Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 mois
DB - 06-09-2025

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00:00Musique
00:00:27Maupassant, quel être étrange, complexe, compliqué, jusqu'à un certain point obscur.
00:00:35Enfin, voilà un écrivain qui a la réputation d'être celui qui manie la langue française la plus facile, celle où il y a le moins de mots.
00:00:44Et pourtant, c'est un homme secret, presque illisible, compliqué, d'une mobilité extraordinaire, un homme qui ressemble à une poignée d'eau.
00:00:54C'est cela même le visage de Maupassant.
00:00:59La mobilité, il se déplace tout le temps, il est sans cesse par voie et par chemin.
00:01:04La mobilité sentimentale, il est sans cesse entre des amours différents qu'il totalise d'ailleurs.
00:01:11Comment arriver à faire entrer ce personnage stupéfiant dans le cadre d'un portrait dramatique à la télévision ?
00:01:20Il nous a paru qu'il était plus simple peut-être de présenter les deux personnages qui ont le mieux connu Maupassant.
00:01:28Alors ces deux personnages sont le valet François Tassar, le valet de chambre fidèle, mais était-il aussi fidèle que cela ?
00:01:36Et celle qui l'a le mieux connue, celle qui a joué le plus grand rôle dans sa vie, sa mère, l'or de Maupassant, l'altière, l'or, femme prestigieuse, femme lettrée, femme noire, une espèce de torche noire.
00:01:53Et puis 300 femmes, peut-être, un peu plus, un peu moins, on ne sait pas exactement tout ça avant la 41e année.
00:02:01Alors ces femmes, il n'était pas question de les présenter non plus dans un ordre chronologique.
00:02:06Il était beaucoup plus vrai, peut-être, psychologiquement, de les montrer chacune réfractant.
00:02:12En quelque sorte, un des aspects de l'auteur de Boules de Suif.
00:02:18Procès.
00:02:20C'est notre procès à tous.
00:02:22C'est le procès de tous les vivants, Maupassant comme les autres.
00:02:31Madame était là ?
00:02:58Oui, François.
00:03:01Un peu de thé, Madame la Comtesse ?
00:03:26Tout à l'heure, François.
00:03:27Tout à l'heure, François.
00:03:31Ils ne disent plus qu'il était fou.
00:03:35Quelles horreurs on a pu écrire sur mon pauvre maître.
00:03:39Divulguer par une tristesse, sans songer aux douleurs qu'on va aviver.
00:03:48Comment cela s'est-il passé, François ?
00:03:52Tout Paris était au cimetière, Madame.
00:03:54Son éditeur ?
00:03:56Ce voleur d'Hollandorf.
00:03:57Madame Pasqua pleurait.
00:04:00Comme au théâtre français.
00:04:02Jean Lorrain.
00:04:04C'est gitant !
00:04:05C'est un comble.
00:04:06Monsieur Catulmindès, Madame Quint d'Anvers, Monsieur Heredia.
00:04:11Ce sont Monsieur Zola et Monsieur Henri Seart qui ont parlé.
00:04:15Ils ont été très bien.
00:04:16Surtout Monsieur Zola.
00:04:18Italien.
00:04:19Il a dit, c'est comme un frère adoré, gratté, puis disparu au milieu des larmes.
00:04:29J'en aurais pleuré, Madame.
00:04:32Évidemment, il y avait aussi les canotiers.
00:04:36Oui, Madame.
00:04:39Et Alexandre Dumas, en chapeau de paille et pantalon de coutille.
00:04:44Et des femmes, comme s'il en pleuvait.
00:04:50Elle était là ?
00:04:52Non, Madame, elle n'était pas là.
00:04:54Il y en avait une que je n'avais jamais vue habillée en Alsacienne.
00:04:58Naturellement, son père ne s'était pas dérangé.
00:05:02Non, Madame.
00:05:04Quelle famille !
00:05:05C'est ce qu'a dit le docteur Fanton Dandon.
00:05:08Et qu'a-t-il dit, mon clampin de beau-fils ?
00:05:11Je n'ose pas répéter à Madame la Comtesse.
00:05:14François.
00:05:17Mais il a dit, dans cette famille, les vivants ne se dérangent même pas pour enterrer les morts.
00:05:25Mon Guy.
00:05:28L'orgueil est la joie de ma vie.
00:05:33Madame Lecomte Dunoui a manifesté le désir de venir vous saluer.
00:05:36Pauvre Hermine, je la verrai, mais plus tard, plus tard.
00:05:44Madame souhaiterait peut-être plutôt une infusion de pain.
00:05:49Oui, François.
00:05:50Madame Casseur.
00:05:58SpanIT Tower.
00:06:04Trouf.
00:06:10Pas.
00:06:11Pas.
00:06:12Kadant.
00:06:12Pas.
00:06:13Pas.
00:06:13Pas.
00:06:13Ouvrez-le, François.
00:06:43C'est d'elle, madame.
00:06:52Posez-le là.
00:06:57Madame en gris.
00:07:00Ah, si je pouvais dormir.
00:07:03Au cimetière, mademoiselle Litzelman m'a parlé de ses...
00:07:09On le sait. Allons continuer.
00:07:11De ses enfants, des enfants de monsieur.
00:07:17Monsieur de Beaupassant n'a jamais eu d'autre enfant que ses œuvres.
00:07:20Mais il a laissé des instructions, madame. Il parle d'elle.
00:07:24Faites ce qu'il voulait. Payez ce qu'il faudra.
00:07:26Mais ne m'en parlez jamais.
00:07:27Celui-là s'appelle donc François Tassar.
00:07:48C'est un valet fidèle.
00:07:51C'est même le modèle des valets fidèles.
00:07:54Un valet d'écrivain.
00:07:57Nous sommes le samedi 8 juillet 1893.
00:08:00Et il vient d'enterrer son maître.
00:08:03Je viens...
00:08:26Je viens d'enterrer mon pauvre maître.
00:08:37Comme beaucoup de loyaux serviteurs, François Tassar a fini par s'identifier au maître qu'il sert depuis 10 ans.
00:08:44D'ailleurs, Maupassant lui-même l'y a encouragé.
00:08:53La cérémonie a été à la hauteur de ce génie universel.
00:09:14François Tassar, de Liège, 27 ans, monsieur.
00:09:27Monsieur le comte et ma mère, et tiens.
00:09:29Que savez-vous faire ?
00:09:31Tout, monsieur.
00:09:32Servir à table, le ménage, le petit linge.
00:09:37Je repasse moi-même.
00:09:39Je cuisine.
00:09:40Vous êtes discret ?
00:09:41Oh, monsieur.
00:09:42Monsieur le comte.
00:09:47Je dois vous dire que je voyage beaucoup et que je suis toujours dans l'eau.
00:09:51Si monsieur le comte trouve que c'est bon pour monsieur le comte.
00:09:55Vous saurez aussi que je ne mange pas de carottes, pas de choux et pas d'oseilles.
00:09:59Et surtout, surtout, jamais d'épinards.
00:10:01J'ai horreur des épinards.
00:10:04De la salade cuite, vous pourrez m'en donner tous les jours, à la crème fraîche, bien entendu.
00:10:08Comme monsieur voudra.
00:10:09Bon, demain à huit heures, j'ai un dîner demain soir, rien que des artistes.
00:10:15Pour la livrée, vous vous arrangerez avec Berthelot.
00:10:18Ah.
00:10:18Après, vous allez à dix heures pour être tard.
00:10:21Il y a une livrée, monsieur.
00:10:23Ah oui, ma mère y tient beaucoup.
00:10:25Monsieur, je ne peux pas accepter.
00:10:28Je suis belge, monsieur.
00:10:31Mais c'est dommage.
00:10:32Je regrette aussi, monsieur.
00:10:39Comme disait monsieur Gustave de Flaubert, il y a toujours quelque chose qui empêche l'homme d'être heureux.
00:10:47Vous avez servi chez Gustave Flaubert ?
00:10:49C'est-à-dire, plus tôt, monsieur le comte, que j'ai servi monsieur Gustave de Flaubert en 1876 et en 1877,
00:11:01chez madame la duchesse d'Essling, rue Murillo, dans la cour contiguë, à la maison de monsieur Gustave de Flaubert.
00:11:07Le maître d'hôtel m'avait donné à lire madame Bovary.
00:11:14Eh bien, j'avais reçu consigne de servir monsieur Gustave de Flaubert avant tout le monde, même avant les dames.
00:11:21Et que vous ne portiez pas de livrée.
00:11:24Madame la duchesse disait toujours que c'était bon pour les pingouins de Louis-Philippe.
00:11:33Demain à huit heures, François.
00:11:35Sans livrée.
00:11:37Pendant dix ans, Tassar a été fidèle, dévouée, discrète.
00:11:44Oh, discret.
00:11:50Monsieur le maupassant est là ?
00:11:52Non, madame, monsieur le comte vient justement de partir.
00:11:57Alors il va rentrer, je l'attendrai.
00:11:59Il faudra bien qu'il entre.
00:12:01Il faut que je le voie, François.
00:12:03Soyez gentil, mon bon François.
00:12:05Donnez-moi, monsieur le maupassant.
00:12:06Oh, madame, je regrette, je voudrais bien faire quelque chose pour vous, mais il n'est pas là.
00:12:14Laissez-moi entrer, je sais bien qu'il y est.
00:12:15Ah, ça, non, madame, non, monsieur le comte a donné des ordres.
00:12:17Eh bien, allez-y, jetez-moi à la porte si vous osez.
00:12:19Non, madame.
00:12:20Bien, maintenant, allez lui dire que je suis là et que je ne partirai pas.
00:12:23En attendant, je vais bien trouver quelque chose à lire.
00:12:35François.
00:12:37François, donnez-moi de quoi écrire et je pars tout de suite.
00:12:39Cette femme nue qu'on vient d'entrevoir, c'était une extravagante féministe au terrible nom de guerre de Gisèle Destocq.
00:12:52Combien y en eut-il, en un petit quart de siècle, au 300 au moins, de la grue des folies bergères à la princesse italienne,
00:13:00sans compter les professionnels, les théâtreuses et les petites comtesses, vraies ou fausses, dont il raffolait.
00:13:08Vous avez lu la dernière nouvelle de Maufrigneuse ?
00:13:11Maufrigneuse, vous voulez dire ?
00:13:13Bien sûr.
00:13:15Elle est installée.
00:13:16Alors, je ne veux pas la connaître.
00:13:19Ce sont deux petites comtesses, comme vous.
00:13:23Et vous ?
00:13:25Elles ont toutes les deux le même amant.
00:13:30Ça, c'est différent, j'espère.
00:13:33Je l'espère bien, ma chérie.
00:13:37Figurez-vous.
00:13:39On découvre un jour, dans la tenture près de la glace, une épingle à tête noire, qui n'est pas à elle.
00:13:46Elle la remplace par une de ses épingles à elle, semblable, mais d'un modèle un petit peu différent.
00:13:52L'autre remarque la substitution et elle en met deux, en les croisant.
00:13:59Et ainsi de suite.
00:14:00Les coquines.
00:14:04Benet ne s'aperçoit de rien.
00:14:07Alors, la plus hardie se décide à glisser un message et elle se rencontre.
00:14:14Et elle se trouve charmante.
00:14:16Elle devient de même intime.
00:14:17C'est d'un dosé.
00:14:20Vous savez ce que dit alors l'ami de celui qui raconte l'histoire ?
00:14:26Grand serein.
00:14:28Tu devrais leur faire repiquer les épingles doubles.
00:14:31Ah oui ?
00:14:32Ça vous étonne ?
00:14:34Non.
00:14:37Tout le même, ce mot passant.
00:14:42Vous savez qu'il est le même dans la vie ?
00:14:44Oui.
00:14:46On le dit.
00:14:47Pire même.
00:14:48Vous voyez toujours la petite comtesse Estelle.
00:14:51La grande bigue du parc Monceau ?
00:14:54Très peu.
00:14:55Oh, chérie.
00:14:56Avec sa petite cousine Marie.
00:14:58La grêlée ?
00:14:59Est-ce que vous pouvez être rose vous alors ?
00:15:01Eh bien, il leur a fait repiquer des épingles doubles.
00:15:07Je ne vais pas le croire.
00:15:09Vous seriez bien la dernière.
00:15:13Arrêtez cette plaisanterie.
00:15:16Mon passant est un séducteur peut-être, mais pas un dépravé.
00:15:19Vous n'avez qu'à lire ses cons.
00:15:20Justement, c'est un homme de cœur.
00:15:23Doublé d'un viveur, oui.
00:15:24Oh, elle a trappé.
00:15:33Oh, ma pauvre chérie.
00:15:36Toi aussi.
00:15:39Oh, je m'en doutais.
00:15:43Non, mais...
00:15:45Essuyez vos yeux.
00:15:49Là.
00:15:50Dans quel état vous vous mettez ?
00:15:55Je vais m'occuper de vous, moi.
00:16:00Oh, il n'en vale pas la peine, Annie.
00:16:10Ravissante, votre chevelet.
00:16:18S'il n'avait pas leur moustache.
00:16:20Si cette dame revient...
00:16:26Laquelle, monsieur le comte ?
00:16:29Autrichienne.
00:16:30Non, ce n'est pas encore son heure, monsieur le comte.
00:16:32Écoutez, si elle revient, je ne veux plus la voir.
00:16:36Elle me dit chaque fois qu'elle part pour Vienne.
00:16:39Elle revient toujours.
00:16:40Ça fait quatre jours que ça dure.
00:16:41Est-ce qu'elle vous y oblige de foutre là-dehors ?
00:16:44Bien, monsieur le comte.
00:16:47Qu'est-ce que vous voulez, mon bon François ?
00:16:49Quand on n'est pas capable d'aimer une seule femme,
00:16:53il faut les choisir comme on choisit une côtelette à la boucherie.
00:16:56Oh, monsieur...
00:16:58D'ailleurs, quand je les chasse, elles reviennent toujours.
00:17:01Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas rompre.
00:17:04J'ai que l'exienne, François.
00:17:07Jamais je n'ai pu quitter une femme.
00:17:08Et puis on ne me fera pas comprendre que deux femmes ne valent pas mieux qu'une,
00:17:14trois mieux que deux et dix mieux que trois.
00:17:16Ça, monsieur le comte, me permettra de lui dire que j'en sais quelque chose.
00:17:22Oh.
00:17:24Monsieur devrait bien se marier.
00:17:25Eh oui, François.
00:17:28Plusieurs fois.
00:17:30Pardon ?
00:17:31Que monsieur le comte me pardonne ?
00:17:34Non.
00:17:36Non, je veux dire que plusieurs fois j'ai pensé à me marier.
00:17:39Ah.
00:17:41La première fois, je suis parti en Suisse avec une jeune femme et toute sa famille.
00:17:45Nous devions nous marier.
00:17:48Elle était belle, généreuse, instruite.
00:17:50Nous avions entrepris une excursion et je ne sais pas pourquoi, une jeune femme, une étrangère, sublit ça parmi nous.
00:18:02Une femme splendide.
00:18:05Ce fut la fin de nos projets matrimoniaux.
00:18:12Une autre fois aussi.
00:18:15Celle-là, vous la connaissez.
00:18:16Oui.
00:18:20J'aime tirer sur un oiseau qui passe et que je tue.
00:18:37Et que je regrette d'avoir tué en le voyant mourir.
00:18:40Et je recommence.
00:18:42Vous êtes cruel, Guy.
00:18:44Vous citez mes œuvres.
00:18:48Bonjour, ma voisine.
00:18:50Vous avez encore massacré quelques pauvres bêtes.
00:18:56Chère intellectuelle.
00:19:00Je suis un être primitif.
00:19:03J'aime la chasse avec passion.
00:19:06La bête saignante, le sang sur les plumes, le sang sur les mains me crispe le cœur à le faire défaillir.
00:19:11Qui ?
00:19:12Je suis faune.
00:19:16Et je le suis de la tête aux pieds.
00:19:17Vous me cherchiez ?
00:19:22Je suis passée chez vous.
00:19:24Votre allée était pleine de rosée.
00:19:26J'ai les pieds tout mouillés.
00:19:27Ah, mais alors vous avez vu mon coq ?
00:19:30Il est superbe l'animal, hein ?
00:19:32Un vrai mot passant.
00:19:35Oui.
00:19:35Cette maison est une arche de Noé.
00:19:40Il ne lui manque plus qu'un nom de baptême fracassant.
00:19:44Quand pantons la crémaillère ?
00:19:45Quand j'aurai trouvé un nom.
00:19:48Que pensez-vous de la belle Ernestine ?
00:19:52Ça fait mauvais lieu.
00:19:54Alors la grenouillère ?
00:19:57Non.
00:19:58Pas la grenouillère ?
00:20:00Alors la maison Tellier ?
00:20:02Guy, le faites-vous exprès ?
00:20:04Bien sûr.
00:20:05Pour que je ne revienne pas ?
00:20:06Ah non, je veux que vous soyez la marraine de cette maison.
00:20:11Pourtant je dois tout à la belle Ernestine,
00:20:13à la grenouillère et à la maison Tellier.
00:20:17Enfin.
00:20:18Serez-vous jamais sérieux ?
00:20:19Mais je suis toujours sérieux.
00:20:22Quand vous écrivez...
00:20:23Guy, vous devriez...
00:20:29Vous aussi.
00:20:34Tout le monde me dit ça.
00:20:36Sauf ma mère.
00:20:38Bien sûr.
00:20:39Pourquoi bien sûr ?
00:20:41Pour rien, Guy.
00:20:42Pour rien.
00:20:49Je n'ai jamais aimé Hermine.
00:20:51Il y a dans l'amour...
00:20:56Une harmonie que je n'ai jamais trouvée.
00:21:01J'aime la chair des femmes avec passion, à ça oui.
00:21:05Comme j'aime l'herbe, les rivières, la mer.
00:21:08Qui ?
00:21:10Vous parlez d'eau à une femme qui meurt de soif.
00:21:13Quittez votre mari.
00:21:17Vous savez bien que ce n'est pas possible.
00:21:19Si vous vouliez.
00:21:26Le pauvre Guy et la pauvre Hermine
00:21:29ne connaîtront jamais que l'amoureuse amitié.
00:21:34L'amitié amoureuse, Hermine.
00:21:38Ça sonne mieux.
00:21:39Oui, maître.
00:21:44Là, vous êtes infaillible.
00:21:49Laissez-moi l'intellectuel.
00:21:58Je serai la marraine de votre maison, Guy.
00:22:00Oui, pas la maison Thélié.
00:22:04La Guillette.
00:22:16Je ne me marierai jamais, François.
00:22:19Je ne serai jamais candidat à l'académie.
00:22:22Je n'écrirai jamais la revue des deux mondes.
00:22:24Je ne serai jamais décoré.
00:22:30Quand je dîne chez Valdez-Crousseau,
00:22:32qui me propose d'ailleurs toujours la croix,
00:22:34je me viens des envies folles de lui dire
00:22:36que c'est à sa cuisinière qu'il devrait donner le ruban.
00:22:40Car c'est certainement le meilleur cordon bleu de Paris.
00:22:42La seule médaille dont je n'ai jamais rêvé
00:22:45est la médaille de sauvetage,
00:22:47sans jamais l'obtenir.
00:22:49Monsieur a pourtant retiré de la Seine
00:22:51treize noyés,
00:22:54onze morts et deux vivants.
00:22:55Oui, les onze morts ne comptent pas
00:22:57et les deux vivants ne m'ont rien rapporté non plus.
00:22:59Alors je guette une occasion à vous-même.
00:23:02Ah, cinq couverts ce soir
00:23:04et du champagne.
00:23:06Cinq.
00:23:07Oui, Catulmades, deux dames,
00:23:08vous ne les connaissez pas.
00:23:10Moi et un collégien.
00:23:12Un collégien.
00:23:13Oui, oui, un collégien.
00:23:15Dès que le dîner sera servi,
00:23:17vous filerez François.
00:23:19Voici deux billets pour les folies bergères.
00:23:21Oh, merci beaucoup, monsieur le comte.
00:23:25Monsieur n'aurait pas de place pour le théâtre français.
00:23:33Ces petits soupers-là étaient fréquents.
00:23:35Tout de même,
00:23:36ce qui avait surpris le bon François,
00:23:39c'était le...
00:23:42C'est vous, François ?
00:23:44Je ne suis pas trop tôt, non ?
00:23:46Ne me regardez pas comme ça.
00:23:47J'ai l'autorisation du proviseur.
00:23:53Où sont ces dames ?
00:23:54Naturellement, François était discret.
00:23:57Trop.
00:23:58On ne saura jamais ce qui s'est passé ce soir-là
00:24:01avec ce collégien
00:24:02qui n'était pas du tout un collégien.
00:24:05Gisèle Destocq a dit qu'il plût beaucoup
00:24:08en plus.
00:24:09Elle était placée mieux que personne pour le savoir.
00:24:13Vous n'aurez pas du fait ?
00:24:14Alors, ce soir, on fait la vie ?
00:24:28Niais, François.
00:24:31Brave, honnête, loyal François.
00:24:35Vertueux François
00:24:36qui ne comprenait jamais ce qu'il voyait.
00:24:40Tu te sens mieux ?
00:25:01Oui, un peu.
00:25:03Au point d'être un peu gentil avec moi ?
00:25:06Non, pas encore.
00:25:07J'ai mal à l'œil.
00:25:12C'est comme s'il grinçait.
00:25:17La migraine, c'est loin.
00:25:19Bien, chasse-la.
00:25:21J'ai une surprise pour toi.
00:25:22Ah.
00:25:25Tu lisais ?
00:25:26Oui.
00:25:28T'en re-là.
00:25:31J'en frissonne encore.
00:25:33Je suis sûr que tous les journaux
00:25:34vont penser que je suis fou.
00:25:35Je ne me suis pourtant jamais senti
00:25:38aussi sain d'esprit.
00:25:42Mais tu sais,
00:25:44cette histoire m'a étrangement
00:25:45t'empoigné.
00:25:48Il y a parfois dans notre cerveau
00:25:50des choses inexplicables,
00:25:54des terreurs instinctives.
00:25:55c'est comme quand tu pleures.
00:26:09Tu as vu ?
00:26:10C'est toi ?
00:26:13Oui.
00:26:15Oui, c'est bien toi.
00:26:16Mince.
00:26:20Comme une liane.
00:26:23Nerveuse comme un fouet.
00:26:30Presque un homme.
00:26:33Et pourtant...
00:26:35J'aimerais-tu ne pas être qu'une femme ?
00:26:36De l'eau.
00:27:02Il n'y a plus que de l'eau.
00:27:06Gisèle !
00:27:07Guilcatine !
00:27:08Gisèle !
00:27:09Gisèle !
00:27:10Gisèle, je...
00:27:11Je suis aveugle !
00:27:13Je suis aveugle !
00:27:22Qu'est-ce que j'ai d'un bon Dieu ?
00:27:24Que ces hommes de médecin
00:27:25ne veulent pas avoir ?
00:27:26Rebosse-toi.
00:27:27Ça doit être la surprise.
00:27:36Quelle surprise ?
00:27:38Je la renvoie ?
00:27:40Là ?
00:27:41Oui, là.
00:27:44Non, non.
00:27:46Non, non, je me sens mieux.
00:27:47C'est ça, je suis...
00:27:57Il est là, entre.
00:28:02Guy a eu un malaise.
00:28:04Une migraine.
00:28:05Il n'y voyait plus.
00:28:06Votre masque.
00:28:34Tout sauf le masque.
00:28:57Pauvre François, il a souffert vraiment de la mort qu'il voyait monter chaque jour chez son maître.
00:29:04François Tassar, que s'est-il passé à Cannes, au chalet Glisère, le 1er janvier 1892 ?
00:29:29François ?
00:29:31François, vous croyez aux fantômes ?
00:29:38Je ne sais pas, monsieur. Je crois que non.
00:29:42Monsieur le comte ne veut pas s'asseoir ? Monsieur le comte a eu un accident ?
00:29:46Non, non. Nous avons une rencontre sur la route de Grasse. Le coucher de soleil est très beau ce soir.
00:29:58C'est très beau. Tout rouge, tout rouge. Un lac de sang.
00:30:05Vous voyez la route du cimetière, François ?
00:30:07Oui, monsieur.
00:30:08Oui, monsieur.
00:30:09Oui. C'est là que je l'ai rencontré, le fantôme.
00:30:14Monsieur le comte plaisant.
00:30:15Oh non, non, non, non. Je le connais.
00:30:18Oui. Il est venu vers moi. Il ne m'a pas dit un mot. Il a simplement haussé les épaules.
00:30:25Ce fantôme, c'est le pire de tous. C'est moi-même. Oui, moi. Il me déteste. Il prétend que lui seul est l'auteur de mes livres.
00:30:40François. François. François. N'oubliez pas de fermer toutes les portes, hein ? Toutes les portes. Double tour.
00:31:00Non, monsieur le comte, je n'oublierai pas.
00:31:10Vous savez, je ne crois pas aux fantômes. Je sais que ce sont des hallucinations.
00:31:25Mais ils sont en moi, les fantômes.
00:31:28Alors j'ai peur.
00:31:32J'ai peur de moi.
00:31:37François, demain, nous prendrons le train dix heures. Nous allons à Nice.
00:31:40Il faut que j'aille embrasser ma mère. Pas un mot de tout ça, je vous l'interdis.
00:31:53François.
00:31:57François, je... Je crois bien que votre maître est en train de devenir fou.
00:32:03Bref.
00:32:10Écoutez-moi bien, François.
00:32:14Si je me sentais un jour incapable de penser, de produire, je me ferais sauter la cervelle.
00:32:22Entre la folie et la mort, il n'y a pas à hésiter.
00:32:24Pas un mot de tout cela, ma mère, hein ? C'est un ordre. Un ordre absolu.
00:32:37C'est bien comme cela que tout s'est passé. Et vous avez trahi votre parole, François. Vous avez désobéi à votre maître. Vous avez prévenu Madame Laure.
00:32:52Qu'aurais-je pu faire d'autre ? Madame était très inquiète et aussi malade que lui. Elle avait peur.
00:33:00De quoi ?
00:33:02Que ça finisse pour son aîné comme pour le cadet, Hervé. Il est mort fou, Hervé, Monsieur. Trois ans plus tôt.
00:33:09Elle vous a donné des ordres ?
00:33:12Oui.
00:33:13Vous les avez exécutés ?
00:33:15Oui.
00:33:16Dans leur totalité ?
00:33:18Dans leur totalité.
00:33:21Racontez maintenant la mauvaise journée. Le 1er janvier 1892, à Cannes, au chalet de l'Isère.
00:33:28Bonjour, Monsieur le Compte.
00:33:34Bonjour, François.
00:33:37Monsieur ne se sent pas trop fatigué ?
00:33:40Que Monsieur le Compte me permette de lui présenter respectueusement tous mes voeux.
00:33:46Ah, mais c'est vrai, c'est le nouvel an.
00:33:49Ah, mais bonne année, François. C'est le courrier, ça ?
00:33:53Le facteur. Il en tire la langue.
00:33:55Ah, toujours des voeux, toujours les mêmes et tous les ans.
00:34:09Eh, François ?
00:34:12Qu'est-ce que vous lisez, là, la signature ?
00:34:16J'ai parfois une espèce de brouillard.
00:34:18C'est de Monsieur Alexandre Dumas. Il vous souhaite un prompt rétablissement.
00:34:22Ah, oui, c'est moi qui joue la dame aux caméliens.
00:34:25Oui, oui, oui, oui.
00:34:29Posez tout ça ici, François, et servez-moi mon thé.
00:34:35Il est infusé, Monsieur.
00:34:38Après le déjeuner, vous direz à Bernard de se préparer à appareiller.
00:34:42Bien, Monsieur.
00:34:44Ah, davantage, davantage.
00:34:46Monsieur va se noyer l'estomac, hein.
00:34:47Non, mais non, mais non.
00:34:59À quelle heure vous ai-je réveillé cette nuit, François ?
00:35:01Il devait être un peu plus de deux heures.
00:35:07Ah.
00:35:09Comme toutes les nuits.
00:35:12Mon pauvre François, vous n'avez pas eu de chance de tomber sur un pareil mètre.
00:35:17Non. Comment Monsieur peut-il dire ?
00:35:20Il a un drôle de goût, votre thé, François.
00:35:24Vous n'auriez pas mis de sel ?
00:35:26Non, Monsieur...
00:35:28C'est certain ?
00:35:29Que Monsieur le Comte me permette.
00:35:34Le thé de Monsieur est excellent. Peut-être un peu trop sucré.
00:35:37Hein ?
00:35:39C'est bizarre tout ce que je prends à un goût de sel.
00:35:42Monsieur est peut-être trop souvent en mer.
00:35:44Oh, non.
00:35:46Tout ce qui me vient de bon, c'est le bel ami qui me l'apporte.
00:35:49Vous ne pouvez pas savoir comme j'aime ce bateau.
00:35:52Comme...
00:35:54Comme un autre moi-même.
00:35:58Je me demande souvent avec angoisse
00:36:01ce que deviendra mon bel ami quand je ne serai plus là.
00:36:08Où m'amenez-vous, viking ?
00:36:11Aux îles, vent d'ouest.
00:36:16Ils sont peut-être heureux, les moines.
00:36:19Allons donc.
00:36:20Ils sont dévorés, oui.
00:36:22Et ils vous dévorent des yeux, je l'ai bien vu l'autre jour.
00:36:25Jaloux ?
00:36:26C'est un sentiment que j'ignore.
00:36:28Alors, vous n'avez jamais aimé ?
00:36:30Vous ne croyez pas si bien dire ?
00:36:32Je n'ai jamais eu dans toute ma vie une apparence d'amour, bien que j'ai simulé souvent.
00:36:36Cynique, bravo.
00:36:38J'ai l'âme des latins, ma chère.
00:36:40Qui est très usée.
00:36:43Voyez-moi, ami.
00:36:45Je n'ai jamais aimé.
00:36:47Bien.
00:36:53Sensuelle, ça, oui.
00:36:55Vous êtes une bête.
00:36:57Nous jetons l'âge ?
00:36:59Enfin...
00:37:00Vous êtes un pur esprit.
00:37:03Attendez, je voudrais vous montrer quelque chose.
00:37:10Vous voyez l'écueil, là-bas ?
00:37:12C'est Saint Ferriol.
00:37:14Qu'est-ce qu'il a, cet écueil ?
00:37:16Vous aimez Paganini ?
00:37:17Ah, oui.
00:37:19Paganini est mort à Nice du choléra, en 1840.
00:37:23Son corps était devenu tout noir.
00:37:25Quelle horreur.
00:37:27Le clergé de Nice refusa de l'inhumer.
00:37:30On disait qu'il avait fait un pacte avec le diable.
00:37:34Alors le fils de Paganini ramena le corps de son père à Marseille.
00:37:38Et le clergé de Marseille ne fut pas plus tolérant.
00:37:43Le fils débarqua alors le corps de son père clandestinement, à Saint Ferriol.
00:37:48Là.
00:37:49Il y avait à peine la place.
00:37:52Il y resta cinq années.
00:37:54Puis on a pu le ramener à Gênes.
00:37:58Je regrette que Paganini soit parti.
00:38:01Comme vous êtes différent de votre légende, bel ami.
00:38:05Bon, simple, profond.
00:38:09Monsieur !
00:38:10Ce sont les marins qui viennent vous souhaiter la bonne année.
00:38:13Faites-les entrer, François. Faites-les entrer.
00:38:15Entrez, entrez !
00:38:16Bonjour, Bernard. Bonjour, Raymond.
00:38:19Alors, vous ronflez toujours autant, Raymond ?
00:38:21Oh, ça, monsieur.
00:38:23Et voilà, monsieur, c'est cette fainieste de Raymond,
00:38:26qui a la plus grande gueule à toute la côte quand on lui demande rien.
00:38:28Et puis moi, eh bien...
00:38:30Eh bien, on est venu vous souhaiter une bonne heureuse année.
00:38:32Avec beaucoup de bon vent, et puis pas de coups de chien de cette putain de garce de mer.
00:38:36Merci, mon bon Bernard.
00:38:38Eh bien, voilà, monsieur, moi, je voulais vous dire...
00:38:40C'est putain, mon beau frère.
00:38:42Eh bien, il a retrouvé la parole.
00:38:43Eh bien, tu te t'aimes, malheureux, eh !
00:38:47Voilà, monsieur...
00:38:49Ah, mais c'est plus facile de soulever une encre de 60 kilos, non ?
00:38:53Non, monsieur...
00:38:55Oh, sans me toucher, n'est-ce que ça veut pas...
00:38:57Bon, je le dis pour toi, François, quand même,
00:38:59que c'est une honte pour ma soeur d'avoir plus d'une pétasse ou pas.
00:39:02Ah, ça fait du bien de rire. Allez, allez, allez, allez, allez, allez, Raymond.
00:39:05Allez, allez, allez, Raymond. Ne vous troublez pas.
00:39:07Eh bien, voilà, monsieur.
00:39:09Je voulais vous dire, c'est pas moi qui vous la souhaite, la bonne année.
00:39:13Ni lui non plus, d'ailleurs.
00:39:15C'est le bateau.
00:39:17C'est le bel ami.
00:39:19Et voilà.
00:39:23Oh, merci.
00:39:25Merci.
00:39:26Décidément, l'esprit est comme le vent et le souffle où il veut.
00:39:32François, François, allez, à la cuisine, il y a du champagne au frère.
00:39:35Pardonnez-moi si je n'en bois pas avec vous, mais la faculté me la...
00:39:39Merci, merci, monsieur.
00:39:41Et encore la bonne année.
00:39:43Bonne année, bonne année.
00:39:45Bon, j'ai trop d'honneur.
00:39:47Bonne année, encore une fois.
00:39:49Et bientôt, et au revoir.
00:39:56C'est ce que je vous disais.
00:40:02Ce sont nos tropiques.
00:40:05Regardez la mer. Elle est d'un bleu.
00:40:08Attendez-moi un instant.
00:40:11Bel ami !
00:40:13Qu'est-ce que je vous disais?
00:40:16Ce sont nos tropiques.
00:40:19Bien sûr.
00:40:21Regardez la mer. Elle est d'un bleu.
00:40:25Attendez-moi un instant.
00:40:26Où êtes-vous ?
00:40:41C'est chez moi !
00:40:46Mes amis ! Vous ne m'aurez pas !
00:40:53Mes amis ! Mes amis !
00:41:05Je t'aime. Je te cherche.
00:41:09Je tiens ton ombre chaude dans mes bras.
00:41:16Oh, cette blinde.
00:41:28Cette blinde qui ne se dresse à personne.
00:41:32Qui ne va nulle part.
00:41:37Si je pouvais gémir comme lui !
00:41:51Monsieur m'a appelé ? Monsieur ne se sent pas bien ?
00:42:01Je vous ai déjà dit cent fois de m'appeler Monsieur le Compte, François !
00:42:05Oui, Monsieur le Compte.
00:42:07Vous en faites d'une tête, François.
00:42:13Je fais très bien le chien.
00:42:17Allez, vous reposez, François.
00:42:33Allez, vous reposez. Laissez-moi.
00:42:35Laissez-moi.
00:42:37Oui, Monsieur le Compte.
00:42:47Bonjour.
00:42:49Bonjour, c'est inconnu.
00:42:51Oui, Monsieur le Compte.
00:43:09Je crois que le temps est venu.
00:43:34Une heure après, je lui ai posé des ventouses.
00:43:39François, François, François !
00:44:04François, François, François, François !
00:44:21Je me suis coupé la gorge ! C'est un peu absolu de folie ! De folie !
00:44:27Je me suis coupé par le nez et par la bouche !
00:44:31Je suis fou !
00:44:35Tiens !
00:44:36Moi, ça te cesse !
00:44:38Je tombe l'avion !
00:44:39C'est vrai !
00:44:50Franchois !
00:44:52Il était chargé !
00:44:54Il était toujours chargé !
00:44:57Tu as retiré la balle !
00:45:00Il est parti !
00:45:02Il est parti !
00:45:17Pardonnez-moi !
00:45:20Pardonnez-moi, mes amis, de vous causer tout ennuye.
00:45:27Il faut...
00:45:29Il faut appeler le médecin !
00:45:50Je n'y crois pas, professeur.
00:45:54Monsieur le Compte, Raymond et Bernard ont bien travaillé. Tout est lavé. Demain, on pourra aller en mer.
00:46:01Le bon professeur ne savait pas que le mal de Maupassant était dans son sang, invisible à la science de l'époque.
00:46:11Pourtant, il avait vu juste, en pensant au bateau. C'était un peu lui-même, mais l'ami, le bateau n'avait rien pu pour son maître. Celui-ci était perdu.
00:46:21Quand avez-vous vu la Potocca pour la dernière fois, François ?
00:46:22C'est elle ?
00:46:23Non. Une amie à elle, une des sœurs, Vacharska. Tenez, la voici.
00:46:25Elle était beaucoup plus jolie.
00:46:26Elle était beaucoup plus jolie.
00:46:27C'est une amie à elle, une des sœurs, Vacharska.
00:46:28Tenez, la voici. Elle était beaucoup plus jolie.
00:46:30C'est une amie à elle, une des sœurs, Vacharska.
00:46:35Quand avez-vous vu la Potocca pour la dernière fois, François ?
00:46:45C'est elle ?
00:46:46Non. Une amie à elle, une des sœurs, Vacharska. Tenez, la voici. Elle était beaucoup plus jolie que ça.
00:46:56Je vous ai demandé quand vous l'avez vu la dernière fois. À Nice, n'est-ce pas ? Le Noël qui a précédé ce terrible 1er janvier.
00:47:04Oui, monsieur.
00:47:06D'autres femmes sont venues au chalet de l'Isère ces jours-là.
00:47:09Ah, non.
00:47:10Mais si. Désormais, vous ne pouvez plus mentir. La dame en gris.
00:47:19Oui. Il y a même eu un scandale. C'est pour cela que madame était si inquiète. Il les a chassées à deux minutes.
00:47:27Que savez-vous de la dame en gris ?
00:47:30J'ai écrit tout ce que je sais.
00:47:33Sauf son nom.
00:47:35Oui.
00:47:37Elle est apparue tard dans sa vie.
00:47:40Il était déjà très malade.
00:47:43Elle entrait et sortait comme une somnambule.
00:47:47Comme vous l'avez vu à Sartreauville.
00:47:50Elle portait toujours un tailleur gris-perle.
00:47:53Elle le suivait à Gérard-Mais, à Divonne, dans les Pyrénées, partout où il se soignait.
00:48:00Il l'aimait.
00:48:02Il ne pouvait pas lui résister.
00:48:06Elle me plaît.
00:48:10Elle est une merveille de chair, douce et ronde.
00:48:16Mais elle, la femme de secours, je l'exacre.
00:48:22Je l'ai.
00:48:24Elle est perfide, bestiale.
00:48:26immonde, impur.
00:48:36Non, François.
00:48:38Je ne veux plus la voir.
00:48:40Ma porte interdite.
00:48:42C'est parti.
00:48:43C'est parti.
00:48:44C'est parti.
00:48:45C'est parti.
00:48:47C'est parti.
00:49:17C'est parti.
00:49:47Qui était la dame en gris ?
00:50:04Vous avez caché son identité.
00:50:07Oui.
00:50:08Vous avez rayé son nom tout à l'heure devant nous.
00:50:12Oui.
00:50:13Pourtant, vous ne l'aimez pas.
00:50:14J'ai obéi à l'ordre de monsieur.
00:50:16De monsieur ou de madame ?
00:50:18De monsieur.
00:50:20Il aimait tant le secret.
00:50:23Il aurait eu horreur de ce que vous êtes en train de faire.
00:50:27Ayant interdit la vente de photographie comme de tout portrait de moi,
00:50:31je proteste avec violence.
00:50:33Et je déclare que je m'adresserai à la justice si mon image n'est pas supprimée.
00:50:38On n'a pas le droit de se servir d'un homme à son insu et malgré lui.
00:50:43Votre maître était-il souvent heureux ?
00:50:47Parfois.
00:50:50Rarement.
00:50:52Ou alors quand il était heureux, c'était toujours trop.
00:50:57Autrement, il s'ennuyait.
00:51:00Je n'ai jamais vu un homme s'ennuyer autant.
00:51:04Sans compter les migraines.
00:51:08Il avait toujours mal à l'œil.
00:51:12On a eu sur un lit de sable.
00:51:18On a eu grâce.
00:51:28Elle le dévorait vivant.
00:51:31Ces femmes.
00:51:32Quand avez-vous vu la dame en gris la dernière fois ?
00:51:37Après Noël 1892, à la maison du docteur Blanche à Passy.
00:51:43Je crois...
00:51:47Je crois, c'est très bête ce que je vais dire.
00:51:51Je crois que la dame en gris...
00:51:54C'était sa mort, Monsieur.
00:51:56C'était sa mort, Monsieur.
00:51:57C'était sa mort, Monsieur.
00:51:59Pourquoi ?
00:52:01C'était sa mort.
00:52:02C'était sa mort.
00:52:03Pour la maison deاغments.
00:52:04C'était sa mort.
00:52:06Mais...
00:52:08Deuxiants.
00:52:09C'était à la maison de la پaille.
00:52:12C'était sa mort...
00:52:15C'est une mort.
00:52:19C'est une mort...
00:52:20C'était sa mort.
00:52:22C'est sa mort.
00:52:27Lucien, Lucienne, Marthe.
00:52:57L'an prochain, nous retrouverons des petits mots passants.
00:53:10Heureusement, je me suis lavé d'anti avec de l'eau bénite.
00:53:13C'est nécessaire ici.
00:53:16Le sol est plein d'insectes qui projettent de la morphine.
00:53:20Nous allons partir, monsieur le comte.
00:53:22Le docteur Blanche nous attend.
00:53:27Le docteur, avez-vous reçu les 60 millions que mon notaire voulait donner au Panama?
00:53:38Vous êtes au courant, François.
00:53:47Vous avez pris ma place au Figaro, hein?
00:53:50Allez-vous-en!
00:53:51Je ne veux plus vous voir!
00:53:52Allez-vous-en!
00:53:53Toute sa vie, Maupassant était allé à la rencontre de sa mort sans savoir qu'elle était en lui.
00:54:05Depuis les berges de la Seine et leur faune inquiétante.
00:54:07Sous-titrage Société Radio-Canada
01:08:47C'est de la semence humaine qui m'est fournie par les capuches de Palernes.
01:08:54Oh, que ces femmes sont déboutantes !
01:09:01J'avais 12 ans.
01:09:04Vous le saviez ?
01:09:07Vous le saviez que Mlle Fanny était pourrie ?
01:09:11Il vous en sait dire que moi, j'étais surinvestant.
01:09:20Vous êtes une fripouille ! Un vieux menteur !
01:09:23Vous êtes une canaille !
01:09:25Dieu, vous êtes le plus féroce des dieux !
01:09:29Vous savez bien que les dieux païens eux-mêmes !
01:09:34Diable, tu es Dieu !
01:09:41Allez-vous-en !
01:09:57Allez-vous-en, François !
01:10:01Dans un instant, je ne serai plus moi-même !
01:10:07François !
01:10:16J'ai dormi !
01:10:18Oui, Madame, près de deux heures.
01:10:21François, il faudra voir très vite le notaire pour la vente aux enchères.
01:10:27Madame croit que c'est bien nécessaire ?
01:10:29Tout ! Il le veut !
01:10:33Tout, tout !
01:10:35Tout vendre !
01:10:37Comme le voudrait Flaubert !
01:10:40Qu'on le laisse dormir de son dernier sommeil !
01:10:43Qu'on oublie tout !
01:10:45Qu'on empêche les indiscrétions des médecins !
01:10:48Rien ne doit rester de lui que son heure !
01:10:52Et vous allez commencer par demander à l'avareille des nouvelles du bateau.
01:10:57Le bel ami ?
01:10:59Oui, le bel ami.
01:11:01Eh bien, pourquoi me regardez-vous comme ça ?
01:11:04Mais c'est que...
01:11:05Le bel ami, Madame...
01:11:07Pour Monsieur, c'était...
01:11:09Eh bien, le bel ami, je l'ai mis en vente il y a un mois.
01:11:13Avant la mort de Monsieur, Madame ?
01:11:15Oui.
01:11:16Et je me moque de ce que vous pensez, François.
01:11:19Oh, moi, Madame la Comtesse.
01:11:25Et n'oubliez pas de réclamer les trois fusils de mon fils qui était dans la cabine.
01:11:30Qu'il demande à Bernard.
01:11:33Allez, je compte sur vous.
01:11:36Madame ne veut pas que je garde...
01:11:38Tout vendre !
01:11:43Pourquoi ?
01:11:44Il est mort et puis venue.
01:11:53Il est mort et mort
01:12:08Ad traveler...
01:12:12On inscrira cela sur sa tombe.
01:12:30Oui, madame.
01:12:32C'est de Shakespeare.
01:12:42Et on ne reverra plus jamais la dame en gris, François.
01:13:02François, le dossier est à peu près complet.
01:13:06Il reste pourtant un point que vous n'avez pas éclairci.
01:13:10Les balles.
01:13:12Les balles.
01:13:14Ah oui.
01:13:16Les balles du revolver.
01:13:19Quand votre maître s'est tiré une balle dans la tête,
01:13:22croyait-il vraiment le pistolet chargé ?
01:13:26Oui, monsieur.
01:13:28Était-il chargé quelques jours plus tôt ?
01:13:34Oui, monsieur.
01:13:36Il voulait donc réellement mourir ?
01:13:39Oui, monsieur.
01:13:43En somme, si quelqu'un n'avait pas désermé le revolver, votre maître n'aurait jamais eu cette atroce agonie.
01:13:53Non, monsieur.
01:13:55C'est vous qui avez fait cela.
01:13:59Comment ?
01:14:00Aurais-je pu deviner ?
01:14:03Pour qui avez-vous travaillé ?
01:14:07Je n'ai pas le droit de le dire.
01:14:09Le double ?
01:14:11Je ne comprends pas.
01:14:12Je veux dire l'autre.
01:14:13Le hors-là.
01:14:14Le mot passant des miroirs.
01:14:16Celui qu'il a rencontré sur la route de Grasse.
01:14:20Non, monsieur.
01:14:21Non.
01:14:22Celui-là, il n'existait pas.
01:14:23Alors ?
01:14:25Pour la dame en gris ?
01:14:28Je la haïssais.
01:14:30Il ne reste plus qu'une personne, François.
01:14:33Oui, monsieur.
01:14:36Qui ?
01:14:43Je ne le dirai jamais.
01:14:46Naïf François.
01:14:48Cela découle des faits.
01:14:51Vous avez travaillé pour l'orgueil sans fond de madame Laure.
01:14:56Pour elle, vous avez volé la mort de monsieur le mot passant.
01:15:09Si c'est maman,
01:15:11cette jeune grecque que monsieur Turquet a adjoint à sa femme,
01:15:14je ne crois pas le moment éloigné où je franchirai l'obstacle.
01:15:20Ce serait vraiment malheureux de laisser ce vieux arriver à ses fins.
01:15:23Oui.
01:15:24Ce serait une lâche de son nom.
01:15:29Qu'est-ce que tu as, maman ?
01:15:31Tu pleures ?
01:15:33Mais rien, mon petit.
01:15:35Je lisais ton livre.
01:15:38Je me demande comment tu peux écrire des choses pareilles.
01:15:43C'est vraiment comme si tu savais ce que c'est que...
01:15:47que de n'être pas le fils de son père.
01:15:50Frédia, je n'ai rien inventé, tu sais.
01:15:54Je n'ai jamais pu aimé mon père.
01:15:57Je l'ai vu si peu, d'ailleurs.
01:15:58Je l'ai vu si peu, d'ailleurs.
01:16:08Écoute...
01:16:09Tu n'as à vivre dans le mensonge.
01:16:15Tu as tout deviné, mon Guy.
01:16:18Tout ce que je n'ai jamais voulu avouer.
01:16:19J'ai voulu avouer.
01:16:21J'ai menti toute ma vie.
01:16:27Christophe de Maupassant n'est pas ton père.
01:16:32Oh, que ce livre me fait mal.
01:16:34Je...
01:16:35Je n'ai plus rien à te dire.
01:16:41Mais qu'est-ce que tu fais ? Où vas-tu ?
01:16:45Je m'en vais.
01:16:46Nervé est malade.
01:16:50Je te perds.
01:16:53Je suis toute seule.
01:16:57Maman...
01:16:59Maman, maman...
01:17:00Non, mais sous-moi.
01:17:04Je ne suis plus rien pour toi.
01:17:07Pour personne.
01:17:10Plus rien.
01:17:12Maman, tu ne sortiras pas d'ici.
01:17:14Je t'aime et je te garde.
01:17:16Je te garderai toujours.
01:17:17Tu ne me pardonneras pas.
01:17:19Ce soir, oui.
01:17:20Mais demain, tu me jeteras dehors.
01:17:24Tu ne me connais si peu.
01:17:27Mais si bon petit, il faut que je m'en aille.
01:17:31Je vais soigner Herve Antime.
01:17:34Lui, au moins, il ne sait rien.
01:17:41Je...
01:17:43Je n'oserai plus jamais te regarder, maintenant.
01:17:47Je...
01:18:07Ecoute, maman.
01:18:08Maintenant, tu vas me dire qui est mon père.
01:18:11Je peux le deviner d'ailleurs.
01:18:16Il y a eu dans ma vie un homme qui m'a aidé, qui m'a aimé, qui m'a conseillé, avec qui j'ai hérif.
01:18:22Non, ce n'est pas Floubert.
01:18:29J'aurais tellement aimé que ce soit lui, que j'aurais sonné François pour qu'il apporte du champagne.
01:18:37Alors ce n'est même pas celui-là que tu auras choisi.
01:18:41Écoute, si tu pars, je m'en vais, n'importe où, avec le bel ami, n'importe où, au bout du monde, et je n'en reviens jamais.
01:18:52Il vit toujours ?
01:18:56C'est un homme du monde, avec un vrai titre.
01:19:05Pas comme cette particule que j'ai exigée de Gustave pour qu'il m'épouse.
01:19:11Avec un vrai château.
01:19:15Pas comme ce château de Miromény, le nom où j'ai fait croire que tu étais.
01:19:18Je vais partir.
01:19:41Hervé m'inquiète.
01:19:47Puis, tu te marieras.
01:19:52Tu épuiseras, mademoiselle Litzelman.
01:19:54Ah, tu le savais.
01:19:58Bien sûr.
01:20:00Par François.
01:20:02Mon fidèle François.
01:20:03Ne le chasse pas, je t'en prie.
01:20:06Avec son devoir.
01:20:07Non, non, non, rassure-toi, je l'approuve.
01:20:11Mlle Litzelman ou une autre ?
01:20:15Je préférerais une autre.
01:20:16Quelqu'un de ton rang.
01:20:21Une dame.
01:20:22Une vraie dame.
01:20:25Pas une de tes petites comtesse ou de tes juifs de finances qui épousent des couronnes de comtes.
01:20:31Tu deviendras le balzac des femmes du monde.
01:20:41Moi, je te regarderai de loin.
01:20:46Oh, j'ai trop souffert.
01:20:47Je n'en peux plus.
01:20:50Je n'épouserai jamais que la dame en noir.
01:20:53C'était la mère d'un malade, monsieur.
01:21:02Une pauvre femme douloureuse, torturée.
01:21:05Et elle ?
01:21:07Vous êtes-vous jamais demandé de qui elle recevait ses ordres ?
01:21:11Je ne comprends pas.
01:21:12Aucune importance.
01:21:15François Tassar, tout est terminé.
01:21:17Vous êtes condamné.
01:21:19Oh, comme nous tous.
01:21:23François, les survivants sont condamnés à vivre.
01:21:27Il n'y a pas d'autre loi.
01:21:30Cette femme, épouse abusive, mère abusive, vraie veuve de son fils,
01:21:37la seule femme qui est comptée dans les 300 femmes de monsieur de Maupassant,
01:21:42traînera dans les ténèbres jusqu'en 1904, jusqu'à 83 ans.
01:21:49Gisèle Destocque, votre collégien.
01:21:51Vous savez, c'était une femme.
01:21:54Elle mourra à Nice, au vallon obscur, de la lèpre.
01:22:01Une autre des 300, Marie, l'exigeante maîtresse enlevée à Paul Bourget,
01:22:06montrera encore à son petit-fils, après la guerre de 1914,
01:22:11les innombrables lettres de monsieur de Maupassant.
01:22:14Un millier.
01:22:15Elle le lisait.
01:22:17Madame, quelle est cette affection de l'âme qui fait d'un être la chose d'un autre ?
01:22:23C'était bien elle, la dame en gris ?
01:22:25Oh, vous avez le droit de vous taire.
01:22:30Et la gamine, monsieur ?
01:22:32Je veux dire la comtesse, madame la comtesse Potocca.
01:22:36Celle qui sursautait d'horreur quand Guy lui disait que Paganini était mort du choléra,
01:22:42mourra dans la misère en 1942, dévorée par les rats.
01:22:46Vous, François, vous survivrez à votre maître longtemps, très longtemps,
01:22:57jusqu'à votre 93e année.
01:23:01Avec vos économies et ses largesses,
01:23:04vous gérerez le café Terminus, Gare Saint-Lazare,
01:23:09sans jamais pouvoir oublier la mort atroce de monsieur de Maupassant.
01:23:14Et mon maître, mon bon maître,
01:23:23comment a-t-il été jugé ?
01:23:25Le petit orot triste d'Etretat a été transformé pour toujours en buste.
01:23:32Immobile dans un jardin,
01:23:34une femme éplorée à ses pieds,
01:23:37coupée à jamais des parties basses, n'est-ce pas ?
01:23:41Comme on le voit toujours au parc Monceau.
01:23:44D'autres gens vivront,
01:23:50s'aimeront,
01:23:52riront.
01:23:54Et je n'existerai plus.
01:23:59C'est étrange qu'on puisse rire,
01:24:01s'amuser,
01:24:02être joyeux,
01:24:04sous cette éternelle certitude de la mort.
01:24:06Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:12Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:13Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:13Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:14Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:15Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:16Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:17Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:18Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:19Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:20Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations