00:0011h30, 13h, Christine Kelly sur Europa.
00:07Dix ans passés depuis la nuit du Bataclan, mais les voix, les visages et les silences résonnent encore dans nos mémoires.
00:15Dix ans de blessures, de courage, de souvenirs qui ne s'effacent pas.
00:18Et vous, qu'est-ce qui reste le plus vivant dans votre cœur aujourd'hui ?
00:22A-t-on avancé depuis dans la protection du terrorisme en France, la protection de la France en matière de terrorisme ?
00:28Ou bien est-ce que le terrorisme s'est transformé ?
00:30Appelez-nous au Standard Europe 1 pour réagir et répondre à ces questions.
00:33Oui, appelez-nous au 01-80-20-39-21.
00:36Avant de vous lire la lettre d'un père d'une fille tuée au Bataclan, Éric Tegner, en cette journée du 13 novembre,
00:45alors que les commémorations viennent de commencer, dans quel état d'esprit êtes-vous en ce moment ?
00:50Évidemment, d'abord je suis ému, notamment du fait qu'énormément de Français se sentent concernés aujourd'hui.
00:56Et ça, vraiment, c'est majeur.
00:58On ne peut que s'en satisfaire, que dix ans après, il y ait vraiment une émotion nationale.
01:02Hier, je passais tard dans la soirée devant la tour Eiffel, qui était aux couleurs bleu-blanc-rouge,
01:09avec beaucoup de monde autour, pour une fois, et effectivement, ça faisait du bien.
01:12Dans le même temps, il y a une vraie responsabilité.
01:14On voit que 61% des Français, selon un sondage IFOP, considèrent la menace islamiste et terroriste comme très importante pour eux.
01:21On peut noter également l'audition de la patronne de la DGSI, Céline Berton, récemment,
01:27qui a dit que le risque terroriste était en hausse, même s'il avait muté.
01:31Et donc, ça peut encore arriver demain, et il faut tout faire pour qu'on l'évite.
01:35Éric Tegner sur Europe 1.
01:36Appelez-nous pour qu'on puisse vous entendre aussi.
01:39Moi, je me rappelle de ce 13 novembre, personne n'a oublié ce moment.
01:44Et puis les jours, les semaines, les mois qui ont suivi, tout le monde était tétanisé.
01:48Dans quel état d'esprit êtes-vous, Sabrina Medjeber, aujourd'hui, jour de commémoration, dix ans après ?
01:53Je suis comme Éric, je suis très émue.
01:56Et je suis à la fois très triste, parce que je fais à peu près le même constat qu'Éric.
02:01C'est-à-dire qu'en dix ans, le processus d'islamisation, la menace terroriste, n'a jamais été aussi élevée et virulente.
02:10Je me souviens de ce jour-là, j'étais à côté, dans un bar qui s'appelle Cheprune.
02:15Je m'en souviens comme c'était hier, au détail près, à côté du Bataclan, à côté absolument.
02:22Donc ça a été une nuit abominable pour moi.
02:24Je me souviens que les jours qui ont suivi ont annexé de fait un changement de conduite
02:30dans les transports en commun, dans l'espace public.
02:32Donc c'est quelque chose qui m'a beaucoup marquée, parce que la France a été touchée dans sa chair.
02:38C'était quand même une attaque coordonnée de manière spectaculaire.
02:41On n'était pas... La France insouciante et légère que j'ai connue dans ma jeunesse n'était pas prête à ça.
02:46Donc quand c'est arrivé, ça a été vraiment un bouleversement de se dire
02:51notre pays bascule dans l'horreur islamiste.
02:53Alors en plus, moi je suis d'origine algérienne,
02:55j'ai des personnes qui ont vécu la décennie noire, je suivais la décennie noire.
02:59Donc je sais ce que c'est que la barbarie islamiste, et me dire que dans mon pays,
03:03dans ma jeunesse insouciante et légère, je vivais ça.
03:07Ça a été quelque chose d'absolument traumatique.
03:09Donc je suis très émue.
03:11Oui, je me sens très émue. C'est la première fois que je me sens émue.
03:13Oui, vraiment. Et je suis encore une fois très triste,
03:16parce que je vois que mon pays sombre dans l'islamisation.
03:19Je vois que mon pays sombre dans les attaques terroristes,
03:22dans les menaces qui pèsent au quotidien, pour qui que ce soit.
03:25Donc je suis triste de me dire que mon pays ne se bat pas suffisamment
03:29contre ce fléau, vraiment.
03:31Et j'en veux pour responsable de nombreux politiques. Vraiment.
03:36On en parlera au cours de cette matinée.
03:38Appelez-nous pour pouvoir réagir.
03:39On a déjà des appels.
03:41Juste avant, je vais vous lire la lettre de Patrick Jardin.
03:44Alors je vais vous la lire en deux temps, puisqu'elle est très longue.
03:47Et je vais vous lire des extraits de cette lettre.
03:49Patrick Jardin et sa fille qui a été tuée au Bataclan.
03:53Voilà, nous y sommes.
03:56Ce funeste 13 novembre, que je redoute tant dans l'année.
04:00Cette année est un peu particulière, puisqu'en plus, il s'agit des dix ans
04:05que tu as quitté ce monde, assassiné par des étrons djihadistes
04:09que nos politiques étaient, bien qu'au courant, n'ont rien fait.
04:13Ils n'ont rien fait de ce qui allait se passer.
04:15Ils savaient ce qui allait se passer et ont lâchement laissé faire ces djihadistes
04:19qui se prennent pour des soldats de Dieu, alors que ce ne sont que des loupettes aux cerveaux
04:23cramés par la drogue.
04:25En attendant, moi, cela fait dix ans que je suis contraint à vivre sans toi,
04:29que je ne peux plus te parler, que je ne peux plus te voir, t'embrasser,
04:33te serrer dans mes bras, te faire des câlins.
04:35Et personne ne se doute à quel point tu me manques,
04:38à quel point c'est très difficile pour moi.
04:40Si ces salopards d'islamistes ne t'avaient pas exécuté en compagnie des 130 autres victimes,
04:44qui sait ? Tu serais peut-être mariée ?
04:47Tu m'aurais peut-être donné des petits-enfants ?
04:49De tout cela, je demeurerais à jamais, à jamais privée.
04:53Et ça, je ne leur pardonnerais jamais.
04:55Raquel Garrido veut que nous pardonnions aux djihadistes.
04:58D'ailleurs, je me demande si une de ces trois filles venait à mourir sous les balles des djihadistes.
05:03Elles ne tiendraient pas les mêmes propos, j'en doute.
05:05On marque une pause et je reviens avec la lettre de Patrick Jardin,
05:08adressée à sa fille, tuée au Bataclan.
05:28C'est une démonie d'hommage
05:31où Nolwenn Leroy, que vous entendez, avait repris Edith Piaf
05:36« Quand on n'a que l'amour ».
05:38C'était aux Invalides.
05:41Quand on n'a que l'amour
05:44Pour parler au canon
05:47Et rien qu'une chanson
05:50Pour convaincre à l'amour
05:51Hommage à toutes les victimes des attentats.
05:59Merci de nous appeler pour partager votre émotion
06:02et nous dire comment vous sentez la France dix ans après.
06:05Je vais continuer à lire, si vous permettez,
06:07la lettre de Patrick Jardin en hommage à sa fille.
06:11Et ensuite, je prendrai vos appels.
06:12Je vois que vous êtes nombreux à appeler au standard d'Europe 1 0 1 80 20 39 21.
06:15Alors je continue sa lettre.
06:17Il écrit à sa fille
06:18« Le pire, c'est que nos baltringues du monde politique
06:22N'ont tiré aucune leçon de ces attentats
06:23Que ce soit Charlie, le Bataclan, Nice
06:25Et tous les autres que nous avons subis
06:27Nous avons des services très compétents
06:29Et on a appris que depuis 2025
06:31Ils ont réussi à déjouer six attentats
06:33Et je les applaudis, je les remercie
06:34Mais un jour, hélas, je pense qu'il y aura un trou dans la raquette
06:38Et que cela recommencera
06:39Et comme d'habitude, les Français se rureront
06:42Pour déposer des bougies, des fleurs
06:44Si je me reconvertis professionnellement parlant
06:46J'ouvre une fabrique de bougies dans ce pays
06:48Il y a de l'avenir
06:50Mais les politiques ne seront, comme d'habitude, pas inquiétées
06:53Alors que par la Constitution, ils nous doivent la sécurité
06:58Et ils sont bien incapables de nous l'apporter
07:01Soit par peur de ce qui pourrait arriver
07:03Soit par idéologie mortifère
07:05Soit encore par incompétence ou pire
07:07Parce qu'en fait, ils s'en foutent
07:11Eux ne sont jamais touchés
07:12Je continue à lire la lettre du père
07:16La lettre de Patrick Jardin
07:18Qui écrit à sa fille
07:19La fin
07:21Je pense que je lis que des extraits
07:23Et la lettre est très longue
07:24En attendant ma fille
07:25Sache que chaque jour, tu me manques
07:28Je pense à toi
07:29Chaque jour, je pleure en silence
07:30Et je lutte de toutes mes forces
07:33Pour que plus jamais des parents ne pleurent leurs enfants
07:35Même si parfois sur les réseaux sociaux
07:37Certains m'accusent de récupérer ta mort à des fins politiques
07:40Ou d'autres m'apostrophent en me disant
07:42Qu'ils en ont marre de me voir toujours parler de toi
07:44Ces abrutis ne savent vraiment pas
07:47Ce que c'est que de perdre un enfant
07:49Je t'embarque tendrement
07:51C'était la lettre de Patrick Jardin à sa fille
07:55Morte au Bataclan
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