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  • il y a 7 semaines
Après "La Panthère des neiges", le réalisateur et photographe animalier réalise "Le chant des forêts" (en salles le 17 décembre 2025).
Transcription
00:00Voilà, tu lisais les traces. On voit bien les traces. C'est de la biche.
00:06Là j'ai vu qu'il y avait trois cerfs qui étaient passés. J'ai vu qu'il y avait un renard aussi
00:10qui a zoné là. J'ai vu qu'un écureuil avait écorcé des pines de pin là-bas.
00:16C'est pas maladif mais en fait j'ai des yeux qui se calment partout parce que je fais ça depuis
00:26tout le gamin et que c'est génial, c'est excitant. T'es un enquêteur, t'es Sherlock Holmes en permanence.
00:32C'est quoi ton meilleur souvenir ? C'est comme j'ai vu pour la première fois le Grand Tetra.
00:38Ça, ça a été un grand moment. Cet oiseau vivait dans les Vosges depuis plus de dix mille ans.
00:48En cinquante ans, j'assiste à sa disparition. Donc mon père lui, il a quand même passé plus de
00:55mille nuits sous un sapin pour le Grand Tetra. C'est quand même un fou furieux, un passionné.
00:59Il y a huit ans, il y avait encore des Grand Tetra sur le haut qui paradaient sur une tourbière.
01:03C'est un oiseau un peu du paléolithique qui a besoin d'hiver très rigoureux, qui est armé
01:07pour l'hiver. Il a besoin de quiétude, de tranquillité et c'est vrai que nous on a vu
01:12sa population décliner jusqu'à s'éteindre. Les affûts pour cet oiseau, c'était assez exigeant.
01:16Il fallait rentrer à 17 heures le soir. Tu te glisses sous le sapin, t'es tout caché.
01:21T'as enlevé tout ce qui pouvait faire de bruit. Le papier d'aluminium, du chocolat, tu le vires.
01:27Tout ce qui est plastique, il ne faut vraiment faire aucun bruit. Tu restes dans ton UV, un filet
01:31de camouflage, une petite trouée et t'attends. Donc de 17 heures le soir jusqu'au lendemain 10 heures.
01:37Parce que lui, il va arriver sur place. Si tu l'entends se percher le soir, il va faire
01:42quelques cris un peu territoriaux, des cris trop bizarres, très guturaux. Et après, c'est le calme plat.
01:48T'entends les petites chouettes, les bécasses, si tout va bien. Et le matin, vers 3-4 heures du matin,
01:52c'est lui qui commence. Avant tous les autres oiseaux, en avril, il commence à faire ses premières
01:57notes. Un son hyper étrange. Vraiment un son préhistorique. Et il vient au sol. Il descend
02:04au sol, il commence à danser. Et c'est là que tu peux le voir. Mais souvent, on l'entend plus qu'on ne le voit.
02:08Et cet oiseau nous a vraiment appris à écouter, à développer tous nos sens, à se cacher, à se
02:17camoufler. Parce que tellement il est farouche, c'est l'affût ultime. Il faut vraiment être hyper,
02:22hyper discret.
02:23Et si, c'est un peu, c'est un peu ma maison en fait. Je n'ai jamais quitté. Je n'ai jamais quitté,
02:51cette forêt. Ma ferme n'est pas très loin. Ça a toujours été mon camp de base. Et c'est
02:56surtout là où j'ai tout appris. Parce que là, on ne se rend pas compte. Mais là, là, tout ça,
03:01c'est habité. Vraiment. Là, il y a plein de choses. Il y a peut-être une chouette pas très loin. Il y a
03:05des petites maisons jupées. On les a entendues tout à l'heure. Et le fait de se cacher, de se fondre
03:11dans la forêt, tu vas avoir plein de petites notes animales qui vont apparaître, qui vont surgir. Et moi,
03:17ça, ça me remplit. Ma première photo, c'était en 1988. Donc moi, j'avais 12 ans. Et c'est mon père
03:28qui m'a prêté un vieil appareil photo avec une mise au point à la main. Enfin bref. Il m'a laissé tout seul
03:35à l'affût, là, contre un arbre. J'étais sous un filet de camouflage pendant 2-3 heures. C'est assez long,
03:40quand on est gamin. Et c'est là où vraiment j'ai eu une rencontre incroyable. J'entendais pas derrière
03:45moi. Et puis des ombres. Il y a des silhouettes qui arrivent. Et là, des chevreuils à quelques
03:50mètres. Et quand t'es gamin, c'est excellent. T'arrives à figer ça, c'est fabuleux. Et après,
03:54vraiment, mon destin de vie a changé, quoi. Franchement. Et c'est pour cette raison que
03:57Simon est aussi dans le film. C'est vraiment à l'âge où il peut se passer des choses. C'est
04:01vraiment important de s'éveiller à tout ça, quoi. Dirige par là. Les arbres aussi. Écoute le chant des
04:11soiseaux, tu vois. La dimension sonore de ce film est hyper puissante et importante. C'est un
04:21personnage du film. Il y a même des scènes qui sont dans le noir qu'on écoute seulement,
04:24comme le lynx en l'occurrence. Et mon père, très tôt, il m'a inculqué ça. C'est pour ça
04:28qu'il y a cette vignette. Il y a cette séquence de la parabole. C'est cette espèce d'appareil qui vient,
04:34c'est comme un téléobjectif où on vient chercher, on zoome le son. C'est-à-dire qu'on rapproche le son dans le
04:39micro avec mon casque. Et c'est rigolo parce que moi, à l'âge de Simon, à 12 ans, j'ai retrouvé
04:44une photo noir et blanc où je suis là avec mon père avec son vieux Tascam, une parabole qu'il avait
04:47construite en fibre de verre. Et puis là, on l'utilise souvent et Simon l'a utilisé pour
04:52trouver la petite chouette chevêchette, le grand-duc.
05:09Tu vois, il y a un petit trou là derrière. Je vois pas. Si, regarde, montre les autres. Attends,
05:21montre-moi un peu avec ton noir. Tu vois les petits ? Ah oui, je l'ai. Ah ouais, génial.
05:26Regarde l'un de la deux. Elles sont prêtes à l'envol. Oh là là, ces petites gueules.
05:33Là, on entend que ça, c'est des petites mésanges noires. Et moi, je trouve ça fascinant parce que
05:39nous, on est avec nos gros dos Gore-Tex, nos gros duvets et des petites poules de plumes qui font
05:4410, 12 grammes et qui passent la nuit et on ne sait pas où elles dorment en fait. Elles ont des
05:49petits refuges. Donc bravo. Moi, je suis toujours assez émerveillé devant ça. Nous, on fait quand
05:56même beaucoup de bruit. On fait... Comment dire ? Eux, ils ont une espèce de justesse dans ce monde.
06:03Ils ne dépassent pas les bornes. Et même au niveau de leur beauté, je trouve qu'il y a une
06:08perfection. C'est quelque chose qui est dans leur plumage, dans leur manière d'être. Tout est vraiment
06:14juste. Je reste persuadé qu'en fait, on a tous nos âmes de gamins, cette espèce de capacité à s'émerveiller
06:22qui sont là. Il faut juste les réveiller en fait. Et ma proposition avec ce film, c'est ça. De par
06:28ce partage de tous ces instants incroyables qu'on vit en forêt, c'est essayer sans mots, parce qu'il y en
06:34a marre de discours parfois. Sans mots, c'est juste faire retravailler ces énergies, ces sensations,
06:40ces vibrations que nous, on a. Si on y va sur la pointe des pieds, qu'on est attentif, qu'on n'est pas en
06:44position vraiment de dominant et qu'on s'efface, il faut quand même aller dehors quoi. Sinon,
06:50on reste dans nos bulles de confort et on n'aura pas d'empathie. On n'aura pas, on ne sera pas touché
06:56par ce qui part, parce qu'il faut le vivre un petit peu. Donc moi, je serais content que les
07:03gens prennent un duvet et aillent bivouaquer de manière très discrète, en chuchotant, en se fondant.
07:09Mais peut-être pas partout, en lisière de forêt ou près d'un chemin, mais peut-être pas au cœur. Il faut
07:15toujours garder des endroits. Il faut garder une certaine quiétude pour les bêtes. Je pense que
07:22ça, c'est quand même assez important. On sait qu'ici, il y a un équilibre. Tout est en place. Ils ont
07:27chacun leur fonction. Il faut toujours avoir en tête que nous, on peut y amener un déséquilibre. On essaye,
07:34par ce film, de montrer comment est-ce qu'on procède et d'essayer de se retirer. Ici, je rêverais
07:41d'être un lynx, parce qu'il fait quasiment pas de bruit. Il est hyper discret. Il aime être
07:46assez proche de ses proies. Donc moi, c'est un peu pareil. Il aime l'affût beaucoup. Il attend,
07:51il observe. Donc je me calque beaucoup sur leur manière d'être en forêt.
08:04de la mort.
08:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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