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Anne Fulda reçoit Nathalie Schuck pour son livre «Le Cardinal» dans #HDLivres

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00:00Bienvenue à l'heure des livres, Nathalie Chuc.
00:02Bonjour.
00:03Alors vous êtes journaliste, grand reporter au Point, vous êtes une plume politique renommée.
00:09Vous avez déjà écrit plusieurs essais politiques, Madame la Présidente, chérie, j'ai rétréci la droite, les naufrageurs aussi.
00:15Et vous venez de publier le Cardinal, les combats et ambitions de Bruno Retailleau, un livre qui est paru chez Robert Laffont.
00:22Un livre qui s'appuie sur des entretiens menés avec Bruno Retailleau lui-même et avec certains de ses proches.
00:28et qui tend à finalement faire découvrir qui est l'homme un peu derrière la caricature souvent qu'il y a eu de lui pendant de longues années.
00:38Alors c'est la première biographie d'ailleurs sur cet homme politique jusqu'alors plutôt discret.
00:43Vous écrivez Bruno Retailleau a été regardé souvent à droite comme un cousin éloigné de province,
00:48un villiériste défroqué qu'il convenait de tenir en lisière,
00:52souvent moqué pour sa foi ardente et son physique de jockey qui dissimule sa force de caractère.
00:56Alors franchement il y a dix ans vous auriez imaginé qu'un jour vous écriviez une biographie de Bruno Retailleau ?
01:01Eh bien pourquoi pas parce qu'en fait très souvent, vous savez dans notre entourage les gens nous disent
01:06mais est-ce que vous connaissez un homme politique qui n'est pas mu seulement par des ambitions personnelles
01:10et l'envie d'arriver tout en haut ?
01:12Il m'arrivait assez souvent de donner son nom en disant, il y a lui, il est président du groupe Allaire au Sénat,
01:17vous ne le connaissez pas forcément, mais c'est quelqu'un qui a des vraies convictions,
01:21qui a envie de faire, comme disait souvent François Fillon, son deuxième mentor,
01:25et je le citais souvent.
01:26Et donc, évidemment je n'aurais pas forcément pensé lui consacrer un livre entier,
01:31mais un portrait volontiers parce que je trouve vraiment qu'il sort du lot dans la classe politique.
01:35Il a été sous-estimé ?
01:36Oui, je pense qu'il a été beaucoup sous-estimé, il a été beaucoup, vous l'avez très bien dit, caricaturé,
01:41c'est-à-dire que les gens l'ont rangé dans une boîte, notamment dans sa famille politique,
01:45où on a considéré que c'était un ancien villiériste, qu'il appartenait à une frange,
01:50qu'il n'appartenait pas à la famille des gaullistes, c'est ce qui lui était dit à chaque fois,
01:54et notamment en 2019, alors ça remonte un peu, mais en 2019, il envisage déjà au moment, vous savez,
02:00où Laurent Wauquiez est évincé de la tête des Républicains, il envisage de reprendre le parti.
02:05Et à ce moment-là, il va voir Éric Ciotti qui lui dit, mais on ne te laissera jamais mettre la main sur le parti,
02:09ce n'est pas possible avec ton parcours.
02:11Et pourtant ?
02:12Et pourtant, aujourd'hui, on y est.
02:13Alors vous avez intitulé votre livre Le Cardinal, alors c'est vrai qu'on se demande,
02:18enfin on imagine dans un premier temps que c'est parce qu'à cause de sa foi qu'il a toujours revendiqué,
02:25mais non, vous expliquez d'ailleurs que c'est le surnom que lui avait donné un autre sénateur, Jean-Claude Godin,
02:31mais qu'est-ce qu'il a d'autre de cardinalesque ?
02:33Qu'est-ce qu'il a de cardinalesque finalement ?
02:34D'ambition, ça c'est quelque chose qu'on voit peu.
02:37Quand on ne connaît pas Bruno Retailleau, quelqu'un m'a dit, Bruno Retailleau, c'est 30 ans d'ambition.
02:42Oui, ça fait 30 ans qu'il y réfléchit, qu'il s'y prépare, que les portes, malheureusement pour lui, se sont fermées devant lui.
02:49Ça a été très compliqué.
02:50En 2017, il se voyait premier ministre de François Fillon.
02:53Ça s'est terminé comme on le sait.
02:552022, il aurait aimé être candidat à la présidentielle.
02:57Il avait repris le micro-parti de François Fillon, fait des sondages en sous-moins,
03:01et ça ne décollait absolument pas.
03:03Il avait essayé de reprendre le parti, on s'en souvient, face à Éric Ciotti en 2022.
03:07Il a perdu, ça a été un échec qui était particulièrement cuisant pour lui.
03:11Donc, c'est aussi ça le cardinal.
03:12Le cardinal, c'est Richelieu, c'est le cardinal de Ress, c'est l'ambition.
03:15Ça n'est pas que la foi.
03:17Et c'est un cardinal qui a de l'humour ?
03:19Oui.
03:20Alors ça, c'est quelque chose qu'on ne voit pas non plus.
03:22C'est quelqu'un qui est plus que de l'humour, il est facétieux.
03:25Et ça lui vient, je pense, d'un de ses deux grands-pères.
03:28Il avait un grand-père assez sérieux, austère, qui a fait la guerre,
03:31qui en avait été très marqué, qui a failli mourir sur le front d'une balle dans la gorge.
03:35Et un autre grand-père qui était pour le coup extrêmement farceur.
03:38Charcutier, qui l'emmenait, gamin, tuer le cochon,
03:41et qui faisait des blagues quand il était môme,
03:43comme par exemple monter en haut du confessionnal pour écouter les confessions,
03:47ou aller jeter des boules de neige sur tout le monde.
03:49Il a gardé, lui, je pense, ce côté facétieux.
03:51J'ai un souvenir, pendant qu'on faisait le livre,
03:54au moment où le gouvernement de Michel Barnier tombe,
03:56je suis en train de déjeuner avec lui, on parle du livre,
03:59il me parle de son enfance,
04:00et puis il sort régulièrement passer des coups de fil avec Gérard Larcher, François Bayrou.
04:04Et à chaque fois, il rentrait, il prenait un air très sérieux,
04:06mais avec juste le petit sourcil qui fraise.
04:08Il disait, quand même, ils vont nous foutre, Sandrine Rousseau, la défense, c'est pas possible.
04:13Et tout son cabinet disait, non, arrête, c'est pas possible.
04:15Mais non, c'est pas possible, c'est une farce.
04:17Donc c'est quelqu'un qui est assez drôle.
04:19Oui, alors vous racontez à propos de ce grand-père maternel,
04:23Charcutier, qu'il allait tuer le cochon avec lui,
04:25et que visiblement, il y prenait goût, il aimait ça.
04:28Et que ce grand-père lui avait dit, lorsqu'il avait été élu pour la première fois,
04:33maintenant on a un point commun tous les deux, on fait l'andouille.
04:35Oui, du coup, ça lui a vraiment resté dans la tête, ne jamais se prendre au sérieux.
04:41Regardez toujours les choses.
04:42En fait, c'est quelqu'un qui connaît une résurrection politique à 60 ans passés.
04:46Donc forcément, il a cette distance sur les choses.
04:49Tout ce qui lui arrive, d'ailleurs, ça le dépasse.
04:50Les gens projettent sur lui déjà des ambitions d'Élysée,
04:53alors que ça y est, commencent à être enracinés chez lui.
04:55Mais au début, ça a beaucoup désarçonné.
04:57Il disait, mais attendez, moi je ne suis pas prêt.
04:59Et ses proches lui disant, mais le sujet, ce n'est pas de savoir si tu es prêt ou pas.
05:02En fait, tu ne vas pas nous faire une Jacques Delors de droite.
05:05Si tu dois y aller, que tu es le mieux placé, il faudra y aller.
05:07Et c'était un petit peu l'Everest à grimper dans sa tête.
05:10Alors, vous parlez justement de son enfance, de ses parents, de son éducation.
05:17Et vous dites que contrairement à, vous racontez que contrairement à beaucoup de présidents,
05:21de personnes qui sont devenues présidents de la République,
05:23lui, il n'en rêvait pas quand il était enfant.
05:25Il a à un moment rêvé, ce dont il a rêvé, c'est de devenir préfet.
05:28Il voulait être préfet, ce n'était pas du tout.
05:30Comme Jacques Chirac, d'ailleurs. Il disait ça, Bernadette Chirac.
05:32Exactement. Beaucoup d'hommes politiques disent, dès que j'étais enfant,
05:36je savais que j'étais apte à diriger le pays, que j'étais non pas le messie,
05:40mais que j'avais les capacités pour emmener les gens avec moi.
05:43Lui, ce n'était pas ça. Il voulait être préfet.
05:45Il était fasciné par la préfectorale parce qu'il a grandi dans un milieu
05:48où les hommes de son univers, son grand-père, son père qui a fait l'Algérie,
05:53avaient donné de la patrie, comme on dit.
05:55Donc, il avait envie de ça.
05:56Après, c'est marrant parce que c'était quelqu'un qui se destinait à l'ENA,
05:59qui ne l'a pas fait, mais qui n'était pas un très bon élève, en fait.
06:02Quand il était gamin, il n'avait pas de très bonnes notes.
06:05Il ne travaillait pas. Il n'a pas très envie.
06:07Passionné d'équitation.
06:08Passionné d'équitation, permis de conduire.
06:10Il l'a passé quatre fois.
06:12Alors, c'est justement cette équitation, notamment,
06:15qu'il a fait arriver au Puy du Fou.
06:18Et qu'il a fait la connaissance de celui qui est, quand même, finalement, son mentor.
06:23Qui est son mentor, absolument.
06:24Son premier mentor, qui est Philippe de Villiers.
06:25Le deuxième étant François Fillon, qu'on a nommé tout à l'heure.
06:29Alors, leur relation, ce n'est plus ça.
06:31C'est comme souvent, en train de parer.
06:33Il y a eu une réconciliation entre les deux.
06:35On se souvient de ces images sur les pontons des Sables d'Olonne,
06:38après que Bruno Retailleau ait été nommé ministre de l'Intérieur.
06:41Ça ne s'est pas passé exactement comme ça aurait dû se passer.
06:44C'était un peu organisé.
06:45Philippe de Villiers, qui est quelqu'un d'assez affectif,
06:48l'a pris dans ses bras.
06:50Elle a mis son épaule, sa tête contre son épaule.
06:53Et les images, bon, n'étaient pas terribles.
06:55Pour le coup, vous êtes ministre de l'Intérieur.
06:56Vous apparaissez dans une position assez infantilisante.
06:59Bon, du coup, il l'a mal vécu.
07:00Il a eu le sentiment que c'était un piège.
07:02Puis, rupture des relations diplomatiques.
07:04Et pour autant, je pense que s'il soit amené à se croiser en public,
07:07ça se passera très bien.
07:09Après, moi, Bruno Retailleau m'en a parlé.
07:11Il me dit, ce que j'ai vécu avec Philippe de Villiers,
07:13ce centre de formation incroyable qui a été pour lui le Puy-du-Fou.
07:18Il a appris à faire des médias parce qu'il a dirigé Science Com,
07:22qui était une antenne de Puy-du-Fou.
07:24Dirigé des bénévoles, metteur en scène de la Cine-Cénie.
07:26Il me dit, mais c'est un parcours fabuleux.
07:28Je ne regrette rien.
07:30En fait, le problème entre eux, c'est que Philippe de Villiers,
07:33il considère, comme vous dites,
07:34qu'il l'a appelé longtemps le petit Bruno de Saint-Malo, Dubois.
07:38Et qu'il est resté ce petit Bruno.
07:40C'est toute la théorie des proches de Bruno Retailleau.
07:42C'est qu'en fait, à un moment, la créature s'est échappée
07:45et Philippe de Villiers l'aurait mal vécu.
07:48Alors, comment vous le définiriez politiquement ?
07:51Vous dites que c'est une espèce devenu.
07:53C'est vrai qu'on aimerait savoir,
07:55mais il semble être conforme dans son expression à ce qu'il pense.
07:59On aimerait savoir, qu'est-ce qui le meut profondément ?
08:02C'est une très bonne question.
08:04C'est vraiment quelqu'un qui a des convictions très enracinées.
08:09C'est vraiment devenu une denrée rare en politique,
08:11aujourd'hui, les convictions.
08:12Et c'est quelqu'un qui appartient à un champ politique
08:15qu'on ne connaît pas trop en France.
08:17Mais par contre, vous l'amèneriez en Angleterre,
08:19on me dirait tout de suite,
08:20ben oui, c'est un conservateur libéral.
08:21C'est un scrutonien du nom de son maître à penser,
08:24qui est Roger Scruton.
08:25Il a lu quasiment tous les ouvrages, dont certains en anglais.
08:27Et il appartient vraiment à cette frange-là,
08:30à un conservateur britannique.
08:32Ce n'est pas quelqu'un qui vit dans le formule,
08:34qui confie dans le passé, pas du tout ça.
08:36Il a une phrase qu'il répète tout le temps, Bruno Retailleau,
08:38« Conserver ce qui vaut, réformer ce qu'il faut ».
08:40Voilà, ça résume parfaitement sa pensée.
08:42Il faut prendre l'acquis, un patrimoine existant,
08:45et il faut le faire évoluer avec le temps.
08:47Il correspond vraiment à ça.
08:48Ils sont très peu nombreux en France,
08:50mais ça, c'est des convictions très puissantes chez lui.
08:52Alors, dernière question, rapidement.
08:53Vous dites que c'est le nouvel homme fort de la droite,
08:56mais la droite est dans un bien piètre État,
08:58assez atomisé,
08:59et puis le contexte politique ne le sert guère.
09:03Maintenant, il joue très très gros.
09:04Est-ce que Sébastien Lecornu va réussir
09:06à ne pas fâcher les Républicains
09:07avec les concessions qu'il va faire au Parti socialiste,
09:09puisqu'on ne va pas se mentir,
09:11il y aura une taxation des plus hauts revenus,
09:12c'est quasiment inévitable.
09:14Est-ce que ce sera acceptable pour le parti de Bruno Retailleau ?
09:17Enfin, ce qu'il faudra voir aussi,
09:18ça sera peut-être dans un deuxième volet,
09:20c'est son bilan, une fois.
09:22Absolument.
09:22En tout cas, c'est à lire,
09:24ça s'appelle Le Cardinal,
09:25les combats et ambitions de Bruno Retailleau,
09:27c'est paru chez Robert Laffont.
09:29Merci Nathalie Chier.
09:29Merci à vous.
09:30C'est très intéressant,
09:31sur effectivement un homme politique
09:33dont la petite musique dissonante, on va dire,
09:37change de celle des autres.
09:38Merci.
09:39Merci.
09:39Sous-titrage Société Radio-Canada
09:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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