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  • il y a 10 mois
Dans ce premier épisode, notre Business Drama revient sur l’âge d’or d’Atos et sa chute brutale, en 2021, après une décennie de stabilité.

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Transcription
00:00Vous connaissez le point commun entre la carte vitale, les JO et la dissuasion nucléaire ?
00:05Il fonctionne grâce à cette entreprise, Atos.
00:08Atos, ça a été une success story apparente pendant des années.
00:12Ce groupe français a employé jusqu'à 120 000 personnes,
00:15il a dégagé plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires
00:18et il s'est étendu dans le monde entier.
00:20Son domaine d'expertise, c'est pas très sexy, ce sont les services numériques.
00:24Atos, c'est typiquement le genre de boîte qu'on ne connaît pas forcément
00:27mais dont les services sont indispensables.
00:31Sauf qu'Atos vit depuis 5 ans une descente aux enfers.
00:34Étranglée par plus de 5 milliards d'euros de dettes,
00:36l'entreprise a failli mourir plusieurs fois.
00:39En résumé, Atos a été le plus grand fiasco de la tech française.
00:43Alors pour comprendre comment le groupe a enchaîné bug sur bug,
00:46avec ma collègue Joséphine Bone, on a épluché beaucoup de documents.
00:49On a aussi passé pas mal de temps à rencontrer des acteurs de cette histoire.
00:52Dans ce premier épisode, on revient sur l'âge d'or d'Atos
00:55et sa chute brutale en 2021, après une décennie de stabilité.
01:02Atos, le géant en qui tout le monde croyait.
01:07Présenter Atos, ce n'est simple pour personne,
01:09même quand on est en haut de la chaîne.
01:11Atos est un groupe basé en freins, je ne vais pas faire comme ça.
01:15Donc Atos est un groupe français,
01:16et notre métier c'est la transformation digitale de nos grands clients,
01:20et puis ensuite l'opérationnalité de ses applications.
01:25Je vais recommencer, ce n'est pas terrible.
01:26Qu'est-ce que vous diriez ?
01:28Plus simple.
01:29Oui, c'est ça.
01:30Comme si vous l'expliquiez à vos oraux.
01:32Oula.
01:32Bon, en plus simple, Atos est ce qu'on appelle
01:34une entreprise de services du numérique, ou ESN.
01:38Atos née en 1997, de la fusion d'Axim et Sligos,
01:42les deuxièmes et troisièmes plus grosses sociétés
01:44de services informatiques françaises de l'époque.
01:46Au départ, son cœur de métier, c'est l'infogérance.
01:49Un mot un peu désuet pour dire qu'Atos gère le matériel informatique
01:52et les logiciels des entreprises qui font appel à ses services.
01:56Petit à petit, Atos est diversifié dans d'autres pôles d'activité numérique.
02:00En France, Atos compte environ 10 000 salariés.
02:02Le groupe gère par exemple le système informatique de la carte vitale,
02:05de France Connect, le portail des douanes,
02:07ou encore l'informatique du programme Scorpion de l'armée.
02:11Mais notre histoire commence fin 2008.
02:13Ça fait plusieurs années qu'Atos supporte assez bien,
02:15sauf que pendant la crise financière,
02:17l'action Atos touche un point bas à 15,70 euros.
02:20C'est à ce moment-là que Thierry Breton est appelé à la tête du groupe.
02:23Avec lui, Atos va changer de dimension.
02:29Le nouveau dirigeant arrive avec une réputation de redresseur d'entreprise
02:33et deux années en tant que ministre de l'économie sous Jacques Chirac.
02:36Lorsque Thierry Breton arrive, il a une stratégie bien précise en tête.
02:40En fait, l'idée de Thierry Breton, c'est de construire un groupe
02:43qui est beaucoup plus gros que quand il est arrivé.
02:45Pour rappel, quand il est arrivé, c'est à peu près 5,5 milliards de chiffre d'affaires pour Atos
02:50et environ 50 000 salariés.
02:51En moins de 10 ans, Atos avale une vingtaine de sociétés, dont certains poids lourds.
02:56La première acquisition marquante de l'ère Breton,
02:58c'est celle de l'activité IT de Siemens, qui est une marque allemande.
03:01Cette acquisition, elle se fait à 850 millions d'euros à l'époque.
03:05C'est une acquisition marquante parce que cette partie-là, c'est quasi 25 000 personnes.
03:10C'est un peu plus d'un milliard de chiffre d'affaires qui viennent renforcer l'activité d'Atos.
03:14Avec cette alliance franco-allemande, on commence à parler d'Atos comme de l'Airbus des services numériques.
03:19Après Siemens IT, Thierry Breton rachète d'autres grosses entreprises,
03:23notamment le français Bull, un spécialiste des supercalculateurs.
03:27C'est ça qui permet la dissuasion nucléaire française.
03:29Et enfin, la branche informatique de Xerox, cette boîte qu'on connaît tous pour les photocopieurs et les imprimantes.
03:35C'est un métier dans lequel on est obligé de consolider.
03:38Nous devons effectivement faire des acquisitions ciblées pour acquérir plus de technologies, plus de savoir-faire.
03:44Atos entre alors dans le top 5 des plus grandes entreprises de services du numérique mondial.
03:48Elle dépasse même son rival français Capgemini.
03:51L'idée derrière ça de Thierry Breton, c'est aussi d'atteindre cette taille critique
03:54qui fait qu'on peut avoir des marchés différents,
03:57s'adresser à des clients différents, par exemple des états, des grands comptes,
04:01pour des contrats de plusieurs années et parfois à plusieurs milliards.
04:04En 8 ans, Atos double de taille, à la fois en termes de chiffre d'affaires et de salariés.
04:10Tout va bien pour le groupe français.
04:12La consécration arrive le 20 mars 2017.
04:15Atos entre au CAC 40.
04:17Quelques mois plus tard, en octobre 2017,
04:19la capitalisation boursière d'Atos atteint un pic historique à 14 milliards d'euros.
04:24Thierry Breton entre alors dans le top 100 des PTG les plus performants du monde,
04:29établi par la Harvard Business Review.
04:31Mais vers la fin de son mandat, sa stratégie commence à montrer quelques limites.
04:37Pendant les années bretons, la croissance d'Atos est surtout portée par ses rachats.
04:42Ils permettent au groupe de s'imposer dans un marché de plus en plus concentré
04:45et de doubler sa marge opérationnelle, c'est-à-dire la rentabilité de son activité.
04:50Un des ingrédients du succès, c'est que Thierry Breton, qui a refusé de répondre à nos questions,
04:55met un point d'honneur à faire ses acquisitions.
04:57Sans dette et sans déluer les actionnaires,
04:59ça veut donc dire que les acquisitions ont été financées par nous-mêmes.
05:03Pourtant, il déroge à sa règle pour une ultime acquisition.
05:07Saintel.
05:08C'est le plus gros rachat de l'histoire d'Atos.
05:103,4 milliards de dollars, environ 3 milliards d'euros.
05:14Saintel intéresse Thierry Breton surtout pour une raison.
05:17Elle pratique l'off-shoring, c'est-à-dire qu'elle emploie beaucoup de personnes
05:20dans des pays où la main-d'œuvre est moins chère.
05:23Or, sur ce sujet-là, Atos est en retard.
05:26À cette époque-là, il y a eu toute une concurrence sur l'off-shoring,
05:29notamment en Inde, pour concurrencer, pour tirer les salaires vers le bas.
05:32Fabien Guay est sénateur communiste.
05:34Il a été le rapporteur de la mission d'information du Sénat sur Atos.
05:38Toutes ses concurrences se sont mis sur ça.
05:40Et lui, à l'époque, Thierry Breton, rachetait des entreprises,
05:43notamment européennes, et notamment avec des salaires extrêmement élevés,
05:46ce qui, à un moment donné, fait de la distorsion de concurrence.
05:50Sauf que Saintel devient la première pièce qui fait tanguer l'édifice Atos.
05:54Le problème, c'est qu'Atos a payé Saintel trop cher par rapport à son potentiel.
05:58C'est ce que nous explique Pascal Besson.
06:00Il travaille chez Atos depuis 2006
06:02et il est aussi coordinateur adjoint de la CGT Atos.
06:05On s'est aperçu au final qu'il y avait un potentiel de chiffre d'affaires
06:08qui était à 700 millions.
06:10En plus, Atos a dû beaucoup s'endetter pour acheter Saintel.
06:13Le groupe se retrouve avec 2,8 milliards d'euros de dettes.
06:17Pour faire passer cette pilule-là, on a vendu la pépite de l'époque qui était Worldline.
06:22Et Worldline faisait rentrer non seulement du chiffre d'affaires,
06:25mais de la marge, beaucoup de marge chez Atos.
06:28Autrement dit, Atos a vendu une pépite pour acheter un boulet.
06:33Au même moment, le groupe annonce que ses revenus ont reculé aux Etats-Unis.
06:37Atos revoit ses objectifs annuels à la baisse.
06:39Pour la première fois depuis 2008, il chute sévèrement en bourse.
06:43Un an plus tard, à l'automne 2019, Thierry Breton est nommé à la Commission européenne.
06:48L'ancien ministre et ex-PDG du groupe Atos devient commissaire européen
06:51au marché intérieur et au numérique.
06:54Pour éviter tout conflit d'intérêts, Thierry Breton quitte son poste de PDG d'Atos très vite.
06:58En moins d'une semaine, l'entreprise change son mode de gouvernance dans la précipitation.
07:03Elle nomme un président du conseil d'administration, Bertrand Meunier,
07:07et un directeur général, Elie Girard.
07:09Personne ne le sait encore, mais le départ de Thierry Breton
07:12marque la fin de la success story Atos.
07:17Sous cette nouvelle direction, Atos poursuit sa politique d'acquisition.
07:21Notamment parce que l'infogérance, l'activité historique d'Atos, ne se porte pas bien.
07:26Entre 2020 et 2022, Atos rachète 21 sociétés.
07:30Le groupe cible des secteurs plus spécialisés, considérés comme porteurs,
07:34la cybersécurité, l'intelligence artificielle, la décarbonation ou encore le cloud.
07:40Le cloud, justement, c'est le nerf de la guerre.
07:42Et Atos, comme ses concurrents européens, est à la traîne.
07:45Trois géants américains dominent le secteur.
07:47AWS, Microsoft Azure et Google Cloud.
07:50Ces trois entreprises, elles se partagent aujourd'hui 80% du cloud européen,
07:55que ce soit dans le privé ou dans le public.
07:56Atos fait les deux, mais a clairement raté le virage
08:02et donc ne peut pas du tout prétendre à concurrencer ces entreprises-là.
08:06Et là-dessus, ça a été peut-être le choix stratégique le moins bien fait
08:10pendant les dernières années.
08:12C'est dans ce contexte compliqué qu'un gros projet d'acquisition,
08:15encore un, fait trembler l'entreprise.
08:17Début 2021, la rumeur brûle sur les marchés.
08:20Atos s'intéresserait à l'entreprise américaine DXC Technologies.
08:24DXC, c'est une entreprise aussi d'infogérance,
08:27qui est un gros groupe américain,
08:28qui fait donc plus ou moins le même métier que Atos.
08:31Selon Reuters, le prix de la transaction atteindrait 10 milliards de dollars,
08:35un record pour Atos.
08:36Quand Atos confirme son intérêt pour DXC,
08:39la nouvelle ne plaît pas aux investisseurs.
08:41En une journée, l'action Atos perd 13% de sa valeur.
08:44Première raison, disons que c'est une acquisition
08:46potentiellement très gourmande de la part d'Atos.
08:49DXC, c'est un gros groupe.
08:50C'est plus de 15 milliards de chiffre d'affaires.
08:53Et le deuxième souci que voit le marché,
08:56c'est que DXC est une entreprise très endettée.
09:00Elle a plus de 9 milliards de dollars de dettes.
09:01Donc, on se demande un petit peu que va faire Atos dans cette galère,
09:05dans en plus un contexte où l'infogérance
09:07n'est quand même pas l'activité la plus florissante de l'économie.
09:12Moins d'un mois plus tard,
09:13le conseil d'administration d'Atos décide à l'unanimité
09:16de ne pas poursuivre une éventuelle transaction
09:19avec DXC technologie.
09:21Malgré ce rétropédalage,
09:22Atos perd la confiance des investisseurs.
09:24Le cours de bourse d'Atos ne s'est pas vraiment remis
09:27de cet épisode parce que beaucoup d'observateurs,
09:31des analystes, des investisseurs disent que
09:33cette annonce était un petit peu le signal
09:35que la direction d'Atos allait dans la mauvaise direction.
09:38On est en février 2021.
09:39Dans les mois qui suivent,
09:40deux autres sujets précipitent la chute d'Atos.
09:46Le 1er avril, Atos révèle que ses commissaires aux comptes
09:49ont trouvé des erreurs comptables
09:50dans deux filiales aux Etats-Unis
09:52qui représentent environ 11% du chiffre d'affaires d'Atos.
09:56Sophie Vermeil est avocate,
09:57elle défend des petits actionnaires d'Atos.
09:59Et avec son équipe,
10:00elle s'est penchée sur les comptes du groupe.
10:02Ce n'est pas tous les jours
10:03que ce qui est arrivé à Atos
10:05pour une entreprise qui était à l'époque dans le 440
10:07arrive avec des commissaires aux comptes
10:09qui tirent la sonnette d'alarme.
10:10C'est quand même très problématique
10:11parce que ça veut dire que quelque part,
10:13il y a un souci et il y a un souci de transparence.
10:15Donc ce que ça envoie comme signal immédiat,
10:18c'est qu'il y a un doute
10:20et il y a un doute sur la véracité
10:21ou la manière dont sont faits les comptes.
10:24Après ces alertes,
10:25le 12 mai,
10:25les actionnaires d'Atos
10:26refusent de valider les comptes consolidés du groupe.
10:29C'est sans précédent
10:30pour un groupe de la taille d'Atos.
10:31Ça montre à quel point
10:32les actionnaires sont mécontents
10:34de la stratégie d'Elie Girard
10:35qui a remplacé Thierry Breton.
10:37Parce qu'en plus des problèmes comptables,
10:39le business d'Atos
10:40ne parvient pas à se relever du Covid.
10:42À deux reprises,
10:43le groupe publie un avertissement
10:45sur ses résultats de l'exercice 2021.
10:48Ça veut dire qu'il annonce
10:48que ses résultats pour 2021
10:50seront moins bons que prévu.
10:52La sanction finit par tomber
10:54le 17 septembre 2021.
10:56Atos sort du CAC 40.
10:58Un mois plus tard,
10:59Elie Girard est éjectée
11:00du poste de directeur général.
11:02La capitalisation boursière d'Atos
11:04a été divisée par deux
11:05depuis son plus haut à l'automne 2017.
11:07En face,
11:08son concurrent historique
11:09Capgemini s'est envolé.
11:10Il vaut 37 milliards d'euros en bourse.
11:13Une nouvelle phase s'ouvre pour Atos,
11:15celle du sauvetage.
11:16Et malgré de nombreuses tentatives,
11:18rien ne se passe comme prévu.
11:19Merci d'avoir regardé
11:20ce premier épisode
11:21de notre business drama sur Atos.
11:23Le deuxième épisode
11:24est déjà disponible gratuitement
11:26sur le site des Echos.
11:27Je vous mets le lien en description.
11:29Et sinon,
11:29je vous donne rendez-vous ici
11:30dans une semaine
11:31pour la suite de l'histoire d'Atos.
11:33Et en attendant,
11:34moi, je vais continuer à jouer au Jenga.
11:35Sous-titrage Société Radio-Canada
11:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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