00:00Bon, vous avez quitté France 2 en quelle année ?
00:04J'ai quitté, en fait, j'ai travaillé aussi bien à France 2 qu'à France 3, puis à France 5,
00:10et entre-temps, je suis passé par TF1 et par des chaînes privées, comme Paris 1ère, où je suis resté 10 ans.
00:15Donc j'ai connu les deux systèmes très différents l'un de l'autre,
00:19et c'est vrai qu'il y a une facilité qui est accordée aux services publics.
00:23Vous savez, les dépenses aussi viennent du fait que, quand quelqu'un est écarté,
00:26il n'y a pas de licenciement, il n'y a pas de départ, et donc les placards sont remplis.
00:32Il y a des placards. Vous, vous avez présenté le 20h ?
00:34J'ai présenté le 20h, j'ai fait beaucoup de choses.
00:36Vous avez présenté le 20h sur France 2, vous avez présenté également sur France 3, le 19h.
00:40Sur France 3 aussi, j'étais directeur, je présentais le 19h, j'ai présenté des émissions sur TF1.
00:45J'ai eu un parcours vraiment très riche, magnifique.
00:49Et alors vous ne changez pas, c'est ça qui est assez étonnant.
00:51Ah mais c'est News Mof.
00:52Non mais votre visage, vous n'avez pas de cheveux blancs.
00:55Non mais vous n'avez pas de cheveux blancs.
00:56C'est mes cheveux.
00:57Oui, mais je n'ai pas de cheveux blancs.
01:00Non, non, non, non.
01:01J'avais de la vie, Dieu merci.
01:02Mais non mais vous n'avez, c'est vrai qu'on doit souvent vous dire ça dans la vie, dans la rue,
01:06les gens, vous ne changez pas, il y a des gens qui changent, etc.
01:08Vous avez le même visage que lorsqu'on vous voyait face à François Mitterrand il y a quelques années.
01:13Ah, j'ai regardé des photos.
01:14Ah ben non, mais la fameuse interview en 88 avec Henri Sagné.
01:19François Mitterrand arrive.
01:22Ah oui, vous êtes le même.
01:23Mais oui, François Mitterrand arrive en 88.
01:25On a été manipulés.
01:26Pourquoi manipulés ?
01:27D'une façon extraordinaire par François Mitterrand.
01:30C'est-à-dire ?
01:31Ah ben je vais...
01:32Il est 16h38, vous nous mettez l'eau à la bouche.
01:36Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ?
01:37L'histoire est magnifique.
01:38Tout le monde voulait...
01:39On ne savait pas s'il allait se présenter ou pas.
01:41Oui.
01:42Non, non, on ne savait pas.
01:42Quand il vient sur le plateau...
01:43Non, mais non.
01:45Henri Sagné lui dit, vous avez bien réfléchi.
01:47Non, mais justement, tout le monde voulait faire son interview.
01:51Moi je suis appelé par l'Elysée le matin et son collaborateur me dit, c'est vous ce soir aux 20h.
01:57J'ai dit, mais on ne veut rien savoir, on ne vous demande pas de nous passer des questions.
02:02D'ailleurs, je n'aurais pas donné.
02:03Et il vient.
02:04Et donc il arrive un quart d'heure avant.
02:07C'était terrible ce qu'on a vécu.
02:08Il arrive un quart d'heure avant en faisant une gueule pas possible.
02:11Sagné était déjà, présentateur du 20h, à son poste.
02:15Moi je vais l'accueillir avec le directeur Elie Vanier de l'information et le président Contamine.
02:21Et je n'ai jamais vu ça de ma vie.
02:23François Mitterrand, qui ne dit bonsoir à personne,
02:25il était lugubre,
02:27entre dans la salle de maquillage qui était très petite.
02:30Le président de France Télévisions Contamine veut le suivre.
02:33Et Mitterrand, pardon, on est à la radio, mais Mitterrand d'un geste fait non.
02:37Et le président reste à l'extérieur.
02:40Elie Vanier, le directeur, veut le suivre.
02:42Et Mitterrand, pareil, fait non.
02:44Et moi je pose d'un hauchement de tête,
02:47je regarde son conseiller, Pilan,
02:49Jacques Pilan, qui ensuite a conseillé Chirac.
02:51Et je rentre dans la petite loge,
02:54Mitterrand se fait maquiller,
02:55je suis derrière lui, il me voit dans le miroir,
02:57et je dis évidemment, je vous poserai la première question,
03:01enfin c'est Henri Sagné qui vous posera la première question,
03:03sur votre candidature.
03:05Et ensuite, on fera une interview de 12 minutes.
03:08Il me regarde, mais très méchamment,
03:09il me dit 12 minutes, non, 4 minutes, 5 minutes.
03:13Je dis maintenant votre conseiller,
03:14il m'a dit 12 minutes, entre 12 et 15.
03:16Il me dit non, 4 à 5 minutes, non.
03:19Et je vais voir Sagné, 5 minutes avant,
03:21je dis fais attention, il est de très très très mauvaise humeur.
03:24Alors, évidemment, comme je le souhaitais,
03:26l'interview a duré 15 minutes.
03:28Sagné pose la première question,
03:30seriez-vous candidat ?
03:31Oui, mais en faisant nom de la tête.
03:33C'est extraordinaire.
03:34J'ai demandé ensuite à Boris Cyrulnik,
03:36qui est éthologue, spécialiste de la communication non-verbale,
03:39il me dit, il a voulu donner deux messages en même temps.
03:41Oui, sonore,
03:44mais contraint d'y aller.
03:46Et ensuite, je pose des questions.
03:46On a le sentiment qu'il hésite.
03:48Oui, voilà, c'est ça.
03:49Ensuite, je pose des questions,
03:50et il me traite de factieux, moi.
03:51Je lui dis, alors si vous êtes réélu,
03:55que ferez-vous, etc.
03:55Il me dit, arrêtez de me poser des questions.
03:57C'est Chirac qui vous a soufflé des questions.
03:59Et donc, l'interview très très très dure,
04:02entre lui et moi.
04:04Sagné, du coup, lui ne pose plus aucune question,
04:06contrairement à vous, qui intervenez souvent.
04:08Il n'y a aucune question.
04:09Et à la fin, je regarde...
04:10Allez hop !
04:11Et la deuxième ?
04:12Non, mais attendez.
04:13Mais je fais mon cas de cas de pro.
04:15Les grands aînés, je ne les reprends pas.
04:17Respect !
04:18Respect pour les grands aînés.
04:19Et à la fin, je regarde Pillan,
04:22et je me dis, mais qu'est-ce qui...
04:22Donc, on sort,
04:24il ne dit au revoir à personne,
04:26Contami, il était blême, le président,
04:28et il s'en va.
04:29Et des années plus tard,
04:30je retrouve Jacques Pillan,
04:32je me dis, mais pourquoi il a été aussi dur,
04:33il m'a traité quasiment de facho et tout ?
04:35Il m'a dit, mais on s'est servi de toi.
04:36On sait très bien que tu es raide.
04:37Et qu'à partir du moment où il a été raide avec toi,
04:39tu l'as été.
04:40Et on voulait avoir cette interview
04:41extrêmement dure
04:43pour rassembler ce que n'a pas fait Jospin,
04:46en 2002,
04:47pour rassembler le peuple de gauche.
04:49Donc, il voulait avoir un factieux en face de lui.
04:50Donc, il s'est servi de moi,
04:52et pour rassembler au premier tour le peuple de gauche,
04:55pour ensuite pouvoir gagner au deuxième.
04:56Je peux m'en aller ?
04:57Merci beaucoup.
04:57C'est formidable,
04:58parce que l'interview de Mitterrand,
05:01que je connais bien cette interview,
05:03où il cible Chirac comme il ne le ciblera jamais,
05:06en disant l'état RPR,
05:08l'état factieux, etc.
05:09Il est d'une violence inouïe,
05:11comme il ne sera jamais,
05:12même face à Chirac,
05:13il ne sera pas aussi violent en 88,
05:16dans le fameux débat.
05:16Et cette interview-là,
05:18effectivement,
05:19c'est du Mitterrand au sommet de son art.
05:21Oui, complètement.
05:22Au sommet de son art.
05:23Et cette interview est tout à fait exceptionnelle.
05:24Et je n'ai jamais compris que Jospin
05:26n'ait pas tiré des enseignements,
05:27et en 2002, il dit
05:28« Je ne suis pas socialiste à TF1 ».
05:30Et il perd des premiers tours.
05:32Mais on n'est pas au même niveau.
05:34Merci.
05:34Merci beaucoup.
05:35Je suis ravi de refaire un peu de radio avec vous.
05:37Et moi, je suis ravi d'écouter.
05:39J'espère que les uns et les autres...
05:41Merci beaucoup pour votre accueil, franchement.
05:42Mais non, mais Paul,
05:43vous faites partie des grands aînés de notre profession,
05:46et on vous accueille,
05:47comme plus tard, je sais,
05:48Gautier Le Bratte nous accueillera
05:50dans son édition.
05:51Si vous pouvez encore vous déplacer.
06:01On va marquer une pause,
06:07mais ce qui est vrai,
06:08c'est que...
06:09Moi, je connais bien Paul.
06:11Je connais bien Paul,
06:12non pas personnellement, d'ailleurs,
06:13mais je regardais beaucoup la télévision à cette époque-là.
06:15Et c'est vrai que,
06:17pour les aînés,
06:17que ce soit Labreau,
06:19j'ai connu un peu Chancel,
06:20Philippe Gildas,
06:21dont je parlais l'autre jour, etc.
06:24Cette transmission-là, ça compte.
06:26Il me semble que ça compte.
06:28Parce que ce sont des gens
06:29qui nous ont donné envie de faire ce métier,
06:32de la même manière,
06:33on espère que nous pourrons donner envie
06:35à des jeunes gens qui nous écoutent
06:37de faire le nôtre plus tard.
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