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  • il y a 2 semaines
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, Paolo Campolo n'a écouté que son courage. Il a sorti une dizaine de personnes du bar Le Constellation à Crans-Montana, dans une fumée noire. 4 jours après ce drame, il revient sur cette soirée de chaos. Il pointe des dysfonctionnements dans le déclenchement des secours. Paolo Campolo est l'invité de RTL.
Regardez Face à Fogiel du 05 janvier 2026.

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Transcription
00:00Pour votre santé, évitez de cagnoter.
00:03RTL Matin, Thomas Soto.
00:08Il est 8h18, face à Fogil, à l'interview de Marc-Olivier Fogil.
00:11Et ce matin, Marc-Olivier, vous recevez Paolo Campolo.
00:13Rien ne le prédisposait à la lumière, mais il était à Cran-Montana, chez lui en fait, la nuit du réveillon.
00:19Et il a contribué à sauver des vies, même si ce matin, il se pose des questions.
00:24Bonjour Paolo Campolo.
00:26Bonjour M. Fogil.
00:27Vous êtes l'un des héros de ce terrible drame.
00:30Le soir de l'incendie, Paolo, vous êtes chez vous à Cran-Montana.
00:34Votre belle-fille, Paolina, vous appelle à 1h30 du matin pour vous informer d'un incendie, donc au bar Constellation.
00:40Et ni une ni deux, vous accourez sur les lieux.
00:42Paolo, à quoi ressemble la scène quand vous arrivez devant le bar ?
00:45C'est une scène d'accident, de feu, qui est surprenante, vu l'ampleur, la quantité de personnes qui sont déjà à l'extérieur.
00:53La surprise, c'est de ne pas trouver de feu, de ne pas voir de feu en fait, simplement de la fumer dans une véranda.
00:58Les secours sont déjà sur place quand vous arrivez ?
01:00Non, les secours sont arrivés probablement assez vite, 4 ou 5 minutes après, oui.
01:04Vous, en arrivant immédiatement, vous avez décidé d'entrer dans le bar ?
01:08Il y avait déjà un garçon qui, avec son téléphone portable, la lumière de son téléphone portable, essayait d'illuminer le pas de la porte pour trouver des gens.
01:16Et je l'ai rejoint et on a essayé de rentrer sur quelques mètres, un, deux mètres, et on a pu extender des personnes, oui.
01:23En arrivant à un, deux mètres dans cet escalier qui semble étroit dans les images qu'on a vues, vous n'écoutez que votre courage, vous y allez ?
01:29Plus que mon courage, c'est mon instinct de père en fait que j'écoute.
01:32Il se passe quoi en arrivant ? Quand vous arrivez dans ces escaliers, vous voyez quoi ? Vous pouvez nous décrire ça, Paolo ?
01:37On ne voit rien du tout, c'est un mur de fumée noire et toxique. Et puis on saisit, par contre on touche, on saisit, on saisit des personnes que j'espère encore vivantes.
01:44Vous espérez encore vivantes, vous n'êtes déjà pas sûr, vous pressentez déjà le drame ?
01:48À ce moment-là, je pressens déjà le drame à tel point que dès l'arrivée assez rapide des pompiers, je me dirige vers eux, je leur demande d'initier le plan catastrophe avec des hélicoptères au Golfe et puis avec une tente pour pouvoir loger tous les blessés.
02:02Et c'est ce qui se fait immédiatement ou ça met du temps à se déclencher ?
02:06Non, bon, les pompiers sont des héros aussi. Ils ont fait ce qu'ils ont pu avec les moyens qu'ils ont à disposition dans notre commune.
02:12La plupart d'entre eux sont des volontaires. Il a fallu du temps avant de voir quand même une structure de secours qu'on peut estimer conforme à l'ampleur de l'accident.
02:20Je crois que j'ai vu uniquement au bout de deux heures un poste de commandement en fait, à proprement dit.
02:25Vous voulez dire qu'il y a eu du retard malgré tout et ce matin sur RTL, c'est ce que vous pointez du doigt ?
02:31Oui, je veux vraiment en parler parce que tous les médias se focalisent énormément sur la question pénale en fait, sur le dossier juridique, sur les responsabilités et les causes.
02:40Ce que j'aimerais vraiment c'est que les autorités, notamment les députés du canton,
02:44investiguent à travers d'une enquête parlementaire sur le déroulement en fait des secours et comment ils ont contribué à sauver des vies et comment on aurait pu faire mieux certainement.
02:55En tout cas, en attendant ces secours et qu'ils soient déployés, vous vous y allez ? Vous dites que vous y allez à tâtons. J'imagine que c'est très dur. Vous sentez les corps ?
03:04On les saisit par les mains, oui. On les saisit, on les sent. Oui, évidemment. Je ne voudrais pas rentrer dans les détails parce que les familles sont dans la souffrance et il n'est pas nécessaire d'expliquer trop de choses.
03:13Mais oui, on les prend, on les sort, tout simplement.
03:16Les corps que vous sortez d'abord, c'est des vivants, Paolo ?
03:20Oui. Toutes les victimes qu'on a extraites étaient vivantes. Elles étaient fortement intoxiquées et inconscientes. Alors clairement inconscientes, incapables de réagir aux stimuli.
03:30Mais elles respiraient et le pouls battait. On a évité de transporter des personnes qui n'étaient pas vivantes, ce qui n'était pas le cas.
03:36Ce qui est très important, c'est qu'à aucun moment on n'a pu descendre dans le sous-sol puisqu'il était impossible de progresser à plus de deux mètres.
03:43Ce qu'on a pu faire, c'est simplement prendre les personnes qui étaient vers la sortie, d'abord la sortie principale, donc l'entrée principale, et puis ensuite, ne pouvant plus progresser dans la fumée,
03:53j'ai cherché une sortie de secours que j'estimais existée parce qu'on ne peut pas imaginer qu'il y ait autant de personnes dans un local comme ça sans une sortie de secours.
04:02Et on connaît tous les discothèques, on sait qu'elles sont toujours par derrière. Donc j'ai fait le tour de l'établissement. Dans un corridor, j'ai trouvé une porte qui était bloquée.
04:08C'est-à-dire que ça, c'est très important. Il y a une deuxième porte, vous avez eu le tour de l'établissement, mais la porte était fermée, cette sortie de secours,
04:15qui est supposée donc pouvoir s'ouvrir, était fermée, ça c'est très important ce matin.
04:20Je ne l'appellerai pas sortie de secours parce qu'elle n'en a pas l'air. Ça ne ressemble plus à une sortie de service.
04:24Et cette porte était, je ne peux pas dire si elle était bloquée ou fermée à clé, mais elle bougeait quand on forçait, mais elle ne s'ouvrait pas.
04:30Et c'était une porte vitrée derrière laquelle il y avait des personnes très clairement.
04:33J'ai saisi une personne qui passait et je lui ai demandé de tirer très fort avec moi.
04:37On a réussi à l'ouvrir et de là, on a sorti quelques personnes, il faut une dizaine de personnes.
04:40Quand vous avez ouvert cette porte, Polo, qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous avez vu ?
04:44Ces personnes sont tombées sur nous en fait. Et donc, on les a ramassées et on les a écartées.
04:49Et puis, on est allé chercher les quelques autres qu'on a pu réussir à sortir du même endroit.
04:54On savait qu'on ne pouvait pas aller plus loin à cause de la fumée. On était déjà intoxiqués.
04:58Et donc, on a essayé de faire le tri.
05:00Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Vous disiez tout à l'heure que les secours ont mis du temps à arriver.
05:05Ces personnes ont pu être prises en charge relativement rapidement ?
05:09Donc, ces corps n'ont pas été pris en charge par les pompiers.
05:11Les pompiers, eux, ont repéré d'un autre côté du local, du côté de la vitre qui avait été ouverte lors du feu qu'on peut voir dans certaines vidéos.
05:20Nous, on était derrière. Mais malgré tout, ils savaient de cet endroit, puisque je leur avais indiqué.
05:24Et quand même, on a dû nous-mêmes dégager tous les corps.
05:27Depuis là, on n'a pas vu de pompiers de ce côté-là. Ils en avaient pas assez, je pense.
05:29Oui, il manquait donc de pompiers. Ça veut dire que vous avez donné les premiers secours ? C'est ce que vous nous dites ce matin ?
05:35Ces victimes-là ont été ensuite... On les a transportés, on les a écartés des lieux.
05:38Et puis, on les a mis en position latérale de sécurité, évidemment.
05:41Et très vite, quelqu'un a dit qu'il faut les emmener de l'autre côté de la rue vers le bar pour les mettre au chaud.
05:46Et en fait, le bar était déjà entièrement collapsé.
05:49Et on les a posés au sol, simplement.
05:50À partir de là, on a organisé un va-et-vient de civières improvisées avec des structures de fauteuil
05:55pour que les pompiers puissent déposer dessus les blessés et puis, nous, les transporter de l'autre côté de la rue.
06:01Ça veut dire qu'il y a eu des jeunes blessés qui ont attendu de longs moments d'être pris en charge ?
06:06C'est toute la problématique et c'est tout ce que j'aimerais soulever à ce stade après la phase d'émotion qu'on a tous connue.
06:11Il y a une phase de réflexion et d'analyse qui me fait penser qu'effectivement,
06:14les moyens à disposition n'étaient pas suffisants au vu de l'ampleur de la catastrophe.
06:19On a manqué évidemment de civières dans un premier temps.
06:21On a manqué dans un deuxième temps de couverture isothermique.
06:24On a manqué aussi très très rapidement de bouteilles d'oxygène.
06:27J'ai moi-même demandé d'oxygène pour moi, il n'y en avait pas alors que j'étais déjà intoxiqué.
06:30J'en ai piqué une sur un camion de pompiers, on me l'a arraché des mains, on m'a dit « c'est pas pour vous ».
06:34La situation était vraiment chaotique.
06:36Les blessés les plus graves étaient par terre, au sol, par moins 11 degrés.
06:39Fort heureusement, il n'avait pas neigé, fort heureusement, il n'avait pas plu.
06:43Mais ces blessés étaient quand même exposés à des hypothermies, à des déshydratations très importantes
06:47parce qu'ils n'avaient pas non plus suffisamment de moyens techniques pour faire des perfusions,
06:50pour les hydrater immédiatement.
06:52Donc c'est quand même des blessés qui ont été exposés au risque de ce qu'on appelle dysfonctionnement multiviscéral,
06:58c'est-à-dire lorsque vos organes sont décompensés et ils cessent de fonctionner les uns après les autres.
07:03Donc là, on était vraiment dans une phase très très délicate.
07:05Les personnes sont restées par terre pendant près de deux heures.
07:07Vous pointez donc là une forme de dysfonctionnement, c'est le moins qu'on puisse dire,
07:12dans la prise en charge des secours et l'établissement lui-même.
07:16On verra, puisqu'on dit l'enquête, mais vous avez vu cet escalier, seul escalier pour sortir,
07:21cette sortie qui n'est pas une sortie de secours.
07:23Vous le disiez vous-même, une sorte de deuxième sortie mais qui était condamnée.
07:27Là aussi, vous pensez qu'il y a eu des dysfonctionnements lourds ?
07:29J'ai ma propre opinion là-dessus. Il y a des évidences qu'on ne peut pas nier sur les vidéos que l'on voit en fait
07:34et sur les informations qui ressortent actuellement.
07:37Maintenant, je pense qu'il y a une enquête.
07:38Moi, je fais confiance à la justice suisse qui, généralement, est très pointilleuse.
07:43Je n'ai aucune opinion sur les causes de l'accident et sur les responsabilités à ce stade.
07:48Dans la façon dont vous nous décrivez les choses, on a l'impression que vous connaissez très bien,
07:51malgré tout, les premiers secours à donner. Vous avez fait une formation pour ça ?
07:55On est tous formés en Suisse. Il y a des choses qu'on sait faire,
07:58il y a des choses qu'on sait devoir mettre en place pour éviter le sur-accident
08:02et pour éviter l'aggravation des victimes.
08:05Concernant le sur-accident, il faut quand même préciser que j'ai pris des risques considérables
08:08en ouvrant cette porte parce qu'on aurait pu avoir un retour de flamme
08:11avec un sur-accident assez important.
08:14Je ne dirais pas, vous me qualifiez de héros,
08:16je dirais que, tout simplement, c'est une part d'inconscience quand même.
08:19Héros quand même, pas le seul héros dans la famille,
08:22puisque je lisais que votre femme Julia a tenté elle-même
08:25d'administrer les premiers soins aux jeunes victimes.
08:27Votre fils, Yannick, on a entendu, a lui aussi aidé à sauver des vies.
08:30Il a aussi aidé des gens à sortir.
08:33On peut parler, malgré tout, de famille héroïque ce matin ?
08:35Je dirais que c'est une famille qui était là et qui s'est sentie concernée, tout simplement.
08:38Julia est exemplaire comme mère et je pense qu'elle a voulu substituer
08:42toutes les mères qui n'ont pas pu intervenir parce qu'elles ont dû rester derrière la ligne
08:44en laissant les amis de leurs enfants, leurs enfants, par terre à quelques dizaines de mètres.
08:49Vous-même, vous avez pu récupérer le petit ami de votre belle-fille
08:53qui était à l'intérieur de ce bar ?
08:55Il est sorti par lui-même.
08:56Fort heureusement, il pouvait marcher, mais il est quand même en état grave.
08:59Encore une fois, ce qu'il faut comprendre,
09:01que parmi ces grands brûlés,
09:03ça n'est pas la surface, évidemment, la surface de la blessure
09:07a une importance sur l'état du blessé,
09:09en fait, sur le pronostic du blessé,
09:10mais la localisation de la blessure est tout aussi importante.
09:14Donc, ce garçon,
09:15qui est formidable,
09:16malheureusement, il a été blessé plutôt au corps
09:18et pas aux membres terminaux,
09:20donc aux bras et aux jambes
09:22et à la tête.
09:24Et on sait que lorsqu'on est blessé au corps,
09:26eh bien, on expose encore plus
09:27nos organes à des déséquilibres, en fait,
09:30et à des risques de collapse.
09:31Donc, il est encore suivi, j'imagine,
09:33et il n'est pas sorti d'affaires.
09:35Il est stable maintenant.
09:36Il est stable maintenant, on a bon espoir, oui.
09:38Ce n'est pas le cas d'autres amis
09:40qui, malheureusement, n'ont pas réussi à s'en sortir.
09:43J'imagine.
09:43Merci, Paolo, de votre témoignage ce matin sur RTL.
09:47Vous étiez aux côtés de Vincent Serrano
09:48pour l'aspect technique.
09:49On peut dire que vous êtes en état de choc,
09:51toujours ce matin ?
09:52Oui, on est tous clairement en état de choc post-traumatique.
09:55Et il nous faut, maintenant, quelques temps,
09:57on parle avec la presse pour évacuer.
09:58Maintenant, on va arrêter.
09:59Il y a un moment, il faut arrêter.
10:01Et on va, évidemment, consulter des médecins.
10:03Merci de l'avoir fait encore ce matin au micro de RTL.
10:06Merci à vous et bon courage.
10:07Merci, Paolo.
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