00:00Avec Sébastien Ligné de Valeurs Actuelles et Gilles Boutin du Figaro,
00:04les intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle récapitulatif,
00:09c'est-à-dire que l'IFOP, l'Institut IFOP pour le compte du journal L'Opinion,
00:14s'est demandé si demain, s'il y avait un premier tour de la présidentielle,
00:18qu'est-ce que ça donnerait ?
00:19Écoutez Frédéric Dhabi, le directeur général de l'IFOP,
00:23dans tous les cas, dans ce sondage, c'est le RN qui gagne.
00:27C'est particulièrement impressionnant.
00:2933-35%, c'est des scores qu'on n'a pas vus depuis François Mitterrand en 1988.
00:33Et ce qui est très notable, c'est que pour l'instant,
00:35il n'y a pas de différence d'incarnation entre Marine Le Pen et Jordan Bardella.
00:39Ils sont différents, mais ils ont exactement le même score.
00:41Donc c'est le programme.
00:42C'est l'idée que pour ces électeurs proches du RN,
00:44l'URN constitue une sorte d'alternative.
00:46C'est toutes les paroles que vous entendez sur le terrain
00:48où ils nous disent, c'est leur tour, on ne les a jamais essayés.
00:51Ils ne feront pas plus mal que les autres.
00:52Et ils sont vus comme une sorte d'instrumentalisation
00:55pour sortir de la crise politique et parlementaire
00:57qui paralysent le pays.
00:59Voilà, d'autres enseignements rapidement,
01:02mais on en a déjà parlé de ce sondage.
01:04Les autres sont très très loin derrière.
01:06Moitié moins.
01:07Glucksmann, 15.
01:09Edouard Philippe, 16.
01:1110 pour Attal.
01:127 pour Darmanin.
01:133 pour François Bayrou.
01:14François Bayrou.
01:16De 9 à 13 pour Bruno Retailleau
01:19selon les 6 hypothèses qui ont été retenues.
01:23Sébastien Lignier.
01:24Qu'est-ce que vous en retenez de ce sondage ?
01:26Oui, moi je retiendrai moins le score du RN
01:28qui est en effet hégémonique,
01:30mais qui n'est pas très surprenant.
01:32Le RN a toujours été testé assez haut.
01:34Qui est en phase avec les élections européennes de 2024.
01:37Et des législatives d'ailleurs.
01:38Oui.
01:39Non, le vrai enseignement selon moi,
01:42c'est la chute libre du bloc central.
01:44C'est-à-dire qu'Edouard Philippe,
01:45qui était testé maintenant il y a un an à environ 25%,
01:48descend jusqu'à 16%.
01:50C'est-à-dire qu'on quasiment perd 10 points en un an.
01:53C'est une chute libre hallucinante qui touche tout le monde.
01:56Vous avez répété le score de François Bayrou.
01:57Bon, François Bayrou, 3%,
01:59il ne vaut mieux pas qu'il se présente sur la ligne de départ,
02:01pour lui, pour son égo.
02:03Gérald Darmanin, même Bruno Retailleau,
02:04aux pâties des derniers mois du gouvernement.
02:07Donc en réalité, on se rend compte que,
02:08oui, il n'y a plus d'espace aujourd'hui pour ce bloc central.
02:12Ça veut dire que la droite aujourd'hui,
02:14c'est le RN, en fait.
02:16C'est-à-dire que...
02:17Quand on regarde le sondage...
02:18Quand Gérald Darmanin monte jusqu'à 35%,
02:20et que dans le même temps,
02:22Bruno Retailleau est à entre 9 et 13,
02:25oui, évidemment qu'une partie importante des électeurs d'ALR
02:28est partie au RN.
02:30Et en général, quand les électeurs rejoignent le RN,
02:32ils ne font plus marcher le chemin inverse.
02:33Donc oui, bien sûr qu'aujourd'hui,
02:35les deux grands blocs, c'est ce bloc à gauche.
02:37Est-ce qu'il sera incarné par Raphaël Glucksmann ?
02:39Est-ce qu'il sera incarné par Jean-Luc Mélenchon ?
02:41Ce sera, j'imagine, la course entre les deux jusqu'au dernier moment.
02:44Jean-Luc Mélenchon a tendance...
02:45Et il y aura une entente de toute façon avec les deux jusqu'au dernier moment.
02:48Évidemment.
02:48Jean-Luc Mélenchon a quand même tendance à être un meilleur soldat de campagne,
02:52et avec son côté tribun...
02:55Donc ça veut dire que tu peux avoir un Glucksmann
02:57qui, au dernier moment, appelle à voter Mélenchon ?
02:59Peut-être même avant le dernier moment.
03:01Oui, c'est-à-dire que c'est quand même bien de le redire,
03:04parce qu'il y a eu quand même tellement de choses
03:06entre le PS soi-disant hermétique avec la France insoumise.
03:10Bon, à la fin, il y aura un seul ennemi pour la gauche,
03:16ce sera le RN.
03:17Hermétique, je sais, il y a le RN en face.
03:18Bien sûr, j'ai le boutin du Figaro.
03:20Cependant, Raphaël Glucksmann devra aussi faire avec Olivier Faure,
03:24qui est un politique bien plus madré que lui,
03:26et qui a montré, après les européennes,
03:29comment on reprenait la main sur l'appareil socialiste.
03:31Et Raphaël Glucksmann, qui était plein d'optimisme sur la ligne qu'il portait...
03:35Vous voulez dire quoi ? C'est-à-dire qu'Olivier Faure ne laissera pas Glucksmann y aller ?
03:37Qu'il y a encore du temps, avant 2027,
03:40et que la logique des appareils...
03:43Bien sûr, bien sûr.
03:44Si vous me cassez mon gâteau, là, en disant...
03:47Loire de moi, c'est l'intention.
03:48Regardez, là, il y a l'IFOP qui fait un sondage.
03:49Vous vous dites, oui, enfin, c'est encore un peu loin,
03:51on n'est pas dans le Money Time.
03:52Non, ce n'est pas ce que je veux dire.
03:52Ben oui, mec, on sait très bien qu'on n'est pas dans le Money Time, mais...
03:56Pierre, ne vous m'éprenez pas, je ne suis pas en train de critiquer vos choix.
03:59Ce que je voulais dire, c'est que ça nous donne une photographie sur aujourd'hui,
04:01évidemment, mais d'ici là, le jeu politique peut réduire les espoirs de Raphaël Glucksmann à néant.
04:08Alors là, il capte, effectivement, vous avez raison de le dire, c'est extrêmement notable,
04:12il capte le bloc central.
04:14Vous avez vu quand même...
04:15Il s'auto-dévore.
04:16Vous avez vu le score d'Olivier Faure dans l'hypothèse d'Olivier Faure.
04:19Il y a une seule hypothèse d'Olivier Faure, c'est avec Édouard Philippe et Jordan Bardella,
04:23et il est à 7.
04:25Glucksmann, au minimum, il est à 14.
04:29Il y a 14, 15 ou 16, on les a peut-être.
04:31Si Raphaël Glucksmann tient la barre, ça veut dire qu'il réussit à capitaliser sur le long terme,
04:35sur les écueils dans lesquels sont tombés Olivier Faure et LFI.
04:38C'est-à-dire Olivier Faure de courir après LFI et LFI de continuer dans sa politique de l'outrance.
04:42Puisqu'on en voit bien les limites, finalement.
04:44Ce qui marque dans ce sondage, c'est l'ultra prépondérance du RN qui pourrait embarquer derrière elle LR,
04:51tout simplement, ou ce qu'il en reste.
04:52Et effectivement, cette capacité de Raphaël Glucksmann,
04:55ce n'est pas lui, ce n'est pas Raphaël Glucksmann qui dissout,
04:57il n'y a pas un effet Glucksmann en réalité.
04:58C'est juste que le bloc central, qui s'est trop présenté comme le bloc de la raison,
05:02ou peut-être même de l'inaction et des contradictions, ne parvient plus à séduire.
05:07Et donc, les gens cherchent, et qu'est-ce qu'ils voient ?
05:10Raphaël Glucksmann qui ressemble à peu près à un parti socialiste qui était encore fréquentable il y a quelques années.
05:14Je trouve ce qui est très intéressant, c'est que tous les grands gagnants de ce sondage
05:18sont ceux qui sont le plus loin possible du gouvernement et d'un éventuel accord avec la Macronie.
05:23Raphaël Glucksmann, qu'on entend beaucoup moins qu'Olivier Faure,
05:26Olivier Faure aujourd'hui, pâtit du fait qu'il est un petit peu dans la gadoue avec tout le monde.
05:30L'ERN et Jean-Luc Mélenchon sont aux deux extrémités,
05:33ils n'ont aucune envie de participer à ce gouvernement, ils sortent renforcés.
05:37Donc on a l'impression qu'aujourd'hui, il y a un énorme trou noir au centre,
05:40du centre gauche jusqu'au centre droit.
05:42Tous ceux qui s'approchent un peu trop de ce trou noir, ils sont rejetés par les électeurs.
05:46Comment est-ce que vous expliquez les mauvais scores de Bruno Retailleau,
05:49qui, encore avant les vacances d'été, était assez haut dans les sondages,
05:55et puis là, 9, 10, 12, 13...
05:57C'est le trou noir macroniste, c'est-à-dire qu'il est en train d'être happé par ce trou noir.
06:03Vous êtes en train de dire qu'il aurait dû démissionner le gouvernement déjà ?
06:08J'ai peur qu'il ait raté sa porte de sortie, en réalité.
06:10Je pense qu'il avait une porte de sortie extraordinaire au moment de l'Algérie,
06:14quand il y avait un désaccord profond, quand il était au sommet,
06:17qu'il avait une première esquisse de bilan, qu'il avait une popularité.
06:21Là, je pense qu'en avril-mai, il y avait une porte de sortie.
06:24Là, je pense qu'il a peut-être un petit peu trop tardé,
06:26et qu'il est en train de se faire happer par ce trou noir macroniste qui rejettera tout le monde.
06:31Les Français ne veulent plus avoir affaire avec des politiques
06:34qui se sont approchées de ces 10 ans macronistes.
06:37D'ailleurs, Bruno Retailleau est en train de s'approcher un peu trop.
06:39L'erreur Retailleau, est-ce que c'est la même que Bruno Le Maire,
06:42qui est restée très très longtemps et qui, maintenant, est accusé avec Emmanuel Macron
06:47d'avoir creusé la dette, par exemple ?
06:48Il ne faut jamais insulter l'avenir.
06:49Bruno Retailleau, en restant au gouvernement,
06:51pourrait constater avec surprise que Sébastien Lecornu, finalement, reste aux manettes
06:56et en tirer, in fine, les fruits.
06:59Ce n'est pas pour rien que vous êtes au Figaro et que lui est à valeur actuelle.
07:01Oui, mais moi, ce que je veux dire, c'est que là,
07:03il y a peut-être un moment difficile à passer pour Bruno Retailleau.
07:07C'est l'entrée dans la période budgétaire.
07:09On ne fait qu'en parler, effectivement, mais là, on entre vraiment dedans.
07:13Et donc, depuis quelques temps déjà, avec l'arrivée de Sébastien Lecornu,
07:16on parle de ces marges de manœuvre.
07:17Donc, forcément, Bruno Retailleau, on en parle beaucoup moins.
07:19Et à partir de la semaine prochaine,
07:22on entre véritablement dans le calendrier budgétaire à l'Assemblée nationale.
07:26Et là, Bruno Retailleau n'a plus rien à dire.
07:28Donc, il se fait effacer.
07:29Effectivement, il doit attendre, espérer que le gouvernement reste,
07:32ce qui n'est pas gagné, puisque la censure peut tomber à chaque instant,
07:35et ensuite, reprendre la main, tout en montrant qu'il est en rupture avec la Macronie.
07:39On va écouter Marion Maréchal, qui est eurodéputée et présidente d'Identité Liberté.
07:44Elle était sur CNews ce matin.
07:46Marion Maréchal, qui demande une union des droites.
07:50Quel est le déclic pour moi ?
07:51C'est 2015.
07:52Je suis candidate aux élections régionales.
07:53Je fais un très bon score au premier tour avec ma liste.
07:56On fait 42%.
07:57On a plus de 13 points d'avance sur Christian Estrosi.
08:00C'est imperdable.
08:01Et on perd au second tour.
08:02Parce que, précisément, on n'a pas d'alliance, on n'a pas d'allié et on n'a pas de réserve de voix.
08:06Et moi, à partir de là, je me dis, en fait, à un moment donné, c'est bien d'avoir les bonnes idées,
08:10mais si on ne donne pas les moyens de la victoire, j'ai l'impression d'emmener les Français dans une impasse.
08:13Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je ne suis pas au Rassemblement National.
08:15Je suis alliée du Rassemblement National.
08:17J'ai trois députés qui siègent, sont apparentés à ce groupe.
08:20Mais je considère que c'est justement dans nos complémentarités qu'on arrivera à faire 50 plus 1,
08:24parce qu'aucun parti politique ne peut gagner.
08:26Qu'est-ce que vous dites à Marion Maréchal, Sébastien Ligné ?
08:29Je dis qu'avant de parler d'union des droites, il faut qualifier ce qu'est la droite.
08:33Aujourd'hui, est-ce que les Républicains qui sont prêts à taper dans la main avec un gouvernement
08:37qui serait prêt à taxer les plus riches, est-ce que c'est encore la droite ?
08:42Je ne suis pas certain.
08:43Donc, je veux bien qu'on parle d'union des droites avec peut-être le RN, Éric Zemmour,
08:48qui partagent au moins un constat civilisationnel.
08:52Je ne suis pas certain que le RN gagnerait grand-chose à s'allier avec les Républicains dès le premier tour.
08:57Parce qu'encore une fois, tout se joue au second.
09:00Le premier tour, chacun part de son côté.
09:02Et puis ensuite, le juge de paix, c'est le second tour.
09:04C'est là où on verra, on en parlait tout à l'heure avec Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon,
09:08c'est là où les masques tomberont.
09:10Et on verra ce que dira les Républicains, en tout cas le président des Républicains,
09:14si le RN est au second tour face à Jean-Luc Mélenchon.
09:16Pour qui appelleront à voter les Républicains dans ce cas-là ?
09:19Je ne suis pas sûr du résultat.
09:21Roger Carucci s'est exprimé, je ne sais plus sur quelle antenne.
09:23Sur Europe 1.
09:25C'était chez vous donc.
09:26À ce sujet, en disant qu'on voterait les filles et le RN, ils voteraient RN.
09:30Effectivement, il faudra suivre les débauchages.
09:31Et c'est nouveau ça, dans la bouche de Roger Carucci.
09:34Si on l'avait interrogé il y a un an, il n'aurait peut-être pas dit ça.
09:36Ce n'est pas tous les jours, en plus, qu'on entend ça chez des élus LR.
09:40Donc oui, ce sera intéressant de voir les débauchages.
09:42Mais après, le RN se retrouvera, se retrouverait, puisque c'est hypothétique,
09:46dans la position d'un RPR, c'est-à-dire à devoir gérer des tendances.
09:49Il y aura le RN social, le RN libéral.
09:52Ce qui n'est pas mauvais.
09:53Et réussir à les faire tenir tous dans la même pièce, avec les mêmes aspirations.
09:58Et on le voit bien, Jordan Bardella est porteur d'une vision beaucoup plus pro-business,
10:00alors que Marine Le Pen prospère sur sa proximité avec les classes sociales et laborieuses.
10:05Et tout ça doit être empathique, puisque quand on mène une politique d'ensemble,
10:10et quand on aspire à l'Élysée, il faut concilier tous les corps de métier,
10:15à la fois le business et la classe ouvrière.
10:18Merci beaucoup Sébastien Ligné et Gilles Boutin.
10:21C'est la fin d'Europe, un soir.
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