00:00Le 25e forum des projets urbains, on est sur le plateau délocalisé de Bismarck for Change avec Franck Boutet. Bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Je suis heureux de vous accueillir, vous êtes le fondateur, le président de l'atelier Franck Boutet que vous allez nous présenter en quelques mots pour commencer.
00:21En quelques mots, l'atelier Franck Boutet existe depuis 21 ans à peu près, donc à peu près au début de l'atterrissage des questions environnementales dans le monde de l'immobilier et de l'aménagement.
00:31Et donc on travaille sur tous les enjeux environnementaux, de développement durable, de soutenabilité, de transition écologique, de bifurcation,
00:37parce qu'en fait les termes ont évolué sur des projets un peu de toute nature et de toute taille, j'aime bien dire même du matériau au territoire.
00:43Donc 21 ans au service de la transition sur les territoires.
00:48Avec une notion que vous avez presque inventée, que vous avez participé à mettre en œuvre, c'est la co-conception environnementale.
00:56Alors quand on prépare l'interview, vous me dites oui, mais ça, ça fait longtemps, mais moi j'aimerais bien savoir ce que vous entendez par co-conception environnementale.
01:02Alors oui, c'est vrai qu'on dit l'atelier, donc c'est à la fois un atelier de conseil, de co-conception ou de conception intégrée.
01:07D'ailleurs, je vais peut-être parler de conception intégrée et d'ingénierie quand même, parce qu'on fait beaucoup d'ingénierie.
01:11Alors pourquoi on a commencé à parler ou en tout cas à travailler sur cette notion de la co-conception ou de la conception intégrée ?
01:18C'est qu'au tout début, donc il y a une vingtaine d'années, quand les questions environnementales sont arrivées, en fait, c'était un peu le grand traumatisme pour tout le monde.
01:26Tous les acteurs de la ville se disaient, mais comment on va faire pour maintenant objectiver la consommation d'énergie des bâtiments, pour objectiver leur empreinte carbone ?
01:34Et en fait, ça faisait un peu peur et on a commencé à avoir finalement une forme de, parfois d'éloignement ou de monde qui commençait à se séparer entre les concepteurs,
01:43les décideurs d'un côté et puis ces enjeux techniques qui arrivaient, qui pouvaient devenir finalement des enjeux propriétaires,
01:49qui étaient pilotés par des personnes qui arrivaient avec des solutions techniques,
01:53comme la transition énergétique sur les réseaux d'énergie, des solutions d'isolation, des solutions de production photovoltaïque,
02:01et en fait, au risque de perdre finalement la notion de projet ou l'approche sociétaire.
02:05Ah oui, c'était ceux qui apportaient les solutions techniques qui étaient en train de prendre un an entre guillemets.
02:08Il y avait un risque comme ça de schisme ou de dissociation entre d'un côté les tenants de la solution technique et de l'autre côté les concepteurs et les décideurs.
02:15Donc on a vraiment travaillé sur comment on arrive à rendre urbano-compatibles ces enjeux qui d'abord pouvaient paraître étrangers à l'acte de construire,
02:25à l'acte architectural ou l'acte d'aménagement, pour faire en sorte que ça devienne vraiment des dispositifs pilotés par le projet,
02:33pilotés en termes d'enjeux sociétaux et que vraiment ça fasse partie de l'ADN du projet.
02:39Oui, alors, et vous avez vu petit à petit justement les architectes, les concepteurs l'intégrer à leur réflexion dès le départ.
02:46Maintenant, c'est naturel d'une certaine façon ou il faut encore entre guillemets évangéliser ?
02:52Il faut quand même continuer à évangéliser parce qu'en fait, ce qui devient naturel, c'est ce qui a été traité il y a une vingtaine d'années.
02:56Donc, par exemple, l'énergie. Aujourd'hui, les architectes, les concepteurs savent bien qu'il y a de l'énergie embarquée
03:01dans leur premier geste, dans un premier trait d'esquisse. En fait, il y a de l'énergie.
03:06Le fait de mettre un bâtiment horizontal ou vertical, en fait, ça traite déjà d'énergie.
03:10Après, le carbone, c'est arrivé un peu plus tardivement. Il y a sept ans, il faut continuer à culturer l'ensemble des acteurs
03:16à la question du carbone et puis à la question évidemment de la biodiversité,
03:21la question du confort ou de la résilience au changement climatique et comment on anticipe les conditions de demain,
03:27comment on s'adapte à un monde en perpétuelle évolution.
03:31Là, il faut quand même continuer à faire de la culturation.
03:33Est-ce qu'on peut prendre un exemple ? Allez, on va prendre une minute trente pour que vous nous racontiez, je ne sais pas,
03:37le dernier grand projet sur lequel vous travaillez.
03:40Alors, puisque je viens de parler d'adaptation, il y a vraiment cet enjeu, c'est-à-dire que j'ai parlé de 20 ans de pratique.
03:45Pendant 20 ans, on a beaucoup fait de l'efficacité énergétique, puis de la réduction d'empreintes carbone.
03:51Et depuis 2022, parce qu'en fait, c'est très récent, depuis 2022, il y a vraiment un avant après 2022.
03:56On a vécu avec la crise sanitaire, puis l'été 2022, des bouleversements.
04:02Et tout le monde disait, mais finalement, ce qui est en train de nous arriver en 2020, donc avec la crise sanitaire,
04:08puis en 2022, avec l'été 2022, c'est la préfiguration de ce qui nous arrivera demain de façon quotidienne.
04:14Et donc là, c'est vraiment la prise de conscience de nos établissements humains, nos villes, ne sont pas adaptés aux conditions de demain.
04:22Donc comment on peut travailler sur cette question de l'adaptation ?
04:26Et en fait, là, depuis 2023, 2024, 2025, en fait, tous les sujets sont des sujets d'adaptation des territoires.
04:32Il faut adapter nos villes, nos bâtiments, nos infrastructures, nos espaces publics aux conditions de demain.
04:38Donc on a eu l'occasion, par exemple, de le faire sur un projet qui est assez emblématique,
04:41qui sont les abords de Notre-Dame, qu'on a gagnés avec le paysagiste belge Basmetz et Ingerop.
04:48Et donc là, la question a été comment on travaille les abords de Notre-Dame pour anticiper le changement climatique,
04:55donc le climat, les conditions qui seront celles de 2050, 2070.
05:01Et là, ça change tout, c'est-à-dire qu'il ne faut pas travailler simplement avec ce qu'on connaît d'aujourd'hui,
05:05mais anticiper le climat en 2050.
05:08Il est courant de dire que le climat de Paris en 2050 sera celui de Séville.
05:12Alors, ce n'était pas évident à dire devant le diocèse, parce qu'il y avait le diocèse au jury.
05:15Donc Séville, lieu du syncrétisme religieux, et en 2100, peut-être celui de Tanger.
05:20Et donc comment on s'inspire finalement des figures d'adaptation au climat, au milieu,
05:26qui sont celles du climat andalou ou celles de Tanger,
05:30pour les transposer finalement dans l'aménagement des abords de Notre-Dame.
05:34Et donc ça joue beaucoup sur finalement des figures de fraîcheur, ce qu'on a appelé de cette façon-là,
05:39qui combine finalement des capacités, des dispositifs naturels.
05:43Donc l'arbre a créé de l'ombre, de travailler sur la notion de la brise rafraîchissante.
05:48Il y a des brises qui se forment au-dessus des fleuves.
05:50Donc là, Notre-Dame est juste à côté de la Seine.
05:53Donc comment on récupère la brise rafraîchissante qui s'est formée sur la Seine,
05:57pour ensuite faire, on appelle ça de l'évapotranspiration.
06:01Donc c'est un rafraîchissement adiabatique qui permet de gagner 4, 5, 6, 7 degrés,
06:05grâce à la transformation de l'eau liquide en eau vapeur.
06:09Donc ça, ça se joue avec la végétation, le cycle de l'eau retrouvée, la brise.
06:14Et donc voilà, comment installer finalement des conditions de confort,
06:18de bien-être dans un horizon lointain 2050-2070.
06:22Merci beaucoup, Franck Boutet.
06:24Voilà un exemple prestigieux et passionnant pour conclure.
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