00:00Et l'actualité en plus ce matin se tourne bien sûr du côté de la crise politique que nous traversons.
00:04Et qui de mieux que lui qui a traversé les présidents, la cinquième et tous les rouages que peut créer la cinquième république pour nous en parler.
00:11Bonjour Jean-Pierre Jouyé.
00:12Bonjour.
00:13Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:15Vous publiez chez Albain Michel cette semaine l'ombre du général avec cette question éminemment cruelle.
00:21Qu'ont-ils fait de son héritage ?
00:22Vous parlez évidemment du général de Gaulle.
00:24Mais une question avant qu'on rentre dans le détail de votre livre qui est vraiment fascinant
00:28puisque vous arrivez par l'anecdote en réalité à nous raconter comment de l'intérieur pratiquement on va dire
00:34c'est amoindri la puissance de la cinquième république.
00:38Quels sont les mots que vous utiliseriez pour qualifier la semaine que nous venons de vivre politiquement Jean-Pierre Jouyé ?
00:45Bien, nous avons une crise politique grave qui s'accompagne d'une crise de société.
00:56On l'a vu le 10 septembre et on le verra à travers les grèves de la semaine prochaine.
01:02Et une crise financière et budgétaire puisque nous avons plus de 1000 milliards de dettes depuis 2017.
01:12Des dépenses supérieures aux recettes de 25% ces 15 dernières années et supérieures de 35 à 40% depuis 2020.
01:25Et comme vous l'avez vu, la note de la France a également été dégradée hier.
01:34Et donc ce n'est pas une crise à proprement parler de la cinquième république.
01:39C'est une combinaison de crises, si vous voulez, qui presque naturellement, mécaniquement,
01:43se retourne contre le régime lui-même qui est la cinquième.
01:46C'est effectivement une aggravation des crises politiques de société et budgétaire.
01:57Mais en aménageant un certain nombre de dispositions, la cinquième république n'est pas en danger.
02:06Vous écrivez notamment dans ce livre des mots très forts.
02:09Pour vous, vous écrivez la cinquième, toujours en vigueur.
02:12À l'heure où j'écris ces lignes, vous dites que ce régime a longtemps figuré pour moi la France éternelle.
02:17Comme le fit avant elle la monarchie pendant plus de 1000 ans.
02:20Ces institutions solides semblent la rendre irremplaçable.
02:23Et vous évoquez toutes vos anecdotes de pouvoir dans ce livre L'Ombre du Général chez Albain Michel.
02:28Il y a quand même une question que j'aimerais vous poser.
02:30Est-ce que c'est en réalité la cinquième qui s'étiole ?
02:34Ou en réalité des hommes qui ne sont plus à la hauteur du régime qu'avait forgé le général de Gaulle pour lui sur mesure ?
02:42Ce qui se passe c'est que la plupart des responsables veulent enfiler les costumes du général de Gaulle
02:54mais ne sont pas toujours en mesure de pouvoir véritablement accomplir ce qu'il a fait.
03:03Et c'est cela que l'on voit puisqu'il gouverne davantage à court terme alors que le général de Gaulle avait une vision à moyen terme
03:14puisqu'il y a davantage d'instabilité alors que sous le général de Gaulle c'était une stabilité qui existait.
03:25et parce qu'il y a par rapport au général de Gaulle une volonté de tout centraliser, de faire en sorte que tout remonte à l'Élysée
03:37alors que le général de Gaulle lui s'occupait de l'essentiel et déléguait à ses premiers ministres et à ses ministres les autres compétences.
03:48Est-ce que ce n'est pas ça en réalité qui est en train petit à petit, je ne vais pas dire de tuer, mais d'abîmer fortement la Ve République ?
03:55A savoir qu'on a tellement dit, on a tellement répété que le président était la pierre angulaire des institutions de la Ve République
04:02et que c'était un président fort, qu'en réalité tous, en passant de Nicolas Sarkozy qui a été, on l'a souvent dit,
04:09les commentateurs politiques l'ont souvent qualifié ainsi d'ultra-premier ministre,
04:13à Emmanuel Macron qui gère tout de conseil de défense, son conseil spécialisé pour pouvoir avoir la main sur absolument tous les sujets.
04:20Est-ce qu'il n'y a pas eu d'une certaine manière un travestissement de cette idée d'un président fort
04:25au point aujourd'hui un président fort est en réalité un président qui n'est plus nulle part ?
04:29Il y a un paradoxe, c'est que l'hyper-présidentialisation à laquelle nous assistons essentiellement depuis la mise en place du quinquennat
04:42fait en sorte que le président s'éloigne davantage encore que sous le général de Gaulle des préoccupations des Français
04:54puisque à tout faire, eh bien, vous ne pouvez pas y arriver
04:59puisque je le rappelle, dans un agenda du président de la République, vous avez la moitié de son temps
05:07qui est occupée par les questions internationales et européennes
05:13et encore plus en ce moment compte tenu des dangers que nous connaissons
05:17et cela fait en sorte que lorsque vous faites tout remonter, eh bien, vous ne pouvez pas vous occuper de tout.
05:28Dans, plongeons au cœur de votre livre, si vous voulez bien, Jean-Pierre Jouillet,
05:32« L'ombre du général », c'est aux éditions Albain Michel.
05:34Vous êtes excessivement, je ne sais pas si on peut le dire, sévère à l'égard d'Emmanuel Macron
05:39mais notamment, j'aimerais qu'on se plonge parmi les premières pages
05:41où vous critiquez, évidemment, cette décision qui est à l'origine de la crise que nous traversons,
05:48cette décision de dissoudre un peu en prenant tout le monde, on va dire, par surprise
05:53et vous dites à quel point l'instant de règne d'Emmanuel Macron bascule à ce moment-là
05:58parce que ça transforme le pays, la scène politique en véritable Bérezina.
06:02Le problème, c'est que cette dissolution n'a pas apporté de majorité.
06:13Ni de clarification.
06:14Voilà, ni de clarification.
06:17Or, il y a deux éléments majeurs depuis le général de Gaulle.
06:24Le premier, c'est que nous ne sommes plus sur un bipartisme
06:30tel qu'on le connaissait auparavant entre la droite républicaine et la gauche
06:35mais nous sommes dans un tripartisme aujourd'hui
06:38et par conséquent, vous n'avez pas de véritable majorité.
06:46Et deuxièmement, il se trouve qu'après cette dissolution,
06:51le président de la République s'est retrouvé dans une situation assez inexplicable
06:58entre crise politique et crise financière n'arrivant pas à résoudre cette dernière.
07:05Jean-Pierre Jouilly, vous êtes, entre autres, ancien secrétaire général de l'Elysée.
07:08Dans votre livre, vous racontez des coulisses assez surprenantes.
07:12Vous venez de parler de situations inexplicables
07:15et vous avez quelques pages absolument saisissantes
07:17sur ce qu'est aujourd'hui la cour, quand on est président de la République,
07:21la cour de l'Elysée, c'est-à-dire tous ces gens qui viennent déjeuner, dîner,
07:24qui vous écrivent, à qui vous parlent et vous racontez quelques anecdotes savoureuses,
07:28que ce soit les grands chefs d'entreprise, les journalistes.
07:30Est-ce qu'aujourd'hui, c'est ça aussi qui mine le pouvoir de l'intérieur,
07:33ce phénomène de cour, ou vous êtes quoi ?
07:35Contraint de donner des bons points à un moment, à tout le monde,
07:38de faire des déjeuners, des dîners, pour séduire,
07:40parce que le pouvoir n'est plus suffisamment fort ?
07:43Non, ce n'est pas pour séduire.
07:45C'est qu'il y a toujours eu phénomène de cour en France,
07:49et là, je reviens aussi à ce monarchie,
07:53mais il y a toujours eu des phénomènes de cour sous la Ve République.
07:57Le problème, c'est que cela continue,
08:01et que cette cour, dont j'ai fait partie, ayant été secrétaire générale,
08:07n'est pas toujours assez proche des préoccupations des Français.
08:13C'est que cette cour est faite d'élites, qu'elles soient économiques, culturelles, politiques,
08:20et voilà.
08:22Donc, les Français n'ont pas le sentiment d'être suffisamment écoutés.
08:29Et dernier point que je voulais voir avec vous,
08:31parce que c'est toujours quelque chose qu'on aborde un peu à la légère,
08:34en réalité, comme si c'était une petite anecdote politicienne
08:36qu'on raconte dans un coin de plateau.
08:38Vous parliez des conséquences, au bout d'un moment, peut-être,
08:40de l'hyper-présidentalisation,
08:41et vous dites dans votre livre que l'enfermement est une conséquence
08:44à laquelle il va falloir forcément, au bout d'un moment, méditer.
08:48Et vous dites que l'enfermement, comme cause aussi du divorce
08:50avec la France profonde de la part d'un président
08:52qui, initialement, proclamait avec conviction qu'il n'avait pas peur du peuple.
08:57Est-ce que ça peut aussi expliquer, peut-être,
08:59la, je ne sais pas si le mot est adéquat,
09:01radicalisation du président de la République,
09:04l'enfermement du palais présidentiel, Jean-Pierre Jouillet ?
09:07Je crois, là, pour être tout à fait objectif,
09:10qu'il y a eu un enfermement,
09:13mais essentiellement en 2024,
09:16après la dissolution,
09:19qu'il faut éviter de cela,
09:23et que le président doit être davantage à l'écoute.
09:28Alors, pour cela,
09:30je crois qu'il faut revoir les rapports
09:31entre président et premier ministre,
09:33et revoir les rapports également
09:36entre le président et le Parlement,
09:40surtout lorsqu'il n'existe pas de majorité absolue.
09:44Ça, c'est sûr.
09:45Alors que la majorité absolue
09:46était l'élément fondamental de la Vème République,
09:50et qu'il est nécessaire
09:53de trouver maintenant
09:57un système qui permette
10:00d'assurer,
10:01comme dans d'autres démocraties,
10:03le fonctionnement
10:04de notre République
10:06sur le fondement
10:08de coalitions.
10:10Merci beaucoup,
10:11Jean-Pierre Jouillet,
10:11d'avoir été ce matin avec nous
10:12sur Sud Radio.
10:13L'ombre du général,
10:14c'est à lire aux éditions
10:15Albin Michel,
10:16De Gaulle et ses successeurs.
10:18Qu'ont-ils fait de son héritage ?
10:19C'est bourré d'anecdotes,
10:21mais aussi d'analyses politiques
10:22et d'alertes
10:23sur ce qui est en train de devenir
10:24peut-être ce régime
10:25qui est en train de se perdre.
10:27Je parle évidemment
10:27de la Vème République,
10:29fruit, bijou,
10:30de l'héritage du général De Gaulle.
10:31Dans un instant,
10:320826 300 300,
10:34c'est le moment
10:34où je donne la parole.
10:35Le téléphone sonne,
10:36charge aux idères,
10:370826 300 300,
10:39notamment pour répondre
10:40à cette question due
10:41à l'actualité forcément,
10:42dégradation de la note.
10:44La France vit-elle encore
10:45au-dessus de ses moyens ?
10:47Trop de charges,
10:47peut-être trop d'impôts,
10:48trop de générosité,
10:49trop de, on va dire,
10:51d'argent qui est distribué
10:53là, ici, ailleurs,
10:54je ne sais pas
10:55qui est dilapidé
10:56dans les agences,
10:57dans le train de vie de l'État.
10:58Je suis sûr que vous avez
10:58un avis sur la question.
10:590826 300 300,
11:02de 9h30 à 10h.
11:03Nous sommes ensemble,
11:03vous le savez,
11:04Sud est votre radio,
11:05c'est votre matinale
11:06et vous venez dans le studio,
11:07le camarade Corentin
11:08avant vos appels.
11:090826 300 300,
11:11applications,
11:11réseaux sociaux,
11:12Sud Radio.
11:12A tout de suite.
11:13A tout de suite.
Commentaires