Avec Michel Fize, sociologue, ancien membre du CNRS et auteur de l’Etrangère --- ▶️ Suivez le direct : https://www.dailymotion.com/video/x75yzts 🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/
00:00Et si la prochaine génération d'électeurs était en réalité en attente d'un pouvoir véritablement autoritaire ?
00:05C'est en tout cas ce qu'on remarque quand on lit cette Une et ce dossier dans La Croix Hebdo ce week-end.
00:12L'adhésion au principe démocratique ne va plus de soi pour une partie de la jeunesse.
00:16Bonjour Michel Fize.
00:17Bonjour.
00:18Vous êtes sociologue, ancien membre du CNRS et auteur de L'Étrangère.
00:23On avait envie d'avoir votre regard ce matin parce que c'est vrai, les jeunes rêvent d'un pouvoir fort, d'un homme à la poigne de fer.
00:28Est-ce que c'est un phénomène totalement nouveau ou est-ce qu'on peut dire que c'est quand même une tendance de fond qui a toujours existé chez la jeunesse, peu importe les périodes, l'époque, l'âge ?
00:40Oui, alors la jeunesse qui vote s'est toujours répartie à peu près également sur l'échiquier politique de ce qu'on appelle l'extrême gauche jusqu'à l'extrême droite.
00:51Donc il y a quelques années, j'avais étudié l'engagement des jeunes au Front National, ainsi qu'ils se nommaient à l'époque.
01:00Donc cette pensée radicale de droite a toujours existé.
01:06Alors ce qui est nouveau, c'est la montée de la défiance vis-à-vis de la démocratie.
01:12Alors qui n'est pas d'ailleurs très très nouvelle parce qu'il y a quelques années déjà, on parlait de cette défiance.
01:19Au point qu'aujourd'hui, on parle de fatigue démocratique.
01:24Je crois qu'en réalité, on peut aller jusqu'à parler d'épuisement démocratique, en tout cas d'une certaine démocratie.
01:31Non mais par contre, Michel Fils, je veux absolument tirer le fil de votre édouement que vous venez de développer à l'instant.
01:38Vous dites qu'il y a une fatigue démocratique, d'épuisement démocratique.
01:41C'est vrai pour toute une partie de la jeunesse, enfin ou toute une partie de la population.
01:45Mais est-ce que concernant la jeunesse, ce n'est pas tout simplement notre volonté de voir ailleurs ?
01:48Parce qu'on le voit, 38% des moins de 35 ans déclarent que d'autres systèmes politiques peuvent aussi être bons que la démocratie.
01:5442% qu'avoir un militaire au pouvoir est un bon moyen de gouverner.
01:58Mais 35% qui pensent qu'un dirigeant peut se passer d'élection et de parlement.
02:04En réalité, on n'arrête pas de dire que la jeunesse ne s'intéresse pas à la politique.
02:07C'est faux.
02:08Simplement, on ne regarde pas au bon endroit.
02:10Ils veulent, on va dire, choisir quelqu'un de fort, qui se passe d'élection, qui se passe de parlement, un homme à poigne.
02:17Oui, alors je crois que la différence entre cette pensée radicale qu'on pourrait qualifier de droite,
02:24avec la pensée radicale traditionnelle,
02:27c'est que là, on a l'impression d'une pensée véritablement simpliste,
02:32que j'appellerais, si vous me permettez, réseauifiée.
02:35C'est-à-dire s'alimentant aux réseaux sociaux et aux influenceurs.
02:40On pourrait parler aussi d'une pensée influencée.
02:43On parle beaucoup de Papacito, qui est un...
02:46Qui est un influenceur, oui, c'est ça.
02:48Voilà, donc l'influence aujourd'hui remplace quelque part l'idéologie structurée qu'on a pu connaître de gauche ou de droite.
02:58Alors, ce qui est quand même problématique, c'est qu'on a l'impression que ce qui prime aujourd'hui, c'est l'efficacité.
03:06L'efficacité, même au détriment de la liberté, des droits de l'homme, voilà.
03:11Alors, tout ça parce qu'effectivement, on s'aperçoit de l'impuissance de l'action publique,
03:17des problèmes économiques et financiers qui, pour beaucoup, rendent la vie des gens impossible,
03:24et celle des jeunes en particulier.
03:25Je crois qu'on ne s'en ira jamais assez, combien la situation de la jeunesse est une situation sinistrée.
03:32Mais ça, je le disais déjà il y a une dizaine d'années.
03:36Mais alors, précisément sur ce sujet, Michel Fize, vous dites que c'est la logique du manque de résultats
03:42à un moment de la vie politique, quand on se plonge dans ces pages de La Croix.
03:45On voit bien à quel point, en réalité, les jeunes, un, ont l'impression déjà de ne plus reconnaître le pays dans lequel ils sont nés,
03:50ce qui est toujours un peu un sujet.
03:51Et deux, dès qu'ils parlent du politique, c'est pour dire que celui-ci n'agit pas,
03:56ou ils n'agissent contre eux, ou ils n'agissent pas dans l'intérêt du Péry.
03:59C'est vrai que, bon, je ne sais pas si on peut tellement leur donner tort.
04:03Est-ce qu'on ne crée pas aussi les conditions du développement d'une telle idée, d'une telle volonté,
04:08notamment chez les plus jeunes ?
04:10Oui, alors pas que chez les plus jeunes, d'ailleurs.
04:12La défiance du politique, la critique du statut des politiques, des avantages, des privilèges,
04:19qu'on leur reconnaît à bon droit ou pas, fait qu'on rêve d'autre chose.
04:27Alors, c'est vrai qu'on est un carrefour, parce que quand une démocratie ne marche pas,
04:32et en l'occurrence, c'est la démocratie représentative qui ne fonctionne pas bien,
04:37l'alternative est simple.
04:38Soit on se dirige vers la tentation autoritaire, ce qui est le cas de ces jeunes,
04:45soit on essaie d'améliorer cette démocratie en inventant ce qu'on voit dans la rue depuis quelques jours,
04:51une démocratie plus citoyenne, plus directe.
04:55Non, ce qui est quand même préoccupant, et par rapport effectivement à ce que j'ai développé dans l'étrangère,
05:00cet éloignement de la dimension morale des choses,
05:04c'est qu'on a l'impression que la fin justifie les moyens.
05:08Et dans l'article de La Croix, on voit bien,
05:11quand on dit, mais Poutine est un peu dictateur, et alors ?
05:16Poutine, Trump est un peu fou, et alors ?
05:20Voilà, ils réussissent.
05:21Donc, vous voyez, c'est l'efficacité...
05:23C'est ce que j'allais vous dire, Michel Fils,
05:25c'est vrai que d'un côté, bien sûr, il y a ces exemples, il y a Poutine, il y a Xi Jinping,
05:29mais il y a aussi quand même le développement, ici, sur le sol européen,
05:32ou même sur un sol beaucoup plus proche d'une autre, qui est le sol américain,
05:35d'exemples avec, on va dire, une dose d'autoritarisme qui semble fonctionner pour cette jeunesse.
05:40C'est-à-dire qu'on peut voir, non seulement d'une part le modèle démocratique qui s'essouffe,
05:44mais aussi les exemples d'un modèle, on va dire, fort qui s'installe à l'étranger.
05:48C'est le cas, c'était le cas de Bolsonaro au Brésil, c'est le cas d'Orban en Hongrie, c'est le cas de Trump.
05:52Oui, alors bien sûr, il y a cette fascination des hommes qui n'ont pas la dimension politique traditionnelle.
06:02Trump n'est pas véritablement un homme politique.
06:07Alors, c'est vrai qu'on s'engouffre dans le soutien de ces personnages,
06:12alors qu'ils présentent aussi un caractère qui m'avait frappé,
06:16quand j'interrogeais des jeunes qui adhéraient au Front National il y a quelques années,
06:20la clarté de la parole.
06:22Et des jeunes me disaient déjà à l'époque,
06:24mais au moins eux, au moins Marine Le Pen, on comprend ce qu'elle nous dit.
06:28Oui, ça c'est sûr, au moins Marine Le Pen, oui, oui.
06:30Ça c'est sûr que c'est ce qu'on lit en effet.
06:31Alors que les énarques, il faut prendre un dictionnaire,
06:33un dictionnaire politique de traduction pour comprendre.
06:36Ça c'est sûr.
06:36Merci beaucoup Michel Fils d'avoir été avec nous, sociologue, ancien membre du CNRS
06:40et auteur de L'étrangère d'avoir été avec nous pour aborder en effet ce dossier
06:43qui fait la une de la croix hebdo sur cette jeunesse
06:47qui attend l'arrivée d'un pouvoir autoritaire.
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