00:00L'été c'est le soleil, la plage, la musique et avec ces quelques ingrédients on fait un cocktail sympa.
00:05En tout cas deux entrepreneurs marseillais ont fait un cocktail sympa il y a quelques années et ça a pris.
00:09Bonjour messieurs, merci d'être sur le plateau de BFM Business, Mathieu Prédal et Olivier Ledeau.
00:14Vous êtes donc les cofondateurs tous les deux de ce festival, le Delta Festival Paris Réussi,
00:20puisque vous parvenez, en tout cas vous avez réussi l'été dernier à rassembler 150 000 festivaliers
00:27alors qu'il y a une dizaine d'années quand vous aviez lancé ils étaient 8 000,
00:30donc ça veut dire que ça a bien fonctionné. Mathieu peut-être pour commencer.
00:34Oui tout à fait, déjà merci de nous accueillir sur le plateau.
00:37Effectivement le festival a eu une croissance assez exponentielle ces dix dernières années.
00:43On a commencé avec 8 000 festivaliers, un budget à peu près de 350 000 euros sur la première édition.
00:49Aujourd'hui ça s'est bien développé, ça fait quelques années qu'on est passé sur cinq jours,
00:53qu'on a mis vraiment une croissance importante dans l'objectif d'atteindre chaque année 150 000 festivaliers
00:58avec un budget d'environ 10 millions d'euros chaque année.
01:02Donc ça c'est vraiment les étapes qu'il a fallu gravir pour arriver aujourd'hui à cette stabilisation.
01:09Ça se passe dans un cadre sympa, on est sur les plages du Prado, c'est les cartes postales.
01:14Oui complètement, et on rêve de s'y retrouver chaque année face à la mer,
01:20c'est un des coins les plus sympas de Marseille aussi,
01:24qui est dans cet écran naturel, avec une grande capacité d'accueil.
01:29C'est important aussi puisque c'est quasiment 35 000 personnes qui peuvent être accueillies chaque jour.
01:34Ce n'est pas une programmation 100% marseillaise, il y a des artistes, c'est très éclectique,
01:38et des artistes d'un peu partout.
01:41Oui tout à fait, c'est une programmation d'artistes internationaux,
01:44et aussi nationaux, autour de tous les styles de musique,
01:50et principalement quand même autour des musiques électroniques.
01:53On a des têtes d'affiches, des surprises cette année ?
01:56Clairement, on a beaucoup de têtes d'affiches,
01:59c'est 250 groupes artistes qui se produisent sur le Data Festival, sur 5 saines.
02:02Quelques noms ?
02:03Mais quelques noms, on a Bob Sinclair qui va venir en exclusivité,
02:07mixé avec sa fille Paloma,
02:08donc ça fait partie des belles têtes d'affiches.
02:12On a aussi sur le rap SDM et Rilès,
02:15qui a fait beaucoup parler de lui et Rilès,
02:17notamment avec son dernier album.
02:20On a autour des musiques électroniques Nina Kravitz,
02:26Kavinsky aussi, dont on a beaucoup parlé depuis la clôture des Jeux Olympiques,
02:30voilà, entre autres.
02:31Donc du 27 au 31 août, c'est tout proche.
02:35C'est aussi un festival engagé,
02:36puisqu'il est associé à un forum,
02:39Le Monde est Possible.
02:40Vous pouvez nous en parler un petit peu,
02:41nous dire un peu quels sont les thèmes cette année ?
02:44Oui, rapidement, bien sûr.
02:45Le forum, c'est une spécificité du Delta Festival.
02:48On est un des rares festivals à avoir développé autant la partie associative,
02:53l'accueil d'associations, d'ONG, de partenaires.
02:55On a 700 partenaires qui viennent sur le festival, qui viennent exposer.
02:59Donc ça se présente sous la forme de 10 villages,
03:01et les thématiques chaque année se renouvellent.
03:04On a l'environnement, on a l'entrepreneuriat,
03:06on a les relations internationales, on va avoir le vivre ensemble aussi.
03:10Comment est-ce que grâce à un événement comme le Delta Facial,
03:12on arrive à faire société ?
03:13C'est autant de thématiques qui sont représentées sur la scène.
03:15L'idée, c'est quoi ? C'est-à-dire, vous êtes des entrepreneurs,
03:18et donc vous voulez aussi mettre un peu la lumière sur ces entrepreneurs,
03:23ces gens qui essayent, sur ces startups ?
03:25C'est ça exactement, c'est vraiment comment est-ce qu'on va valoriser l'engagement des jeunes
03:28qui vont s'engager dans l'entrepreneuriat, ou s'engager dans des associations,
03:32et comment est-ce qu'on va valoriser cette société civile aussi,
03:35qui a envie de faire avancer la société, de débattre de certaines questions sociales, sociétales, etc.
03:39On va revenir avec vous sur l'économie des festivals,
03:43mais peut-être d'abord sur cet aspect business entrepreneur.
03:46Comment vous regardez l'écosystème aujourd'hui en France ?
03:49Est-ce que vous trouvez qu'il est dynamique ?
03:52Est-ce que les entreprises sont bien accompagnées ?
03:54Vous-même qui avez commencé très jeune,
03:57comment vous le vivez ? Comment vous voyez ces évolutions ?
03:59Il y a eu depuis quelques années déjà un vrai changement de la dynamique économique
04:04autour des grands festivals, des grands rassemblements de musique,
04:07avec une conjoncture qui n'est pas très bonne.
04:10On a les trois quarts des festivals en France qui sont déficitaires,
04:15avec pourtant des jauges de plus de 90% de taux de remplissage.
04:21Ça nous oblige un petit peu à repenser complètement,
04:24même un petit peu, c'est un euphémisme, nos modèles économiques.
04:27Et en cela, il y a un vrai challenge là pour l'ensemble du secteur
04:31de se repenser, de à la fois travailler sur ces dépenses,
04:35ces coûts, on a des coûts qui ont complètement explosé.
04:38C'est le cas par exemple des cachets artistiques qui ont pris quasiment 50% en 4 ans.
04:43L'assurance aussi, nous on le voit, c'est 15% d'augmentation en un an
04:47pour assurer ces grands événements-là.
04:52Les frais techniques, j'en passe, c'est des meilleurs.
04:54Et donc le prix des billets augmente aussi ?
04:56Le prix des billets, il augmente lui aussi, mais on a ce qu'on appelle un effet ciseau,
05:01c'est-à-dire qu'on a les dépenses qui augmentent plus proportionnellement que les recettes.
05:07Et donc il y a vraiment matière à réfléchir pour repenser les modèles.
05:10Mais c'est vrai que vous êtes au carrefour de plein d'enjeux et de problèmes économiques,
05:15entre, vous le disiez, les cachets qui augmentent,
05:17parce que les artistes aujourd'hui, ils tirent aussi leurs revenus essentiellement,
05:20en grande partie des festivals, au moment où le disque, ça ne rapporte plus rien,
05:26et puis le streaming, on sait que ça ne les rémunère pas non plus très très bien.
05:30D'un autre côté, il y a, oui, les coûts qui augmentent,
05:33parce que le coût de la vie augmente, etc.
05:34Il y a eu l'inflation et tout ça.
05:35Donc vous, vous êtes vraiment le thermomètre sur tous ces enjeux-là.
05:40Oui, et je dirais même mieux, le premier rempart entre l'artiste et le public.
05:45Et effectivement, on est pris un peu parfois en otage,
05:49parce qu'on a des artistes qui produisent des lives exceptionnelles,
05:53mais très coûteux, et qui font porter tout le risque de la production
05:58sur ces grands événements.
06:01Et l'enjeu aujourd'hui, c'est vraiment de maîtriser le risque,
06:03de travailler le P&L et de vérifier, artiste par artiste,
06:09effectivement, l'attente du public, et c'est extrêmement dur.
06:13Et donc, en fait, tous les grands festivals aujourd'hui
06:15prennent des grands risques en programmant des artistes,
06:18et notamment des artistes internationaux.
06:20Ça veut dire qu'il y a un travail de discussion, au cas par cas,
06:23avec tous les artistes que vous programmez,
06:25pour voir dans quelles conditions ils vont pouvoir venir,
06:27et ce que vous allez pouvoir mettre en place ?
06:29Exactement.
06:29Et parfois même de regarder l'ensemble des dates que l'artiste fait,
06:33parce que parfois, il faut demander des exclusivités
06:35pour être sûr que l'artiste ne va pas jouer ailleurs.
06:39Et ce marché est extrêmement tendu.
06:41Et comme on le disait, cet effet ciseau,
06:42c'est que souvent, les artistes coûtent plus cher que ce qu'ils rapportent.
06:46Donc, il faut vraiment, vraiment accompagner aujourd'hui le contrôle de gestion.
06:51Et comment on fait alors, quand on est à votre place,
06:53pour s'y retrouver dans cette économie qui est en train de changer ?
06:55Et nous, au sein du Delta Festival, depuis deux ans,
06:59on a décidé de diversifier nos activités.
07:02On a, dans un premier temps, créé une agence événementielle
07:05qui connaît une croissance exceptionnelle,
07:07et qui profite en fait de la renommée du festival,
07:10qui fait à peu près 50% de croissance par an,
07:12ce qui est énorme.
07:13Alors que le festival, aujourd'hui, ne fait quasiment plus de croissance,
07:17alors qu'il avait connu pendant une dizaine d'années
07:19une croissance aussi équivalente.
07:21Et on a aussi une tournée qui utilise la marque Delta Festival,
07:27et elle aussi, qui connaît une croissance très importante,
07:29et qui, un peu, sont les deux jambes.
07:32Donc la diversification, c'est le secret.
07:34Il faut sortir du festival traditionnel, on va dire,
07:38pour pouvoir tenir et se projeter.
07:41Oui, c'est ça.
07:41En fait, le festival va continuer à vivre, bien sûr.
07:45C'est une image incroyable, c'est une marque.
07:47C'est le paquebot, en fait, qui va tirer toute la machinerie.
07:51Mais derrière, si on veut faire du résultat,
07:53et avoir une situation économique équilibrée,
07:57effectivement, il faut diversifier,
07:59il faut aller chercher d'autres types d'événements
08:00qui vont être moins coûteux,
08:01qui ne vont pas avoir une prise de risque aussi énorme
08:04qu'un festival qui se passe une seule fois par an.
08:06Un mot sur les subventions, parce que c'est aussi comme ça
08:08que ça fonctionne, et que vous pouvez tourner.
08:12Je crois que vous estimez à 10 millions d'euros
08:14les retombées économiques du festival sur le territoire.
08:17Est-ce qu'en retour, les collectivités sont toujours derrière vous
08:22pour permettre à cet événement d'exister,
08:25en sachant que derrière, ça contribue aussi à toute une économie ?
08:28Complètement.
08:29Ce sont des grands projets, d'abord, d'attractivité territoriaux.
08:33Et donc, en fait, on a besoin de ces grands événements
08:37pour créer un tissu, un maillage social au sein des territoires.
08:41Et toutes les institutions, les collectivités,
08:44sont partenaires de ces grands événements.
08:46Mais aujourd'hui, vous avez en France une dynamique
08:48qui est celle un peu de la baisse des budgets.
08:53Vous avez, par exemple, en France, un territoire sur deux
08:56qui baisse ses subventions à la culture.
08:58Pour notre cas, nous, on a la chance d'être extrêmement bien accompagnés.
09:01Mais on sait qu'on est arrivé à une sorte de plafond
09:05et que, vraiment, le modèle est très fragilisé.
09:09C'est pour ça qu'il faut complètement se renouveler
09:11et aller chercher de la diversification.
09:13Oui. Un mot sur la politique du gouvernement
09:17et sur les tournures que prennent
09:20et les budgets qui sont alloués à la culture.
09:22Ça vous inquiète ?
09:24Vous devez sécuriser, par ailleurs, des financements
09:26pour pouvoir perdurer.
09:29Je pense qu'on ne fait pas de politique,
09:33mais pourtant, on a un avis quand même sur la situation.
09:36On pense qu'il va falloir que tout le secteur
09:39se concerte rapidement pour trouver des solutions.
09:42On a aujourd'hui des taxes
09:44qu'on appelle d'ailleurs des salaires
09:47qui sont collectés par la SACEM,
09:49qui représentent parfois jusqu'à 11 % du chiffre d'affaires.
09:52de ces événements, c'est énorme.
09:54C'est quasiment trois fois la marge espérée
09:56sur un festival.
09:58Et donc, il y a peut-être des leviers
10:00à avoir de ce côté-là.
10:01Et sinon, vous pouvez compter sur l'ensemble du secteur
10:04pour réduire ces coûts,
10:06travailler ces projets
10:07et, bien sûr, attirer des nouveaux publics.
10:10Le Delta Festival du 27 au 31 août,
10:13donc sur les plages du Prado à Marseille.
10:15Merci beaucoup, Olivier Ledeau
10:17et Mathieu Prédal,
10:18les cofondateurs de ce festival Marseille,
10:20d'avoir été avec nous
10:21pour nous parler de tout ça
10:22ce matin sur BFM Business.
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