00:00Le réchauffement climatique est une des manifestations les plus évidentes d'un changement
00:13dans les conditions de vie sur Terre.
00:15Parmi toutes les causes avancées, celle du prix Nobel de chimie 1995, Paul Krudzen,
00:22publié en 2002 dans la revue Nature, a connu un succès fulgurant.
00:27En avançant l'idée d'une nouvelle ère géologique qu'il baptise Anthropocène,
00:32il désigne l'ère où l'homme devient lui-même une force géologique qui, par
00:36son action, bouleverse les forces naturelles qui jusqu'ici régissaient l'évolution
00:42du système terrestre.
00:43Mais définir une ère géologique ne peut se faire que sur des critères objectifs acceptés
00:49par la communauté scientifique des géologues.
00:52C'est pourquoi la reconnaissance de l'anthropocène a fait l'objet d'un examen formel depuis
00:57plus de 15 ans à partir d'un dossier établi par la sous-commission du Quaternaire, la
01:02SQS, instance de la Commission stratigraphique internationale dépendant de l'Union internationale
01:09des sciences géologiques.
01:10Le verdict rendu par la SQS et approuvé aux divers échelons de l'Union a été de refuser
01:17de définir la nouvelle ère que serait l'anthropocène.
01:20Le rôle du groupe de travail sur l'anthropocène qui avait préparé le dossier était de proposer
01:26une date, 1952 avait été suggéré, et une validation stratigraphique s'appuyant sur
01:32les traces laissées dans les sédiments, les roches ou les glaces, d'une différenciation
01:37nette entre l'holocène et une nouvelle ère baptisée anthropocène.
01:41Ce groupe de travail avait conclu que les marqueurs de cette transformation géologique
01:47de la Terre étaient suffisamment nombreux pour justifier ce changement d'ère, mais
01:52finalement sans être suivi par la majorité de la SQS.
01:55La décision de la SQS est contestée au sein même de la communauté des géologues sur
02:02la base de divers arguments qu'on peut qualifier de techniques.
02:05Ceux qui refusent la nouvelle nomenclature avancent notamment la distinction nécessaire
02:11entre le temps long de la géologie et le temps court du calendrier humain, argant qu'il
02:16est encore trop tôt pour juger de l'avènement d'une ère nouvelle, même si des signes
02:20visibles de transformation sont réels, présence de plutonium ou de plastique dans les sédiments,
02:26émissions importantes de carbone, perte de biodiversité.
02:29Il ne serait pas suffisant pour indiquer une rupture nette.
02:32Peut-on dès aujourd'hui dire qu'à partir de 1952 commence une période appelée à durer
02:39aussi longtemps que l'holocène, démarrée il y a 11 700 ans ?
02:43Naomi Oreske, coautrice du best-seller Les marchands de doutes avec Eric Conway, se déclare
02:51déçue de la décision de la SQS, au motif que ce refus laisse entendre qu'elle ne veut
02:56pas reconnaître l'évidence d'un changement reconnu par tous.
02:59Toutefois, la question posée par l'anthropocène me semble moins relevée de critères techniques
03:06que seuls les géologues sont à même de trancher, que dans le nom choisi pour cette
03:10nouvelle ère.
03:12Car si l'homme, en tant qu'espèce, prend le pas sur la nature, il l'a toujours fait
03:16dès la domestication du feu, et même avant.
03:19Ce qui serait nouveau et spécifique à l'anthropocène serait surtout le fait que l'échelle de
03:25ces changements est telle qu'elle menace la possibilité de la vie terrestre telle
03:29que nous la connaissons.
03:30Et repérer du plutonium et des plastiques dans des sédiments peut difficilement être
03:35attribué à l'espèce humaine avant la révolution industrielle, quand ni le plutonium
03:40ni les plastiques n'étaient connus.
03:41Or, qualifier cette ère d'anthropocène, c'est attribuer à l'homme, en tant qu'espèce,
03:47la responsabilité de ce changement.
03:49Mais si l'homme est par nature conduit à détruire son environnement, il n'y a pas
03:54lieu de lui en faire porter une quelconque responsabilité.
03:56Ce qui rend la lutte contre le réchauffement climatique bien difficile.
04:00L'homme est alors comme le scorpion qui pique la grenouille qui l'aide à traverser
04:05la rivière, signant ainsi sa propre fin au grand étonnement de cette dernière.
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