dans les yeux de Tino.
09:25Écoutez, les gars,
09:26je me suis montré compréhensif,
09:27mais les limites sont franchies.
09:30Vous emportez les filles
09:31et vous prenez vos clics et vos claques.
09:34Je vous laisse le break.
09:35C'est mon dernier cadeau, compris ?
09:39Marino fait virevolter son revolver.
09:41Dis donc, Tino,
09:43tu te crois fort
09:43parce que ta fille est à Paris ?
09:45Mais on connaît l'adresse ?
09:47C'est chez Doumic.
09:4980 avenue Paul Doumer.
09:50Tu vois, je ne te bluffe pas.
09:54Alors, si tu fais la mauvaise tête,
09:57ta fille, elle pourrait mal tourner.
09:58Tu vois ce que je veux dire ?
10:01Et elle pourrait revenir
10:02plus tôt que prévu,
10:03mais...
10:04pas chez son papa.
10:08Marques baisse la tête.
10:09Il est vaincu.
10:11Ils doivent avoir
10:12des antennes partout.
10:1315 ans de tranquillité,
10:17ça ne pouvait pas durer.
10:19Et qu'est-ce qu'ils peuvent faire
10:20en face de ces tueurs
10:21qui sortent leur revolver
10:22comme un paquet de cigarettes
10:23et qui peuvent,
10:24sur simple lettres anonymes,
10:26ruiner en quelques mots
10:27une réputation ?
10:29Marques garde la tête baissée.
10:34Fieski et Fessardirican.
10:35Ah, il est bon le caïd
10:37qui faisait trembler
10:38tout Marseille.
10:39Regardez-le,
10:40une loque,
10:41parce qu'on le menace
10:42de toucher à sa fifille.
10:44Les délices de Capoue
10:45ne lui ont pas réussi.
10:48S'ils avaient le cerveau
10:49un peu moins épais,
10:50les deux gangsters
10:51sauraient qu'en ces sortes
10:52d'affaires,
10:53la pire des erreurs
10:54est de sous-estimer
10:56l'adversaire.
10:58Jusqu'à quel point Marques
10:59est-il devenu demarqué ?
11:01Jusqu'à quel point
11:02le notable a-t-il tué le caïd ?
11:05Faute de s'être posé
11:07ces questions essentielles,
11:09Fessardy et Fieski
11:10ont signé ce jour-là
11:12leur arrêt de mort.
11:22Camouflé sous l'apparente
11:23lâcheté de Christian de Marques,
11:25le caïd Constantin Marques
11:27se réveille.
11:29La patience n'est plus de mise.
11:31La vie de Maria est en danger.
11:33Quant au scandale,
11:34il peut éclater
11:35d'un instant à l'autre.
11:36Déjà des bruits circulent
11:37sur les soirées
11:38d'un nouveau genre
11:39qui se donne à la petite France
11:41et sur les drôles de manières
11:42de leurs animateurs
11:43qui sortent à tout bout de champ
11:44leurs revolvers
11:45dans les bars de la capitale.
11:48Le directeur de la Sûreté,
11:49qui est un ami intime
11:50de Christian de Marques,
11:52lui laisse entendre
11:52qu'il ne pourra bientôt
11:53plus fermer les yeux
11:54sur les frasques
11:55de ses invités.
11:56Il faut agir,
11:57et vite !
11:59Marques sait qu'il peut compter
12:01sur Augustin
12:01un ancien truand
12:02qui l'attirait
12:03d'un mauvais pas
12:04en l'engageant
12:04comme chauffeur.
12:06Il mesure deux mètres
12:07et pèse cent vingt kilos.
12:09Une recrue
12:10qui fait le poids.
12:12Mais les filles...
12:14Oh !
12:15Un paquet de pesos
12:16leur fermera
12:17les yeux et les oreilles.
12:19Pourquoi défendraient-elles
12:20ces hommes
12:20qui les ont traités
12:21comme du bétail ?
12:23C'est curieux,
12:24Marques se surprend
12:25à penser
12:25comme le ferait
12:26de Marques
12:27s'il existait vraiment.
12:30Mais cette nuit-là,
12:31Marques dit Tino
12:32va balayer
12:34quinze ans d'oubli
12:35et une dernière fois
12:37mener la danse.
12:40Une danse de mort.
12:43Tout a été minutieusement préparé,
12:45le soporifique
12:45versé dans le whisky
12:46avec la complicité
12:47d'une des filles
12:48promue barmaid,
12:49la balle dans la tête
12:50avant que les tueurs
12:52aient eu le temps
12:52de dégainer,
12:53la musique de jazz
12:54a couvert le bruit
12:55et pour tout arranger,
12:57ils étaient déjà ivres
12:58morts
12:58avant de mourir
12:59pour de bon.
13:01Oui, vraiment,
13:03il n'y a eu aucun problème.
13:05Marques n'a pas perdu la main.
13:08Tout au fond du parc,
13:09derrière un bosquet,
13:11deux fosses profondes
13:12creusées par Augustin
13:13reçoivent les corps.
13:16De la chauve
13:16est versée dessus
13:17pour supprimer
13:18toute odeur
13:19au cas où des chiens policiers
13:20viendraient fourrer
13:21leur nez
13:22dans les parages.
13:24Les domestiques
13:25qui logent
13:25dans un pavillon
13:26n'ont rien pu entendre.
13:29Dans la matinée,
13:30Augustin accompagne
13:31ses dames
13:31à une station de taxi.
13:33L'argent de poche
13:34des défunts
13:35gonfle leur sac.
13:38Les adieux
13:38sont déchirants.
13:40Elles ne parleront pas.
13:43Néanmoins,
13:44Marques juge
13:44plus prudent
13:45de mettre
13:45pour quelque temps
13:46l'Atlantique
13:47entre lui
13:47et la police.
13:49Il convient
13:49d'un code
13:50avec Augustin.
13:51si la disparition
13:52des deux hommes
13:52n'a pas fait
13:53de remous
13:53et pourquoi
13:54en ferait-elle,
13:55il rentrera
13:56dans un mois
13:56avec sa fille chérie
13:58et la vie
13:59reprendra
13:59comme avant.
14:02Dans l'avion,
14:03Marques
14:03éprouve
14:03de curieux sentiments.
14:04Pour la première fois,
14:05il sent nettement
14:06deux hommes en lui
14:07et il s'aperçoit
14:08que le vocabulaire
14:09change avec eux.
14:11Ainsi,
14:11pour Marques,
14:12le double crime
14:13est un règlement
14:13de compte
14:14mais pour deux marqués,
14:15c'est l'œuvre
14:16d'un justicier.
14:16En dessous des nuages,
14:21c'est la France.
14:24N'est-il pas risqué
14:24de se jeter
14:25dans la gueule du loup ?
14:27Mais non,
14:28ses faux papiers
14:29sont à toute épreuve,
14:30ses cheveux
14:30sont devenus gris,
14:31ses lunettes
14:32sont teintées,
14:32son poids
14:33a augmenté
14:34de 20 kilos.
14:35Qui le reconnaîtrait ?
14:37Et puis Maria l'attend.
14:39Samaria
14:40pour qui il a eu si peur ?
14:42Il va louer deux chambres
14:43dans un hôtel discret
14:44et confortable
14:45et se faire tout petit.
14:46en attendant
14:47le feu vert d'Augustin.
14:49L'alerte a été chaude
14:50mais tout va bientôt
14:52rentrer dans l'ordre.
14:56Quelques jours plus tard,
14:57la police argentine
14:58est saisie
14:58d'un mandat international
14:59signé de Louis Soré,
15:00juge d'instruction
15:01du tribunal de la Seine.
15:04Interpol Paris bouge.
15:05Interpol Paris s'inquiète
15:06de la présence
15:07dans une villa de Buenos Aires
15:08de deux hommes
15:09de la pègre marseillaise,
15:11Fieschi et Fessardi,
15:13qui font à nouveau
15:13parler d'eux.
15:15La lettre anonyme
15:16qui dénoncent leurs activités
15:17ne fait pas état
15:18de la véritable identité
15:19du propriétaire
15:20de la villa en question.
15:22Par quel miracle ?
15:25Oh, il n'y a pas de miracle.
15:27Marquez a rompu
15:28avec son passé,
15:29c'est vrai,
15:30mais il n'a pas rompu
15:31avec le milieu.
15:33Il y a même conservé
15:34de bons amis,
15:34de chers amis
15:35qui, moyennant finances,
15:37savent se taire
15:38aux besoins
15:38et égarer la police.
15:41S'appeler
15:41De Marquez,
15:42c'est une couverture
15:43qui coûte cher,
15:44mais c'est du coup humain.
15:48Pourtant,
15:48le 31 mai,
15:49la police franchit
15:50le seuil
15:51de la petite France.
15:53Perquisition,
15:54interrogatoire
15:55des domestiques.
15:57Tous les témoignages
15:57concordent.
15:59Oui,
15:59deux messieurs
16:00sont venus passer
16:00quelques jours.
16:01Oh, bien sûr,
16:02ils faisaient un peu la fête
16:03et monsieur n'était
16:04pas très content,
16:05mais ces dames sont reparties
16:06et ces messieurs aussi.
16:08Quand ?
16:08Ah, eh bien,
16:09le lendemain du jour
16:10où monsieur a pris l'avion
16:11pour aller chercher sa fille
16:12à Paris.
16:13Non,
16:13ils n'ont pas dit
16:14où ils allaient,
16:15mais ils ont parlé
16:16du Venezuela.
16:19L'inspecteur Diaz
16:20ne s'éternise pas.
16:22Ses histoires d'orgie,
16:23c'est sans doute
16:24très exagéré.
16:26Le seul point
16:26qu'il aimerait bien
16:27élucider,
16:28l'inspecteur,
16:28c'est la raison
16:28pour laquelle
16:29un homme comme De Marquez
16:31a pu si longtemps
16:32supporter
16:32de tels individus.
16:34Des types fraîchement
16:35sortis de prison.
16:36Comment les connaissaient-ils ?
16:39Il est vrai
16:39qu'à Benozer,
16:40il s'occupait
16:41du reclassement
16:42des anciens détenus.
16:44C'était peut-être
16:44une histoire
16:45du même genre.
16:4925 juin,
16:5118h.
16:52L'avion de Benozer
16:54part dans 35 minutes.
16:57Orly fourmille
16:58de voyageurs.
16:59C'est le début
17:00des vacances.
17:02Dans la salle
17:02des départs,
17:03un petit homme rondelé
17:04tient par le bras
17:04une ravissante jeune fille
17:06aux yeux rougis
17:07de larmes.
17:09Elle serre contre son nez
17:10un mouchoir roulé
17:11en boule
17:11et semble en proie
17:13au désespoir.
17:15C'est du moins
17:15ce que pense
17:16le commissaire
17:16de l'aéroport
17:17qui observe toujours
17:18avec une vigilance
17:19particulière
17:20les départs
17:21pour Benozer.
17:23Des couples
17:23comme celui-là,
17:25il en a déjà vu
17:26des dizaines.
17:27Et une fois sur deux,
17:28il s'agissait
17:29d'une pauvre fille
17:30à moitié droguée,
17:31emmenée de force
17:32par un souteneur
17:33à destination
17:33d'une de ces casitas
17:35d'où l'on ne revient pas.
17:38Et oui,
17:38c'est que la traite
17:38des blanches,
17:40ce n'est pas une légende
17:41des temps passés.
17:43Le commissaire Rosier
17:44veut en avoir
17:45le cœur net.
17:46Après tout,
17:47un simple contrôle
17:47d'identité,
17:49ça n'a jamais fait de mal
17:50aux honnêtes gens.
17:52Il s'approche,
17:53sort sa carte.
17:55Si vous voulez bien
17:55me suivre.
17:57Le petit homme
17:58se rebiffe.
17:59Il regarde autour de lui.
18:00Mais enfin,
18:01qu'est-ce que ça veut dire ?
18:03Le commissaire a une phrase
18:03toute prête.
18:05Nous contrôlons toujours
18:06l'identité
18:06d'un ou deux voyageurs
18:08pris au hasard.
18:09Il y en a pour une minute,
18:10monsieur.
18:12Le petit homme
18:13paraît rassuré.
18:14Attends-moi ici,
18:15Maria.
18:16Mademoiselle peut venir aussi,
18:17ça ne sera pas long.
18:21Les services
18:22de l'anthropométrie,
18:23en liaison constante
18:24avec Orly,
18:26viennent de rendre
18:27leur verdict.
18:29Les empreintes digitales
18:30sont celles
18:31de Constantin Marquez,
18:32condamnés en 1945
18:33à 20 ans
18:34de réclusion criminelle
18:35et recherchés
18:36depuis 15 ans
18:37sur tous les continents.
18:40Le commissaire Rosier
18:41est stupéfait.
18:43Mais c'est un malin,
18:44il ne le montre pas.
18:46La chance lui a souri.
18:49Pourquoi en faire état ?
18:51Il préfère
18:52que l'on mette
18:52son magistral
18:53coup de filet
18:54sur le compte
18:54de son flair
18:55plutôt que
18:57sur celui
18:57du hasard.
18:59Et il n'est pas
19:00prêt d'avouer
19:00qu'il a pris
19:02pour des larmes
19:02de désespoir
19:03un très banal
19:05rhume des foins.
19:09Vous venez d'écouter
19:10Les dossiers d'Interpol,
19:12un podcast
19:12issu des archives
19:13d'Europe 1.
19:15Réalisation
19:15Julien Tarot.
19:17Production
19:18Estelle Laffont.
19:19Patrimoine sonore
19:21Sylvaine Denis,
19:22Laetitia Casanova,
19:23Antoine Reclut.
19:24Sous-titrage Société Radio-Canada
19:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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