00:00Bonjour Vincent Meunier.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes photographe et cinéaste animalier.
00:05Depuis vos 12 ans, vous suivez les traces de votre père,
00:07naturaliste et étudié, observé, filmé, immortalisé la beauté de ce monde sauvage.
00:12Le public vous a découvert grâce à vos images souvent époustouflantes.
00:15Nous offrons l'immense chance de découvrir le monde animal et la nature la plus vierge possible.
00:20Presque yeux dans les yeux d'ailleurs.
00:21On a ainsi découvert le bœuf musqué, l'ours brun, le yak sauvage
00:25ou encore le loup arctique que vous avez filmé dans des conditions de froid extrême.
00:28Vous êtes d'ailleurs le papa de La panthère des neiges, sorti en 2021,
00:32en co-réalisation avec Maria Miguel et avec à vos côtés un certain Sylvain Tesson,
00:36film qui vous a permis d'obtenir le César du meilleur documentaire.
00:39Vous signez aujourd'hui la réalisation du film Le champ des forêts.
00:42C'est une invitation à découvrir les forêts des Vosges, un peu celles de Norvège,
00:46celles qui vous ont tant appris grâce à votre père d'ailleurs Michel, naturaliste,
00:50celui-là même qui a passé sa vie à l'affût de la moindre trace ou existence d'animaux rares et sauvages,
00:55donc indomptables dans les bois.
00:57Ce film vous permet avant tout de laisser une trace et d'autre part de transmettre à votre tour,
01:01à votre fils qui s'appelle Simon.
01:03Nous découvrons donc trois regards, trois générations unis autour d'une même fascination pour la vie sauvage.
01:08Le spectateur est plongé au cœur de ce lieu habité par toutes sortes d'animaux,
01:12donc il y a des cerfs, des biches, des oiseaux rares comme les piques noires, des renards, des lynx aussi,
01:16et parfois le battement d'elle d'un animal légendaire, le grand tétra, le plus beau souvenir d'ailleurs.
01:22Votre père le confie dans ce documentaire, donc du grand-père de Simon,
01:26une espèce qui est en train de s'éteindre à cause de l'activité du climat,
01:30qui est une déception évidemment énorme.
01:32Vous, votre animal totem, c'est la grue.
01:34Ce film raconte la nature, mais avant tout, il vous raconte vous et votre famille.
01:37Je crois que c'est la première fois que vous nous tendez autant la main vers ce qui vous touche le plus
01:41et vers la personne que vous êtes au fond de vous-même et les personnes que représente cette famille.
01:47Oui, c'est bien résumé. Merci. En tout cas, oui, là je m'ouvre un petit peu, c'est vrai.
01:54Pourtant, on est une famille assez pudique, mais j'avais cette envie de partage en tout cas.
01:59J'ai bien conscience du privilège que j'ai eu d'avoir grandi dans une famille comme celle-ci,
02:04avec la forêt pas très loin, et de voir comment est-ce qu'on se comporte en forêt,
02:09comment est-ce que si on est attentif, on se tait, on s'efface,
02:12il y a tout un nouveau monde qui apparaît.
02:15Et j'avais vraiment cette envie de partager ça.
02:18Parce que comme vous l'avez dit, il y a ces parenthèses un peu enchantées
02:21d'aller voir des espaces encore plus vierges, plus grands, l'Arctique, le Tibet.
02:27Mais là, les Vosges, c'est là où j'habite en permanence, c'est là où j'ai tout appris,
02:30c'est encore plus fort.
02:32Et puis, j'y ajoute une dimension un peu plus personnelle,
02:36où en effet, il y a cette transmission entre trois générations.
02:41En tout cas, les prédateurs que nous sommes, nous les hommes,
02:43effectivement, posent les armes dans ce film.
02:45C'est ça qui est très fort d'ailleurs.
02:47Il n'y a aucune arme.
02:49La seule arme finalement qui reste, ce sont nos cinq sens.
02:52Vous les mettez d'ailleurs à rue d'épreuve,
02:54parce qu'on entend le bruit des oiseaux, le bruit de la forêt,
02:57même le bruit des arbres.
02:59Les corses, c'est assez fou.
03:00On entend presque l'humus pousser.
03:03C'est assez diabolique.
03:06Est-ce que ce n'est pas ça, la force de votre travail,
03:09Vincent de Munier, depuis vos débuts ?
03:10C'est-à-dire de laisser, de vous effacer finalement,
03:15parce que ça nécessite une humilité colossale
03:18que celle d'observer le monde sauvage.
03:21Oui, en tout cas, c'est ça.
03:24Sur le terrain, il se passe tellement de choses difficilement descriptibles.
03:30Les mots ne sont pas assez forts, en fait, je trouve.
03:33Et c'est la magie du cinéma.
03:35C'est vrai que je suis un homme d'image.
03:37J'ai commencé avec la photographie, maintenant le cinéma.
03:40Mais c'est magique, parce que les gens sont aussi enveloppés.
03:43Et quand on rentre dans une forêt, on se sent aussi enveloppé.
03:47On y pénètre.
03:48Ce n'est pas comme le Tibet, où on domine et on voit tout.
03:50On se met derrière un rocher, on voit.
03:52Là, on a un sentiment.
03:54C'est un peu comme quand on rentre dans une cathédrale.
03:56On est un peu ému.
03:58Enfin, pas ému, mais là, on se dit respect.
04:01Il y a quelque chose de fort.
04:03Et moi, j'aimerais qu'on ait le même sentiment
04:05que le fait de rentrer dans une cathédrale
04:07quand on rentre dans une forêt.
04:09C'est plein de présences invisibles qui sont là.
04:10C'est plein, comme dit mon père, c'est plein de petits cœurs qui battent.
04:14Et nous, le fait de s'effacer,
04:16on va vivre des moments hyper intenses.
04:19Et vous avez raison, la dimension sonore dans ce film,
04:23le son est aussi important que les images.
04:26Et parfois, il y a même un écran noir pendant une minute.
04:29Et je vous invite à, comme si on était à l'affût,
04:32sous un sapin, sous un camouflage où on ne voit que dalle,
04:34d'écouter, d'entendre les parts d'un lynx qui s'approche de nous,
04:38qui feule de plus en plus près.
04:40En fait, c'est vraiment ce film.
04:43J'ai essayé de recréer les moments
04:45de manière assez sincère et authentique.
04:48Il n'y a pas de triche,
04:49c'est que des animaux libres et sauvages.
04:51Il n'y a pas de bruitage,
04:52c'est que des vrais sons
04:52pour vous faire vibrer comme nous, on vibre dehors.
04:56On comprend que ça passe par l'ego, quand même.
04:58Énormément.
04:59C'est-à-dire que votre père, d'ailleurs,
05:01quand il raconte l'image du tétra,
05:03la première émotion qu'il a eue avec cet animal,
05:07il raconte ça à Simon dans cette petite cabane
05:09et vous êtes tous les trois réunis.
05:11Il parle de cet oiseau fantôme,
05:15de ce besoin, lui, de devenir invisible.
05:18Il faut quand même mettre l'ego de côté
05:20pour accepter d'être invisible.
05:21Oui, je pense que c'est une espèce
05:25d'attention, de fascination
05:30par ces bêtes qui sont justement
05:31à leur juste place.
05:32Lui, il a été sidéré par le fait
05:35qu'un si gros oiseau vive dans des conditions
05:37aussi rudes, parce que c'était
05:38une cathédrale de glace,
05:40c'était tout givré,
05:42il faisait moins vin.
05:43Il se disait, mais comment ?
05:44De quoi il se nourrit ?
05:46Comment il vive dans ces tempêtes ?
05:48C'est fascinant, quand même.
05:50Et ça, ça nous amène
05:51à beaucoup plus d'humilité.
05:53Et en effet, cette capacité à s'effacer,
05:56à se retirer, à rentrer,
05:59c'est franchement ça.
05:59Parce que moi, ce film,
06:00il invite aussi les gens à aller dehors.
06:02Moi, j'aime assez bien
06:03les premiers retours des avant-premières.
06:05Les gens disent ça.
06:06Quand je vais en forêt,
06:07je ne regarde plus la forêt
06:08de la même manière.
06:09Et je dis, ça, c'est tant mieux.
06:10Comment est-ce qu'on fait
06:11pour aller dehors ?
06:14Parce que moi, je trouve que
06:15le dehors, c'est une réponse au-dedans
06:19dans le sens où on se fait
06:21du bien à l'intérieur, franchement.
06:22Donc, il faut quand même aller dehors.
06:24Mais après, on a une responsabilité.
06:26Comme tout est en place,
06:27tout est en ordre,
06:28attention de ne pas tout foutre en l'air.
06:31Donc, sur la pointe des pieds.
06:32Et c'est ce qui m'a inculqué, mon père.
06:34Et dans ce film, j'espère que c'est ça.
06:35Comment est-ce qu'on y va ?
06:36Comme un lynx à pas feutrer,
06:38tout doucement.
06:39On se met dans la peau d'un lynx,
06:41on s'efface, on regarde.
06:44Et franchement, on va se nourrir
06:47de choses tellement belles,
06:49accessibles à tous.
06:50On s'échappe de la consommation.
06:52Et c'est des choses qui sont là,
06:53qui sont gratuites
06:54et qui nous font un bien fou
06:57sans qu'on s'en rende compte.
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