00:00C'est donc une grande première. Des ostéopathes font leur entrée à l'hôpital.
00:04Des consultations en ostéopathie sont délivrées depuis hier au centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne.
00:12Alors, Xavier Blusso, vous êtes d'ailleurs directeur de l'enseignement d'ostéobio, d'où ses élèves sont issus en cinquième année.
00:20On va y revenir. Mais tout d'abord, est-ce que c'est une consécration pour la profession ?
00:25C'est en tout cas une avancée qui est fort satisfaisante.
00:27C'est quelque chose qui, nous pensons, de toute façon, doit être dans l'ordre des choses et devait arriver.
00:34Ce sera une consécration complète quand on sera accepté en tant que vraiment étudiant de l'hôpital.
00:41On n'en est pas là, mais c'est déjà une bonne étape qui est franchie, qui montre que les mentalités peuvent évoluer.
00:44Oui, parce qu'il y a encore quelques années, certains, en tout cas certains ostéopathes, pouvaient être considérés comme des charlatans.
00:53Il y avait en tout cas polémique sur la profession.
00:55Il y avait polémique sur la profession qui est liée au côté très hétérogène de cette profession et de cette formation.
01:02Aujourd'hui, le ministère de la Santé est en train de réglementer cette formation.
01:04On espère que ça s'améliorera.
01:06C'était quelque part légitime que le monde de la santé se pose ces questions ou en tout cas alerte l'opinion sur la pratique de l'ostéopathie.
01:14Les choses sont en train de s'organiser petit à petit.
01:16C'est plus long.
01:17C'est une grosse profession, mine de rien.
01:18Quasiment 22 000 personnes en France, donc il y a un peu d'inertie forcément pour faire changer tout ça.
01:22Mais les choses progressent plutôt positivement.
01:23Quel est le cursus ? Combien d'années d'études ? Vous êtes formé comment ?
01:28Aujourd'hui, ce sont des instituts privés qui assurent la formation parce qu'il n'y a pas de diplôme d'Etat.
01:32Nous ne sommes pas une profession de santé en tant que tel.
01:34Donc ce ne sont que des instituts privés.
01:37Les décrets actuels, j'ai peur de dire des bêtises comme on est dans la rédaction des nouveaux décrets, c'est 3 ans minimum et 2600 heures.
01:42Et ce qui est prévu, ce n'est pas un secret, c'est 5 années minimum et on va être autour de 5000 heures de formation.
01:47Mais c'est ça qui pose problème, vous venez de le dire, on n'est pas une profession de santé.
01:50Et pourtant, aujourd'hui, il y a des consultations d'ostéo à l'hôpital.
01:54Comment expliquer qu'à l'hôpital, on puisse organiser des consultations par une profession qui n'est pas une profession de santé ?
02:00Il faut bien comprendre la manière dont on est rentré dans cet hôpital.
02:03On a été sollicité par cet hôpital et on a passé une convention de mise à disposition de locaux dans cet hôpital.
02:09Il faut que les choses soient claires.
02:09Donc on a des locaux à disposition dans cet hôpital parce que comme tous les hôpitaux, il y a des locaux vides qui n'arrivent pas à remplir parce qu'ils n'ont pas de praticiens, ils n'ont pas de fonds pour les remplir.
02:17Donc il y a des locaux vides, on les a pris sur sollicitation de l'hôpital.
02:20Le conseil d'administration a été complètement à l'unanimité d'accord pour que cette consultation se fasse.
02:25Et nous ne sommes pas professionnels de santé, c'est une consultation libre.
02:28C'est-à-dire que les gens extérieurs de l'hôpital viennent nous voir directement.
02:31Donc on a le même statut quelque part que quand on est en exercice privé.
02:35Justement, je m'adresse au docteur Corinne Le Soder. Vous êtes toujours parmi nous ?
02:38Oui tout à fait. Bonjour Madame Le Soder.
02:40Bonjour. Rebonjour. Vous êtes présidente de l'union des médecins-ostéopathes.
02:44Vous qui êtes justement médecin-ostéopathe.
02:47Ça vous inquiète de voir des ostéos non-médecins qui arrivent dans les hôpitaux ?
02:51Eh bien tout à fait, parce qu'en fait, effectivement, comme vient de le rappeler M. Bussaud,
02:55les ostéopathes qui vont rentrer dans ces hôpitaux ne sont pas des professionnels de santé.
03:01Cinq ans d'études ?
03:03Cinq ans d'études, enfin pour l'instant non, c'est trois ans.
03:05Là, on va passer, ce n'est pas encore fait, mais de toute façon,
03:10quel que soit le nombre d'années d'études, ça ne remplacera pas la profession de médecin.
03:15Et cela, pour que les choses soient bien claires.
03:17C'est vrai que l'ostéopathie est déjà dans les hôpitaux,
03:19et ça c'était une très bonne chose, parce que l'ostéopathie apporte des possibilités
03:23de traiter d'une manière différente de la médecine traditionnelle.
03:27Mais ils se sont faits avec des professionnels de santé,
03:30uniquement ostéopathes et professionnels de santé.
03:33Vous voulez dire qu'on ne peut pas être ostéopathe et non médecin ?
03:37Il faut forcément être médecin pour être ostéopathe ?
03:39Non, il y a aussi d'autres professionnels de santé,
03:41mais si vous voulez, il y a des décrets d'exercice qui existent,
03:43qui sont méconnus du grand public,
03:45qui interdit de manipuler des cervicales à un enfant de moins de six mois,
03:50sans un certificat médical.
03:53Or là, d'après ce que j'ai compris de ce qui va se passer,
03:56il y aura deux possibilités.
03:57C'est des consultations au sein même de l'hôpital avec des patients qui sont hospitalisés.
04:02Et puis, une deuxième possibilité, avec des consultations libres.
04:06Donc il n'y aura pas non plus de diagnostic médical de poser initialement.
04:09Mais dans tous les cas, nous respecterons notre réglementation et notre législation.
04:13Dans tous les cas, nous respecterons la réglementation.
04:16Si les personnes sont orientées vers nous par les services
04:19et qu'on a un certificat de nos contre-indications,
04:21nous ferons des actes soumis à condition.
04:23S'ils n'ont pas ce certificat, nous respecterons évidemment la réglementation.
04:26Je ne pense pas que cela soit un vrai problème.
04:30Mais pour vous, Corinne Le Soderre, c'est d'abord une question de sécurité.
04:32Qu'est-ce qu'un médecin ostéopathe sait en plus d'un ostéopathe classique ?
04:37Eh bien nous, en fait, il faut poser un diagnostic médical,
04:41il faut poser un diagnostic ostéopathique.
04:44Et seuls les médecins sont habilités à faire un diagnostic de maladie et les traiter.
04:48Donner la possibilité de traiter des patients malades.
04:50Parce que je pense qu'à l'hôpital, il n'y a que des personnes malades qui sont hospitalisées.
04:56Ça, c'est une antinomie.
04:57C'est-à-dire qu'actuellement, seuls les professionnels de santé
05:00peuvent travailler comme soignants à l'hôpital.
05:02Or là, on sort totalement de la législation.
05:05Les ostéopathes non professionnels de santé
05:07n'ont pas de statut de professionnel de santé,
05:10ont un statut commercial et n'ont pas de code de déontologie
05:13et n'ont donc pas cette possibilité de soigner une pathologie.
05:15Ce n'est pas parce que, je l'ai dit, nous avons une convention
05:19qui nous donne des locaux dans cet hôpital.
05:22Nos décrets d'acte nous autorisent à prendre en charge des troubles fonctionnels.
05:27C'est ce qui est écrit dans les décrets.
05:28Nous sommes à l'hôpital et lorsque nous prenons en charge des personnes hospitalisées,
05:32les médecins qui sont débordés parce que la consultation en urgence,
05:35la consultation en pédiatrie, même en gastro-entérologie,
05:38la consultation en rhumato est pleine de troubles fonctionnels.
05:41Les médecins qui sont débordés, qui doivent aussi gérer des urgences vitales,
05:45nous envoient ces patients pour la prise en charge des troubles fonctionnels,
05:47ce qui correspond à nos décrets.
05:48Est-ce que vous avez accès à leurs dossiers médicaux ?
05:51Alors, vous pensez bien que c'est quelque chose qui était au cœur des débats,
05:55des débats qui sont allés très vite.
05:56L'hôpital nous a sollicités au mois de janvier, on y est déjà.
05:59Quand les personnes sont hospitalisées et envoyées par les services de l'hôpital,
06:03les services de l'hôpital nous les envoient avec une indication de prise en charge
06:06des troubles fonctionnels de ces patients.
06:08A partir de là, nous exerçons notre profession,
06:11c'est-à-dire que nous faisons un diagnostic d'ostéopathie,
06:13nous faisons un bilan, si vous voulez, de la personne,
06:15qui nous indique ce que l'on doit faire en ostéopathie.
06:18Il n'est pas question de partage de dossiers médicaux.
06:20C'est pour ça que je ne comprends pas bien ce qui vous inquiète, Corinne Le Soderre.
06:23Nous, ce qui nous inquiète, c'est un total malgave entre professionnels de santé et non professionnels de santé.
06:27Ce n'est pas une blouse blanche ou une blouse violette qui va faire la différence.
06:30Mais c'est une compétence, c'est une question de compétence.
06:32Si les ostéopathes sont compétents, quel est le problème ?
06:34Justement, le problème actuellement, c'est que sur les 22 000, il y en a combien qui sont compétents ?
06:38On n'en sait rien. Pourquoi est-ce qu'on est en train de refaire ?
06:41Merci, Mme Le Soderre, de dire ça.
06:42Parce que si c'est à nous que s'est adressé cet hôpital,
06:47c'est parce que nous défendons une ostéopathie qui est une pratique,
06:50et vous connaissez le problème, qui est une pratique,
06:52et on se base sur des actes référencés,
06:54et pas sur le fait qu'on soit une profession non de santé.
06:57Nous réalisons des actes qui ont des validations cliniques dans la littérature
07:01et dans les recommandations de bonnes pratiques françaises et internationales,
07:03et nous engageons à réaliser ces actes dans les conditions décrits.
07:07Donc, notre efficacité...
07:08Ce que vous dites aussi, c'est que peut-être qu'il faudrait encore mieux encadrer la profession...
07:14La profession...
07:16Oui, allez-y.
07:17La profession, effectivement, doit être mieux encadrée.
07:19Il est vrai que donner la possibilité de faire des traitements sur des patients hospitalisés ou non hospitalisés
07:26à des non-professionnels de médecins,
07:28c'est vraiment quelque chose qui, en fait, ne correspond qu'à une création de profession intermédiaire
07:34des non-professionnels de santé,
07:35pour remplacer éventuellement les médecins et les autres professionnels de santé.
07:39Et tout ça, c'est dans un but aussi, soyons clairs, un but comptable,
07:44puisque ce sont des actes qui sont hors sécu,
07:47qui ne coûtent rien à la sécurité sociale.
07:50Et actuellement, avec tous les problèmes économiques qui sont en cours,
07:56il est vrai que tout le monde y trouve son compte.
07:58Mais l'hôpital aussi.
07:59De louer des locaux, ça rapporte de l'argent.
08:03De pouvoir avoir éventuellement une partie sur les consultations qui sont données, pourquoi pas.
08:10Et tout ça, on fait des amalgames, c'est-à-dire qu'on est dans un sophisme actuellement
08:14où on est en train de faire de la médecine par des non-médecins,
08:18que les choses soient claires.
08:19Merci, docteur Corine Le Soder, un mot de conclusion et de réponse.
08:23Donc, c'est très bien.
08:24Si je résume, tout le monde est content.
08:26Nous répondons à une demande...
08:27Non, non, Madame Le Soder est un peu inquiète.
08:30C'est ma question personnelle.
08:31Nous répondons à une demande pour laquelle les médecins sont débordés.
08:36Nous remplissons des locaux dans les hôpitaux qui ont des difficultés financières aujourd'hui.
08:40La formation de nos étudiants s'améliore.
08:42Nous développons nos compétences dans la prise en charge,
08:44enfin, dans le système de soins en France.
08:46C'est une avancée très, très, très positive.
08:49À condition d'être sûr que les ostéos qui viennent dans ces hôpitaux
08:52ont été bien formés et sont sérieux.
08:56Parce qu'aujourd'hui, on n'a toujours pas cette assurance.
08:58Et c'est très dommage.
08:59Et c'est pour ça que, dans cette hétérogénéité,
09:02on a été obligé de créer à la Commission nationale des certifications professionnelles
09:05un titre pour se différencier des autres ostéopathes,
09:07qui est l'ostéopathe biomécanicien,
09:09que soutient l'Association française d'ostéopathie.
09:11C'est pour ça que je suis sur les deux tableaux.
09:12Et qui valorise ce type d'ostéopathie,
09:15ce qui nous a permis aujourd'hui d'être là.
09:16On en est très contents.
09:17Et je rappelle qu'il y a quand même un Français sur cinq
09:19qui consulte un ostéopathe aujourd'hui.
09:20Presque 25 millions de consultations dans l'année, nous crois, environ.
09:23Je pense qu'on va en avoir quelques-uns au 3210 dans quelques minutes.
09:26Merci, merci à vous, Xavier Blussot.
09:28Et merci à Corinne Le Soderre qui était au téléphone.
09:30On va poursuivre ce débat avec vous dans un instant au 3210.
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