00:00– Reste que dans l'immédiat, le problème le plus urgent,
00:05c'est évidemment l'élaboration d'un budget.
00:08– Oui.
00:08– Qu'on a un Premier ministre qui est arrivé en trouvant
00:11une proposition de budget qui était celle de François Bayrou,
00:15que l'idée c'est à partir de ça d'introduire beaucoup de changements,
00:20on n'a pas les précisions sur ce qu'il veut faire,
00:22ou plutôt on voit des directions qui s'esquivent,
00:26qu'il y aura une augmentation des impôts,
00:28ce qui signifie qu'il y aura notamment, inévitablement,
00:31même si ça ne fait pas plaisir,
00:33une augmentation sur les plus grands patrimoines,
00:36de toute façon, mais pas seulement.
00:38– Vous avez noté qu'il dit qu'il y a des impôts qui augmenteront
00:40et des impôts qui baisseront.
00:41– Absolument, j'ai noté ça, j'ai noté aussi les indications qu'il donnait,
00:46et en particulier une qui pour vous est ultra familière,
00:50qui est de dire qu'il faudrait arriver à faire descendre
00:54le déficit budgétaire à 4,7%,
00:57faire descendre de 5,4% à 4,7%,
01:02ça implique un effort gigantesque.
01:05C'est un effort, pour le coup,
01:07ce n'est pas un petit peu d'augmentation d'impôts,
01:10ou ça n'est pas un petit peu de diminution de dépenses.
01:13– Écoutez, non, parce que le précédent budget,
01:15le budget d'Ibaïrou,
01:17faisait passer le déficit de 5,4% à 4,6%.
01:19Donc là, il se donne un petit peu de mou.
01:214,6%, 4,7%, ce n'est pas extrêmement différent.
01:24Ce qui veut dire que, si on calcule par rapport aux fameux 44 milliards,
01:27qui, moi, ne me sont jamais rentrés dans la tête tout à fait,
01:30non, parce que ce n'est pas une bonne façon de calculer,
01:32c'est-à-dire qu'on calcule par rapport à un tendentiel,
01:34c'est-à-dire par l'idée,
01:35par rapport à l'idée que si on ne faisait rien,
01:37ça augmente, où on serait.
01:38Alors qu'en réalité,
01:39dans le budget que proposait François Bayrou,
01:42et le Premier ministre le signale aussi dans son interview,
01:44il y a 30 milliards d'euros d'augmentation de dépenses publiques.
01:47On dit que ça baisse et que ça augmente.
01:49Ce qui est un paradoxe.
01:50Alors, en vérité, ce qu'il faut calculer, c'est l'effort.
01:52C'est-à-dire combien, effectivement, on fait l'effort.
01:54De ce point de vue-là, par rapport aux 44,
01:564,6%, 4,7%,
01:57c'est-à-dire qu'on est à quelque chose comme 40, 38.
01:59Donc c'est quand même un effort qui est maintenu.
02:01Le président de la Cour des comptes que je suis,
02:03le président du Haut Conseil des finances publiques que je suis,
02:06doit dire qu'il faut rester sur le chemin des 3% en 2029.
02:10Là, je ne peux que plus soyer par rapport à ça.
02:12Mais est-ce que le rythme proposé,
02:15esquissé,
02:16est-ce qu'il est tenable ?
02:17Vous savez, ce qui compte, c'est d'avoir une trajectoire.
02:19C'est-à-dire qu'il faut dire, on fait tant cette année,
02:21on fait tant l'année prochaine.
02:22Ce que vous ne ferez pas cette année,
02:23vous le ferez l'année prochaine.
02:24Mais l'année prochaine, c'est l'année 2027.
02:26C'est-à-dire l'année préélectorale.
02:27Je crois en tout typosais qu'il faut que l'effort cette année
02:29soit très significatif.
02:32Je pense, par exemple, qu'il faut garder le cap des 3%,
02:34parce qu'en effet,
02:35ce n'est pas tellement une question de date
02:36ou de fétichisme, de critères.
02:38C'est que c'est quand même le moment
02:39à partir duquel la courbe de la dette
02:41commence à s'infléchir.
02:42Or, notre dette publique,
02:43vous l'avez vu tout à l'heure,
02:44elle a atteint 3419 milliards d'euros.
02:45Elle sera à 3500 milliards d'euros
02:47à la fin de l'année.
02:48En volume, c'est la plus importante
02:50dans l'Union européenne.
02:51En niveau, c'est la troisième,
02:53derrière l'Italie et la Grèce.
02:54Le service de la dette,
02:55c'est-à-dire ce qu'on rembourse chaque année,
02:56a été multiplié par près de trois.
02:58C'était 25 milliards d'euros,
02:59le budget du logement en 2021.
03:02Aujourd'hui, c'est 67.
03:04C'est plus que le budget de la défense.
03:06Ce sera plus que le budget de l'éducation.
03:07Ce sera la première fois
03:07que ça arrive sous la 5ème publique.
03:09100 milliards d'euros.
03:10Qu'est-ce que vous voulez faire après ?
03:11Vous voulez faire de l'écologie ?
03:12Pas possible, vous n'avez plus d'argent.
03:13Vous voulez faire de la défense ?
03:15Plus possible, vous n'avez pas d'argent.
03:16Vous parliez tout à l'heure de Mario Draghi.
03:18Son plan pour l'innovation et la compétitivité
03:20suppose des investissements.
03:21Si vous voulez investir,
03:22vous devez vous désendetter.
03:23Ça, c'est une règle, je pense, de bonne gestion.
03:25Et donc, à partir de ce moment-là,
03:26oui, il faut un effort significatif.
03:28Oui, il faut garder le cap des 3%.
03:29Après, sur l'année,
03:33ça, ça fait partie du débat parlementaire.
03:34J'ai compris que c'est ce que souhaitait faire le Premier ministre.
03:36Je voudrais rappeler une chose, par ailleurs,
03:37qui est une contrainte calendaire.
03:40Il a dit qu'il fallait se référer
03:41aux obligations constitutionnelles.
03:43Je ne peux, là encore, que l'approuver.
03:45Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
03:45Ça veut dire que le budget doit être déposé
03:47devant le budget, devant les bureaux des assemblées,
03:49le 13 octobre, l'Assemblée nationale.
03:52Ça veut dire, du coup, qu'il doit être adopté
03:53quelques jours avant par le Conseil des ministres.
03:55Ce qui doit passer auparavant au Conseil des États.
03:56C'est un tiers dans deux semaines.
03:57Et qu'il doit être au Conseil des finances publiques.
03:59C'est l'institution que je préside.
04:01On commence par là, le 1er octobre.
04:03Le 1er octobre, c'est jeudi prochain.
04:05Ah.
04:06Oui.
04:06Mercredi, pardon.
04:08Donc, toi, allez vite.
04:10Donc, ça signifie qu'il ne faut avoir
04:12pas simplement un espèce de schéma général.
04:15Ça veut dire qu'il faut pouvoir indiquer
04:18de façon, en tout cas plausible,
04:21quels sont les ordres de grandeur
04:24des économies qui devront être faites
04:27et les ordres de grandeur
04:28des impôts supplémentaires
04:31qui, inévitablement, verront le jour.
04:33Alors, c'est vrai que nous,
04:34pour ce qui nous concerne,
04:35nous avons besoin des grandes masses.
04:36Masses de granit, comme on dit.
04:38Après, quand vous allez plus loin,
04:39au Conseil des États,
04:40vous lui envoyez les mesures.
04:41Oui, bien sûr.
04:42Et quand vous faites passer
04:43le projet de loi de finances
04:44devant le Conseil des ministres,
04:44il est détaillé.
04:46Voilà ce qui nous attend
04:46pendant les 15 jours qui viennent.
04:49Bon, le premier, ça donnez,
04:49c'est lignéament.
04:51Ces grandes lignes, maintenant,
04:52il va falloir passer à l'action.
04:54Mais ce qu'on doit garder à l'esprit,
04:58c'est, un, qu'on est dans une situation
05:00où il n'est pas question,
05:01pour reprendre une expression classique,
05:02de rester inerte.
05:03Non.
05:04Et deux, que si on veut pouvoir
05:07non pas forcément suivre
05:08de façon vétilleuse une trajectoire,
05:11mais marquer une inflexion
05:13suffisamment crédible
05:14pour déjà que ceux qui nous jugent,
05:17les marchés, Bruxelles,
05:19nous prennent au sérieux,
05:20ça veut dire que
05:22l'augmentation des impôts,
05:24la diminution des dépenses,
05:26moi, je suis désolé,
05:27mais je n'y crois pas beaucoup.
05:29En tout cas, pas instantané.
05:31Je la trouverais très souhaitable.
05:32Permettez-moi,
05:33non pas de vous interrompre,
05:34mais de dire quelque chose,
05:35parce que je n'ai pas un point
05:36de désaccord avec vous,
05:37mais un point de désaccord tout court.
05:39On ne peut pas faire
05:4030 milliards d'euros d'impôts.
05:41Ça, ce serait dément.
05:42Par rapport à notre taux
05:43de prélèvement obligatoire,
05:44ce n'est pas possible.
05:45Est-ce qu'on peut faire
05:4615 milliards de baisse de dépenses ?
05:47J'ai une sorte de règle d'or,
05:49en quelque sorte, si vous voulez,
05:50c'est que la baisse des dépenses,
05:52les économies en dépenses,
05:53doivent être plus importantes
05:54que les impôts.
05:55Et je dirais même substantiellement.
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