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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Le détective Abraham Levin, du 43e district de Brooklyn, est assis à son bureau lorsqu'il entend un faible coup frapper à la porte.
01:11Mais tellement faible que Crowley, son adjoint, ne l'a pas entendu.
01:16On frappe à nouveau, mais un peu plus fort.
01:20« Entrez ! » Lance Levin s'enlevait les yeux.
01:25Cette fois, le bouton de la porte tourne en hésitant et une enfant apparaît.
01:33C'est une petite fille de dix ans à peu près.
01:36Ses cheveux sont blonds clairs et tenus en tresses.
01:40Elle a de grands yeux bleus, pleins d'innocence, et son visage au teint de pêche forment un très bel ovale.
01:47« Est-ce que je peux entrer ? » demande la petite fille.
01:52« Entrez, mademoiselle ! » lui répond Levin.
01:56« Vous êtes un détective ? » reprend la petite fille.
02:01Levin acquiesce d'un signe de tête.
02:03« Oui, j'en suis un. »
02:06« Mon nom, déclare avec solennité la petite fille, est Alice Thornbridge-Walker.
02:14J'habite 777 West End Avenue, appartement 4A.
02:21Je veux déclarer un meurtre. »
02:24« Un meurtre ? » répète Levin, qui n'en croit pas ses oreilles.
02:28« Ma mère, dit-elle toujours avec autant de solennité, a assassiné mon beau-père. »
02:37Levin lance un regard en direction de Crowley, qui l'encourage d'une moue qui semble vouloir dire
02:43« Laisse-la parler, ou bien elle a fait un pari avec une de ses copines, ou bien elle est dingue. »
02:50Levin ramène son regard sur Alice Thornbridge-Walker.
02:54« Raconte-moi, Alice, quand est-ce que c'est arrivé ? »
03:00« Il y aura deux semaines jeudi. Il était deux heures de l'après-midi. »
03:06Devant le sérieux de la petite fille, Levin attire vers lui une feuille de papier et prend note de ce qu'elle lui raconte.
03:14Il lui demande « Comment s'appelle ta mère ? »
03:19« Gloria Thornbridge-Walker. Elle travaille la nuit au New York Times et mon beau-père s'appelait John Walker. Il était avocat. »
03:30Levin inscrit les noms avec sérieux et demande « Le nom de ton père était Thornbridge, c'est ça ? »
03:38« Oui, Jason Thornbridge. Il est mort quand j'étais petite fille. Je crois que ma mère l'a tué aussi, mais j'en suis pas absolument sûr. »
03:48« Oui, je vois. Mais tu es absolument sûr que ta mère a tué Albert Walker, c'est ça ? »
03:56« Oui, mon beau-père. Quand mon papa est mort, on a dit qu'il s'était noyé accidentellement dans le lac Champlain. Moi, j'ai toujours trouvé ça bizarre parce qu'on disait aussi que mon papa était un très bon nageur.
04:11Mon beau-père, lui, c'était pas un athlète. Il était presque devenu infirme. »
04:17« Ah oui ? Alors, comment est-il mort ? »
04:21« Ma mère a fait un grand bruit devant lui, » répond Alice calmement.
04:28Le crayon de Levin s'arrête dans sa course. Il ne décèle aucune note d'humour dans le ton de la petite fille.
04:37Si elle est venue ici pour se moquer, alors c'est une actrice remarquable, car aucun signe de plaisanterie ne transparaît sur son beau visage.
04:44Avant que Levin ait pu formuler une réponse à ce qu'elle vient de dire, Alice a sauté de sa chaise.
04:51« Je ne peux pas rester plus longtemps. Je me suis arrêtée ici en revenant de l'école.
04:56Si maman apprenait que je suis allée raconter son crime à la police, elle pourrait essayer de me tuer aussi.
05:02Ce que je vous ai dit est sérieux, monsieur. Je ne raconte pas de mensonges et je ne fais pas de blagues.
05:07« Vous n'êtes pas obligé de me croire tout de suite, mais vous devez faire une enquête et découvrir si, oui ou non, je dis la vérité. »
05:17« Et vous verrez que je vous ai dit la vérité. »
05:21La petite fille se retourne brusquement vers Levin.
05:24D'un ton résolu et solennel, elle déclare,
05:28« Mon beau-père était un brave homme. Ma mère est une mauvaise femme.
05:35Vous découvrirez ce qu'elle a fait et vous la punirez. »
05:39Elle agite la tête dans un geste bref et quitte la pièce sans oublier de refermer la porte.
05:47Levin doute de l'existence de ces crimes racontés par une petite fille innocente,
05:52mais il se sent le devoir de vérifier.
05:55Il décroche le téléphone et compose le numéro du New York Times.
05:59Au bout de quelques minutes, la notice nécrologique sur Albert Walker, lui élu.
06:05Décédé d'une crise cardiaque.
06:08Entrepreneur de pompes funèbres, Junius Merriman.
06:12Un coup de fil à Merriman lui fournit le nom du docteur d'Albert Walker,
06:16Henry Sheffield, qui l'appelle au téléphone.
06:19« Je ne peux pas comprendre pourquoi la police s'intéresse à une défaillance cardiaque, »
06:24dit le docteur Sheffield.
06:26« Il avait eu une alerte sept mois plus tôt. Mais où voyez-vous le problème, inspecteur ? »
06:31« Oh, pas de problème, docteur. Simple vérification de routine. Je vous remercie. »
06:38Le lendemain, Levin a décidé de pousser plus loin ses vérifications.
06:43D'abord, il doit trouver l'école.
06:45Alice a bien dit qu'elle s'était arrêtée alors qu'elle sortait de classe et qu'elle rentrait chez elle.
06:51Sur le plan de la ville, il repère deux écoles.
06:54L'une est un cours secondaire, l'autre un cours élémentaire.
06:57C'est certainement là qu'Alice Townbridge Walker doit être inscrite.
07:01« Crowley, tu pourrais peut-être approfondir les circonstances du décès de Townbridge pendant que je prends contact avec l'école d'Alice. »
07:10« Évidemment, tu préfères aller parler avec une jeune institutrice plutôt que d'enquêter sur un cadavre. Je te reconnais bien, là ! » dit Crowley.
07:19Mme Pigeon, la directrice de l'école, est fort intriguée quand le portier introduit le détective Levin dans son bureau.
07:28« J'aimerais parler à la maîtresse d'une de vos élèves, Alice Townbridge, » dit Levin.
07:36« Pour quelle raison ? » demande la directrice avec une réserve sèche, mais polie.
07:42« Elle est venue nous faire un rapport hier, » lui dit Levin.
07:47« Il nous est difficile de vérifier. Cela pourrait nous aider d'en savoir un peu plus sur elle, sur son comportement, enfin, vous voyez, sur ce genre de choses. »
07:56La défensive commence à poindre dans l'attitude de Mme Pigeon.
08:01« Quel genre de rapport ? »
08:03« Excusez-moi, mais s'il n'y a rien, il vaudrait mieux ne pas trop s'étendre là-dessus, » dit Levin.
08:09« Mais rassurez-vous, ça n'a rien à voir avec l'école. »
08:14« Bien, puisque vous souhaitez parler avec Miss Dolly, je vais la faire appeler. »
08:19« Je vous en remercie, Mme la directrice. »
08:23Levin reste seule.
08:26Il imagine Miss Dolly, c'est sûrement une jeune femme longue et mince qui va apparaître d'une minute à l'autre.
08:33Crowley avait raison de pester.
08:34Il se lève précipitamment pour serrer la main que lui tente une solide quinquagénaire.
08:40« Tâchez de ne pas être trop long, M. Levin. Vous pouvez rester dans mon bureau, » dit la directrice en refermant la porte.
08:49Levin se retrouve en tête à tête avec Miss Dolly.
08:51« Le beau-père d'Alice Townbridge, Walker, est mort il y a deux mois, » commence Lévin.
08:59« Oui, Alice l'adorait. Sa mère l'avait épousée il y a un an. Son vrai père est mort peu de temps après sa naissance.
09:09M. Walker avait beaucoup d'importance pour Alice, » conclut Miss Dolly.
09:13« Comment s'entendent Alice et sa maman ? »
09:19« Normalement, pour autant que je sache, je n'ai jamais remarqué aucun signe de discorde entre elles. »
09:26« Est-ce qu'Alice est une enfant qui a, comment dire, beaucoup d'imagination ? »
09:32« Elle est très ingénieuse, si c'est ce que vous voulez dire, inspecteur. »
09:37« Est-ce qu'il lui arrive d'inventer des histoires, disons, abracadabrantes ? »
09:44« Oh, des mensonges ! »
09:46Elle secoue la tête.
09:47« Non. Et puis, elle a bien les pieds sur terre. »
09:51Lévin soupire.
09:54« Merci. Merci beaucoup, Miss Dolly. »
09:58Lévin est sur le point de partir quand l'institutrice tente de le rattraper.
10:03« Si vous me parliez de cette histoire invraisemblable, je pourrais peut-être vous aider.
10:08« Oh, vous êtes bien aimable, Miss Dolly, mais je préfère ne pas en parler avant d'être sûr que ce qu'Alice m'a raconté est vrai. »
10:17« Mais je vous remercie, Miss Dolly. Vous m'avez déjà beaucoup aidé. »
10:23De retour au bureau du 23e district, Lévin n'a pas le temps d'accrocher son manteau que Crowley se précipite sur lui.
10:30« T'es verné, Lévin. T'as manqué l'ouragan. »
10:37Qu'est-ce qui a bien pu se passer au 23e district pendant que Lévin était avec l'institutrice d'Alice ?
10:44C'est ce que vous saurez dans quelques instants.
10:47Alice Townbridge Walker est une petite fille de 10 ans dont la Joliesse semble aller de pair avec l'innocence.
11:02Pourtant, c'est elle qui vient de pousser la porte du 23e district de Brooklyn pour déclarer un meurtre.
11:11Elle accuse sa mère d'avoir provoqué la mort de son beau-père cardiaque, Albert Walker.
11:16Devant le sérieux de la petite fille, le détective Lévin et son adjoint Crowley ont entrepris de vérifier ce que leur a dit Alice.
11:28« De quel wagon veux-tu parler, Crowley ? » demande Lévin.
11:34Crowley ne se fait pas davantage prier pour raconter la scène.
11:37« La mère d'Alice est venue. Docteur Schiffle la mise au courant de ton coup de téléphone au sujet de la mort de son mari.
11:43Elle est entrée ici comme une furie, disant qu'on se met la calomnie sur sa famille et qu'on devait laisser sa fille tranquille. »
11:51Intercherche sur le décès du vrai père d'Alice Townbridge. Qu'est-ce que ça a donné ?
11:56« Mort accidentelle. Ça ne fait aucun doute pour personne. Il est allé nager trop vite après un repas copieusement arrosé.
12:03Au fait, comment ça s'est passé avec l'institutrice d'Alice ? Raconte un peu. »
12:09Lévin sourit malicieux.
12:11« T'as vu juste, Crowley. Miss Dolly a été une fort jolie personne, mais ça doit remonter à une trentaine d'années.
12:21En tout cas, d'après elle, Alice est une enfant dégourdie et réaliste.
12:25Si elle nous raconte quelque chose, c'est sûrement la vérité. »
12:31Crowley joue nerveusement avec son crayon.
12:34« Lorsqu'il y a de la mère d'Alice, j'étais obligé de tout lui raconter, tout ce que sa fille est venue nous dire. »
12:40« Tant pis, dit Lévin. »
12:43« Et quelle a été sa réaction ? »
12:45« Elle ne m'a pas cru. Elle ne voyait pas pourquoi Alice aurait pu raconter une chose pareille. »
12:51« Est-ce qu'elle était chez elle quand son mari est mort ? »
12:54« Elle dit que non. »
12:56Crowley s'enfonce dans son fauteuil.
12:58Il fallait toujours quelqu'un en permanence et Walker ne voulait pas d'infirmière.
13:03Madame Thornbridge-Walker a donc attendu le retour d'Alice pour aller faire les courses.
13:08Son mari était vivant quand elle est partie.
13:10Elle la retrouvait mort en rentrant une heure plus tard.
13:13Enfin, c'est ce qu'elle prétend.
13:14« C'est Alice qui la trouvait mort ? »
13:18« Non, non, non, non, non. Quand elle est rentrée, sa fille regardait la télévision. »
13:22« Et le bruit à l'origine de la crise cardiaque, selon Alice. Elle en parle ? »
13:28« Enchaîne Lévin. »
13:30« Elle n'a rien entendu et elle n'a aucune idée de ce qu'Alice veut dire. »
13:35Lévin soupire.
13:37« Bon, » reprend-il, « nous avons deux versions contradictoires. »
13:44« Alice prétend que sa mère était à la maison et qu'elle a fait un bruit très fort. »
13:49Quant à sa mère, elle dit qu'elle était allée faire les courses.
13:53« Il faut que je parle de nouveau avec Alice. Je suis curieux de voir si elle va flancher quand elle entendra la version de sa mère. »
14:02Crowley cesse de faire tourner son crayon entre les doigts et regarde Lévin.
14:08« Moi, je me demande si la mère va essayer de faire taire sa gosse. »
14:13« Bon, crans-les. On a la journée devant nous pour agir. Je vais appeler l'école. »
14:20Aujourd'hui, l'institutrice donne une interrogation trimestrielle sur les maladies cardiaques, urinaires et digestives.
14:28Lévin obtient donc de s'entretenir avec Alice uniquement pendant la récréation de 10h45.
14:35« Je suis désolé, Alice, mais nous n'avions pas le choix. »
14:39« Ta mère devait être mise au courant. »
14:42commence Lévin dès que la petite fille entre dans le bureau de la directrice.
14:47Alice réfléchit, puis toujours solennelle.
14:51« Je crois que tout se passera bien. Elle n'osera pas me faire de mal. Ce serait trop manifeste.
14:58Et ma mère est quand même quelqu'un de subtil, monsieur Lévin. »
15:02Lévin sourit malgré lui.
15:04« Dis donc, tu as du vocabulaire, toi, hein ? »
15:10« Oui, je lis beaucoup. Maman a beaucoup de livres. J'ai du mal à attraper ce qu'elle range tout en haut de la bibliothèque,
15:16mais c'est ceux où je trouve les choses les plus intéressantes et où j'apprends beaucoup sur la vie. »
15:22« Écoute-moi, Alice. À propos du jour où ton beau-père est mort,
15:28ta mère a déclaré qu'elle était sortie faire des courses et qu'elle l'avait trouvée mort à son retour une heure plus tard.
15:35Qu'est-ce que tu en penses ? »
15:37« C'est ridicule ! » reprend Alice avec aplomb.
15:41« C'est moi qui suis allé au magasin, mais je suis revenu un peu trop vite. »
15:46« Un peu trop vite ? Comment ça ? »
15:48« En sortant de l'ascenseur, j'ai entendu un grand bruit métallique venant de l'appartement.
15:53Et puis, le bruit a recommencé quand j'ai ouvert la porte.
15:56J'ai vu ma mère sortir de la chambre de mon beau-père.
15:59Elle avait l'air bizarre.
16:02J'ai bien vu que je la dérangeais, mais elle a fini par me sourire.
16:05Et puis, elle m'a dit que quelque chose de terrible venait d'arriver.
16:10Et elle a couru au téléphone pour appeler le docteur Sheffield.
16:13Elle a fait comme si elle était profondément bouleversée,
16:17exactement comme si c'était vrai.
16:19Et le docteur Sheffield ne s'est rendu compte de rien.
16:23« Mais pourquoi n'es-tu pas venu tout de suite au commissariat, Alice ? »
16:27« Je pensais que personne ne me croirait et j'avais peur de ma mère.
16:32Mais lundi, au cours d'instruction civique,
16:35Miss Dolly nous a parlé des devoirs de la police,
16:38qui est de faire des enquêtes sur les crimes
16:40et de veiller à ce que tous les coupables soient punis.
16:43Alors, je me suis dit que si je venais vous voir,
16:46vous feriez de toute façon une enquête. »
16:50Miss Dolly a raison, Alice.
16:52Nous sommes en train de mener une enquête.
16:56Voyons, tu m'as dit être allée au supermarché ce jour-là.
16:59« Est-ce que tu as rencontré quelqu'un qui puisse se rappeler que c'est toi qui as fait les courses et non ta maman ? »
17:09Alice réfléchit, portant un doigt à ses lèvres, mais finalement secoue la tête.
17:14« Non, je ne vois pas.
17:18Je ne connais personne dans mon quartier. »
17:21Lévin se lève.
17:24« Nous allons voir ce que nous pouvons faire.
17:27Ce bruit dont tu m'as parlé, Alice,
17:30sais-tu comment ta mère a pu le provoquer ? »
17:34« Non, je suis désolé.
17:37Ça ressemblait à un gong ou quelque chose comme ça.
17:42Je ne sais pas ce que ça pouvait être,
17:44mais c'était terriblement fort
17:46et mon beau-père a dû avoir très peur.
17:49Les cardiaques sont vulnérables.
17:52« Oui, je sais, Alice.
17:54Moi aussi, je suis cardiaque. »
17:57dit Lévin en portant instinctivement sa main au cœur.
18:01« Nis-moi, est-ce que ta mère avait quelque chose entre les mains
18:06quand elle est sortie de la chambre ? »
18:10« Non, rien. »
18:12« Bon.
18:14Retourne en classe maintenant.
18:16Tu vas rater ton interrogation écrite.
18:18Mais dis-donc, tu dois être incollable sur les maladies cardiaques. »
18:23ricanne Lévin.
18:25Alice pâlit.
18:27« Merci pour votre aide,
18:30monsieur le détective. »
18:32« Mais c'est mon devoir, Alice,
18:34comme tu le faisais justement remarquer tout à l'heure.
18:38Est-ce qu'il y a quelque chose d'autre
18:40que je pourrais faire pour toi ? »
18:43Elle attend pendant qu'il sort un petit carnet de sa poche
18:45et se met à écrire.
18:48« Si tu as l'impression qu'il y a un danger,
18:50si tu as un ennui,
18:52appelle-moi à mon bureau jusqu'à 17h
18:55et ensuite chez moi.
18:56Tiens, voilà les deux numéros de téléphone. »
18:59« Merci. »
19:01dit vivement Alice.
19:03Elle plie le papier,
19:05le four dans la poche de sa jupe,
19:07et file.
19:09Crowley est déjà rentré
19:10quand Lévin arrive au bureau du district.
19:14« J'ai vu le docteur Sheffield.
19:16Il pense que cette histoire est complètement inventée par Alice
19:19et que c'est par réaction au choc qu'elle a subi
19:22avec la mort de son beau-père. »
19:25« Eh bien, moi ! »
19:26dit Lévin d'un ton là.
19:30Personne n'a pu m'assurer
19:31qu'il avait vu Alice aller faire les courses
19:33le jour de la mort d'Albert Walker.
19:36Pas plus les employés du supermarché
19:38que le concierge de l'immeuble.
19:42Alice doit être rentrée de l'école maintenant.
19:45« Et si sa mère s'en prend physiquement à elle ? »
19:50demande Crowley.
19:51« Non, non,
19:53elle ne le fera pas.
19:55Si Alice disparaissait
19:56ou avait un accident,
19:58nous saurions tout de suite la vérité.
19:59Non, non,
20:00elle ne prendra pas ce risque.
20:02Avec son mari,
20:03tout ce qu'elle avait à faire,
20:04c'était d'abuser un médecin
20:06qui était tout disposé à la croire d'emblée.
20:08Non, cette fois-ci,
20:10elle devrait convaincre deux flics.
20:12C'est une autre paire de manches.
20:13« Alice est probablement plus en sécurité
20:17maintenant que sa mère sait
20:18qu'elle est venue nous voir. »
20:21« Bon.
20:22Alors, qu'est-ce qu'il nous reste à faire ? »
20:24« Terminé pour aujourd'hui, crâlez.
20:26Demain, j'irai jeté un coup d'œil
20:28à l'appartement des Tarnbridge Walker. »
20:33Toute la nuit,
20:36Lévin ressasse cette histoire.
20:39Il revoit Alice lui racontant
20:40le meurtre commis par sa mère,
20:42mais la petite fille s'y posée
20:44n'arrive pas à le convaincre.
20:48Il ne croit pas non plus
20:48à l'hystérie meurtrière de sa mère.
20:52À peine assoupi,
20:53il se réveille en sueur.
20:56Il a compris.
20:58C'est comme s'il avait rêvé la vérité
21:00ou quelqu'un lui avait murmuré à l'oreille
21:02comment Albert Walker est mort.
21:04Madame Tarnbridge tuera sa fille cette nuit
21:09et il n'y aura aucun moyen
21:11de la prendre en défaut.
21:12Aucune preuve, rien, aucun moyen.
21:14Comme lors de son premier meurtre.
21:17S'il arrive là-bas à temps,
21:18il pourra l'en empêcher.
21:20Il repousse les couvertures
21:21et saute du lit,
21:22allume la lumière dans le couloir
21:24pour ne pas être aveuglé
21:25et remet ses vêtements de la veille.
21:27Il est 3h30 à sa montre.
21:30Gloria Tarnbridge-Walker
21:32rentre à 4h de son travail.
21:35Il est déjà dans la cage d'escalier
21:37quand il entend le téléphone sonner,
21:39mais tant pis,
21:40il faut qu'il fonce là-bas.
21:43Tout le long du trajet,
21:45il repense à ce coup de téléphone
21:46qu'il n'a pas décroché.
21:49Il arrête sa voiture en double fil.
21:52Son cœur lui fait mal,
21:53il ne peut pas grimper les escaliers
21:55et il est contraint d'attendre
21:56ce qui ressemble plus à un monte-charge
21:58qu'à un ascenseur.
22:00Enfin, il arrive.
22:04La porte de l'appartement 4A
22:06est entrebâillée.
22:08Il porte la main à sa hanche,
22:09mais il est parti trop rapidement
22:11et il a oublié de prendre son revolver.
22:15Il franchit le seuil prudemment,
22:18essayant de percer l'obscurité.
22:21Soudain, un visage apparaît devant lui,
22:24lumineux, le regard fixe, horrible,
22:27vert fluo,
22:28une face de démon qui le fixe dans l'obscurité.
22:31Il pousse un cri,
22:32une panique instinctive,
22:33emplit sa bouche de salive
22:34et il recule en trébuchant
22:36pour s'éloigner de la chose,
22:37heurtant le chambranle de la porte.
22:40Et la figure disparaît.
22:42Il tâtonne autour de lui,
22:44les mains tremblantes,
22:45ayant perdu tout sens de l'orientation.
22:46Il faut qu'il sorte,
22:48il faut qu'il trouve la porte.
22:50Il sait qu'Alice essaie de le tuer
22:52comme elle a tué Walker,
22:53en arrêtant son cœur.
22:56Un cri de terreur secoue ses oreilles,
22:59fort,
22:59incroyablement fort,
23:01amplifié,
23:02au-delà du pouvoir d'une voix humaine,
23:04un hurlement terrible de haine
23:06le pénétrant jusqu'aux os,
23:08et ses mains tremblantes
23:09touchent le mur.
23:10Il s'y appuie,
23:11il a la bouche ouverte,
23:12cherchant sa respiration.
23:14La poitrine pressée,
23:15le cœur battant irrégulièrement
23:17avec des soubresauts d'animals blessés.
23:18Les échos du hurlement s'estompent,
23:21puis il retentit à nouveau,
23:23encore plus fort,
23:24faisant vibrer les bibelots de la pièce.
23:27Lévin trébuche contre un fauteuil
23:28et s'affaisse lourdement sur le plancher.
23:30Il reste étendu,
23:32haletant,
23:33terrifié comme un lapin
23:35pris au collet.
23:37Il gît sur le dos,
23:39empêtré,
23:40désemparé dans son lourd manteau.
23:44Le silence se prolonge,
23:46l'obscurité de l'appartement
23:49reste totale.
23:53Petit à petit,
23:55la raison lui revient.
23:58Elle l'a entendu tomber,
24:00et maintenant,
24:01elle attend pour être sûr
24:02qu'il est mort.
24:05Si elle l'entend bouger,
24:06elle lui assènera à nouveau
24:08ce son terrifiant.
24:11Pour l'instant,
24:13elle attend.
24:16Et cette attente
24:17donne à Lévin
24:19sa seule chance.
24:22La figure horrible
24:24est seulement peinte
24:25en verre fluorescent
24:26et un projecteur l'illumine.
24:29Le hurlement
24:30provient d'un magnétophone
24:31au maximum de sa puissance.
24:33Voilà,
24:34c'est tout simplement
24:35un magnétophone
24:37et un ballon.
24:38rien qui puisse
24:42le tuer
24:42s'il ne s'affole pas.
24:46Tandis qu'il reste
24:47sur le dos
24:48occupé à récupérer,
24:50le halo d'une lampe électrique
24:52est braqué sur lui.
24:55Lévin
24:56la fixe.
24:59Non, Alice,
25:01ça ne prend pas.
25:02la lumière
25:04s'éteint.
25:07Ne perds pas ton temps,
25:09Alice,
25:11reprend-il
25:12dans l'obscurité.
25:14Si ça n'a pas marché
25:16tout de suite
25:16quand je n'étais pas préparé,
25:19ça ne marchera pas du tout.
25:22Il sait qu'elle écoute,
25:24que tant qu'elle écoutera,
25:25elle ne fera rien.
25:28Il se redresse
25:29pour s'asseoir.
25:32C'est seulement
25:32en arrivant ici
25:33que j'ai compris
25:35que tu voulais me tuer.
25:37Tu voulais me tuer
25:38parce que tu as eu peur
25:40que je découvre
25:41ton meurtre
25:42à partir du moment
25:43où je t'ai dit
25:44que tu devais être
25:45incollable
25:46sur les maladies cardiaques.
25:49Tu pensais dire
25:49à ta mère
25:50que tu m'avais téléphoné
25:51parce que tu avais peur
25:52et que moi aussi
25:54j'avais eu peur.
25:56Peur
25:56au point
25:57que mon cœur
25:58s'arrête.
25:59Mais
26:01il y a une chose
26:04que je ne comprends pas,
26:05Alice.
26:07C'est
26:07pourquoi
26:08tu as voulu
26:09supprimer ton beau-père.
26:13C'était pénible
26:15quand ma mère vivait seule
26:16mais quand elle s'est remariée,
26:18ça a été pire.
26:20Ne fais pas ceci, Alice.
26:21Ne fais pas cela, Alice.
26:23Il était toujours
26:24sur mon dos.
26:25Je ne pouvais plus
26:26le supporter.
26:26Mais tu n'as pas pensé
26:30que ce serait encore
26:31plus pénible après
26:33quand la police
26:35te punirait
26:36puisque c'est son devoir
26:38comme Miss Dolly
26:41te l'a expliqué.
26:42Vous venez d'écouter
26:49Au cœur du crime,
26:51un podcast
26:52issu des archives
26:52d'Europe 1.
26:54Réalisation
26:54Julien Tarot
26:56Productions
26:57Estelle Lafon
26:58Patrimoine sonore
26:59Sylvaine Denis
27:00Laetitia Casanova
27:02et Antoine Reclus
27:03Au cœur du crime
27:06est disponible
27:07sur le site
27:08et l'appli Europe 1.
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