00:00Oui, la gestion de ce dossier est l'illustration parfaite des limites du « en même temps ».
00:06Car si la France affiche aujourd'hui une position de fermeté au sujet du Mercosur,
00:11c'était loin d'être une évidence au début du mandat d'Emmanuel Macron.
00:15Il faut se souvenir des mots du chef de l'État en 2018.
00:18Cet accord était à ses yeux, je cite, « important, bon pour de nombreuses filières agricoles et pour l'économie française ».
00:25Un an plus tard, en 2019, la tonalité était la même.
00:28Le locataire de l'Elysée jugeait l'accord comme bon à ce stade.
00:31Et surtout, il mettait en garde contre les réflexes néo-protectionnistes de ceux qui le pourfondaient.
00:38C'était sans compter sur un changement de pied d'Emmanuel Macron, quelques mois plus tard,
00:42refroidi par le président brésilien Jair Bolsonaro.
00:45Il dénonçait alors, la même année, un accord pas acceptable dans sa forme actuelle.
00:50Une opposition maintenue jusqu'en juin dernier.
00:53A l'occasion d'une visite de Lula à Paris, Emmanuel Macron se montrait tout à coup de premiers signes d'ouverture,
01:00jusqu'à une ouverture encore plus grande.
01:02Encore le mois dernier, en marge de la COP30 au Brésil, Emmanuel Macron s'est dit en effet plutôt positif
01:08sur la prise en compte des demandes françaises.
01:10Une sortie qui avait fait bondir les agriculteurs, comme à commencer par la FNSEA,
01:15qui dénonçait en effet un reniement total et une rupture avec l'agriculture française.
01:20Et pas plus tard que dimanche soir, à six jours du voyage d'Ursula von der Leyen au Brésil,
01:25nouveau revirement à 180 degrés.
01:28Emmanuel Macron, via son entourage, a fait savoir que le compte n'y était finalement pas
01:33pour protéger les agriculteurs français.
01:35Il a demandé un report du vote.
01:37Bref, la fin de huit années, sans ligne directrice, sans stratégie claire, sans cap.
01:43Et cette navigation à vue, elle se poursuit, Jacques ?
01:46Oui, car après le flou sur la position française ces dernières années, c'est désormais le flou
01:51qui prend le pas sur ce qui se profile pour cette fin de semaine.
01:56Emmanuel Macron veut gagner du temps, repousser la signature de l'accord avec l'Argentine,
02:00le Brésil, le Paraguay et lui régler la signature.
02:02La signature est prévue samedi à l'occasion d'un voyage de la présidente de la Commission européenne,
02:07Ursula von der Leyen.
02:08Mais en coulisses, Paris est à la manœuvre.
02:11Un bras de fer est engagé avec l'Union européenne.
02:14Et nul ne sait aujourd'hui comment tout cela va se terminer.
02:17Car la France est isolée.
02:19Seule la Hongrie et la Pologne voteraient contre à nos côtés.
02:23L'Autriche et la Belgique devraient s'abstenir.
02:25Bref, le flou, encore une fois, est total.
02:28Et c'est l'Italie qui pourrait se retrouver dans le rôle d'arbitre.
02:31Deux sources diplomatiques rapportent auprès de l'agence Reuters à Bruxelles
02:34que la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et le président français, Emmanuel Macron,
02:39se seraient mis d'accord sur la nécessité de reporter le vote.
02:44Alors, si ce soutien de Rome devait se confirmer, la minorité de blocage serait atteinte.
02:49Je le rappelle, il s'agit pour les opposants au Mercosur de réunir au moins 4 pays
02:54et 35% de la population européenne avec l'Italie.
02:58Ce serait bel et bien le cas.
03:00Dans ce cas de figure, la présidence danoise du Conseil de l'Union européenne
03:04pourrait décider donc de reporter le vote.
03:07Autant vous dire qu'à Bruxelles, cette situation énerve, agace les dirigeants de l'Union européenne
03:13pressés d'en finir et d'aller signer l'accord ce week-end au Brésil.
03:17Et c'est justement la France qui agace ?
03:18Oui, car à Bruxelles, personne n'est dupe de la manœuvre d'Emmanuel Macron.
03:23Cette demande de report de toute décision à 2026 ne s'explique essentiellement
03:28que par la crise provoquée par la dermatose nodulaire contagieuse en France.
03:33L'exécutif veut juguler la colère.
03:36Et dans les couloirs des institutions européennes,
03:38nombreux sont ceux qui estiment qu'Emmanuel Macron ne réagit que par démagogie.
03:44Paris navigue à vue, sous la pression et à la vue de tous.
03:49Sous-titrage Société Radio-Canada
03:52Sous-titrage Société Radio-Canada
03:54Merci.
03:55Merci.
Commentaires