- il y a 5 mois
Il n’a pas ouvert un livre avant ses 14 ans.
Pas par manque d’intelligence, mais parce qu’il croyait que ce n’était “pas pour lui”.
Jusqu’au jour où une histoire l’a happé, réveillant une curiosité insoupçonnée.
Aujourd’hui, Ritchy Thibault lit avec passion, et prouve une chose simple : il n’y a pas d’âge pour commencer.
Pas par manque d’intelligence, mais parce qu’il croyait que ce n’était “pas pour lui”.
Jusqu’au jour où une histoire l’a happé, réveillant une curiosité insoupçonnée.
Aujourd’hui, Ritchy Thibault lit avec passion, et prouve une chose simple : il n’y a pas d’âge pour commencer.
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00:00Le fait d'être étiqueté, le fait d'être laissé pour compte, de ne pas être reconnu avec dignité,
00:04de ne pas avoir la même chance que les autres, que ceux qui ont tout,
00:07eh bien ça crée une rage chez moi.
00:08C'est-à-dire que moi, je ne peux pas accepter que parce que je viens de tel ou tel milieu,
00:12on me refuse de réussir.
00:14Et on refuse la réussite à des milliers, voire des millions d'enfants.
00:17Je viens d'une famille d'origine cigane.
00:19J'ai grandi dans un milieu assez populaire, où on ne naît pas dans la soie
00:22et où on n'est pas nourri avec l'usage de couverts argentés.
00:27Et il m'est arrivé effectivement des choses assez marquantes,
00:29parce que quand on vient de ces milieux-là, on est confronté à des galères,
00:33on est obligé de se redoubler d'ingéniosité, de faire preuve d'une grande débrouillardise.
00:38Et donc ça a constitué qui je suis, ça m'a donné beaucoup de force.
00:41Et je suis extrêmement fier de venir de ce milieu-là.
00:43Il y a eu deux phases majeures dans mon existence.
00:46Il y a le Richie de sa naissance jusqu'à ses 14 ans.
00:49Et il y a Richie de ses 14 ans et a posteriori, celui que je suis désormais,
00:53le pré-14 ans, 10 ans, il n'avait pas cette ouverture sur le monde.
00:57Je n'avais pas lu moi plus de deux livres, parce que je viens d'un milieu où on est interdit de culture.
01:01Non pas parce que mon milieu n'en veut pas, mais parce qu'on est considérés comme des parias
01:04qui n'ont pas le droit justement de jouir, d'accéder à cette connaissance,
01:07et à tous les bénéfices et à toutes les vertus qu'elles apportent.
01:10Mes parents ont été déscolarisés très tôt, pour différentes raisons.
01:13Peut-être une d'entre elles qui réside dans la défiance qu'il existe entre les populations de ciganes
01:18et les représentants de l'État.
01:20Parce qu'aujourd'hui, il faut savoir que l'État français, depuis des siècles,
01:22depuis le 15e siècle, l'arrivée des populations de ciganes en France,
01:25mène des politiques extrêmement stigmatisantes.
01:28Ça veut dire mise à l'écart, ça veut dire enfermement au bagne,
01:30ça veut dire fichage anthropométrique.
01:33On est une des premières populations à avoir subi ce genre de fichage,
01:35avant même que les cartes d'identité existent.
01:37C'était extrêmement humiliant pour les populations.
01:39Dès l'âge de 13 ans, il me semble, 12 ans,
01:41on faisait subir un fichage anthropométrique,
01:43c'est-à-dire qu'on mesurait la taille des bras, des avant-bras, des yeux,
01:47et c'est quelque chose qui est absolument humiliant.
01:49Et on faisait ça à ces populations parce que le seul crime qu'elles ont commis,
01:52c'est de ne pas être des gens du surplace,
01:54pour railler un peu l'expression gens du voyage qui n'a aucun sens,
01:56et d'être finalement différents, de sortir des codes dominants.
02:00Et donc, il y a eu une chasse aux populations de ciganes,
02:03comme il y a eu une chasse à toutes celles et ceux qui sont différents.
02:05Le fait d'être étiqueté, le fait d'être laissé pour compte,
02:08de ne pas être reconnu avec dignité,
02:10de ne pas avoir la même chance que les autres,
02:11que ceux qui ont tout,
02:12et bien ça crée une rage chez moi.
02:14C'est-à-dire que moi, je ne veux pas accepter
02:16que parce que je viens de tel ou tel milieu,
02:18on me refuse de réussir.
02:20Et on refuse la réussite à des milliers, voire des millions d'enfants.
02:23Et en conséquence, il y a eu une peur de tous les représentants de l'autorité à l'école
02:26qui fait que déjà il y a ce fossé-là.
02:28Moi, je dois beaucoup à mes parents,
02:29qui tenaient énormément justement à prendre une revanche et à dire
02:32« Eh bien, ce n'est pas parce que nous, on a été condamnés à ne pas pouvoir savoir,
02:35parce que nous, on galère à lire et à écrire,
02:37que nos enfants doivent vivre ces mêmes galères-là.
02:40On n'est pas condamnés et justement,
02:41notre devoir, c'est de faire en sorte de leur permettre d'accéder à l'école,
02:44au savoir, de savoir lire, de savoir compter, de se débrouiller dans la vie. »
02:48Et donc, c'est quelque chose qui a été primordial pour eux.
02:51Donc, voilà comme quoi le fameux cliché de cigane
02:53qui ne s'intéresse pas à la culture, c'est absolument faux.
02:55En réalité, le problème, ce n'est pas ça.
02:56C'est qu'on nous a empêché d'y goûter dans la mesure où mes parents
02:59ont dû, par exemple, faire une croix sur leur mode de vie itinérant
03:03de par leurs origines ciganes
03:04pour nous permettre de suivre un cursus normal.
03:06Parce qu'en France, l'État français ne permet pas aux citoyens
03:09ayant un mode de vie itinérant qui s'entend en France
03:11depuis le 15e siècle, notamment les tziganes,
03:13d'avoir accès à des cursus scolaires adaptés à leur mode de vie.
03:17Alors après, il y a des dispositifs qui sont censés justement
03:19permettre aux populations qui vivent de manière itinérante
03:21d'accéder au savoir et à la connaissance.
03:23On appelle ça le CNED.
03:24Le CNED, c'est une condamnation à l'échec.
03:26C'est une simple formalité administrative
03:28qui fait que tu es considéré comme étant scolarisé jusqu'à tes 16 ans,
03:31alors qu'en réalité, il n'y a pas de scolarisation.
03:33Le CNED, c'est on t'envoie des cartons de cours
03:35sans aucun suivi, sans aucun accompagnement
03:38et on te dit débrouille-toi avec ça
03:39alors que tes parents, eux, ont eu la même chose,
03:41voire n'ont pas été scolarisés.
03:42J'ai deux frères qui m'inspirent beaucoup au quotidien
03:45et outre ces deux frères, j'ai une immense famille
03:47qui m'apporte beaucoup de richesse.
03:48Mon grand frère médic est une source d'inspiration, d'énergie
03:52dans la mesure où il est hyperactif,
03:54il a des troubles du comportement
03:55qui font que c'est un personnage emblématique dans ma vie.
03:58Sur le plan scolaire, mon grand frère a arrêté très tôt
04:00parce qu'en France, les personnes qui ont des situations de handicap
04:02ont difficilement des chances d'accéder à un cursus adapté
04:05à leur pathologie, à leur handicap, qui sont assez diverses.
04:08Et ils le regrettent parce qu'il a été privé de ce droit de savoir,
04:11d'une part de par le milieu d'où il vient, comme moi,
04:13mais aussi en tant que personne souffrant d'un handicap.
04:16On leur dit, finalement, le savoir, ce n'est pas pour vous.
04:17Et c'est pour ça que je parle de condamnation à l'ignorance
04:20vis-à-vis, d'une part, des populations de ciganes,
04:23des ciganes comme moi,
04:24mais vis-à-vis plus largement aussi des gens issus de milieux populaires.
04:26Parce que moi, outre mon origine cigane,
04:28je suis issu d'un milieu populaire, je suis issu de gens qui galèrent,
04:31comme la majorité des gens dans ce pays.
04:33Et ces gens-là, aujourd'hui, on ne fait rien, rien n'est fait
04:35pour leur permettre de s'émanciper.
04:37J'étais en échec scolaire, quand je me retrouvais à l'école,
04:39j'étais auprès des enfants issus d'immigration,
04:42auprès des enfants qui échouaient,
04:43parce que leurs parents ne faisaient pas partie des classes supérieures,
04:46ne serait-ce que sur le plan intellectuel.
04:47Et donc voilà, c'est un peu ce que j'ai vécu dès le plus jeune âge.
04:49Il y a une forme de déterminisme prégnant.
04:51Moi, je suis membre du collectif École pour tous,
04:53qui est un collectif qui essaie de porter la voix
04:55des 100 000 enfants et jeunes qui sont privés du droit d'éducation.
04:59Alors que c'est une garantie universelle inscrite
05:01dans la Déclaration universelle des droits de l'homme,
05:02dans le Code de l'éducation en France,
05:04dans la Constitution, parce que tous ces textes fondamentaux
05:08sont dans le préambule de la Constitution,
05:09c'est même une priorité nationale.
05:11Or, aujourd'hui, 100 000 enfants,
05:12parce qu'ils sont mineurs isolés étrangers,
05:14parce qu'ils sont en Rome,
05:15parce qu'ils sont issus des communautés des gens du voyage,
05:18parce qu'ils vivent dans un habitat préter,
05:19squat, hôtels sociaux, etc.,
05:21ils sont privés du droit d'accéder à l'école.
05:24Et ça, c'est une injustice fondamentale
05:26contre laquelle, avec le collectif École pour tous,
05:28on bataille, on lutte pour y mettre fin.
05:30Parce que pour nous, chaque enfant a le droit d'accéder à l'école
05:32pour acquérir les outils nécessaires à réaliser ses rêves.
05:35L'école peut beaucoup évoluer
05:37pour devenir un lieu véritablement d'émancipation,
05:40comme Jaurès l'a pensé.
05:41Aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait le cas
05:42dans la mesure où elle est soumise à des logiques marchandes
05:46et comptables, qui fait qu'on doit aller le plus en plus vite possible,
05:49on n'a pas suffisamment le temps de former et d'approfondir.
05:51Et donc, j'étais un de ses enfants condamné à l'échec.
05:54Le rôle de l'école, c'est de nous instruire
05:56des compétences fondamentales
05:57pour ensuite que l'on ait la possibilité de penser
06:00et de réfléchir.
06:02La pensée et la réflexion, ce n'est pas forcément
06:03la mission prioritaire de l'enseignement primaire.
06:06Ça peut être le cas, par exemple, dans le secondaire,
06:08au lycée, au collège, etc.
06:09Mais la première mission, c'est de nous apporter
06:11les outils techniques nécessaires
06:12sans lesquels on ne peut pas penser, réfléchir, écrire, compter.
06:16Donc ça, c'est la mission régalienne, fondamentale.
06:19Après, ce qui est nécessaire dans la vie,
06:21c'est de penser.
06:22C'est fondamental.
06:22Ce n'est pas simplement ingurgiter des connaissances
06:25sans regard critique,
06:27mais c'est bien de réfléchir,
06:28d'avoir la palette des connaissances disponibles
06:30et d'avoir les outils nécessaires
06:32pour juger de manière critique
06:33ce qui est positif ou pas.
06:34Moi, c'est l'école dont je rêve.
06:36L'école qui nous permet d'avoir un esprit critique,
06:38qui nous permet de nous émanciper,
06:39de penser, de prendre de la hauteur,
06:41de vivre nos rêves,
06:42d'avoir les outils nécessaires
06:43pour enfoncer toutes les portes
06:45et les obstacles qui nous font face.
06:47Descartes disait « je pense, donc j'existe ».
06:49Aujourd'hui, c'est plutôt « je consomme,
06:50donc j'existe, la réalité ».
06:52Et donc, on est dans une forme
06:53de consommation permanente
06:54sans regard ni recul critique.
06:57Ce que je veux dire par là,
06:58c'est que le système dans lequel on vit
06:59nous pousse à être de simples machines
07:01bonnes à consommer,
07:03bonnes à produire,
07:04qui n'ont pas de regard critique.
07:05Aujourd'hui, la perspective que l'on vend,
07:08que l'on donne aux jeunes notamment,
07:10ce n'est pas d'acquérir du savoir,
07:11de la connaissance,
07:12ce n'est pas d'ouvrir des livres,
07:13mais c'est simplement être sur un smartphone
07:15où l'on consomme des choses fort fuite
07:17et où on se contente
07:19d'être dans cette posture passive
07:20de consommateur
07:21et non pas de créateur, de producteur,
07:23alors que le potentiel de création,
07:24il est en chacun de nous.
07:25Et moi, je me dis,
07:26mais imaginez ce monde
07:27où l'on permet à tout le monde,
07:30à tous les enfants,
07:30à tous les êtres humains
07:31de développer et d'exprimer
07:33ce potentiel créateur.
07:34Mais on ne le fait pas
07:35parce qu'aujourd'hui,
07:36la seule logique,
07:36le seul intérêt,
07:37c'est de créer des gens
07:38qui sont bons qu'à consommer
07:39et à produire.
07:40Et ça, ce n'est pas le rêve,
07:41ce n'est pas l'imaginaire,
07:42ce n'est pas moi ce que j'apprécie.
07:44Ce n'est pas normal que,
07:45par exemple, jusqu'à 14 ans,
07:47on m'est condamné
07:47à ne pas pouvoir ouvrir un livre.
07:49Au moment où j'ai commencé à militer,
07:50c'est ce qui m'a sauvé,
07:51c'est ce qui a été salvateur pour moi.
07:53Si je n'avais pas lutté,
07:54si je n'avais pas rejoint
07:54le mouvement des Gilets jaunes,
07:55jamais je n'aurais acquis
07:57la connaissance et le savoir.
07:58C'est ce qui m'a sauvé
07:58parce qu'à l'école,
07:59j'étais au fond,
08:00je ne pouvais pas bosser,
08:02je ne pouvais pas travailler
08:02parce que je n'avais pas
08:03le capital culturel nécessaire
08:05comme le disait Bourdieu.
08:06Je ne baignais pas dans ce milieu-là.
08:08Et je dis merci, moi,
08:09aux Gilets jaunes.
08:10Ce mouvement des Gilets jaunes,
08:11ça a été l'ouverture.
08:12Moi, tous les soirs,
08:13dès que je sortais du collège,
08:15je me rendais sur le rang point
08:16à 16h30 en me précipitant
08:18en faisant mon petit footing.
08:19Je discutais,
08:20je parlais avec des papilles,
08:20des mamies.
08:21Et c'est là où on m'a parlé
08:22pour la première fois de livres.
08:24Je me suis mis à ouvrir des livres.
08:25Et là, depuis mes 14 ans
08:26jusqu'à maintenant,
08:27parfois, je lis deux bouquins par semaine
08:28parce que c'est nourrissant.
08:30Ça me nourrit.
08:31Ça me permet d'acquérir des outils.
08:33En fait, moi, la lecture,
08:34le savoir, comment je le vois ?
08:35Je le vois comme notre cerveau,
08:37notre tête qui est remplie de barrières.
08:39Plus tu lis, plus tu te cultives,
08:40plus ces barrières s'effondrent.
08:42Et c'est une source d'émancipation.
08:43Ça nous permet, en fait,
08:44de regarder les choses
08:46avec de la perspective.
08:48Ça nous permet de ne pas être rabougris
08:49dans une obscurité totale,
08:50mais au contraire,
08:51d'accéder à la lumière.
08:52Mon message à toutes ces et ceux
08:53qui se nourrissent
08:55et qui se contentent
08:56d'écouter,
08:58de regarder les informations
08:59qu'on leur propose
09:00sur leur télé,
09:01sur leur téléphone au quotidien,
09:03je leur dis,
09:04il y a quelque chose
09:05de bien plus enrichissant.
09:07Je dis, il y a quelque chose
09:08qui nous fait beaucoup plus de bien.
09:10Et ce n'est pas fait pour les intellos,
09:11ce n'est pas fait pour ceux
09:12qui savent tout.
09:13C'est fait pour nous aussi.
09:15C'est le fait d'aller discuter
09:16avec votre grand-mère,
09:17avec votre grand-père,
09:18qui sont de vrais livres.
09:19Vous n'avez pas besoin d'aller
09:20chez la FNAC
09:21ou dans une librairie du coin
09:22pour acheter un livre.
09:23Vous allez discuter avec elles,
09:25avec eux.
09:25Vous allez discuter
09:26avec votre voisin.
09:28Vous allez aller dans une librairie
09:30et vous allez vous dire
09:31« Moi, je suis passionné
09:31par telle et telle chose. »
09:33Et finalement, lire un livre,
09:33ce n'est pas juste
09:34pour ceux qui savent tout,
09:35c'est aussi pour moi.
09:36Et il y a des sujets
09:37qui m'intéressent
09:38que je peux retrouver
09:38et que je peux approfondir.
09:41Écrire, ce n'est pas fait
09:42pour une petite minorité.
09:44C'est aussi fait pour moi.
09:45Et c'est libérateur,
09:46ça fait du bien.
09:47Donc moi, ce que je dis,
09:48c'est ne nous interdisons pas
09:49ces pratiques-là
09:51qui sont censées appartenir
09:52à ceux qui, soi-disant,
09:54s'en est avec et connaissent tout.
09:56C'est aussi fait pour nous,
09:57ceux qui sont éloignés
09:58de la culture.
09:59Dans la vie,
09:59il n'y a pas que notre téléphone,
10:01il n'y a pas que notre smartphone.
10:02Il y a aussi des vecteurs
10:03d'informations
10:04qui sont bien plus puissants.
10:05Et on peut aller au-delà.
10:06Moi, il y a un livre
10:07qui m'a beaucoup inspiré,
10:08une lecture,
10:09c'est de Ray Bradbury,
10:10Fahrenheit 451.
10:12Vous savez,
10:13cette histoire
10:13où on brûle des livres.
10:14Et à la fin,
10:15il dit quelque chose
10:15de merveilleux.
10:16Il dit que finalement,
10:16le livre,
10:17il peut être en chacun de nous.
10:18Et j'aime beaucoup
10:18cette allégorie,
10:19cette métaphore,
10:20ce filet,
10:21ce message.
10:22Et il m'inspire beaucoup.
10:23Donc nous sommes des livres vivants
10:24ouvrant notre cœur,
10:25ouvrant notre voix partageant.
10:27Et je peux vous assurer
10:27que si on prend conscience
10:28de cela,
10:29que tous ensemble
10:30on se met à exprimer
10:31nos polyvalences
10:31et essayer de faire
10:32quelque chose en commun,
10:33eh bien,
10:33on va pouvoir traverser
10:34des montagnes.
10:35Il y a trois personnes
10:35qui m'ont beaucoup inspiré
10:36trois penseurs.
10:38C'est Ray Bradbury
10:39avec Fahrenheit 451.
10:40C'est George Orwell
10:41avec 1984.
10:43Et c'est Aldo Suclier
10:44avec Le Meilleur des Mondes.
10:46Et ces trois auteurs,
10:47de manière extrêmement diverse,
10:48ils disent à travers
10:49ce qu'on appelle
10:50des dystopies,
10:51des situations délétères
10:52dans lesquelles l'humanité
10:53pourrait se retrouver.
10:54Et je dis bien
10:55pourrait se retrouver,
10:55c'est une vraie possibilité.
10:57Eh bien,
10:57ils montrent ce monde
10:58qui arrangerait certains
11:00aujourd'hui,
11:01où les gens sont privés
11:02du savoir,
11:02ne pensent pas,
11:03où les émotions
11:04des gens sont contrôlées.
11:05Finalement,
11:05Orwell le montre très bien,
11:07on fabrique le consentement
11:08des gens par l'ignorance.
11:09C'est-à-dire,
11:10on les empêche très concrètement
11:11d'accéder à certains mots.
11:12Parce que les mots,
11:13c'est ce qui nous permet
11:13de penser.
11:14Plus tu possèdes de mots,
11:15plus tu peux penser.
11:17Aujourd'hui,
11:17la réalité, c'est quoi ?
11:18C'est que dans les quartiers populaires,
11:20on a tout fait pour priver
11:21les gens du savoir,
11:21au point que certains
11:23se retrouvent avec à peine
11:23800 mots pour parler au quotidien.
11:25Alors que ceux qui ont tout
11:26en possèdent 2000,
11:273000, 4000.
11:28Et aujourd'hui,
11:28comment se fait-il ?
11:29Je pose la question.
11:30Comment se fait-il
11:31que ceux qui se prétendent
11:32être des décideurs politiques,
11:34qui soi-disant sont censés
11:35servir l'intérêt général,
11:37ne font pas tout,
11:38ne mettent pas tous les moyens
11:39pour permettre à ces jeunes-là,
11:40à ces millions de jeunes-là
11:41d'accéder au savoir ?
11:42Pourquoi ?
11:43C'est une simple question.
11:44Voyez,
11:44je ne dis même pas
11:45qu'ils sont dans une volonté
11:46de les ignorer.
11:46Je leur demande juste pourquoi.
11:48Le fait qu'ils ne se justifieront pas
11:49va nous montrer que finalement
11:50leurs intérêts ne sont pas
11:51que ces jeunes puissent
11:52accéder au savoir.
11:53Mais que simplement,
11:54ceux qui sont issus
11:55des milieux aristocratiques,
11:57puissent continuer
11:58à Léa et à Sciences Po
11:59pour prendre leur suite.
12:01Moi,
12:01l'horizon vers lequel
12:02je veux tendre personnellement
12:03et ce qui me satisfait au quotidien
12:05et ce qui me satisferait
12:07en continuant dans cette voie,
12:09c'est d'essayer à mon échelle,
12:11avec mes compétences,
12:12avec ce que je sais faire,
12:13en partant de ce que je sais faire,
12:15d'essayer de prendre part
12:16à la construction
12:17d'un monde meilleur.
12:18Moi,
12:18c'est mon rêve fondamental.
12:20Je ne saurais pas
12:21qui je suis aujourd'hui
12:22si je n'avais pas grandi
12:23dans ce pays.
12:24Moi,
12:24je suis très fier
12:25d'avoir grandi ici
12:26parce que la France,
12:28quoi qu'on dise beaucoup,
12:30c'est un pays,
12:31c'est l'incarnation même
12:32des phénomènes
12:33de créolisation,
12:34de métissage.
12:35Et moi,
12:35je suis fier d'avoir vécu
12:36dans une ville
12:36où il y avait
12:37plusieurs dizaines de nationalités.
12:39Je suis fier aujourd'hui
12:39de vivre à Barbès
12:40où il y a encore
12:41plusieurs dizaines de nationalités
12:42et c'est une richesse absolue.
12:45Et moi,
12:45c'est cette France-là
12:46que je chéris,
12:46que j'aime profondément.
12:48C'est ce que je disais.
12:49C'est ce que je disais.
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