00:00Et à la une, allons-nous vers une taxation des pourboires qu'on donne, notamment dans la restauration ?
00:05Bonjour Laurent Barthélémy.
00:07Bonjour monsieur.
00:08Vous êtes le président national de l'UMI, l'Uni, je le rappelle, c'est l'union des métiers et des industries de l'hôtellerie.
00:14Et c'est vrai que c'est une petite musique, disons, qui commence à parcourir le gouvernement, l'idée de taxer ces pourboires.
00:21Vous, vous avez fait notamment une étude dans votre secteur.
00:24Non seulement les patrons sont comptes, mais les salariés sont aussi comptes.
00:27C'est-à-dire que c'est clairement une solution qui dresse tout le monde contre.
00:33Oui, merci de nous donner la parole sur ce sujet.
00:36D'abord, ce n'est pas une nouveauté, puisque ce sujet de taxation et de fiscalisation, tant sociale que fiscale, était déjà dans les tuyaux.
00:50Sauf que nous avons une exonération en 2002 qui voit à sa fin arriver le 31 décembre.
00:59Donc nous avons, nous, à l'UMI, travaillé depuis plus d'un an et demi sur ce sujet, en alertant nos partenaires sociaux et les autres fédérations d'employeurs.
01:08Et effectivement, nous avons fait une enquête BVA qui est sortie il y a maintenant 10 jours, où 92% des employeurs rejettent cette fiscalisation et 88% des salariés rejettent aussi cette fiscalisation.
01:21Et qu'on comprenne bien, en réalité, c'est qu'on est peut-être tous habitués à faire un peu le fond de ses poches par moment, donner un petit peu d'argent, peut-être une petite pièce quand on sort d'un restaurant ou dans un bar.
01:32L'idée, c'est qu'en réalité, tous ces bourboires n'iraient pas dans la poche du salarié ou du serveur ou de l'employé, peu importe, mais seraient littéralement taxés.
01:40C'est bien de ça dont on parle.
01:41Alors, peut-être pas tous ces bourboires, mais de fiscaliser, de socialiser, ça enlèverait au moins 50% de la somme.
01:47Oui, c'est ça.
01:48Donc, ça fait...
01:48On connaît l'ampleur des taxes en France, quand même.
01:51Tout à fait, ce n'est pas négligeable.
01:53Et le danger, également, c'est que dans la mesure où il y a de moins en moins de liquidités et d'espèces qui traversent les additions de nos restaurants,
02:03c'est de pouvoir aussi organiser normalement, via les TPE, les cartes bleues, les paiements par carte bleue,
02:11de pouvoir organiser tranquillement cette gratification qui est une relation entre le salarié et le client,
02:19qui est content de pouvoir gratifier un bon service.
02:24Quand on vous entend, Laurent Barthélémy, je rappelle que vous êtes le président national de l'UMI,
02:29c'est en réalité quelque chose qui est totalement contre votre métier,
02:33ce qu'on a passé l'été à entendre notamment les restaurateurs, les bars, les hôtels,
02:37à dire qu'on a une baisse de fréquentation drastique avec plein de causes.
02:41Mais aller s'attaquer directement à ça, c'est en réalité décourager tout un secteur,
02:46tous ceux qui travaillent dans des conditions qu'on sait très difficiles.
02:50Vous savez, le chiffre est édifiant.
02:53Dans l'étude également, il ressort que 41% des salariés envisageraient de quitter ce secteur d'activité
03:02s'il y avait des cotisations ou des impôts sur les pourboires.
03:0641% de ceux qui actuellement travaillent dans le secteur seraient prêts si demain il y a une fiscalisation,
03:11c'est-à-dire de ne pas pouvoir jouir correctement de leur pouvoir, de quitter l'emploi, de quitter le travail, tout simplement.
03:15Exactement. Alors, à rappeler quand même que c'est une exonération aujourd'hui,
03:21ce n'est pas un privilège aujourd'hui que l'on enlèverait à l'État
03:29et qu'on rajouterait aux salariés dans la mesure aujourd'hui où c'est zéro coût pour l'État.
03:36Parce qu'aujourd'hui, l'État ne touche rien sur ses pourboires
03:39et c'est une mesure à 100% pouvoir d'achat pour l'ensemble de nos salariés
03:44qui, bien évidemment, quand vous avez, je ne sais pas, 100 ou 200 euros de pourboires par mois
03:51pour certains d'entre eux, bien évidemment que vous les dépensez, vous ne les capitalisez pas sur un livret A.
04:00Évidemment, c'est-à-dire que c'est totalement réinjecté, comme on dit, dans la consommation.
04:04Non seulement, on va dire, c'est totalement contre nature, mais c'est aussi contre l'âme de ce que vous faites,
04:10c'est-à-dire être sympathique et être agréable avec les gens.
04:12Thierry Marx, c'est le président de l'UMI, qui est l'Union des métiers des industries de l'hôtellerie,
04:17était à ce micro il y a encore quelques temps.
04:19Il disait, mais en réalité, on est en train d'instaurer une taxe contre le sourire,
04:23c'est-à-dire contre l'âme des serveurs et des restaurateurs et des restaurants et des hôtels.
04:28Écoutez, Thierry Marx, qui est notre président, bien évidemment,
04:30a réitéré cette formule qui est issue du terrain et des territoires.
04:38Nous refusons effectivement cette taxe contre le sourire.
04:40Nous sommes heureux que la ministre Lovagy, hier, ait réagi de la même façon.
04:46Maintenant, le tout, c'est que dans ce chaos politique qui est devant nous,
04:53que l'on puisse le stabiliser et qu'on ne passe pas à la trappe d'ici le 31 décembre.
04:58Une dernière question encore, Laurent Barthélémy.
05:00Si vous n'obtenez pas gain de cause, qu'est-ce qui se passe ?
05:04Vous fermez les restaurants ? Vous fermez les hôtels ?
05:06On avisera, comme l'on fait toujours, et on se battra pour le pouvoir d'achat de nos salariés.
05:14Mais c'est assez cocasse que ce soit les employeurs qui se battent pour le pouvoir d'achat des salariés,
05:19bien évidemment, étant entendu qu'il faut rappeler à tous les auditeurs
05:24qu'il ne s'agit pas d'une part de salaire obligatoire,
05:27mais qui s'agit là d'une relation et d'une gratification entre le salarié et le client.
05:36Merci beaucoup Laurent Barthélémy, président national de l'UMI.
05:39Je le rappelle, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie
05:41qui demande justement au gouvernement d'assurer le prolongement du dispositif
05:45qui exonère les pourbois d'une certaine fiscalité.
05:49Merci beaucoup d'avoir été avec nous sur Sud Radio.
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