00:00Tout de suite ce témoignage, c'est Elie Allemel, ce rabbin qui avait été agressé, on s'en souvient, il y a 7 mois à Neuilly-sur-Seine.
00:08Il était notre invité au cours de Mini-News et j'ai trouvé son témoignage très fort.
00:15Son agresseur a écopé de 30 mois de prison, dont 18 fermes. Écoutez ce qu'il nous déclarait ce midi.
00:22Le vendredi d'avant à Deauville, en effet, j'avance, trois messieurs me barrent la route, et puis j'avance pensant que bon, ça va.
00:28Et puis là, il me décoche un sacré coup de poing et me montre qu'ils ont envie de continuer.
00:31Là, évidemment, je suis parti. Et c'est vrai que le vendredi d'après, ça arrive.
00:34Donc, il y a quand même quelque chose d'assez surprenant.
00:38Et voilà, c'est la réalité à laquelle on peut être confronté.
00:41Je ne sais pas ce que ça veut dire ici, pardonner ou ne pas pardonner, parce que je crois que cette personne-là, elle est dans son histoire.
00:46Évidemment, on ne va pas commencer à essayer de comprendre quelles sont les motivations profondes.
00:51Ce qui est important, c'est de se dire qu'est-ce qu'on fait des événements auxquels on a été confronté.
00:54Vous savez, je viens d'une famille juive, Hachkanas, qui a vécu les années sombres.
00:58Et ce que j'ai reçu comme message, c'est qu'une fois que la chose est passée, qu'est-ce qu'on en fait ?
01:04Il faut donner du sens. Je pense que c'est une problématique globale.
01:07Ici, évidemment, sur cet antisémitisme qui pose un réel problème.
01:12Mais au-delà de ça, c'est tout l'enjeu de la violence auquel je réfléchis.
01:15Et il y a une vraie démarche. Alors, pour moi, ce qui s'est passé, il faut en faire quelque chose.
01:20Il faut s'en servir comme support, à mon sens en tout cas, pour permettre de réfléchir et d'agir surtout.
01:26Il y a à la fois sur les problématiques des racines de l'antisémitisme, mais de manière plus vaste, repenser le rapport à la violence.
01:33Évidemment, c'est un chantier colossal.
01:35Et je pense que ce n'est pas parce qu'il est colossal qu'il ne faut pas commencer à s'y attaquer et essayer de s'investir par rapport à ça.
01:41Oui, Ben Kimou, je trouve que c'est un très beau témoignage que celui d'Elie Lemel.
01:47Oui, il est touchant.
01:49Oui, il est touchant.
01:51Mais je voulais simplement rappeler qu'à chaque fois, il a été agressé.
01:55Deux fois en plus.
01:55Deux fois, de suite.
01:58Parce que, encore une fois, on a fait l'amalgame entre ce qui se passait en Israël et ce qui se passait ici.
02:05Au nom d'un supposé génocide, au nom d'un supposé soutien à un État génocidaire, il a été agressé pour ces raisons.
02:14Et aussi parce que c'était un rabbin et parce qu'il était juif.
02:17Et ce qui était intéressant cette semaine, parce qu'il y avait une vie quand même parlementaire, à part le débat à l'Assemblée, le débat sur le budget,
02:26il y a eu quand même cette discussion autour de cette PPL, cette proposition de Loire qui était défendue par Caroline Yadant pour pénaliser toute critique de la politique.
02:38Enfin, de ne pas faire de l'amalgame.
02:40L'amalgame était interdit entre la politique d'Israël et le soutien à la cause palestinienne.
02:46Je trouve que ça a été très très important de la part de cette semaine à l'Assemblée.
02:53C'est-à-dire que vous avez une députée qui a dit ça suffit, ça suffit qu'à chaque fois qu'on parle de génocide en Israël,
03:05on n'ait pas la possibilité de dire ce sont des propos antisémites, cet amalgame ça suffit, ça suffit.
03:13Donc ça sera discuté, le texte n'est pas encore là, mais moi je trouvais que c'était très important.
03:21– Elisabeth Lévy.
03:22– Alors d'abord, moi je ne crois pas que la violence anti-juive réponde aux images qu'on voit à Gaza,
03:31je crois que c'est un prétexte tout simplement parce qu'apparemment les mêmes images ailleurs dans le monde
03:36ne provoquent jamais les mêmes réactions.
03:39Je sache que je sache, il n'y a pas de manifestation monstre organisée par LFI et tous ses petits copains
03:45pour l'Iran ou pour d'autres causes.
03:47Donc je crois que c'est vraiment, au contraire, on mobilise un récit d'ailleurs biaisé de ce qui se passe au Proche-Orient
03:54pour s'en prendre aux juifs.
03:56La deuxième chose, je ne crois, j'ai beaucoup d'estime pour Caroline Yadon,
04:00mais si la seule réponse qu'on a c'est de censurer, c'est de proposer des lois de censure
04:04en interdisant aux gens de dire ceci ou cela, on est mal barré.
04:08Parce que là, on a quand même, en fait, je ne crois pas tellement qu'il faille une nouvelle loi,
04:12l'antisémitisme est déjà hors la loi, et on a un problème beaucoup plus grave.
04:17On a un problème aujourd'hui, ce qui fait qu'il est tendance.
04:20Avant, moi quand j'étais petite, il y avait peut-être des antisémites, mais ils se cachaient.
04:24On m'expliquait qu'il y avait à l'extrême droite d'affreux antisémites,
04:27dans tous lesquels ils ne le revendiquaient pas.
04:28Aujourd'hui, dans les cours d'école, on le sait depuis aussi les territoires perdus,
04:34le livre paru en 2002, je crois,
04:38dans les cours d'école, dans certaines cours d'école,
04:40c'est tendance de dire ça le juif, etc.
04:43Donc on est un peu au-delà d'une question de loi.
04:48Les sanctions, très bien.
04:50Je crois qu'on entre quand même dans un âge qui est très difficile,
04:54pas que pour les juifs, parce que l'antisémitisme,
04:56c'est quand même le problème de la France,
04:58et c'est quand même une atteinte terrible à la France,
05:00en tant que telle, à ce qu'elle est.
05:03Donc, je n'ai pas de solution.
05:07Et juste, au moins, arrêtons de nous gâcher derrière notre petit doigt.
05:12Et ce n'est pas ce qu'on fait ici.
05:13Mais si vous voulez, j'en ai assez de nous expliquer
05:15que le danger pour les juifs ou pour la France, c'est l'extrême droite.
05:19Il y a peut-être des antisémites dans une peut-être extrême droite,
05:22mais en tous les cas, ils se taisent.
05:24Et ils se cachent.
05:24Il y a un véritable danger quand il y a un parti qui, disons, acclimate l'antisémite.
05:29– Qui soupe sur les braises.
05:30– Voilà.
05:31Et surtout, je veux dire, il y a une partie,
05:33la communauté, la population musulmane était très traversée
05:37par les préjugés antisémites.
05:38Il faut quand même aussi avoir le courage de dire
05:40qu'on se bat aussi contre quelque chose qui est transmis
05:43dans un certain nombre de familles et de quartiers, etc.
05:46Donc, à un moment, c'est ça.
05:48Donc, ça aussi vient, évidemment, avec notre politique migratoire.
05:52Et je... Voilà. Pardon.
05:53– Louis de Regnel.
05:54– Je suis d'accord avec ce que dit Elisabeth.
05:56Je pense qu'on a pris aussi énormément de retard
05:58parce que pendant des années, on pensait qu'il y avait un responsable
06:01de tous les maux, c'était un peu l'Église catholique.
06:03Les problèmes de non-respect de la laïcité, on expliquait.
06:06Je me souviens de l'Observatoire de la laïcité
06:08avec M. Jean-Louis Bianco.
06:10Il expliquait que le problème, c'était l'Église catholique,
06:12que l'antisémitisme venait de l'Église catholique.
06:14Et personne n'a voulu voir la réalité
06:16qui est que l'antisémitisme dangereux
06:19et l'antisémitisme réel tel qu'il existe aujourd'hui
06:21vient de l'extrême-gauche.
06:23Moi, ce que je trouve inquiétant, c'est qu'aujourd'hui,
06:25les personnes qui ont commis cet acte contre ce rabbin,
06:29eh bien, ils sont inspirés par des idées
06:30qui sont relayées à l'Assemblée nationale.
06:33Donc, ensuite, on aura beau faire toutes les condamnations qu'on veut,
06:36tant que les propos ne sont pas judiciarisés,
06:40tant qu'il n'y a pas de condamnation pénale
06:42et qu'il fait bon d'être antisémite en France,
06:44Écoutez, ces actes-là continueront.
06:48Et je rappelle concernant cet agresseur aussi,
06:50c'est que le tribunal a retenu une altération du discernement
06:52chez le prévenu qui présente des intécédents psychiatriques.
06:56Simplement, ce que dit le texte de Caroline Gagnon,
06:59c'est le renforcement du délit d'apologie du terrorisme,
07:02création d'un nouveau délit d'appel à la destruction d'un État.
07:05On en a vu mille exemples.
07:06Et ça a servi de terreau pour les antisémites, me semble-t-il.
07:12Et la lutte contre la banalisation outrancière
07:14et la minoration de la Shoah.
07:19Ce qui a été dit, encore une fois,
07:21et on l'a vu encore il y a quelques jours,
07:23vous vous souvenez, c'était à la Grande Mosquée.
07:25Oui, oui, bien sûr, à la Grande Mosquée.
07:27Mais vous trouvez que ça a marché, la loi Guesso ?
07:29Vous trouvez que la loi Guesso a fait reculer l'ongisémite,
07:32se cacher derrière le négationnisme ?
07:33Non.
07:34La censure, en fait, ne nous aide pas.
07:36Elle n'a pas fait reculer quoi que ce soit.
07:38C'est ça, la vérité.
07:39Mais bon, je ne disconvient pas des excellentes intentions
07:44de Mme Yadon, qui est par ailleurs très sympathique.
07:46Un dernier mot sur le sujet, François Lecoq,
07:48avant de partir en plus de ce soir.
07:49Juste un mot.
07:49D'abord, les propos de Saurabin étaient vraiment très, très dignes.
07:52Oui, très dignes.
07:53Moi, j'ai trouvé très émouvant.
07:54Ils nous appellent à une sortie par le haut.
07:55C'est ça qui est important.
07:56Ils nous appellent à une sortie par le haut.
07:57Et pour faire le lien avec le sujet précédent,
07:59je disais tout à l'heure que nous étions enquistés
08:00dans la démocratie minoritaire.
08:02La démocratie minoritaire appelle les partis
08:04à faire des stratégies du socle,
08:06à se replier sur ce qu'ils considèrent leur électorat.
08:08Et ça, ça conduit derrière à la polarisation.
08:11Si on écoute ce que dit le rabbin,
08:13il dit qu'on a besoin d'avoir un discours
08:15qui emporte tout le monde,
08:16où on a l'impression quand même
08:18que nos principaux responsables,
08:19ils parlent d'une même voix sur ce sujet-là.
08:22Ce que donne à voir la scène politique,
08:23c'est qu'il y a une polarisation
08:24qui est construite sur ce sujet-là.
08:27Et c'est cette polarisation du champ politique
08:28qui s'exporte aussi vers la société
08:31et donc qui souffle sur les braises.
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