00:00Barbara Dufour est avec nous, merci beaucoup. Vous êtes professeure émérite en épidémiologie,
00:04professeure à l'École nationale vétérinaire d'Alfort. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions.
00:09Tout d'abord, justement, sur cette procédure qui est en cours, ce protocole.
00:14Il y a, du côté de certains syndicats, on réclame des modifications,
00:18notamment qu'on ne passe plus à l'abattage systématique de tout le troupeau
00:22lorsqu'il y a une seule vache qui est malade. Pour vous, ça reste pourtant la bonne solution ?
00:28Oui, alors bonjour. D'abord, c'est une solution qui est très difficile à vivre pour les éleveurs.
00:35On ne peut pas passer sur ce plan. Pour autant, sur le plan collectif,
00:39au niveau de la gestion de l'épisode aussi, c'est sans doute une mesure nécessaire.
00:43Alors, je vais m'expliquer très rapidement. Je rappelle qu'il y a, dans cette maladie virale,
00:48pour laquelle il n'y a donc pas de traitement, une durée d'incubation maladie grave
00:54qui tue environ 10% des animaux qui sont atteints et qui, pour tous les animaux malades,
00:59les laissent dans un état de souffrance, d'une part, et d'autre part, de détresse
01:04et de perte économique considérable. Et enfin, un troisième point à bien se rappeler,
01:09c'est que la moitié des animaux infectés et excréteurs de cette maladie
01:13n'ont pas de signe clinique. Donc, ils sont dangereux et on ne peut pas
01:17les identifier simplement. Donc, ces éléments-là ont conduit à cette politique
01:23d'abattage totale, qui est une très grande difficulté, une catastrophe pour les éleveurs
01:28qui vivent ça. Je ne le sous-estime absolument pas. Mais qui est absolument nécessaire
01:32pour protéger les autres éleveurs qui habitent autour de cet élevage.
01:37Justement, juste là-dessus, pardon, Barbara Dufour, justement, la solution qui est proposée,
01:41encore une fois, par certains de ces agriculteurs, c'est d'abattre uniquement la vache
01:45qui est malade, et puis ensuite de confiner de l'exploitation du reste du troupeau.
01:50Donc, ils ne pourraient pas bouger et aller contaminer potentiellement d'autres vaches.
01:54J'aimerais savoir ce qu'on appelle un confinement pour des animaux qui vivent
01:58par définition à moitié en extérieur. Les vaches laitières sont des animaux
02:02qui ont besoin de brouter, qui transforment l'air en lait, notamment.
02:06J'imagine que c'est un troupeau laitier, celui qui est en suspicion également.
02:10Donc, le confinement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire, en fait, qu'on empêche
02:14les animaux de circuler, ce qui est déjà le cas.
02:17Normalement, les animaux ne doivent pas circuler, y compris dans la zone
02:20des 50 kilomètres, autour des foyers.
02:23Et c'est sans doute parce que des animaux ont circulé trop tôt,
02:27trop tôt par rapport au diagnostic qu'on a pu imposer,
02:31qu'on a aujourd'hui encore un certain nombre de foyers
02:33qui apparaissent dans cette zone.
02:35Donc, le confinement n'est pas la solution.
02:38La solution, c'est d'essayer le plus vite possible d'éradiquer le virus.
02:43Alors, je vous dis, une fois de plus, c'est dramatique pour l'éleveur,
02:45mais dans un cadre de gestion collective d'une épisodocie,
02:50il faut bien comprendre que l'abattage de ce troupeau,
02:53d'un troupeau, d'un éleveur, c'est être solidaire des autres éleveurs
02:58qui sont autour.
02:59C'est protéger les troupeaux autour, dans un rayon de 4 à 5 kilomètres.
03:03Et ne pas le faire, c'est les mettre en danger.
03:05Et les mettre en danger d'avoir de nouveaux foyers.
03:08La vraie question est, qu'est-ce qu'on veut faire de cette maladie ?
03:11Est-ce qu'on veut la laisser continuer à galoper ?
03:13Ou est-ce qu'on veut, au contraire, l'éradiquer ?
03:15Je crois que c'est cet objectif-là qui est visé par l'ensemble des pouvoirs publics
03:20et par un grand nombre d'éleveurs.
03:22Il y avait ce matin un éleveur qui parlait sur une autre chaîne,
03:25un éleveur de la Sarthe.
03:26Il n'a pas du tout envie que ça arrive dans l'ouest de la France,
03:29ce qu'on peut tout à fait comprendre.
03:31Et c'est pour protéger aussi le troupeau français
03:33qu'on est obligé d'appliquer ces mesures
03:37qui sont un peu lourdes et un peu drastiques.
03:40Merci beaucoup.
03:40Le dernier point que je voudrais souligner,
03:43c'est que la vaccination large,
03:45telle qu'elle va se passer actuellement,
03:47va certainement protéger un certain nombre de troupeaux.
03:50Mais n'oublions pas que les animaux qui vont être vaccinés
03:53pendant un certain nombre de semaines
03:54ne pourront pas circuler.
03:56Ils ne pourront plus être vendus,
03:57ni en Espagne, ni en Italie,
03:58comme la plupart des broutards de ces régions,
04:02de l'ensemble de la France d'ailleurs,
04:03ont l'habitude de partir.
04:04Merci.
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