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  • il y a 2 mois
Le laboratoire psychologique des îles Auckland

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Hello, imagine-toi faire un naufrage sur une île.
00:02Une île vraiment complètement paumée.
00:04Tiens, au milieu du Pacifique par exemple.
00:06Bon, t'as pas pris ton portable, de toute façon, rien ne capte sur cette terre désolée.
00:09Et puis surtout, on est en 1864.
00:11Tu viens de vivre la pire tempête de ta vie
00:14et ton bateau en bois vient de se fracasser sur les falaises.
00:17Tu rampes sur un rocher qui vient de t'écorcher la peau.
00:20T'es mouillé, t'as froid, t'as faim, t'es épuisé.
00:22Et en plus, tu vois tes compagnons d'équipage qui sont encore plus à la ramasse que toi.
00:26En te mettant debout, tu regardes devant toi et tu vois une île désertique et hostile.
00:31Et là, tu prends conscience que tu vas devoir survivre si tu ne veux pas mourir.
00:36Comment tu réagirais ?
00:37Eh bien, figurez-vous que cette histoire est bel et bien arrivée à deux navires
00:42qui ont fait naufrage sur la même île à quelques jours d'intervalle.
00:45Les deux équipages ne vont pourtant jamais se croiser.
00:48Ils vont vivre au début la même situation,
00:51mais quand les secours arrivent un an plus tard,
00:54les deux groupes n'auront pas vécu la même épreuve.
00:57Et là, il va falloir t'accrocher.
01:06Vous allez voir dans cette histoire,
01:08il va y avoir plusieurs situations que les groupes vont devoir affronter.
01:10Et une des situations les plus difficiles, c'est de combattre l'ennui.
01:14Ah, s'ils avaient eu une détective box !
01:17J'aurais franchement aimé dans une autre vie être détective.
01:19Eh bien, figurez-vous qu'avec détective box,
01:21j'ai réalisé pendant une soirée mon rêve.
01:24Je me suis plongé dans une histoire de disparition au cœur des Alpes
01:26et j'ai mené l'enquête comme si j'étais le détective chargé de l'affaire.
01:29Ma fille est venue m'aider à résoudre le mystère
01:31et on a passé un super bon moment ensemble.
01:34Vous avez compris, détective box est le partenaire de cette vidéo
01:37et je le remercie.
01:38Ils m'ont fait choisir mon enquête.
01:39J'ai bloqué sur la bête de beau recueil.
01:41Après avoir reçu la box dans laquelle il y avait écrit « Bonne chance »,
01:44ça m'a mis un sacré coup de pression.
01:45On a ouvert l'enveloppe avec ma fille qui contenait le dossier
01:47et on s'est connecté à l'app.
01:49Je ne vous spoil pas, mais l'enquête était dingue.
01:52Il y avait des plans, il y avait des photos, des vidéos,
01:54plein de ressources et d'indices
01:55et ça nous a fait cogiter pendant quelques heures.
01:57On est allé au bout de l'enquête
01:59et on a adoré la résoudre.
02:01Bon, c'est un super cadeau de Noël
02:03pour passer un moment inoubliable en famille.
02:05Vous pouvez aussi l'utiliser d'ailleurs en entreprise
02:06pour faire du team building.
02:08C'est juste parfait pour renforcer la cohésion entre vos équipes.
02:11À choisir entre un ciné à faire en famille
02:13et une petite Détective Box.
02:15Franchement, les souvenirs vont être inoubliables.
02:18Allez faire un tour sur le site,
02:19il y a des enquêtes pour tous les goûts.
02:21Et puis bien sûr, merci encore à Détective Box
02:23pour m'avoir permis, à un moment de ma vie,
02:26d'être dans la peau d'un détective.
02:27Avant de vous parler des naufragés des hommes,
02:39il faut que je vous parle du monstre
02:40qui les a retenus prisonniers.
02:42Imaginez un endroit situé aux confins du monde civilisé,
02:46à 465 km au sud de la Nouvelle-Zélande.
02:49Nous sommes ici dans les 50e Hurlant,
02:51une zone du globe où l'océan ne rencontre aucun obstacle,
02:54aucune terre pour freiner l'énergie qui s'y dégage.
02:58À part un petit bout de terre qui émerge comme un confetti
03:00dans une salle de mariage,
03:02l'archipel des îles Auckland.
03:04Alors, géographiquement, c'est un chaos volcanique.
03:06L'île principale n'est pas une terre d'accueil.
03:09C'est une forteresse.
03:10Elle est cernée de falaises de basalte noire
03:12qui plongent à pic dans l'océan,
03:14haute de plusieurs centaines de mètres.
03:16Il n'y a presque aucune plage.
03:18Juste des murs de pierres glissants
03:19battus par une houle qui peut briser un navire
03:21comme une allumette.
03:22Mais le véritable bourreau ici, c'est le climat.
03:25Oubliez le soleil ! On n'est pas à Marrakech !
03:28Les statistiques sont effrayantes.
03:30Pire que la Bretagne.
03:32Il pleut plus de 300 jours par an.
03:34Et le reste du temps,
03:35c'est de la grêle ou de la neige.
03:37L'air y est saturé en humidité.
03:39Le sol, c'est une immense éponge.
03:41Rien en fait ne sèche vraiment.
03:43Vos vêtements sont humides en permanence.
03:45La température aussi, entre 5 et 10 degrés.
03:47Une fraîcheur constante qui, combinée au vent et à l'humidité,
03:51aspire la chaleur de votre corps en quelques heures.
03:54L'hypothermie ici est bien plus dangereuse que la faim.
03:58Et si vous parvenez à quitter le rivage pour vous enfoncer dans les terres,
04:01vous découvrirez une flore qui semble tout droit sortir d'un cauchemar.
04:06On l'appelle la forêt de Rata.
04:07A cause des vents violents, les arbres ne poussent pas vers le haut,
04:10mais à l'horizontale.
04:11Ils sont tordus, ils sont noueux,
04:13ils sont enchevêtrés les uns dans les autres.
04:15Le sol, lui, est couvert d'un mât qui dense,
04:17une sorte de broussaille épaisse de 2 mètres de haut qu'on appelle le scrub.
04:21Si vous avancez dans cet enfer vert,
04:23vous pouvez faire 1 km en une journée.
04:24C'est donc un labyrinthe végétal qui est conçu pour vous épuiser et vous désorienter.
04:29Et ne comptez pas sur la faune pour vous tenir compagnie.
04:32Pas de gros chatons pour rongronner avec vous.
04:34L'île, c'est le royaume des lions de mer de Nouvelle-Zélande.
04:37C'est des petites bébettes de 400 kg,
04:40territoriales et très agressives,
04:42qui n'hésitent pas à charger l'homme.
04:45Dans le ciel, on a une nuée d'albatros hurleurs
04:47qui plane totalement indifférent à votre sort.
04:50Il n'y a également aucun mammifère terrestre indigène à chasser.
04:52Il n'y a pas de lapin, pas de gibier facile pour se faire un petit casse-croûte.
04:57D'ailleurs, les marins du 19e siècle ont donné un nom à l'île.
05:00Avant que ça s'appelle Auckland,
05:01les marins désignaient cette petite archipel comme les îles de la désolation.
05:06Et c'est sur ce caillou maudit, ce piège humide,
05:08qui vous glace les eaux,
05:10que nos deux équipages vont devoir vivre ou mourir.
05:15Le 3 janvier 1864,
05:24l'océan Austral, ce monstre d'eau glacée,
05:26va montrer son vrai visage.
05:27Le ciel est d'une masse d'encre, la mer c'est un cao,
05:31et au cœur de cette tempête infernale, on a une petite goélette,
05:35le graffeton, qui lutte désespérément.
05:38À son bord, on a le capitaine Thomas Musgrave
05:40et quatre autres hommes d'équipage.
05:43Leur mission, c'est la chasse aux phoques dans ses eaux inhospitalières.
05:46Mais ce jour-là, la chasse s'est inversée,
05:49et elle s'est transformée en course contre la mort.
05:51Le capitaine Musgrave, c'est un marin expérimenté,
05:55et il tente de trouver refuge dans un fjord de l'archipel des Hauckland,
05:59saisie donc de la désolation, comme je vous le disais,
06:01qui sont redoutées de tous les marins de toute la surface du globe.
06:05L'encre est jetée,
06:06mais la fureur des éléments est bien plus forte que l'embarcation.
06:10Les chaînes de l'encre cèdent,
06:11et le graffeton est projeté avec une violence inouïe contre les récifs.
06:15La coque va craquer, va se disloquer,
06:18et pour les cinq hommes, c'est le début de l'enfer.
06:21Pourtant, au milieu de ce chaos,
06:22ils vont avoir une lucidité incroyable.
06:24Contrairement à de nombreux naufragés qui sombrent dans la panique,
06:27l'équipage du graffeton ne s'est pas résigné.
06:30Le navire, bien que mal en point, n'a pas coulé immédiatement.
06:33Et c'est dans cette fenêtre de quelques heures,
06:35précieuse pour agir,
06:37qu'ils vont justement agir.
06:39Sous la direction du capitaine Musgrave,
06:41et l'impulsion d'un homme en particulier,
06:42un français nommé François Rinal,
06:44l'équipage a vidé le bateau.
06:47Ils vont récupérer l'essentiel.
06:48Bien sûr, des biscuits, du porc salé,
06:50quelques outils, un fusil, de la poudre, des voiles, des cordages,
06:53tout ce qu'ils peuvent trouver,
06:54même le plus petit des débris.
06:56Des débris peut-être,
06:57mais ils sont porteurs d'espoir à ce moment-là.
07:00Chaque morceau de bois,
07:01chaque clou récupéré de l'épave
07:03est quelque chose qui pourra les sauver plus tard sur cette île.
07:09Et donc, on a, dès la première nuit,
07:10une survie qui se met en place.
07:12Musgrave, lui, il ne va pas céder au désespoir.
07:15Il ne veut pas lui laisser la place, justement, à ce désespoir.
07:18Sa première directive est très claire.
07:20Nous ne sommes plus des naufragés,
07:22nous sommes des colons.
07:24Pas question pour lui de dormir à même le sable.
07:26Et donc, avec les voiles récupérés,
07:27ils vont ériger un abri sommaire,
07:29mais qui sera fonctionnel pour les premiers jours.
07:31Une tente, en fait, capable de résister au vent cinglant
07:34et à la pluie incessante.
07:36C'est clair, le ton est donné,
07:37ils ne vont pas se laisser faire.
07:38Dans les jours qui suivent, la méthode s'est transformée en une véritable organisation.
07:42Ils ne se contentent pas d'attendre,
07:44ils agissent.
07:45Et leur première action va être de construire une vraie maison.
07:48Le journal de François Reynal va témoigner de l'ingéniosité
07:51dont il va faire preuve.
07:53François, c'est un petit peu le MacGyver de la survie
07:55sur l'île Auckland.
07:57Pour construire une maison, une vraie,
07:58qu'ils ont baptisée d'ailleurs avec un mot amérindien,
08:00« epic weight », signifiant une habitation au bord de l'eau,
08:03il faut du bois et du ciment.
08:05L'île offre du bois, à volonté, mais pas de ciment.
08:08Et c'est là que Reynal va commencer à monter d'un niveau.
08:13Reynal, avec un esprit d'innovation digne des plus grands ingénieurs,
08:16trouve une solution.
08:17Il va brûler des coquillages à haute température
08:20pour obtenir de la chaux.
08:22Cette forme de poudre, la chaux, c'est un liant,
08:24c'est-à-dire un matériau qui permet d'associer en un bloc des agrégats,
08:27notamment de la roche.
08:29Au contact de l'eau, elle permet d'obtenir un mélange compact,
08:31utile aux travaux de construction permettant de réaliser un ciment à improviser.
08:36Ce ciment va être suffisant pour ériger une cheminée et une petite pièce d'habitation.
08:41Avec un feu et une petite pièce au sec,
08:43les hommes vont pouvoir se réchauffer et surtout se reposer.
08:47Parce que si vous avez froid, quand votre corps grelotte,
08:49vous utilisez beaucoup plus d'énergie et votre corps n'a pas le temps de se reposer.
08:54Alors que si vous avez de la chaleur, que vous êtes à l'abri des intempéries,
08:58votre corps peut se régénérer et utiliser de l'énergie pour la survie,
09:02pour autre chose, pour faire plein d'autres actions.
09:04L'ingéniosité de Rénal ne va pas s'arrêter là.
09:06Il va aussi permettre de tanner des peaux de phoque.
09:09Pour tanner des peaux, il faut un processus chimique pour rendre la peau souple.
09:13Rénal va avoir la bonne idée de récupérer les urines et de la fermenter.
09:18Et avec l'urine fermentée, ça fonctionne.
09:22Il fabrique pour chaque homme des vêtements résistants.
09:25Rénal va rapporter aussi dans son journal qu'ils vont fabriquer du savon,
09:28ils vont fabriquer des chaussures,
09:30ils vont fabriquer toutes sortes d'outils qui vont leur permettre d'améliorer leur survie.
09:35Ce groupe-là ne se contente pas de survivre.
09:37Ils vont en fait cultiver l'espoir, ils vont cultiver la solidarité.
09:41Et grâce à l'ingéniosité d'un homme, leur confort s'améliore.
09:45Ce groupe-là a fait un choix qui, sans qu'ils le sachent,
09:49allait les placer aux antipodes d'un autre groupe de naufragés à quelques kilomètres seulement.
09:54Un groupe qui allait faire face à la même épreuve,
09:57mais avec des résultats bien différents.
10:08Pendant que l'équipe du Sud bâtit sa maison,
10:10le destin réarme son piège au nord.
10:12Mai 1864.
10:14L'Inverco.
10:15Ce n'est pas une petite goélette de chasse,
10:17c'est plutôt pour l'époque un géant des mers de 1100 tonnes,
10:20chargé de marchandises en route vers le Chili.
10:23Mais dans une nuit noire, sous une tempête abeuglante,
10:26la taille ne compte pas.
10:27Le navire percute de plein fouet,
10:29et à pleine vitesse, les falaises de la côte d'en ouest.
10:32Et il n'y aura pas de fenêtre de survie comme pour le graffeton.
10:35L'équipage n'a pas le temps de réfléchir.
10:37Le navire se disloque et coule en moins de 20 minutes.
10:40C'est donc la panique pure.
10:42Les hommes sautent dans l'eau glacée projetée contre les rochers tranchants.
10:45Sur les 25 membres d'équipage,
10:476 disparaissent immédiatement avalés par l'écume.
10:5119 hommes parviennent par miracle à ceux ici sur la terre ferme.
10:54Mais ce miracle va vite se transformer en cauchemar.
10:57Car contrairement au groupe du Sud,
10:59en fait, ils n'ont rien.
11:00Ils n'ont rien pu récupérer.
11:02Ils n'ont pas de vivres, ils n'ont pas de fusils,
11:04ils n'ont pas de tentes, ils n'ont pas d'outils.
11:05Ils sont 19, trempés jusqu'aux os,
11:08sans rien d'autre que les vêtements qu'ils portent.
11:10Quasiment tous sont pieds nus.
11:12Et ils sont là, à gare, sur un bout de falaise stérile.
11:16Et c'est ici que la vraie tragédie va commencer.
11:19Leur chef, le capitaine George Dalgarno,
11:21est un homme de l'ancien monde.
11:23C'est un homme blessé, rigide, obsédé par son rang.
11:26Au lieu de rassembler ces hommes,
11:27de créer une unité de survie,
11:29en fait, il va maintenir la distance.
11:30Les officiers d'un côté, les matelots de l'autre.
11:32Il n'y a pas de « nous ».
11:34« Allez, nous on survit, il y a moi et eux ».
11:38Sans leadership, l'espoir va vite s'évaporer en quelques jours.
11:41Bien sûr, ils ne vont pas construire d'abri.
11:43Ils ne vont pas utiliser le bois qu'il y a à leur disposition
11:45pour faire quelque chose d'un peu étanche.
11:48Non, ils vont juste creuser des terriers,
11:50là, dans le sol humide, dans la tourbe humide,
11:52pour essayer de se protéger un peu du froid,
11:54et du vent, et de la pluie.
11:55Ils n'ont pas d'armes, ils n'ont pas d'outils de chasse,
11:57donc ils ne chassent pas.
11:58Dans les premiers jours, ils vont un petit peu errer sur la plage
12:01à chercher des coquillages,
12:02à chercher des racines à manger.
12:04Et dans les témoignages qu'il y aura après,
12:07énormément d'hommes vont souffrir de maux d'estomac.
12:10Et la faim, ça va commencer à les travailler sérieusement.
12:13Ça ne va pas seulement tuer les corps,
12:14mais ça va tuer toute l'empathie qu'ils ont entre eux.
12:17L'un des survivants, Robert Holding,
12:19écrira plus tard des lignes qui font froid dans le dos.
12:22Il raconte qu'un matin,
12:23lorsque l'un de leurs camarades va s'écrouler,
12:25mort d'épuisement,
12:26les autres ne vont pas le pleurer.
12:28Ils ne vont pas le prier ou l'enterrer.
12:30Ils vont se jeter sur le cadavre encore chaud
12:32pour le dépouiller.
12:34Ils vont prendre le pantalon et la chemise en lambeau
12:36et vont laisser le corps à l'air libre.
12:38T'es mort, démerde toi.
12:39Et puis Holding va aussi décrire l'impensable.
12:42Il y a des corps, donc des hommes morts,
12:45qui vont être retrouvés avec des marques étranges.
12:47Un des hommes va être pris à partie par une partie du groupe
12:50car quelqu'un l'a surpris en train de manger une viande inconnue.
12:55A l'époque, et encore maintenant,
12:57c'est vraiment le tabou ultime.
13:00L'anthropophagie, le cannibalisme.
13:03Est-ce que vous savez d'ailleurs la différence entre les deux ?
13:06Eh bien, c'est très simple.
13:07Je vais vous donner un exemple.
13:08Un requin qui mange un autre requin,
13:11c'est du cannibalisme.
13:13Si le requin mange un homme,
13:15il est anthropophage.
13:16Vous avez eu la subtilité ?
13:18En fait, l'anthropophagie,
13:19c'est le fait qu'une autre espèce mange un homme,
13:22alors que le cannibalisme, c'est une espèce mange sa propre espèce.
13:26Donc l'homme est le seul cas où on peut dire
13:29que c'est un anthropophage cannibale.
13:31Pour revenir à cet homme,
13:32il est banni du groupe
13:33et il va mourir seul sur l'île,
13:35on ne le retrouvera jamais.
13:36Le groupe de 19, là,
13:38il va fondre comme neige au soleil.
13:40Ils vont tous mourir les uns après les autres,
13:43bien sur le froid,
13:44bien sur la faim,
13:45mais aussi la maladie.
13:46Et puis un truc qu'on oublie souvent,
13:49la folie.
13:49La folie tue.
13:51Et l'île ne les a pas seulement piégés,
13:53il en a fait des spectres vivants,
13:55prêts à tout pour survivre un jour de plus,
13:59quitte à sacrifier ce qui leur reste d'humanité.
14:11En janvier 1865,
14:13cela fait un an jour pour jour qu'ils sont prisonniers.
14:16Le groupe du Graveton a survécu à l'hiver,
14:18à la faim et au désespoir.
14:19Ils sont en vie, oui,
14:21mais le capitaine Musgrave sent que le vent tourne.
14:24L'ennui et l'isolement commencent à ronger les esprits.
14:27Il sait que personne ne viendra les chercher.
14:30Il réunit ses hommes
14:31et prononce une phrase
14:32qui va tout changer.
14:34Si nous voulons vivre,
14:36nous devons nous sauver nous-mêmes.
14:38Sauf que,
14:39comment vont-ils faire ?
14:40Ils ont bien une petite chaloupe qui traîne,
14:43mais qui n'est pas prêt à affronter 450 km d'océan Austral.
14:47C'est clair que s'ils partent avec cette petite chaloupe,
14:50ils vont mourir.
14:51Ça, c'est évident.
14:52L'idée émerge,
14:53elle est simple.
14:54Cette chaloupe,
14:55il faut la grandir.
14:56Il y a encore du bois,
14:57de l'épave.
14:58Le problème,
14:59c'est qu'il manque des outils,
15:01il manque des clous,
15:02il manque plein de choses
15:03pour faire grandir cette chaloupe,
15:05pour la ponter,
15:06pour mettre un abri à l'intérieur.
15:08C'est compliqué.
15:09Et c'est là que François Rénal,
15:11notre Français,
15:12on est un petit peu chauvin,
15:13il va avoir un coup de génie.
15:16Rénal,
15:16il ne va pas juste réparer le bateau.
15:19Il va créer une toute petite industrie sur l'île.
15:22Il va en fait concevoir une forge de toute pièce.
15:25Il faut du charbon.
15:26Pas de problème.
15:27On a tout ce qu'il faut.
15:28Ils vont créer du charbon
15:30avec tous ces petits arbustes tordus de l'île.
15:33Il faut une enclume.
15:35Pas de problème.
15:35Ils vont récupérer une sorte de bloc lesté de l'épave
15:38qui va faire office d'enclume.
15:40Mais ce qui va manquer surtout,
15:43c'est le soufflet.
15:44Parce qu'il faut alimenter justement la forge en énergie.
15:48Ce n'est pas uniquement le vent qui va être suffisant.
15:51Il faut que ce vent soit régulier,
15:53ce souffle soit régulier
15:54pour faire chauffer et modeler la ferraille.
15:57Rénal,
15:57il va bricoler,
15:58utiliser une peau de phoque
16:00qui va coudre hermétiquement
16:01et qui sera actionnée par un mécanisme en bois.
16:04Et ça marche.
16:06Dans cette forge du bout du monde,
16:08Rénal fabrique pendant des mois
16:09des centaines de clous,
16:11de boulons,
16:12de ferrures
16:13à partir de vieux morceaux de ferraille rouillée
16:15prises sur l'épave du bateau.
16:17Grâce à lui,
16:17la petite chaloupe devient
16:19un navire ponté,
16:20solide.
16:21Et il la baptise
16:22le Rescue,
16:23le sauvetage.
16:24La réalité est quand même cruelle.
16:26Le Rescue a beau être
16:27plus grand que cette petite chaloupe,
16:29ce n'est pas assez grand
16:30pour accueillir 5 hommes,
16:32mais seulement 3.
16:33Il n'y a donc que 3 places.
16:35Le choix va donc être déchirant.
16:37Le capitaine Musgrave
16:38doit partir pour naviguer,
16:39ça c'est sûr.
16:40Rénal doit être là
16:41pour gérer tout ce qui est réparation.
16:43Et entre les 3 marins qui restent,
16:46on va choisir un marin
16:47qui s'appelle Mac Louglen
16:48qui va les accompagner.
16:50Les 2 autres,
16:51Harris et Forget,
16:52acceptent de rester.
16:54Le choix a dû être très très dur.
16:56Est-ce que vous,
16:57vous auriez voulu
16:58plutôt partir
16:59sur le bateau,
17:00quitte à prendre
17:01vraiment beaucoup de risques
17:02parce que sur la mer,
17:03s'il y a la moindre chose,
17:04vous mourez noyé.
17:05Ou est-ce que vous auriez choisi
17:07de rester sur l'île,
17:08voilà,
17:08avec une vie
17:09qui a pris une habitude
17:11mais au risque
17:12de jamais revoir
17:13vos compagnons,
17:14que les autres
17:15ne sachent jamais
17:16que vous êtes là
17:17et que vous allez mourir seul.
17:19Enfin,
17:20seul,
17:20quand je dis seul,
17:20oui,
17:21à deux,
17:21mais il y a bien un moment
17:22où vous allez être seul,
17:23seul sur cette île,
17:24déserte,
17:25sans personne à qui parler,
17:27dur comme choix.
17:28Qu'est-ce que vous auriez fait ?
17:29En tous les cas,
17:30les 2 marins
17:31regardent leurs amis
17:32s'éloigner
17:33avec pour seul garantie
17:34une promesse,
17:35la promesse du capitaine.
17:36Si on y arrive,
17:37on reviendra bien sûr,
17:39vous cherchez.
17:39Plus de 6 mois après
17:40le début de la construction
17:41du bateau
17:41et un an et demi sur l'île,
17:43le 19 juillet 1865,
17:44les 3 hommes se lancent.
17:46Par contre,
17:46la traversée va être
17:47un cauchemar absolu.
17:49Ça ne va pas durer très longtemps
17:50mais ça va être vraiment
17:52une épreuve.
17:53En fait,
17:53dès la sortie du Fjord,
17:55ils vont être accueillis
17:55par des vagues
17:56énormes,
17:57gigantesques
17:58de 6 mètres de haut.
17:59Ce bateau qui a beau être plus grand,
18:01il est quand même balotté
18:01dans les vagues.
18:02Il y a sans arrêt de l'eau glacée
18:04qui est projetée partout.
18:05Rien n'est à l'abri.
18:07À l'intérieur,
18:07c'est un enfer permanent.
18:09On est glacé,
18:10on a froid,
18:11on grelotte tout le temps,
18:12tout le temps,
18:12tout le temps.
18:13Ils sont donc trempés en permanence.
18:14L'eau s'infiltre partout.
18:16Ils sont obligés de décoper
18:17en permanence,
18:18en permanence.
18:19C'est vraiment une épreuve
18:20qui va durer 5 jours.
18:22Et Rénal,
18:22pendant ces 5 jours,
18:23il va tomber malade,
18:25épuisé par tout le travail
18:26qu'il a fait
18:26depuis des mois.
18:28Et là,
18:28pendant le trajet,
18:28il est pris de fièvre.
18:29il est incapable de bouger
18:31et il va commencer à délirer
18:33au fond de la cale
18:34qui est humide.
18:35Pour lui,
18:36ça sent la faim.
18:36Donc pendant 5 jours,
18:37ils vont en permanence
18:39frôler la mort.
18:40Mais au bout du 5ème jour,
18:42à travers la brume-là,
18:43ils vont voir
18:43une forme sombre apparaître.
18:45Ce n'est pas un mirage,
18:46c'est l'île Stewart.
18:48C'est en fait
18:48la pointe sud
18:49de la Nouvelle-Zélande.
18:50Ils vont entrer
18:51dans la baie
18:51de Port Adventure
18:52et ils vont pouvoir
18:53enfin jeter l'encre.
18:55Ils n'ont plus aucune force,
18:56ils n'ont plus de voix,
18:57mais ils ont réussi
18:58l'impossible.
18:59Ils ont vaincu
19:00l'océan Austral.
19:11Lorsque le Rescue
19:12touche Terre
19:13à Port Adventure,
19:14nos 3 survivants
19:15sont donc
19:16à bout de force.
19:17Mais ils sont accueillis
19:18comme des revenants.
19:19On va bien sûr
19:20les nourrir,
19:20les soigner,
19:21ils vont prendre
19:21plusieurs jours
19:22à se reconstituer
19:23en termes de santé.
19:24François Reynal,
19:25lui,
19:25il a survécu
19:26mais il a un corps
19:27brisé par la traversée.
19:28Il est donc
19:29alité pendant
19:30plusieurs semaines.
19:31Pour le capitaine
19:31Musgrave,
19:32par contre,
19:33il faut tenir
19:34absolument la promesse.
19:36Pas question donc
19:37de se reposer.
19:38Il a laissé
19:38deux hommes derrière lui,
19:40il a une dette
19:41d'honneur
19:41et il va harceler
19:43les autorités locales
19:44de lui affrêter
19:45un bateau
19:46pour aller chercher
19:47le reste de son équipage.
19:49Il va remuer
19:50ciel et terre
19:50et il va y arriver.
19:51On lui donne
19:52un navire de sauvetage
19:53et donc 5 semaines
19:54après leur évasion,
19:56on peut dire ça
19:57comme ça,
19:57lui,
19:58le capitaine Musgrave,
19:59il repart en enfer
20:00avec un autre équipage.
20:02L'arrivée,
20:02bien sûr,
20:02à Epigwate
20:03est un moment
20:05très intense.
20:06C'est un moment
20:07de pure émotion.
20:08Musgrave a peur
20:09en arrivant.
20:09Il se pose les questions.
20:10Est-ce qu'ils sont morts ?
20:11Est-ce qu'ils ont perdu espoir ?
20:12Eh bien,
20:13en fait,
20:13tout le contraire.
20:14Il va trouver
20:15ses deux compagnons,
20:16Harris et Forgett,
20:17en pleine forme.
20:18Ils ont continué
20:19à chasser,
20:19à entretenir la maison.
20:20Ils ont même préparé
20:21des réserves de viande fumée
20:22pour le voyage du retour.
20:26L'équipe du graviton
20:27est au complet.
20:28C'est une victoire totale
20:29sur la nature.
20:30L'histoire aurait pu
20:30s'arrêter là
20:31sur ce happy end.
20:32Mais alors que le navire
20:34longe la côte
20:36pour remonter vers le nord,
20:37pour repartir
20:38en direction
20:39de la Nouvelle-Zélande,
20:40le capitaine
20:41aperçoit
20:42quelque chose
20:43au loin.
20:43Une fumée.
20:44Pas celle de la cabane du sud,
20:45une autre fumée,
20:47dans une zone
20:47qu'il croyait déserte.
20:48Musgrave,
20:49donc,
20:49intrigué,
20:50ordonne de mettre
20:50une chaloupe à l'eau.
20:51Il s'approche
20:52de la plage
20:52de Port Ross.
20:54Et ce qu'il va découvrir
20:55va dépasser l'entendement.
20:56Trois silhouettes
20:57émergent des broussailles.
20:59Alors,
20:59ce ne sont plus des hommes.
21:00Ce sont des spectres.
21:02Ils sont couverts
21:02de guenilles crasseuses.
21:04Ils ont la peau
21:04collée aux os.
21:06Ils ont de la vermine
21:06partout sur le corps.
21:08Ils ont des yeux
21:09exorbités
21:10par un an de terreur.
21:12Et surtout,
21:12ils sont incapables
21:13de parler.
21:14Ils vont tomber
21:14à genoux
21:15sur le sable.
21:16Ce sont les restes
21:17de l'équipage
21:18de l'Inverco.
21:20Le capitaine
21:20d'Algarno,
21:22son second
21:22et un matelot.
21:24les trois seuls survivants
21:25des 19 membres
21:27d'équipage.
21:28La découverte
21:28va être un choc
21:29pour tout le monde.
21:30Sur le pont du navire,
21:31les hommes du graffeton
21:31bien nourris et vêtus
21:32regardent avec horreur
21:34ces épaves humaines.
21:35Il n'y a pas d'autres mots
21:36pour décrire
21:37ce qu'ils sont.
21:38Et c'est à cet instant précis
21:39qu'ils réalisent
21:40la tragédie géographique.
21:42Pendant, en fait,
21:4312 mois,
21:43ils ont vécu
21:43à 30 kilomètres
21:44les uns des autres.
21:45Et si le capitaine
21:46d'Algarno
21:47avait eu le courage
21:48d'explorer,
21:49s'il avait marché
21:49vers le sud,
21:50il aurait peut-être
21:51vu la fumée
21:51des pigweights.
21:52Il aurait trouvé
21:53la maison,
21:54le feu,
21:54la nourriture
21:55et les outils de Rénal.
21:56Ils auraient tous
21:57pu survivre.
21:58Mais ils sont restés
21:59figés dans leur égoïsme
22:00et dans leur peur.
22:01Ils attendaient
22:02une aide extérieure
22:03et ne comptaient pas
22:04sur eux-mêmes.
22:05Tandis qu'au sud,
22:06leurs voisins
22:07bâtissaient
22:07un début de civilisation,
22:10eux,
22:10sombraient dans le chaos.
22:11Le retour vers
22:12la Nouvelle-Zélande
22:12va se faire
22:13dans un silence de mort.
22:14Le triomphe des uns
22:15va être hanté
22:16par le calvaire des autres.
22:18Et le retour
22:19à la civilisation
22:20va être brutal.
22:22Le capitaine d'Algarno
22:23va être très vivement
22:23critiqué pour son
22:24incompétence
22:25et sa cruauté.
22:26Il va mourir
22:26quelques années plus tard,
22:28amer et totalement ruiné.
22:29François Rénal,
22:30le français,
22:31va rentrer à Paris.
22:32Il va écrire
22:33un best-seller
22:34qui va s'intituler
22:35Les Naufragés
22:36des Auckland.
22:37Et il lègue à l'histoire
22:39la preuve
22:39que l'ingéniosité
22:41est un facteur
22:42essentiel
22:43dans la survie
22:44d'un groupe.
22:45Peut-être que
22:45MacGyver
22:46s'est inspiré
22:47de Rénal.
22:48Mais cette histoire
22:49est vraiment fascinante
22:50parce qu'elle détruit
22:50justement le mythe
22:51du chacun pour soi
22:52quand on a une histoire
22:53de survie.
22:54La survie,
22:55on se dit toujours
22:55que c'est la loi du plus fort.
22:56On va écraser l'autre
22:57pour manger sa part.
22:59Et en fait,
22:59l'expérience
23:00de ces îles Auckland
23:01prouve le contraire.
23:03L'égoïsme a tué
23:0416 personnes
23:05quand la solidarité
23:06en a sauvé 5.
23:08Dans l'enfer blanc,
23:09ce n'est pas le loup solitaire
23:10qui survit.
23:11C'est la meute.
23:12Je ne sais pas
23:12si vous êtes allé voir
23:13le film
23:13Le Dernier Prédator,
23:14Bad Dance,
23:15mais il y a...
23:16Je ne vous spoil pas.
23:17Je ne vous spoil pas.
23:18Mais il y a une certaine morale
23:19comme ça
23:20sur le côté prédateur.
23:22C'est vraiment très intéressant.
23:23C'est un film
23:23que j'ai adoré.
23:24Allez voir
23:24si il est encore au cinéma.
23:25C'est à voir sur grand écran.
23:26C'est une claque visuelle
23:28et franchement,
23:29le scénario est très très bon.
23:30Moi, je me pose la question
23:31quand j'ai découvert cette histoire
23:32et que j'ai commencé
23:33à écrire le script
23:34pour vous la raconter.
23:36Je me suis posé la question
23:37de savoir
23:37si le groupe des 19
23:39qui étaient au nord
23:40avait rejoint le groupe
23:41qui était au sud,
23:43est-ce qu'on aurait eu
23:43la même histoire ?
23:44Est-ce que, justement,
23:45ce groupe-là,
23:46en rencontrant l'autre groupe,
23:47n'aurait pas voulu, justement,
23:49prendre le pouvoir ?
23:50Est-ce que certains individus
23:51n'auraient pas eu
23:52cette jalousie,
23:54cet égoïsme,
23:56cette envie
23:57de prendre le pouvoir
23:58sur l'autre ?
23:59Aurait zigouillé Rénal
24:00parce que, ben,
24:00c'est l'être humain,
24:03la jalousie,
24:05voilà, tout ça.
24:06Et ça n'aurait pas du tout
24:07fait la même histoire.
24:08On aurait Rénal
24:09qui aurait été zigouillé.
24:10On n'aurait plus du tout
24:11de compétences
24:12pour créer, justement,
24:13un bateau.
24:13On n'aurait pas eu ce départ.
24:15Enfin, Rénal
24:16ne se serait passé,
24:16peut-être,
24:17comme ça s'est passé.
24:18Et ces naufragés
24:20auraient peut-être
24:20disparu totalement
24:21de la surface du globe
24:22sans jamais qu'on sache
24:24ce qui leur était arrivé.
24:25Qu'est-ce que vous en pensez ?
24:26Est-ce que vous pensez
24:27que si les deux groupes
24:27s'étaient rejoints,
24:28l'histoire aurait été différente ?
24:29Avant de conclure,
24:31bien sûr,
24:32allez faire un tour
24:33sur Detective Box.
24:34Vous allez trouver des enquêtes,
24:35vous allez pouvoir jouer
24:36les détectives en famille,
24:37mais pas que.
24:38Vous pouvez aussi jouer
24:39avec votre copine,
24:40avec votre copain.
24:41C'est vraiment
24:41que du bonheur.
24:42Merci beaucoup
24:43à eux,
24:44à ce partenariat
24:45de qualité.
24:46Merci Detective Box.
24:48En tout cas,
24:49si vous voulez découvrir
24:49d'autres histoires
24:50sur ma chaîne,
24:51il y en a plein.
24:52Comme disent les jeunes,
24:52vous pouvez la saigner.
24:54Prenez soin de vous,
24:55bien sûr,
24:56même si vous faites
24:56un naufrage,
24:57il faut rester,
24:58voilà,
24:58il faut regarder la gnaque.
25:00Bon, en tout cas,
25:01je suis très heureux
25:01de vous avoir fait cette vidéo.
25:02J'espère que ça vous a passionné
25:03autant que ça m'a passionné
25:05à la réaliser.
25:06Je vous embrasse très fort.
25:07Je vous salue bien bas
25:08et à très vite
25:09pour une prochaine vidéo.
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