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  • il y a 3 mois
Bruno Cautrès, politologue, chercheur CNRS au CEVIPOF, enseignant à Sciences Po, livre son analyse de la crise politique suite à la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu.

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Transcription
00:00Un gouvernement démissionnaire à peine nommé, des querelles d'hommes et de partis,
00:05un président de la République qui semble ne pas trouver la clé.
00:08La crise politique en France a franchi un nouveau cap hier et les Français dans tout ça.
00:13Bonjour Bruno Cotteres.
00:14Bonjour.
00:15Vous êtes politologue, chercheur CNRS au Cevipof, le centre d'études de la vie politique française,
00:19enseignant à Sciences Po.
00:22Le cirque, le foutoir, le grand bazar, voilà quelques titres de presse quotidienne régionale
00:27que nous donnait Nora Hamadi il y a un instant.
00:29Ça traduit ce que pensent les Français ce matin ?
00:32Oui, assez clairement.
00:33Je dirais que ces titres sont bien mérités pour notre vie politique.
00:36Mais sans aucun doute, aujourd'hui, tout le pays est profondément marqué
00:39avec un sentiment d'un désordre politique comme on n'a jamais vu.
00:43Le sentiment que la vie politique est totalement dans sa bulle, dans son univers
00:47où des gens qui se connaissent depuis toujours, au fond, se font des politesses
00:52ou au contraire, se font des croche-pattes.
00:54Et donc, on ne comprend d'abord absolument plus rien.
00:57Et le pays est sidéré devant la situation avec, sans aucun doute, un mélange
01:02à la fois, pour certains, de la colère, du désespoir, du dégoût.
01:07On s'attend, vous savez, en réalisation, pour toutes les années, une enquête sur la confiance politique.
01:11La prochaine vague, je m'attends à un véritable massacre, on va dire,
01:14sur la manière dont les Français vraiment perçoivent la vie politique.
01:18Il est vraiment temps que ça s'arrête.
01:20C'est une formule toute faite, mais le fossé n'a jamais été aussi grand
01:24avec la classe politique, entre les Français et leur classe politique ?
01:26Oui, sans aucun doute.
01:27Sans aucun doute.
01:28Il est déjà très important, on le documente tous les années dans notre enquête.
01:31On voit vraiment que les Français perçoivent la vie politique
01:34comme un univers étrange et étranger, de plus en plus à eux.
01:40Et puis, dans la dernière vague qu'on avait réalisée de notre enquête,
01:42on voyait même un sentiment très important qui était comme si les gens disaient
01:44« il faut tirer le rideau avec la politique, il faut se blinder,
01:47il faut se barricader contre la politique,
01:49pour essayer d'être haut dans sa vie, il ne faut surtout pas s'occuper de politique ».
01:53On entend dans nos reportages beaucoup de Français qui disent ça justement
01:56« je n'écoute plus les infos, j'ai décroché, ça ne m'intéresse plus ».
02:00Est-ce qu'il y a un risque de rupture réelle aujourd'hui entre les Français et la politique ?
02:05Oui, bien sûr, il y a un risque de rupture.
02:08Ça ne veut pas dire forcément que les gens ne voteraient pas s'il y avait eu une élection.
02:12Bien évidemment que les gens sont très attachés à leur droit de suffrage, évidemment.
02:17Mais il y a une rupture qui est beaucoup plus profonde,
02:21comme si la politique était devenue incapable, au fond,
02:26de s'occuper des problèmes concrets de la vie de tous les jours des gens,
02:30comme si elle n'avait plus du tout même de prise pratiquement sur ces problèmes.
02:33Et le pays entier regarde la situation de notre vie politique des derniers mois
02:38avec un mélange vraiment de stupéfaction.
02:42Aussi, c'est très anxiogène tout ceci.
02:45On a la dette, on a les déficits.
02:47On ne comprend pas, au fond, comment on en est arrivé là.
02:49Les gens ont beaucoup de questions à poser à la politique sur ces questions-là
02:54et beaucoup de comptes à demander à la politique aussi sur ces questions.
02:57Est-ce qu'il n'y a pas là un paradoxe finalement,
02:59puisqu'on n'a jamais autant parlé de politique, peut-être depuis très longtemps,
03:03en tout cas, hier, on n'a parlé que de ça et pourtant, ça intéresse moins ?
03:09Les gens sont intéressés au sens vraiment profond du terme, la chose publique.
03:15On est un pays de gens profondément citoyens, patriotes.
03:19Les gens veulent que ça aille mieux dans leur pays, vraiment.
03:22Donc, ils sont intéressés d'essayer d'avoir des clés d'explication, des clés de compréhension.
03:26J'imagine que vous avez des taux d'audience très importants ce moment
03:29sur tout ce qui touche à la politique.
03:30Bien évidemment, les gens veulent comprendre ce qui se passe.
03:32Par contre, ils ne voient plus le personnel politique.
03:35Vous savez, les professionnels de la politique qui sont en plein,
03:38des fois depuis des années, à ne faire que ça.
03:41Ils ne comprennent pas comment des gens, en plein depuis des années,
03:44à ne faire que ça, ont pu générer une telle situation.
03:47Je ne voudrais pas personnaliser la question, Bruno Cotteres,
03:49mais vous qui observez la politique depuis un certain temps,
03:54on sent même dans les mots que vous utilisez,
03:56que vous-même, vous êtes dans cette sidération dont vous parliez.
04:01Hier, vous avez publié une tribune dans Le Monde,
04:02vous disiez que la politique française est devenue baroque.
04:05Oui, totalement baroque.
04:06Vous aussi, vous êtes agacé.
04:07Oui, oui, bien sûr, totalement baroque.
04:09C'est-à-dire le sentiment que c'est une sorte d'objet bizarre qu'on voit,
04:12on ne comprend plus quel est cet objet.
04:15On a le sentiment qu'on est, au fond, que la politique nous demande des efforts.
04:20Elle va demander au pays, par exemple, de contribuer davantage à travers nos impôts,
04:24peut-être à travers des taxes, on ne sait pas.
04:26Et pourtant, elle a beaucoup de mal à nous demander notre avis.
04:29Quand on vote aux élections, ce n'est pas forcément suivi des faits.
04:33Il y a un souci aussi de prise de parole entre deux élections.
04:37Il faut renforcer la démocratie entre les deux élections.
04:41Il faut davantage donner la parole.
04:42Il faut accentuer toutes les prises de parole, type référendum, consultation citoyenne,
04:49grande délibération.
04:50Tout ça nous manque terriblement.
04:51Alors justement, est-ce qu'on parle assez, finalement, de démocratie et de nos institutions ?
04:57Parce que c'est la crise la plus grave, sans doute, depuis la fin de la Quatrième République.
05:02Et on ne parle pas tant, finalement, du système et de sa manière de fonctionner.
05:06Est-ce que c'est l'absence des débats de ces derniers jours ?
05:10Et est-ce que les Français demandent ça, justement ?
05:12Oui, c'est effectivement un point un peu aveugle, alors que c'est presque l'éléphant au milieu de la pièce.
05:17Comme on dit, ça ne parle évidemment.
05:18Tout ceci parle beaucoup des difficultés de notre système démocratique.
05:22Aujourd'hui, à répondre aux nouvelles aspirations, aux nouvelles demandes.
05:27Ce n'est plus la même société que dans les années 1950, 1960.
05:30On n'est plus au moment fondateur de la Cinquième République.
05:32Et ils veulent que les politiques arrivent à se mettre d'accord, puisque si on en est là, c'est qu'il y a un souci d'accord politique.
05:38Évidemment, parce que l'idée de se mettre d'accord est toujours plus valorisée par le public que l'idée de se disputer, bien évidemment.
05:44Mais il faut bien voir qu'il y a néanmoins des désaccords dans le pays sur la manière de régler nos problèmes de déficit public.
05:52Tout le monde n'est pas d'accord sur les priorités, sur qu'est-ce qu'il faut faire pour le faire.
05:56Donc, on a besoin effectivement d'un grand débat sur ces questions, que le suffrage universel ou que d'autres modalités de l'expression publique puissent nous dire, au fond, quelle est l'option numéro un qui est privilégiée dans le pays ?
06:07Aujourd'hui, on ne le sait pas bien, les élections législatives de 2024 n'ont pas permis de pleinement répondre à cette question de manière claire et transparente.
06:14Et peut-être y en aura-t-il d'autres dans un futur proche ? On le saura sans doute demain soir.
06:19Bruno Cotteres, chercheur au Cevipof, enseignant à Sciences Po, merci d'être passé par le studio du 5-7 ce matin. Bonne journée.
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