Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 mois
Revivez l'intégralité du discours de Sébastien Lecornu, à Vernon, lors de l'hommage au 107e anniversaire de l'Armistice de 1918

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Monsieur le général d'armée, inspecteur général des armées et gendarmerie,
00:05officiers généraux, officiers, sous-officiers, militaires du rang, d'actives et de réserve,
00:11mesdames et messieurs les anciens combattants et portes-drapeaux,
00:16mesdames et messieurs les décorés, chères Vernonnaises, chères Vernonnais.
00:21À 11h, le 11 novembre 1918, cette longue nuit que l'on a appelée la Grande Guerre prenait fin.
00:33C'est l'armistice. À Vernon, les cloches de la collégiale sonnent.
00:39On se rassemble dans les rues et sur les places.
00:42On brandit des drapeaux tricolores. On chante la Marseillaise. On s'embrasse.
00:48Bientôt, les soldats belges stationnés à Port-Villet se joignent à la foule en liesse.
00:56Les plus jeunes n'ont jamais vu pareille fête.
00:59La vie, enfin, reprenait ses droits, ici à Vernon et partout en France.
01:06Hélas, les larmes qui coulaient ce jour-là sur le visage de beaucoup de femmes et d'hommes
01:11étaient mêlées de tristesse autant que de joie.
01:14Tant de fils, comme ce jeune dormeur du Val, étaient morts et ne reviendraient pas.
01:23Tant de pères, de frères et de jeunes fiancés.
01:27Dix millions de vies furent arrachées à leur pays et à leur famille.
01:32Des millions de blessés rentrèrent le corps et l'arme meurtrie à jamais.
01:37Des gueules cassées, des sourds, des aveugles.
01:42Et tant de muets, muets devant l'inhumanité.
01:48Après la fureur des premières offensives, ce fut l'horreur des tranchées.
01:53Les nuits sans sommeil, le froid et la faim, le sang mêlé à la boue,
01:59la puanteur et la saleté, les rats.
02:02À l'été 1914, pourtant, ils étaient partis enthousiastes au combat.
02:08La victoire était sûre, la guerre serait courte.
02:13On reviendrait bien vite finir la moisson dans les champs et le travail dans les ateliers.
02:18On rentrerait bientôt embrasser les siens.
02:22À Vernon, les soldats mobilisés défilaient par milliers,
02:26drus comme les blés, avant de rejoindre le front, avant d'être fauchés par la guerre.
02:34Comme ce jeune Léon Vardon, natif de Saint-Just,
02:39tué à l'ennemi le 21 août 1914 à Pont-de-Loup, en Belgique, à l'âge de 22 ans.
02:46Il fut le premier vernenais à mourir au combat.
02:49Comme ses deux frères, les lieutenants Georges et Henri Babé,
02:55tués à deux jours d'intervalle, les 4 et 6 mai 1917, à Craone, dans l'Aisne,
03:02à l'âge de 25 et 27 ans.
03:06Et comme tant d'autres enfants de Vernon et des villages d'alentour,
03:11ils étaient 292.
03:15Et ils ne sont pas morts pour rien.
03:17Chaque année, nous nous rassemblons ici, place de la République,
03:23pour leur rendre hommage.
03:25Au pied de ce monument sur lequel campe un poilu,
03:29le fusil croisé devant sa poitrine,
03:33comme pour barrer la route à l'ennemi.
03:36Au pied de ce monument où sont gravées les campagnes de la Somme,
03:40de la Marne, de l'Artois et de Verdun,
03:43Verdun, la porte de France,
03:44où, grâce à l'héroïsme de nos soldats,
03:48l'ennemi ne passera jamais,
03:50pour reprendre les paroles du célèbre chant de 1916.
03:55Chaque année,
03:57nous rendons hommage à l'esprit de sacrifice
03:59dans une lettre à ses parents.
04:01Le 1er juin 1915,
04:04le sergent et futur grand historien Marc Bloch écrit
04:09« J'ai fait le sacrifice de moi-même,
04:12c'est la plus belle des fins ».
04:15Qu'est-ce qui pousse un homme ou une femme à s'engager
04:18jusqu'au sacrifice suprême ?
04:21Un idéal, celui de la liberté,
04:24l'amour de son pays,
04:25qui n'est pas autre chose que l'amour des siens,
04:27mais aussi, sans doute,
04:30l'attachement profond,
04:31charnel,
04:33à une vie simple,
04:34paisible,
04:36humaine.
04:37C'est pour cette vie-là
04:38que les jeunes d'à peine 20 ans
04:40se sont battus
04:41et ils ne sont pas morts pour rien.
04:45Vernon est une commune de France
04:47dans l'épreuve de la guerre.
04:49Une petite ville d'alors
04:50d'un peu plus de 8 000 habitants
04:51avec ses commerces,
04:53ses tanneries,
04:54ses boucheries,
04:54ses fermes,
04:55ses écoles et ses hôpitaux,
04:57avec son maire,
04:59Émile Stenner,
05:01issu d'une famille alsacienne
05:02qui, en 1871,
05:04avait fait le choix de la France,
05:06une ville mobilisée
05:07qui a formé,
05:09soigné
05:09et approvisionné
05:11des dizaines de milliers de militaires
05:13durant les quatre années de la guerre.
05:17Car,
05:18si sur le front,
05:19les lignes se sont très vite figées,
05:21la vie à l'arrière était en mouvement
05:23et n'a jamais cessé de l'être.
05:25Une vie faite de travail,
05:26d'efforts,
05:27de tickets de rationnement,
05:29d'angoisse aussi,
05:31pour des mères sans nouvelles
05:32ou si peu
05:33de leur fils
05:35partis à la guerre.
05:37Les femmes remplacent les hommes
05:38à l'usine et au champ.
05:40Les enfants sont adultes
05:41avant même
05:42d'être devenus adolescents.
05:45Chacun est à la tâche.
05:47Et c'est ainsi,
05:48grâce à la mobilisation de tous,
05:50que le cœur de notre pays
05:51a continué de battre
05:52au moment où la France,
05:54elle,
05:55perdait son sang.
05:57Malgré son éloignement du front,
06:00la Normandie ne fut pas épargnée.
06:02Ni par les raids aériens sur Orouan,
06:05ni par les incursions
06:06de sous-marins allemands
06:07devant le Havre.
06:08Il fallait briser le moral des Français
06:10et freiner l'avancée
06:12des renforts britanniques.
06:14Même la commune de Vernon
06:15fut bombardée dans la nuit
06:16du 14 au 15 août 1918.
06:21Une Normandie meurtrie, donc,
06:24mais une Normandie héroïque.
06:26En pleine bataille du Mont-Quemmel,
06:28à quelques mois de la victoire,
06:30le général Foch s'exclamera
06:31« Je suis tranquille, dit-il,
06:34les Normands sont là
06:35et ils ne sont pas morts pour rien. »
06:40Toutes celles et ceux
06:41qui se sont battus
06:42et sont tombés au champ d'honneur
06:43nous laissent des braises ardentes,
06:46celles de la mémoire
06:47et du souvenir.
06:49Nous savons désormais
06:50le prix de la paix
06:52et l'histoire sans cesse
06:53nous le rappelle
06:54du second conflit mondial
06:55à la guerre sur le sol ukrainien
06:57où des obus et des tranchées
06:59forment encore des trous
07:00et des crevasses
07:01qui ressemblent à des plaies.
07:04La première génération du feu
07:06donna naissance
07:07à de nouvelles solidarités
07:09au sein des associations
07:10d'anciens combattants
07:11avec le soutien du Bleu et de France
07:13qui célèbre cette année
07:14son centième anniversaire.
07:17Après ceux de 14,
07:20il y eut ceux de Birakem
07:21et des plages d'ébarquement,
07:23ceux d'Indochine,
07:24d'Algérie,
07:25d'Afghanistan,
07:27ceux des Balkans,
07:28du Sahel
07:28et tous ceux et celles
07:30qui luttent dans l'ombre
07:31contre le terrorisme
07:33qui a durement frappé
07:34notre pays
07:35il y a dix ans.
07:37En ce 11 novembre,
07:39la nation honore
07:40tous les morts
07:40pour la France
07:41et cet hommage
07:42porte en lui
07:43une double exigence,
07:45celle de la fidélité
07:46et celle
07:47de l'engagement.
07:49Issus
07:49de la Gendarmerie nationale,
07:52de l'armée de l'air
07:53et de l'espace
07:54et notamment
07:54de la base aérienne
07:55105 d'Evreux,
07:57vous en êtes,
07:58mesdames et messieurs,
08:00les décorés
08:00et récipiendaires,
08:02les dignes représentants,
08:04soyez-en
08:05chaleureusement félicités.
08:07Dans un contexte inédit,
08:09marqué par le retour
08:10de la guerre en Europe,
08:11le durcissement du monde
08:13et l'accélération
08:13des transformations
08:14technologiques,
08:15défendre la paix,
08:17c'est être prêt,
08:18toujours prêt.
08:20Grâce à ses armées,
08:22la France est prête
08:22à défendre ses valeurs
08:24et ses intérêts
08:24partout dans le monde,
08:26sur terre,
08:27en mer
08:27et dans les airs,
08:28mais aussi dans les nouveaux
08:29champs de conflictualité,
08:31l'espace,
08:32le cyber,
08:32les fonds marins.
08:33avec courage
08:35et dévouement,
08:37nos militaires
08:37prennent tous les risques
08:38pour répondre
08:39aux missions
08:40qui lui sont confiées
08:41et qui leur sont confiées
08:43demain
08:43par le chef
08:45des armées,
08:46toujours
08:47au péril
08:48de leur vie.
08:50J'ai une pensée
08:50pour le caporal
08:51Jimmy Gosselin
08:52du 7e bataillon
08:54de chasseurs alpins,
08:56mort en Guyane
08:57il y a quelques jours,
08:58le 3 novembre dernier,
09:00et pour tous nos soldats
09:01morts en opération
09:02ou en exercice
09:03ces dernières années.
09:05J'ai notamment
09:05une pensée émue
09:06pour la maréchale
09:07des logichefs
09:08Fanny Claudin,
09:10morte pour la France
09:11et pour la paix
09:12le 15 novembre
09:14de l'année dernière
09:15au Liban.
09:17Ils ne sont pas morts
09:18pour rien.
09:20C'est à nous tous
09:21qu'il revient aujourd'hui
09:22de continuer
09:23à bâtir cette paix.
09:25Par le dialogue,
09:26la diplomatie,
09:28par l'amitié
09:28entre les peuples,
09:30mais aussi
09:31et peut-être avant tout
09:32par l'éducation.
09:34Et je le dis
09:35aux enfants
09:35qui sont ici,
09:37cette paix,
09:38elle s'apprend
09:39sur les bancs
09:39de votre école,
09:40elle s'écrit
09:41dans vos cahiers
09:42d'écoliers
09:42et elle se vit
09:44toujours
09:45dans le respect.
09:47Il faudra demain
09:47que cette mémoire
09:48combattante
09:49s'invite de plus en plus
09:50dans la vie
09:51de l'école de la République
09:52et j'ai demandé
09:53au ministre
09:53de l'éducation nationale
09:55de faire des propositions
09:56dans les tout prochains jours.
09:59Mesdames et messieurs,
10:01ce matin,
10:02sous l'arc de triomphe,
10:03comme tous les jours
10:04depuis un siècle,
10:07la femme du soldat inconnu
10:09a été ravivée.
10:12Elle ne s'éteindra pas.
10:13Les héros de Verdun
10:14et de l'armistice
10:15ne sont plus parmi nous,
10:17mais ils restent présents
10:19dans nos mémoires
10:19et continuent à parler
10:20à notre conscience.
10:23Ils nous commandent
10:24de ne pas vivre
10:25à notre tour
10:27pour rien.
10:28Vive la mémoire
10:29de nos morts,
10:31vive la République
10:31et vive la France !
10:33Sous-titrage Société Radio-Canada
10:38Sous-titrage Société Radio-Canada
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations