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  • il y a 8 mois
Avec Hamza Bensatem, ancien enfant placé et président d'Adepape 13, (association d'entraide pour les jeunes confiés ou anciens confiés à l'ASE)


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##C_EST_A_LA_UNE-2025-12-11##

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Transcription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Il est 7h13, c'est à la une ce matin.
00:09Vous avez sans doute été choqué aussi par ces images et ces faits d'un enfant tondu à l'aide sociale à l'enfance par des éducateurs.
00:21Alors les faits sont déroulés au mois de février dans un foyer éducatif de Paris du 13e arrondissement.
00:27On ne l'a appris que ces derniers jours, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête.
00:33Nous sommes avec Hamza Bensaten, qui est un ancien enfant placé, qui travaille évidemment sur ce sujet avec une association à des papes 13.
00:42Bonjour, merci d'être avec nous.
00:45Bonjour, merci de votre invitation.
00:46Première, on va en parler de l'aide sociale à l'enfance en général, puisque visiblement il y a quand même des soucis.
00:54Mais déjà sur cette affaire hier qui a été révélée en ce début de semaine, quelle a été votre réaction à la vue de ces images ?
01:03Eliott tondu alors qu'il avait je crois 8 ans.
01:06Oui, j'ai été horrifié de voir ces images, horrifié déjà en tant qu'ancien enfant confié.
01:12Je me mets à la place du petit Eliott, puisque moi j'ai grandi dans plusieurs foyers de Marseille et de la région PACA.
01:18Donc je sais ce que c'est de se retrouver face à des professionnels, comme je dirais, un peu bancals.
01:24Et c'est surtout le signe d'une protection de l'enfance qui est aujourd'hui à bout de souffle.
01:28C'est le signe, en fin de compte, de pas mal de choses, de l'épuisement des professionnels, de l'abandon, en fin de compte, du système de protection de l'enfance.
01:36Et donc quand je vois que des professionnels mettent film et postent aujourd'hui l'humiliation qu'ils ont porté à Eliott sur le réseau WhatsApp, c'est honteux.
01:48Oui, c'est ça.
01:49Quand vous dites qu'il y a un abandon, qu'il y a un problème de l'aide sociale à l'enfance, qu'est-ce que vous voulez dire ?
01:55Parce que je crois qu'on l'a évoqué, mais à Paris et peut-être dans d'autres endroits, il y a des problèmes.
02:02Alors peut-être pas aussi graves, mais on ne connaît pas tout, bien sûr.
02:08En fait, on protège des enfants avec un système fragilisé lui-même, en fin de compte.
02:12Ou forcément, du coup, ça ne fonctionne pas.
02:14Aujourd'hui, vous avez pratiquement 400 000 enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance.
02:19Et en fait, j'ai l'impression que c'est trop peu pour que l'État...
02:21Combien vous dites ? 400 000 ?
02:24Pratiquement 400 000, oui.
02:25C'est énorme quand même, 400 000, quoi.
02:28Ils viennent d'où, ces enfants ?
02:29Ils viennent de la plupart des grandes villes, beaucoup dans le nord, à Marseille, Paris.
02:37Non, mais il y a des familles qui sont déchirées, qui ne peuvent plus élever leurs enfants, de divorces, d'abandons quasiment, d'enfants.
02:46Tout à fait, c'est des enfants qui n'ont pas choisi de vivre leurs placements.
02:53C'est des enfants qui sont victimes d'abus de faiblesse, d'abus par leur famille, de maltraitance, d'abandon, et donc, du coup, qui se retrouvent protégés.
03:05Donc, on les place soit dans des familles d'accueil ou des foyers.
03:08Aujourd'hui, malheureusement, et moi, je parle pour mon département, par exemple, à Marseille, on a très peu de familles d'accueil.
03:13On a beaucoup de sites, comme à Paris, de grands sites qui accueillent une centaine d'enfants.
03:17Et malheureusement, avec des professionnels qui ne sont pas formés, avec des intérimaires, avec du personnel qui a seulement le BAFA, une formation de cinq jours,
03:25et qui vient être en présence avec des jeunes, des professionnels qui, eux-mêmes, sont en difficulté, et qui viennent aider d'autres jeunes en difficulté.
03:35Et donc, du coup, ça crée du dysfonctionnement, ça crée des jeunes qui grandissent avec des troubles psychologiques, ça crée des jeunes qui se retrouvent SDF une fois majeurs,
03:43alors qu'on met énormément de moyens.
03:45Aujourd'hui, ce n'est pas une histoire, je dirais, d'argent, c'est une histoire d'ambition qu'on va porter autour de la protection de l'enfance.
03:52On a l'impression...
03:53Qu'est-ce qu'il faudrait, alors, Hamza ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
03:58Vous dites, effectivement, ce n'est pas qu'une question d'argent, c'est quoi ?
04:01C'est mieux former encore les éducateurs, parce que quand vous dites qu'ils n'ont qu'un BAFA et quelques jours, simplement, de formation,
04:09ils se retrouvent face à des situations qui ne sont pas forcément faciles à gérer.
04:13Un éducateur, par exemple, dans un foyer spécialisé comme ça, il a combien d'enfants à gérer ?
04:19Tout dépend, justement. Il n'y a pas de taux d'encadrement aujourd'hui, donc c'est un peu au bon vouloir de la maison d'enfants.
04:24On peut avoir un éducateur pour 12 enfants, un éducateur pour 16 enfants, un éducateur pour 8 enfants, alors que ce sont des enfants en difficulté.
04:31Aujourd'hui, il faut une formation exigeante du secteur. Il faut aussi une vraie politique de recrutement.
04:38C'est un métier qui n'est pas attractif, c'est sous-payé, il y a très peu de contrôle.
04:44Il faut aussi une supervision des équipes, une vraie culture aussi de la bien-traitance.
04:49Aujourd'hui, on n'entend pas du tout la parole des premiers concernés, les enfants ne sont pas entendus.
04:53Ils ne sont pas lotés d'un foyer à un autre. Moi, j'ai connu pratiquement plus de 8 maisons d'enfants.
04:58Et comment on peut grandir avec peu de liens d'attachement, peu de repères ?
05:04Et donc, c'est ce qui va me faire à un moment donné.
05:06Il manque ce repère. On va terminer, effectivement, sur ces mots, Hamza.
05:09Est-ce que vous, vous avez eu un lien d'attachement quelque part qui vous a sauvé ?
05:14Parce qu'aujourd'hui, vous, vous avez, entre guillemets, réussi, Hamza.
05:18Moi, j'ai eu la chance, effectivement, à un moment donné, de retrouver cette main tendue des adultes aimants.
05:25Mais aujourd'hui, par exemple, pour vous dire, j'étais dans les quartiers nord de Marseille, issus d'un bidonville.
05:30Et donc, c'était compliqué de pouvoir retrouver un repère.
05:34Mais j'ai quand même retrouvé des professionnels qui font, certains font un travail remarquable,
05:38mais sans formation solide, sans supervision, sans cadre partagé, sans lécher le sou, sans faire d'improvisation.
05:44Enfin, quand il faut vraiment des professionnels, c'est quand même des enfants.
05:47Et on a besoin, aujourd'hui, pour s'épanouir, d'avoir autour de nous des adultes fiables.
05:52Merci beaucoup, en tout cas, pour ce témoignage et cette SOS que vous envoyez aussi,
05:58et bien sûr, pour l'aide sociale à l'enfance.
06:00Merci d'avoir été sur Sud Radio ce matin en direct.
06:03Si vous voulez réagir, 0 826 300 300, tout à l'heure, vous aurez la parole.
06:07Merci.
06:08Merci.
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