Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 mois
"Taxer un secteur économique florissant qui fait la fierté de la France, c'est risquer de détruire ce secteur", estime Philippe Pascal, président-directeur général du groupe Aéroports de Paris (ADP), invité de franceinfo vendredi 24 octobre. Il réagissait au projet de budget 2026 débattu ce vendredi à l'Assemblée nationale par les députés.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'invité éco, Fanny Guinochet.
00:03Bonsoir Philippe Pascal, vous êtes le patron des aéroports de Paris.
00:08Merci d'être avec nous.
00:09Merci de m'accueillir.
00:10Alors vous êtes président, directeur général du groupe ADP.
00:14Aéroports de Paris, ça veut dire Charles de Gaulle, Roissy, ça veut dire aussi Orly, ça veut dire le Bourget.
00:21Vous gérez tout dans ces aéroports, le passage des voyageurs, la gestion des bagages, la sécurité.
00:27C'est quasiment une ville dans la ville, on a envie de dire.
00:31Oui, à Paris, nous accueillons 100 millions de passagers, effectivement, avec trois aéroports, Le Bourget, Orly et Paris-Charles de Gaulle.
00:40Rien que Paris-Charles de Gaulle, c'est un tiers de la surface de Paris.
00:43C'est 90 000 salariés, toutes entreprises confondues, qui travaillent chaque jour et qui accueillent donc 200 000 passagers au moins par jour.
00:51Alors justement, en ce moment, vos aéroports sont pleins ?
00:53Alors, le trafic est bon, l'envie de voyage est là, l'envie de France est là.
00:59Et donc, nous essayons d'accompagner cette envie.
01:03Voilà, par plus d'hospitalité, plus de fluidité, plus de ponctualité.
01:07Et on y arrive, on y arrive, on essaie de...
01:10Alors comment on y arrive ? Parce que la ponctualité, souvent, quand on passe les portiques, c'est pas si simple.
01:13La ponctualité est un élément clé, clé pour nos passagers, mais aussi clé pour les compagnies aériennes dans le cadre de leur performance.
01:20Alors comment on y arrive ? On y arrive en mettant de la technologie, en mettant aussi de l'humain, des hommes et des femmes qui travaillent et qui accueillent.
01:27Donc la technologie, c'est plus de postes d'inspection filtrage, plus d'équipement.
01:32C'est des portiques plus modernes ?
01:33Des portiques qui arrivent, plus modernes, qui ont été certifiées récemment, et donc que nous déployons progressivement.
01:40Aujourd'hui, l'attente au poste d'inspection filtrage, donc à la sûreté, là où vous enlevez vos chaussures, on vous inspecte vos affaires de vos bagages cabine,
01:48eh bien c'est globalement à 99%, moins de 10 minutes.
01:52Et il y a les portiques plus sécurisées où on passe, on n'a justement pas besoin d'enlever toutes ces affaires, ces liquides, ça fonctionne ?
02:02Alors, ils arrivent, on en a quelques-uns, et on va développer ces équipements au fur et à mesure.
02:06Ils arrivent après cette fameuse certification.
02:08On va développer cette technologie dans les prochaines années pour la généraliser.
02:13Effectivement, plus besoin d'enlever ces liquides, plus besoin de retirer son ordinateur, mais aussi des body scans,
02:19c'est-à-dire plus besoin d'enlever ses chaussures, sa ceinture.
02:21D'accord. Alors, sécurité aussi, surtout en ce moment.
02:26On a beaucoup vu certains aéroports européens menacés par des drones.
02:31Vous êtes vigilant, comment vous prémunissez de tels incidents ?
02:37L'actualité montre que les aéroports sont des actifs sensibles, stratégiques,
02:41et très tôt, on s'y est préparé, notamment pour les Jeux Olympiques.
02:45Donc, l'entreprise s'est dotée d'un système que nous avons développé en interne,
02:49de détection de drones performants.
02:53La neutralisation de ces drones relève des compétences régaliennes, des compétences de l'État.
02:57Et l'État met un effort particulier pour essayer d'être vigilant sur ces éléments-là.
03:01Et justement, il y a eu des menaces, vous en avez vu ? Vous avez déjoué ?
03:05Permettez-moi de garder une forme de confidentialité sur ces éléments.
03:09D'accord. Cette semaine, on a vu les dirigeants d'Air France, mais aussi de Lufthansa,
03:14qui sont pourtant concurrents, monter au créneau, dire qu'on en a ras-le-bol des normes européennes,
03:20d'une sur-réglementation qui met en péril nos compagnies,
03:26notamment vis-à-vis de nos concurrents qui ne sont pas européens.
03:29On a aussi vu Guillaume Fouril, patron d'Airbus, dire la même chose.
03:32Est-ce que vous ressentez ? Est-ce que vous vous inscrivez comme eux dans ce ressenti ?
03:38C'est un constat de tout le secteur aérien français,
03:40de l'équipe de France française en matière aérienne,
03:45Air France bien entendu, Airbus, Thalès, Safran,
03:47et bien entendu le groupe ADP aussi. C'est ce fleuron de technologie française qui est présent,
03:53mais qui souffre effectivement d'une augmentation des normes importantes.
03:59Par exemple, qu'est-ce qu'on vous demande de faire et qu'on ne demande pas aux autres ?
04:04De manière très concrète, si on prend exactement les normes qui s'appliquent au groupe ADP,
04:10lorsqu'on veut développer un nouveau train, un nouveau train de correspondance interne, un métro,
04:14on est soumis à une enquête...
04:15Pour aller d'un terminal à l'autre, par exemple.
04:17D'un terminal à l'autre, exactement.
04:18On est soumis à une enquête publique obligatoire pour troubles de voisinage pendant 18 mois.
04:24Il n'y a pas de voisins, le train sera dans des tunnels au sein des aéroports.
04:29Mais il faut quand même attendre 18 mois et faire cette enquête.
04:31Bien entendu.
04:32Est-ce que du coup ça veut dire que le rayonnement de la France,
04:35que vos aéroports en prennent un coup par rapport à leurs concurrents,
04:39à Londres, à Munich, ailleurs ?
04:42Oui, nous sommes dans une situation de très forte concurrence, mais nous avons aussi des atouts.
04:48Le premier atout, c'est de faire des partenariats.
04:51On a noué avec Air France justement un partenariat pour faire drapeau commun,
04:55équipe de France, qu'on a intitulé Connect France.
04:58Ce partenariat, nous l'avons signé au Salon du Bourget, sous le patronage du Président de la République.
05:02Ce partenariat, de manière très concrète, va nous permettre Air France et ADP d'essayer d'améliorer la compétition
05:08par rapport aux autres grands hubs mondiaux, en particulier les hubs du Moyen-Orient et les hubs du Golfe.
05:16Donc on est dans une dynamique positive.
05:19Je vous trouve très optimiste, pardon, mais on voit aussi que vous développez beaucoup à l'international.
05:24C'est justement parce qu'en France, vous avez toutes ces contraintes, vous allez faire de la rentabilité,
05:29et ce n'est pas un gros mot, ailleurs ?
05:30En fait, nous cherchons à avoir un développement harmonisé.
05:34Ce développement passe soit par l'acquisition d'autres aéroports à l'étranger,
05:39soit également par des investissements en France.
05:42Parce que je précise que vous gérez une vingtaine d'aéroports, un peu plus même dans le monde,
05:46que ce soit en Inde, en Turquie, etc.
05:48Tout à fait. Nous avons un développement.
05:50Le groupe ADP est un groupe international qui, effectivement, a une activité historique à Paris.
05:56Une activité qui est très forte, mais nous avons deux autres grandes plateformes,
06:00en Turquie et aussi en Inde.
06:03Si on revient sur la question du développement,
06:06la France a des atouts.
06:09Effectivement, je suis optimiste parce que je vois ces atouts,
06:11et je considère qu'il faut essayer de les valoriser plutôt que de nous accabler.
06:16Bon, et donc Paris reste un centre de rayonnement.
06:22Ça attire toujours les visiteurs.
06:24Ils viennent d'où les visiteurs que vous recevez, qui transitent dans vos aéroports ?
06:28Alors déjà, rien qu'à Charles-de-Gaulle,
06:30l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, nous avons 119 destinations.
06:34C'est unique en Europe.
06:35Donc ils viennent de partout dans le monde.
06:37Ils viennent principalement, bien entendu, d'Amérique du Nord.
06:40Ils viennent d'Europe, ils viennent aussi de l'Afrique du Nord,
06:45et ils viennent un peu moins d'Asie ou d'Amérique latine.
06:48Mais la dynamique est globalement positive sur le trafic international.
06:52Justement, alors vous parlez de dynamique,
06:53vous parlez du rayonnement de Paris.
06:55On attend dans quelques heures la note de l'agence Moody
07:00sur notre dette souveraine, notre dette publique.
07:03Après avoir vu une dégradation la semaine dernière,
07:06anticipé même la dégradation de S&P,
07:08est-ce que vous craignez une dégradation de la note France ?
07:13Alors déjà, au bord du groupe ADP,
07:15nous avons une solidité financière suffisante
07:17et une autonomie de financement.
07:19Il n'y a pas d'argent public au sein du groupe ADP.
07:21Pourtant vous avez un actionnaire,
07:24c'est l'État qui a plus de 50% de votre capital.
07:2750,6%, il y a 49,4% d'actionnaires privés.
07:31Nous sommes cotés en bourse.
07:33Et donc on a cette capacité de s'auto-financer.
07:35Donc il n'y a pas de lien direct entre la dégradation de la note de la France
07:38et la situation d'ADP.
07:40Mais il y a tout de même un impact indirect,
07:42un impact assez lourd,
07:43puisque les difficultés financières de la France
07:47rétroagissent sur son attractivité,
07:50sa capacité à lever des fonds.
07:52Mais ça veut dire que pour vous, concrètement,
07:53quand vous avez besoin de vous endetter pour vos investissements,
07:56vous allez payer votre dette plus cher ?
07:58À ce stade, non.
08:00Mais effectivement, si cette incertitude persiste,
08:03cette instabilité persiste, probablement.
08:06Alors Philippe Pascal, vous avez pris les rênes des aéroports de Paris
08:10l'année dernière dans la lignée d'Augustin de Romanet.
08:14Vous connaissez bien la maison, ça fait plus de 13 ans que vous y êtes.
08:17Vous avez été directeur général adjoint,
08:19vous avez été directeur financier.
08:20Ça veut dire que vous êtes l'héritier,
08:22qu'il n'y a pas de rupture finalement vis-à-vis de votre prédécesseur ?
08:25Alors il y a naturellement une continuité.
08:27Effectivement, ça fait 13 ans que je suis là.
08:29J'ai été responsable notamment des finances et de la stratégie.
08:31Donc cette continuité, elle est logique.
08:33Pour autant, le contexte a changé, l'environnement a changé.
08:36Et ça suppose de s'adapter, de prendre d'autres axes de développement.
08:42Ça veut dire que c'est plus dur ?
08:44Deux marqueurs.
08:45Je pense que le premier, c'est qu'il faut qu'on travaille plus en collectif,
08:48plus en partenariat, parce que seul, on n'y arrivera pas ou plus difficilement.
08:52Et le deuxième marqueur qu'on a déjà signalé, c'est le rythme.
08:55Il faut aller plus vite.
08:56Si on veut rester dans la compétition, il faut aller plus vite.
08:59Plus vite sur quoi ? Sur les investissements ?
09:01Plus vite sur la transition écologique ?
09:04Plus vite sur la décarbonation, parce que c'est le facteur d'acceptabilité de notre activité.
09:09Plus vite sur les investissements, parce que c'est ce qui va améliorer la qualité de service,
09:14améliorer la capacité pour les compagnies iréennes d'opérer,
09:17et donc de développer le trafic à Paris.
09:19Et puis plus vite aussi, sur toutes les questions sociales,
09:23dans la mesure où ce mouvement doit s'accompagner aussi d'un gain pour les salariés,
09:28mais aussi pour les territoires, pour les élus locaux.
09:30Alors, vous êtes aussi ancien fonctionnaire, haut fonctionnaire.
09:35Vous êtes passé par Bercy.
09:36Vous avez été inspecteur des finances, inspecteur des impôts.
09:38Vous avez d'ailleurs travaillé au cabinet du ministre du budget.
09:42C'était Éric Wörth à l'époque.
09:43Vous avez travaillé sur le prélèvement à la source.
09:44On parle beaucoup d'impôts en ce moment.
09:46Quand vous voyez ce budget qui est discuté en ce moment même,
09:50vous en pensez quoi de ce budget ?
09:52Comment vous le qualifiez ?
09:54Écoutez, taxer pour que chaque entreprise contribue au budget général de l'État, c'est normal.
10:03En revanche, taxer jusqu'au point de détruire un secteur économique fleurissant
10:08qui fait la fierté de la France qui est le secteur aérien, c'est pas possible.
10:12Vous dites détruire. Le risque, c'est de détruire ce secteur.
10:16Le risque, c'est de détruire ce secteur.
10:18C'est-à-dire parce que trop d'impôts, trop de taxes ?
10:21Parce que quand vous regardez au bande d'ADP, nous payons depuis deux ans 300 millions d'euros en plus.
10:27C'est 300 millions d'euros d'investissement en moins.
10:30Et donc, c'est des emplois en moins.
10:32C'est un rayonnement en moins, une capacité d'honorer cette course internationale qui est remise en cause.
10:40Pour trouver de l'argent, c'est pour ça justement que vous transformez vos aéroports, vos hubs en centres commerciaux ?
10:47Alors, les centres commerciaux, comme vous dites, c'est des espaces d'accueil, d'hospitalité qui sont demandés par les passagers.
10:54C'est eux qui veulent avoir ce moment choisi.
10:58C'est eux qui demandent de la France, donc qui demandent du luxe à la française.
11:03Donc, vous avez toutes les compagnies de luxe qui viennent frapper à votre porte en vous disant, moi aussi, je veux ma boutique ?
11:08Quand vous regardez au Terminal 1, nous avons la quasi-totalité des grandes marques de luxe françaises,
11:14parce qu'il y a du trafic, parce que les marques de luxe voient qu'il y a un intérêt,
11:17et surtout parce que les voyageurs souhaitent acheter ces biens.
11:21Ils ont un moment un peu particulier, cette part de rêve de l'aérien qui est là, qui est présente,
11:25et ce moment, ils veulent le passer, notamment en se faisant plaisir.
11:28Est-ce que vous pensez qu'ils dépensent plus, par exemple, chez vous que sur les Champs-Elysées ?
11:33Le Terminal 1, c'est le premier aéroport au monde en termes de chiffre d'affaires par passager.
11:39Ah oui, par passager, d'accord.
11:41Après, ce qui se passe, c'est qu'on est en concurrence avec le centre-ville, mais on a des atouts.
11:47Le duty-free est natif, déjà chez nous, pas besoin de faire la queue pour se détaxer.
11:51Et puis, il y a la sécurité qui est garantie.
11:53Bon, une dernière question. On attend toujours le CDG Express, cette liaison express, justement, entre le centre de Paris et Roissy. C'est pour quand ?
12:02Mars 2027. Tout est en ligne, tout est prêt.
12:05Ça s'inscrit dans une stratégie plus large d'intermodalité.
12:08Vous avez vu la ligne 14 arriver à Orly.
12:11Il y aura la ligne 18, toujours à Orly.
12:13À CDG, il y aura donc le Charles de Gaulle Express.
12:17Il y aura le Roissy-Picardie.
12:18Et il y aura la ligne 17.
12:20Et bientôt, probablement, plus de TGV.
12:21Écoutez, merci beaucoup. Et puis, joyeux anniversaire, parce qu'aujourd'hui, les aéroports de Paris fêtent leurs 80 ans.
12:27Vous aviez Astérix et Obélix chez vous.
12:30Merci, Philippe Pascal, patron d'ADP, d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir.
12:36Merci, Philippe Pascal.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations