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  • il y a 4 mois
Et si notre santé dépendait de notre code postal ? Pour sa première édition, « Et la santé, ça va ? » revient sur la situation des neuf millions de français qui vivent dans un dans un désert médical. Une situation d'autant plus préoccupante qu'un tiers des Français ont tout simplement renoncé à se faire soigner, faute de relais. Dans ce premier numéro nous entendrons la parole de celles et ceux qui sont confrontés à cette situation complexe, avec les conséquences physiques et psychologies qui en découlent.
Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Et les solutions envisagées de maisons « France santé » sont-elles le bon remède ? Comment s'organise-t-on à l'étranger ? Axel de Tarlé, reçoit Corinne Imbert, sénatrice de Charente Maritime et rapporteuse de la proposition de loi du Sénat sur la lutte contre les déserts médicaux, et Martial Jardel, jeune médecin fondateur de l'association Médecins Solidaires qui assure des vacations dans des déserts médicaux.
Année de Production : 2025

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Transcription
00:00Prévention, solidarité, accès aux soins, innovation.
00:08La Mutualité française présente...
00:10Et la santé, ça va ?
00:12Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle émission
00:15Et la santé, ça va ?
00:17Émission dédiée à ce qui nous est de plus cher.
00:19La santé, bien sûr, même si deux chiffres qui viennent nous s'appellent moral.
00:249 millions de Français vivent aujourd'hui dans ce qu'on appelle un désert médical
00:28et vous avez même 6 millions de Français qui n'ont pas de médecins traitants.
00:32Alors question, comment faire pour que chacun d'entre nous ait accès aux soins
00:36et ce, quel que soit l'endroit où il habite en France ?
00:40Et puis ne faudrait-il pas contraindre les médecins à s'installer dans les déserts médicaux ?
00:44On en parle tout de suite avec nos invités.
00:58Corinne Imbert, bonjour.
01:02Vous êtes sénatrice LR de Charente-Maritime.
01:04Vous êtes rapporteuse de la proposition de loi du Sénat sur la lutte contre les déserts médicaux
01:08et vous êtes vous-même pharmacienne de profession.
01:11Martial Jardel, vous êtes jeune médecin.
01:13Vous êtes installée en Haute-Vienne dans un petit village, le Dora.
01:17Et vous êtes fondateur de l'association Médecins Solidaires
01:20qui assure des vacations dans les déserts médicaux
01:23et votre initiative a inspiré le Sénat mais aussi le gouvernement.
01:27Vous nous en parlerez.
01:28D'abord Corinne Imbert, vous qui êtes sénatrice élue de la République,
01:31je voudrais qu'on regarde cette carte qui montre plus s'effoncer,
01:33moins les Français ont accès à un médecin traitant.
01:38Ça veut dire quoi Corinne Imbert ?
01:39Ça veut dire qu'en matière de soins, on n'est pas tous égaux.
01:42Il y a des Français pour qui obtenir un rendez-vous chez le médecin,
01:45c'est très très compliqué et ça crée de la rancœur, du ressentiment
01:49chez une bonne partie de nos concitoyens.
01:51– Bonjour, effectivement c'est éclairant,
01:54alors ça serait à analyser d'un peu plus près,
01:56mais on voit bien qu'il y a des fractures territoriales
01:58et que l'accès aux soins, il n'est pas le même pour tous nos concitoyens.
02:02Alors que chaque Français devrait pouvoir…
02:04– Cotise ?
02:05– Cotise, oui bien sûr, à travers ses salaires ou ses indemnités ou autres,
02:11mais cotise, contribue à financer ce qu'est la sécurité sociale
02:14qui vient de fêter ses 80 ans.
02:16Et pour autant, on voit très clairement qu'il y a des fractures territoriales,
02:18donc c'est un sentiment d'inéquité flagrant, voilà, et injuste.
02:22– Martial Jardel, concrètement, on voit une carte,
02:25mais ça veut dire qu'il y a des zones à éviter en France,
02:29les territoires ruraux, peut-être les villes moyennes,
02:32peut-être aussi les banlieues, les agglomérations,
02:35les banlieues des grandes villes, la région parisienne notamment ?
02:38– En tout cas, si vous demandez aux maires des communes
02:41qui n'ont plus de médecins, ils vous disent qu'effectivement,
02:43les habitants les évitent et qu'un maire qui perd son médecin perd sa capacité…
02:48– Perd ses habitants par la suite ?
02:50– Perd ses habitants qui ne viennent plus s'installer
02:51parce que s'il n'y a pas de médecin, on ne va pas venir passer sa retraite dans ce village
02:56ou on ne va pas venir installer sa famille dans ce village.
02:59C'est la préoccupation numéro un d'une famille qui veut prendre soin d'elle,
03:03d'un couple qui réfléchit au futur de ses enfants,
03:05s'il n'y a pas d'accès aux soins, ce n'est même pas la peine.
03:07– Donc vous, concrètement, dans votre village, petit village de Haute-Vienne,
03:11les habitants vous sont infiniment reconnaissants de continuer à exercer,
03:15c'est le Dora on va dire, donc c'est un village qui gagne des habitants en partie grâce à vous ?
03:19– Oui, alors qu'ils gagnent des habitants, on aimerait bien,
03:21mais en tout cas qu'ils n'en perdent pas et qu'ils sont infiniment reconnaissants,
03:24surtout sur ceux qui, avant moi, ont monté une maison de santé
03:29pour garder de l'attractivité et aujourd'hui on est quatre médecins
03:32dans un village du nord de la Haute-Vienne,
03:33ce qui fait beaucoup de jaloux autour,
03:36mais parce qu'il y a des gens qui ont su anticiper.
03:41– Alors, il y a la médecine générale et puis il y a les spécialistes,
03:44alors là c'est encore pire, je vous donne quelques chiffres.
03:46Cardiologue, si vous habitez les Deux-Sèvres, la Sarthe, les Vosges,
03:49trois mois d'attente minimum, c'est la même chose pour les ophtalmos,
03:52plus de trois mois d'attente dans le Gers par exemple.
03:55Pédiatre, si on habite, je ne sais pas, la Savoie, les Côtes d'Armor,
03:58plus d'un mois d'attente.
03:59Concrètement, ne pas avoir accès à des spécialistes, Corinne Imbert,
04:03ça veut dire des diagnostics tardifs, voire trop tardifs,
04:08je ne sais pas, je pense à ces grains de beauté cancéreux,
04:12si on ne les détecte pas à temps, évidemment que ça tourne mal,
04:15évidemment que ça suscite de la colère.
04:17– Mais par rapport à la question précédente,
04:20on a bien compris que c'est un enjeu d'aménagement du territoire
04:22et un enjeu sanitaire, et ça répond à la deuxième question,
04:24parce qu'effectivement, si vous n'avez pas le médecin traitant,
04:26s'il n'y a pas une prise en charge suffisamment précoce,
04:29c'est des retards de diagnostic, dans certaines pathologies,
04:31effectivement, une moindre chance, des pertes de chance pour les patients.
04:34Et puis des coûts, plus importants, pour la sécurité sociale
04:38et l'assurance maladie.
04:39Donc on voit bien que c'est, j'allais dire, presque perdant-perdant.
04:42Et la question de, est-ce qu'il y a un médecin ou pas de médecin,
04:45on fait la promotion de dépistage,
04:48mais quand vous n'avez pas de mammographe,
04:50quand vous n'avez pas de manipulateur radio pour l'utiliser,
04:53qu'est-ce que vous faites ?
04:54On ne peut pas reprocher après aux femmes de ne pas participer assez au dépistage.
04:57Je pense notamment, puisque nous sommes au mois d'octobre, à Octobre Rose.
05:01– Juste, Martial Jardel, il y a certains de vos patients,
05:05vous vous dites, bah tiens, je sers à quelque chose,
05:07parce que ça, elle aurait laissé traîner,
05:10elle aurait été dépistée dans deux ou trois mois,
05:12c'était beaucoup plus grave.
05:14– Oui, ah ben, vous savez, c'est des centaines de milliers de patients,
05:19aujourd'hui, qui n'iront jamais manifester dans les rues,
05:21qu'on verra jamais sur les chaînes d'infos en continu,
05:24parce qu'ils n'ont pas forcément ce ressort social d'être mobilisés,
05:27mais qui sont aujourd'hui en train de mourir,
05:30au sens le plus strict du terme,
05:32ce n'est pas pour faire des effets d'annonce,
05:33mais il y a des gens, des centaines de milliers de gens,
05:35qui n'ont plus de traitement.
05:36Nous, quand on a ouvert des centres Médecins Solidaires,
05:38on a vu des gens revenir, qui étaient diabétiques,
05:41et qui n'avaient plus de traitement depuis deux, trois ans.
05:43– Justement, je vous propose de regarder ce reportage,
05:45nous sommes allés dans le Lot-et-Garonne,
05:47pour voir ce que veut dire, concrètement,
05:50que de vivre dans un désert médical.
05:51Vous allez voir une dame qui fait de l'hypertension
05:53et qui se lamente de ne pas avoir accès tout bêtement
05:57à un médecin généraliste comme vous, docteur.
06:01On regarde ce reportage.
06:04– Beauville, 550 habitants,
06:08à une trentaine de kilomètres d'Agen.
06:10Sa place, son église,
06:12ses jolies maisons à colombages
06:14et son absence de généraliste.
06:17C'est dans ce village du Lot-et-Garonne
06:20que vit Liliane Lalaurie depuis 15 ans.
06:23Ancienne infirmière,
06:25elle a passé sa vie à soigner les autres.
06:27– Je veux que je vous y arrête.
06:30À 78 ans, elle souffre d'hypertension
06:33et n'a plus de médecin depuis trois ans.
06:37– J'ai vu tous les médecins partir à la retraite,
06:40les uns après les autres.
06:43Donc maintenant, des aires médicales.
06:44Ainsi, je fais une grosse crise d'hypertension.
06:48Je n'ai pas de médecin à qui m'adresser.
06:51Pour savoir que faire,
06:53je n'ai la solution que d'aller aux urgences.
06:57– Le Lot-et-Garonne est le deuxième département
06:59de la région Nouvelle-Aquitaine
07:00qui souffre le plus de déserts médicaux.
07:03Et pour les spécialistes, c'est encore pire.
07:06Six mois d'attente pour Liliane.
07:07– J'ai eu plus de facilité
07:09à trouver un dermatologue pour mon chien
07:11que pour les humains.
07:13Il faut aller loin pour pouvoir en consulter.
07:19– Patrick Roux, 54 ans, est maire de Beauville.
07:23Il est en première ligne face à ses administrés.
07:26Et quand on lui parle d'absence de médecin,
07:28cela le touche particulièrement,
07:30car il connaît les difficultés de la ruralité.
07:33Il est encore très marqué
07:34par l'histoire tragique d'un des Beauvillois.
07:36– Il n'a pas consulté
07:39parce que pas de permis de conduire.
07:41On est à 25 km d'Agen.
07:44Juste un scooter.
07:46Donc il a traîné.
07:47Il avait mal, mais il a traîné, il a traîné.
07:49Et quand il a consulté,
07:50les médecins l'ont envoyé directement
07:51en soins palliatifs.
07:53Voilà.
07:53Donc, 49 ans.
07:54Une gamine de 14 ans à charge.
07:59Et il est décédé un mois après.
08:02Donc je sais exactement ce qui se passe
08:03quand on n'a pas de médecin traitant.
08:05Et ça fait que régulièrement,
08:06des administrés viennent vous voir en disant
08:08« Alors, qu'est-ce qui se passe ? »
08:11« Qu'est-ce que tu fais ? »
08:11« Ça retombe sur le dos des élus locaux. »
08:14– Patrick Roux a contacté plusieurs généralistes.
08:17Il a même tenté de faire venir
08:18un médecin de Côte d'Ivoire.
08:20Mais il s'est toujours heurté
08:21aux pesanteurs administratives.
08:23– On est parfois des sous-citoyens
08:25sur l'accès aux loisirs,
08:28sur l'accès aux services.
08:30Ça, c'est inhérent à notre position géographique.
08:32On s'en accommode.
08:33Mais l'être, par le fait des manquements de l'État,
08:36c'est très, très agaçant.
08:37On paye des impôts comme tout le monde.
08:40Et on a du mal à comprendre
08:42que personne n'est réagi depuis tout ce temps
08:45pour essayer de pallier ce manque.
08:49– Corinne Imbert, vous en recevez,
08:50vous, certaines de vos administrés,
08:52qui, comme Mme Larraudy disait,
08:55j'ai trouvé plus facilement un dermatologue,
08:57ça fait rire, mais c'est tragique,
08:58pour mon chien que pour moi-même.
09:01– Oui, mais c'est effectivement des gens,
09:03ce profil de patient qu'on rencontre,
09:06et les patients se désespèrent.
09:09Nous, je pense qu'en tant qu'élu,
09:10on n'a pas le droit de se résigner sur ce sujet-là.
09:12C'est pour ça que je continue à travailler
09:13sur ce sujet d'accès aux soins.
09:16Vous évoquiez les travaux législatifs,
09:18parce que chaque Français doit avoir accès à un médecin.
09:21– Ça, c'est…
09:22Martial Gerdel, je vous pose la question,
09:24parce que je sais que vous êtes issu d'une famille de médecins,
09:26de médecins de famille,
09:27que vos parents exercez dans les villages.
09:30On a vu la dame dire,
09:32je les ai vus partir les uns après les autres.
09:34Ça s'est aggravé, cet accès à un médecin
09:39qu'on appelait autrefois le médecin de famille.
09:41– Oui, et puis ce qui est vrai dans ce que vous dites,
09:44je rebondis, souvent le facteur majeur d'installation
09:48d'un jeune professionnel, c'est quand il est issu du territoire.
09:52Il y a cet attachement, ce rationnel affectif de gens…
09:55Moi, c'est mon cas.
09:56– C'est votre cas.
09:57Votre père était médecin généraliste, médecin de famille,
09:59comme on les appelait autrefois.
10:01– On les appelle toujours comme ça.
10:02– Un médecin de famille, d'accord.
10:02– Un médecin de famille, médecin de campagne.
10:03– Dans le même village.
10:04– Dans le même village, parce que pour moi,
10:07qui est un militant des aires médicaux,
10:10pour lutter contre cette inégalité,
10:12il fallait à tout prix que je mouille la chemise
10:15et s'il y avait un endroit où je devais mouiller la chemise,
10:17c'était là.
10:19– Martial Jardel, vous dites, sauf que pour faire vos études,
10:21vous avez dû aller à Poitiers ou à La Rochelle ou à Paris.
10:24– L'Imoigge.
10:25– Après, on fait sa vie dans les grandes villes et on y reste.
10:28On n'a pas envie de revenir dans son village d'enfance.
10:30Est-ce que c'est l'une des causes d'ailleurs de la difficulté
10:32que dans les zones rurales, on perd des médecins ?
10:35– Oui, mais on n'a pas envie, mais on peut avoir envie.
10:37Mais en fait, on a des territoires, regardez le Lot-et-Garonne,
10:40mais pour avoir installé un centre de santé médecin solidaire
10:42récemment dans le Lot-et-Garonne,
10:44un département qui est extraordinaire, le Lot-et-Garonne,
10:46mais qui est une activité folle.
10:48– Alors pourquoi les médecins ne veulent pas s'installer dans le Lot-et-Garonne ?
10:50Parce qu'on n'a peut-être pas envie d'être dérangé H24 le week-end
10:54par ces patients qui sont de plus en plus âgés
10:56et qui vous téléphonent de plus en plus,
10:59et d'être corvéables à Bercy ?
11:00– Je ne crois pas qu'on puisse dire que les gens n'ont pas envie,
11:04que les médecins n'ont pas envie d'aller s'installer dans le Lot-et-Garonne.
11:07Ils n'ont pas d'éléments rationnels qui les incitent
11:09à s'installer plus dans le Lot-et-Garonne
11:11que dans un territoire plus facile pour eux.
11:14– Corinne Imbert, l'une des solutions, on l'a vu de ce maire,
11:17c'est d'essayer de faire venir un médecin de Côte d'Ivoire.
11:19Est-ce que ça ne veut pas dire tout simplement
11:20qu'on ne forme pas assez de médecins en France ?
11:23Enfin, alors ça a été organisé, ça a raconté-nous.
11:27C'est le fameux numerus clausus, on s'est dit,
11:29tiens, pour dépenser moins auprès de la Sécurité sociale,
11:33on va réduire le nombre de médecins,
11:35comme ça il y aura moins de prescriptions médicales
11:37et nos finances ne s'en porteront que mieux.
11:40– Ça aurait été génial, ça voudrait dire
11:42parce qu'il y a moins de médecins, on est moins malade.
11:43Après tout, sauf que ce n'est pas la vraie vie.
11:47– Ce n'est pas ce qui s'est passé.
11:47– Ce n'est pas ce qui s'est passé, donc ça a été une faute.
11:50– Sauf qu'on l'a rouvert le numerus clausus là.
11:52– Oui, on l'a rouvert, d'un autre côté, c'est normal,
11:55on est attaché à la qualité de la formation, bien évidemment,
11:59et à la qualité des professionnels qui seront diplômés,
12:02et on ne l'a pas ouvert assez.
12:04Il y a eu le numerus clausus qui a été supprimé,
12:07on a eu un numerus apertus.
12:09– Alors c'est quoi ces 10 000 médecins par an aujourd'hui
12:11qu'on attend à l'horizon 2030 en supplémentaire ?
12:15Est-ce qu'ils ne sont pas justement à l'école et on va les voir arriver ?
12:17– On va les voir arriver, la formation d'un médecin généraliste, c'est 10 ans.
12:20– Oui.
12:21– Donc on voit bien qu'entre la décision et puis la sortie de la faculté de médecine,
12:27il faut du temps, donc il fallait aussi des mesures plus rapides,
12:30avec un résultat plus concret, d'où ce qui a attristé les internes en médecine générale,
12:35mais cette quatrième année d'internat de médecine générale qui a été créée,
12:39on verra ces fameux docteurs juniors en médecine générale,
12:41arriver dans les territoires, à peu près une 30 à 35 par département,
12:45à partir du 1er novembre 2026, ça c'est quelque chose qui a été…
12:49il y a une volonté politique avec un effet rapide,
12:51on ne peut pas faire moins que 3 ans,
12:54pour voir arriver des gens qui seront pratiquement,
12:59enfin qui seront à la fin de leurs études,
13:00qui seront pour une année de professionnalisation
13:02et qui viendront aider leurs confrères
13:05et qui donc offriront des plages de consultation en plus.
13:08– Il y a toujours autant de malades,
13:09est-ce qu'il n'y en a pas plus d'ailleurs avec le vieillissement de la population ?
13:12– Est-ce que ce n'est pas quelque chose qu'on n'avait pas calculé ?
13:15– Pas anticipé, la démographie on la connaît depuis longtemps,
13:18donc on a une augmentation de la population,
13:20un vieillissement de la population,
13:21une augmentation des maladies chroniques
13:23auxquelles faisait référence Martial Jardel tout à l'heure,
13:26donc bien évidemment, et on veut en même temps des mesures de prévention,
13:30mais il faut qu'elles soient impulsées.
13:31– J'ai la question qui fâche maintenant.
13:33– Martial Jardel, qu'est-ce que vous en pensez de cette idée ?
13:41Faut-il contraindre les généralistes à s'implanter dans ces déserts médicaux ?
13:47Après tout, les enseignants, on les contraint à aller là où il y a des élèves,
13:52est-ce que les médecins, qui sont payés par de l'argent public,
13:55il ne faudrait pas les contraindre à aller là où il y a des patients ?
13:58– Alors, ce n'est pas une question qui fâche les médecins,
14:01c'est une question qui moi me fâche,
14:03parce qu'on embolise le débat public avec ce sujet-là,
14:07la vérité, c'est que si on le fait,
14:11demain, madame la sénatrice arrive à le faire,
14:14mais elle ne le souhaite pas,
14:15mais si elle le fait, est-ce que la situation est résolue ?
14:19Non, parce qu'il n'y a pas assez de médecins, vous le disiez,
14:2187% du territoire est en désert médical,
14:24donc moi ce qui m'embête, c'est qu'on embolise le débat public
14:26avec des solutions qui ne vont pas fonctionner.
14:29– Sortons de ces espèces de dogmes
14:32et allons vers l'innovation organisationnelle.
14:35– Corinne Imbert, les pharmaciens, vous êtes vous-même pharmacienne,
14:38on ne leur demande pas leur avis,
14:39on les envoie là où il y a des patients,
14:42enfin il y a de la contrainte pour les pharmaciens.
14:44– Il y a une régulation de l'installation.
14:46– Est-ce qu'on ne pourrait pas faire la même chose pour les médecins,
14:48réguler un petit peu et dire que ce n'est pas open bar ?
14:51– Je ne connais pas un pharmacien qui ne s'est pas installé
14:53là où il le souhaitait, la seule chose c'est qu'il s'installe
14:56avec une autorisation de l'Agence régionale de santé.
14:59Mais tous les pharmaciens qui se sont installés
15:00ont choisi leur lieu d'installation,
15:02avec les règles connues depuis bien longtemps.
15:04Ce qui différencie, moi je suis complètement en phase avec Martial,
15:07ma famille politique, les Républicains,
15:09nous soutenons la médecine libérale,
15:11nous continuons à défendre la liberté d'installation.
15:13Dans le texte que j'ai défendu,
15:16on demande simplement d'aller mettre un petit coup de pouce
15:19là où il y a des besoins, dans l'esprit de médecin solidaire.
15:22Mais il y a quelque chose qui différencie le médecin et le pharmacien.
15:25Vous connaissez un pharmacien qui n'est pas conventionné
15:29avec l'assurance maladie ?
15:30Vous connaissez une infirmière, un chirurgien dentiste non conventionné ?
15:33Le médecin généraliste, s'il veut ne plus être conventionné,
15:36il peut le faire demain.
15:37C'est-à-dire qu'il n'est plus remboursé par la sécurité sociale ?
15:40Sa consultation ne sera plus remboursée.
15:41Alors, pour les Français qui payent des cotisations,
15:44ils vont chez le médecin, il faut qu'ils payent et ils ne sont pas remboursés.
15:46C'est ça que ça veut dire, ne pas être conventionné ?
15:48Ça veut dire ça, ça veut dire que je n'ai plus de compte à rendre.
15:50Ça veut dire que pour ces revenus…
15:52Vous croyez que ça va marcher ça ?
15:54On a déjà des médecins.
15:55Il y a un marché ?
15:56Oui, et puis vous verrez demain.
15:58Regardez ce que proposent les assurances complémentaires aujourd'hui.
16:01Vous pouvez aller chez l'ostéopathe.
16:03Consultation non remboursée par l'assurance maladie.
16:05Votre contrat complémentaire peut vous proposer une prise en charge.
16:07Il y en a évidemment cotisation, idem chez d'autres praticiens.
16:12Pourquoi demain les assurances complémentaires contourneraient pas le système ?
16:16En proposant une prise en charge, je veux dire, n'importe quoi.
16:18150 euros par an chez un médecin généraliste.
16:21Ça veut dire trois consultations.
16:22Et on perdra du temps médical.
16:24D'accord.
16:24Madame la sénatrice, il n'empêche, il manque de médecins dans les zones rurales.
16:29Notamment, que pensez-vous de cette initiative allemande ?
16:32En Allemagne, ils ont instauré dans les facultés de médecine des quotas ruraux.
16:37C'est-à-dire que vous avez 10% des places qui sont accordées à des étudiants
16:41qui s'engagent plus tard à exercer en zone rurale.
16:45Est-ce que ça ne serait pas une piste pour permettre à chacun des Français,
16:48où qu'il habite, d'avoir accès à un médecin ?
16:51On a déjà ça avec des conventions.
16:53Les conventions, quand les étudiants sont internes, même pas internes,
16:57dès la deuxième année de leurs études de médecine,
17:00peuvent conventionner pour bénéficier d'une bourse
17:03et en contrepartie aller s'installer à la valeur.
17:05Oui, il y a des avantages.
17:06Il y a des avantages.
17:07Certains départements, comme la Charente-Maritime,
17:09le font dans le cadre de leur plan santé.
17:11Donc, on a des incitations comme ça qui existent.
17:14Et ça marche.
17:15Ça ne marche peut-être pas assez,
17:17parce qu'il y a aussi en même temps des médecins qui partent en retraite,
17:20mais ça marche.
17:21Ça marche.
17:21Et donc, il faut continuer.
17:23Mais moi, vraiment, je suis attachée à la liberté d'installation
17:25avec, oui, faciliter peut-être le fonctionnement d'un cabinet secondaire,
17:30donner une petite impulsion sans que ce soit contraignant,
17:34de la souplesse,
17:35et faciliter le remplacement d'un médecin généraliste
17:39qui va faire une mission de santé publique.
17:40Pas de contrainte, on l'a compris.
17:42Non, en tout cas, je n'y suis pas favorable.
17:43– Martial Jardel, j'aimerais que vous nous parliez de votre initiative
17:45qui se base sur le volontariat,
17:47ce sont les médecins solidaires.
17:49Alors, c'est quoi exactement ?
17:50– L'idée de médecins solidaires,
17:52c'est la conviction que les médecins ont une volonté de contribuer
17:55qui est existante,
17:57mais qu'il suffit de leur donner le bon véhicule
17:59pour qu'ils aient envie et qu'ils puissent contribuer facilement.
18:02Donc, on leur dit, au lieu de demander beaucoup à peu,
18:05on peut demander peu à beaucoup.
18:07Et donc, on propose à des médecins de venir une semaine par an ou plus,
18:11comme ils veulent, dans un centre de santé
18:12où on s'occupe de tout.
18:14– Dans leur village d'enfance, un peu comme…
18:16– Oui, mais pas forcément.
18:17Enfin, vraiment, une semaine où vous voulez,
18:20dans n'importe quel de nos centres de santé,
18:21par contre, on crée les conditions.
18:22– Mais qu'est-ce que c'est ?
18:23– Bien sûr, un territoire sinistré
18:25où on rétablit une présence médicale,
18:27mais vous allez vous relayer
18:29et vous n'allez faire que de la médecine.
18:30Et on va prendre soin de vous.
18:32On ne va pas vous tordre le bras, on va vous écouter.
18:35Vous voyez, ce n'est pas pareil comme approche.
18:37Et on a aujourd'hui 9 centres de santé ouverts,
18:40870 médecins volontaires.
18:42Et depuis 3 ans, nous avons eu un médecin toutes les semaines
18:45dans tous nos centres de santé.
18:47Donc, ça fonctionne et on ne leur a pas tordu le bras.
18:50– Ça fonctionne tellement…
18:51Ça, j'ai compris qu'il ne fallait pas tordre le bras des médecins.
18:53Ça fonctionne tellement, Corinne Imbert,
18:55que ça vous a inspiré, cette initiative Médecins Solidaires.
18:58– Oui, tout à fait.
18:59– Donc, c'était une proposition de loi
19:00pour les médecins qui s'installent dans les zones très denses,
19:04où il y a déjà beaucoup de médecins,
19:05ils doivent s'engager à aller une semaine dans l'Oté-Garonne, par exemple.
19:09– Pas une semaine, mais à temps partiel,
19:11exercer à temps partiel, à proximité de chez eux,
19:14là où il y a des besoins.
19:15Et je trouve que c'est une bonne chose.
19:17Je reviens juste sur l'idée des zones rurales.
19:20Souvenez-vous de ce que j'ai dit tout à l'heure, Martial,
19:21sur l'attachement des étudiants en médecine qui finissent
19:26et qui ont pour partie envie de s'installer pas trop loin
19:28de leur terre d'origine, j'allais dire.
19:31Dans la proposition de loi que j'ai déposée fin juillet
19:33sur la formation en santé,
19:36on souhaite généraliser l'expérimentation…
19:38Alors, en tout cas, élargir l'expérimentation à l'échelle nationale
19:41de l'option santé en lycée.
19:44Ça, c'est pour dire à des jeunes lycéens,
19:46si vous avez envie, oser, oser les études en santé
19:49et parce qu'à long terme, à la fin de leurs études,
19:54ils auront peut-être envie aussi de s'installer en zone rurale.
19:56Je pense que c'est un tout.
19:57C'est une multitude d'actions, de décisions politiques,
20:00de choix politiques qu'on peut mettre dans la loi
20:03et qui peuvent demain apporter un plus en matière d'accès aux soins.
20:07Alors, en attendant, dans les déserts médicaux,
20:09certains doivent se contenter d'une médecine itinérante.
20:13C'est ainsi qu'on peut appeler cette initiative dans le Lot-et-Garonne,
20:17on y est retourné,
20:19où certains patients doivent se contenter
20:22de ce qu'on appelle un « médicobus ».
20:24Regardez de quoi il s'agit.
20:25Depuis le mois d'avril,
20:28une solution se dessine à Beauville.
20:32Un « médicobus », cabinet médical sur roue,
20:35s'installe tous les 3 mois sur la place du village,
20:38comme une quinzaine dans toute la France.
20:40Vous avez votre carte hôpital ?
20:42Toute une équipe médicale accueille les patients.
20:46Une secrétaire, une infirmière...
20:48Le médecin va venir vous chercher.
20:50Et bien évidemment, un médecin.
20:54Un véritable soulagement pour les patients.
20:59Rien à me signaler depuis la dernière fois.
21:02Lors de son premier passage,
21:03ils étaient 22 à faire la queue devant le « médicobus ».
21:07Le « médicobus » n'a pas vocation à fournir un médecin traitant.
21:16Mais il apporte une présence rassurante aux Beauvillois.
21:22Quand le « médicobus » est arrivé, j'étais soulagée.
21:26On pouvait consulter un médecin,
21:28on pouvait faire faire ses ordonnances.
21:32Voilà, c'était quand même un pas en avant, quoi.
21:37En attendant, peut-être, un médecin un jour.
21:40Allez, vous avez une idée de visite, madame.
21:42Je m'invite.
21:44Renouvelez votre traitement et puis voilà.
21:46À 76 ans, le docteur Yves Mercier
21:49n'aurait jamais imaginé sortir de sa retraite
21:51pour combler un tel vide.
21:54Voilà, madame.
21:56Quand je me suis installé en 78,
21:59donc il y a bien longtemps,
22:01et en 78, on avait des médecins partout
22:03et trop de médecins.
22:05Et donc, il était même difficile
22:06de trouver un endroit pour s'installer
22:08où on pouvait assurer
22:10un travail confortable, quoi.
22:14Ils n'imaginaient pas non plus se retrouver
22:17face à de tels renoncements aux soins.
22:21Forcément qu'on peut rencontrer
22:22des hypertensions, par exemple, très sévères
22:25qui n'ont jamais été diagnostiquées.
22:27Et pour qui ?
22:29Pour ces gens-là, c'est évident
22:32que c'est un peu dommage d'avoir attendu.
22:34On ne sait d'ailleurs combien de temps
22:35pour se rendre compte de leur pathologie.
22:38On leur apporte une petite parenthèse
22:42dans leur désert.
22:44Pour vous, ce n'est pas une solution pérenne ?
22:46Bien sûr que non,
22:47puisque déjà, on n'est pas toujours
22:49au même endroit.
22:50D'autre part, on n'assure pas les urgences.
22:53On assure... Non, c'est juste
22:54un petit pansement.
23:00Un pansement à 200 000 euros,
23:03financé pendant trois ans par l'État.
23:05Martial Jardel, votre regard sur ce médicobus,
23:14quand on n'a rien, c'est mieux que rien ?
23:15Notamment, par exemple, pour dépister
23:17des maladies graves ?
23:19Oui. Je suis partagé, j'ai deux regards.
23:22D'abord, le docteur Yves Mercier,
23:24tous ces médecins qui sont retraités
23:26et qui s'engagent de cette manière,
23:27c'est remarquable.
23:29Et toutes les CPTS et tous les professionnels
23:31qui ont utilisé ces dispositifs
23:33pour monter des projets,
23:34c'est remarquable et bravo à eux.
23:36Mais d'un point de vue politique public,
23:39si on dézoome un peu les médicobus,
23:42mais c'est une aberration.
23:44Dépenser 200 000 euros,
23:46200 000 euros pour un véhicule
23:48qui, dans 10 ans, est à la casse,
23:50qui va dans des villages de 500 habitants.
23:53Excusez-moi, mais un village de 500 habitants,
23:55c'est normal qu'il n'y ait pas de médecins.
23:56Ce n'est pas dans les villages de 500 habitants
23:58qu'il y a des médecins.
23:59C'est dans les petits pôles de 1 500,
24:012 000 habitants, les chefs-lieux de canton.
24:03L'offre de soins, elle doit se structurer.
24:04S'organiser dans des maisons de santé pluriprofessionnelles,
24:07des structures où on coordonne,
24:08où on attire les jeunes.
24:10Et donc, c'est cosmétique.
24:11L'image est jolie, le reportage est joli.
24:13Mais en termes de politique publique,
24:16pour moi, les médicobus,
24:18c'est vraiment n'importe quoi.
24:20Corinne Imbert, il y en a une quinzaine
24:21de médicobus.
24:22Est-ce que ce n'est pas acté
24:23une médecine à deux vitesses ?
24:25Allez, on vous donne un médicobus
24:27et puis ça va vous calmer.
24:28Oui, voilà, c'était une décision politique.
24:30L'annonce de 100 médicobus,
24:31une par département,
24:32un par département,
24:33qu'est-ce qu'on fait avec ça ?
24:34Franchement.
24:35Donc, effectivement,
24:37ça coûte aux collectivités
24:38parce que de toute façon,
24:38ce n'est pas assez financé.
24:40Donc, c'est du gaspillage.
24:41Après, oui, pour la patiente
24:43qui est prise en charge,
24:44écoutée par le médecin retraité,
24:47vous avez vu,
24:47il faut en plus s'appuyer
24:48sur des médecins retraités
24:49qui donnent de leur temps
24:50pour faire fonctionner le système.
24:53Donc, voilà,
24:53je pense qu'il faut mieux
24:54se concentrer sur la façon
24:55dont on peut avancer pas à pas
24:57et on avance pas à pas.
24:59Il y a quand même
24:59des choses positives
25:01qui se mettent en place
25:02pour améliorer l'accès aux soins.
25:05Je pense que ce sera plus utile.
25:07Voilà.
25:07Plus de médecins,
25:08plus de volontariat.
25:10Voici la clé, peut-être,
25:12pour essayer de redonner
25:14l'accès aux soins
25:15à tous les Français.
25:16Plus de médecins, bien sûr.
25:18Le développement,
25:19il ne faut pas l'oublier,
25:19la coopération
25:20entre professionnels de santé
25:21et les...
25:23Ah, mettre les pharmaciens
25:24dans le jeu
25:24pour qu'ils puissent eux aussi
25:25faire des...
25:26Les pharmaciens,
25:26mais les infirmiers aussi,
25:27bien sûr,
25:28qui sont peut-être,
25:30pas tous,
25:30mais grande partie
25:31les derniers professionnels
25:32qui vont chez les patients.
25:33Il y a encore des médecins généralistes
25:34qui y vont,
25:35mais de moins en moins,
25:36notamment en milieu rural.
25:38Et je pense que, voilà,
25:39ce sont des professionnels
25:40qui travaillent ensemble
25:40au service des patients
25:41et ça, c'est important.
25:43Merci de nous avoir éclairé
25:45sur la façon de lutter
25:46contre ces déserts médicaux.
25:48Je rappelle votre initiative, docteur,
25:49si on veut exercer en zone rurale,
25:53médecin solidaire.
25:54Si vous n'avez pas
25:54de médecin traitant,
25:55vous avez l'annuaire Amélie.
25:57Merci d'avoir participé
25:58et nous avoir suivi
25:59pour cette première émission
26:00de Et la santé, ça va ?
26:01qui est disponible
26:02sur la plateforme
26:03publicsénat.fr.
26:04Et nous, on se retrouve
26:05très bientôt
26:06pour un nouveau numéro
26:07sur Public Sénat.
26:08À bientôt.
26:08Prévention, solidarité,
26:33accès aux soins,
26:35innovation.
26:35C'était
26:38Et la santé, ça va ?
26:39Avec la mutualité française.
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