00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04RTL, il est 18h42, bonsoir Florence Leban.
00:07Bonsoir.
00:07Vous êtes maraîchère bio en Essonne et vous faites partie du réseau AMAP,
00:11les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne.
00:13Et vous signez avec plusieurs associations et sinistrées climatiques une tribune
00:17que vous adressez au président de la République et au Premier ministre.
00:20Vous affirmez, je cite, que le changement climatique n'est pas une menace lointaine.
00:25Vous dites, c'est notre quotidien.
00:27Ça veut dire quoi, très concrètement, votre quotidien ?
00:32Très concrètement, je crois que tous les Français, aujourd'hui, s'en rendent bien compte.
00:35Il fait extrêmement chaud, on est dans une canicule.
00:38Nous, les agriculteurs, on subit des sécheresses qui ont des impacts clairs dans nos champs.
00:44Donc, on le sent vraiment, ce changement climatique dans nos chairs.
00:48Et l'État regarde ailleurs.
00:50Nous, avec les sinistrées climatiques, on se fait les porte-parole de la souffrance des Français
00:55liées au changement climatique.
00:57Et donc, on a décidé de faire un recours en justice contre l'État
01:00dans le but de forcer l'État à prendre des mesures pour aider tous les Français
01:05à s'adapter au changement climatique.
01:07On va revenir sur ces questions, mais expliquez-nous.
01:09Depuis quatre ans, dites-vous, on observe la multiplication de phénomènes anormaux climatiques.
01:14Lesquels ? Qu'est-ce qui a changé ?
01:15Nous, on subit la chaleur en ce moment, mais on ne peut pas se plaindre.
01:18Vous comprenez ce que je veux dire ?
01:19Alors que vous, vous voyez vivre le pays et sa terre.
01:22Exactement.
01:23Mais nous, par exemple, pour vous prendre un cas très concret, aujourd'hui, j'étais
01:27dans le champ il y a deux heures.
01:28On a des poivrons qui ont des grandes difficultés parce qu'ils subissent des coups de soleil,
01:34des chaleurs et qui, du coup, pour une partie, vont être perdus.
01:38Pour nous, des poivrons qui sont perdus à cause de la chaleur, ça veut dire...
01:42Nous, on fait une délicieuse poivronade à partir de ces poivrons.
01:46Mais ça veut dire qu'on ne va pas pouvoir la faire.
01:47Et donc, pour nous, agriculteurs, ça veut dire une perte de revenu sèche liée à ça.
01:52Il est possible de trouver des solutions.
01:54Nous, on en trouve, on bricole.
01:56On a une partie de nos poivrons, par exemple, qu'on a plantés sous des arbres,
01:59qu'on a camouflés avec de la paille pour être bien plus résistants face à ce changement climatique.
02:05Mais ça prend beaucoup de temps de planter des arbres.
02:08Et à l'échelle d'une petite ferme, on arrive un petit peu à le faire.
02:11À l'échelle d'une grande ferme, on a vraiment besoin que l'État aide les modèles agricoles
02:17à s'adapter à ces nouveaux chocs climatiques.
02:19Que reprochez-vous très concrètement à l'État ?
02:21Justement, qu'aurait-il pu faire de façon, vraiment, vous, dans votre quotidien, très précisément ?
02:28Ce qu'on voit, par exemple, c'est que réintroduire des arbres, des haies dans les modèles agricoles,
02:35ça permet de faire face à la chaleur, ça permet de faire face à certains problèmes,
02:40même avec le gel, parce que le changement climatique, ça va dans les deux sens.
02:44Donc, des grands programmes de replantation de haies,
02:46des grands programmes avec des solutions qui sont fondées sur la nature,
02:50pour nous aider à couvrir nos sols, pour nous aider à penser des systèmes d'irrigation
02:54qui soient respectueux des nappes.
02:55Et en fait, ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'à l'inverse, l'État fait tout autre chose.
03:00Aujourd'hui, il y a une loi du plomb qui est en question,
03:04et il y a une commission mixte paritaire qui se réunit lundi prochain
03:07entre l'Assemblée et le Sénat pour faire passer cette loi.
03:10Cette loi, elle fait quoi ?
03:11Elle propose de développer l'accaparement de l'eau avec les méga-vacines,
03:16de faire de l'élevage industriel,
03:18et puis de réintroduire des pesticides tueurs d'abeilles.
03:21Pour nous, ces solutions-là, c'est vraiment des solutions du passé
03:24qui ne permettent pas aux agricultrices et aux agriculteurs
03:26de s'adapter aux changements climatiques.
03:28Au contraire, elles les rendent plus vulnérables.
03:30Alors justement, Florian Sebon, vous savez aussi que ce système que vous êtes en train de décrire
03:33et qui existe bien, c'est celui qui a fait manger la France après la guerre,
03:37dans les années 60, et que voilà, tous nos agriculteurs,
03:41à ce moment-là, ont fait d'immenses propriétés,
03:44et on y est allé avec le tracteur.
03:45Donc c'est quand même une histoire qui est en train de basculer.
03:48Alors je comprends très bien ce que vous dites,
03:50et évidemment on a envie de vous accompagner dans cette agriculture que vous défendez,
03:56mais ça va être un bouleversement faramineux pour l'agriculture française.
04:00C'est bien entendu quelque chose qui prend du temps,
04:03et nous ce que l'on constate, c'est que nous on est en Beauce,
04:06dans une région céréalière, donc on a des voisins qui ont des fermes
04:09qui ne sont pas forcément comme les nôtres,
04:11mais quand il y a une volonté politique claire pour se passer des pesticides,
04:16comme le président Macron l'avait fait au début de son mandat en 2017,
04:21et bien on se retrouve avec des fermes qui décident de se passer des pesticides,
04:25et qui décident de progressivement y aller dans des programmes de transition écologique,
04:29et qui du coup sont bien moins impactés par ces chocs climatiques.
04:32Aujourd'hui, ce que l'on voit, c'est que la direction politique,
04:35c'est de réintroduire les pesticides, c'est de faire des méga-bassines.
04:38Donc en fait, les acteurs économiques agricoles qui sont mes voisins,
04:43le signal qui leur est envoyé, c'est qu'on ne se passe pas des pesticides.
04:47Et ça ne fait marrer personne d'utiliser ces produits-là.
04:50Moi je parle à mes voisins, et il n'y a personne absolument qui est heureux d'utiliser du glyphosate,
04:54qui est heureux de faire des méga-bassines,
04:57mais c'est qu'on les laisse dans cet étau où on ne leur offre pas de solution.
05:01Et quand on passe une loi comme celle qui s'apprête à être passée avec la loi du plomb,
05:04pour moi on les met dans un étau,
05:08et en plus avec ces pesticides-là, on risque de les mettre vraiment en opposition avec la société,
05:13parce que ce n'est pas du tout ce que demande la société.
05:15Donc il y a une souffrance agricole, on l'a bien connue l'année dernière,
05:18cette souffrance agricole-là, elle est empirée par ces décisions
05:22qui font que les agriculteurs n'ont pas de solution à part utiliser des pesticides.
05:26Ce qu'il faut absolument, et nous ce qu'on attend avec les sinistries climatiques,
05:29c'est qu'il y ait des grands plans de transition.
05:32Il y a notamment un plan national d'adaptation au changement climatique
05:34qui devrait permettre de donner toute une série d'outils aux fermes
05:38pour s'adapter et faire la transition.
05:39Alors puisqu'on parle de sinistries climatiques à Blandec, dans le Pas-de-Calais,
05:43où les inondations, on se rappelle de ça, avaient fait de nombreux dégâts il y a un an et demi,
05:47l'État a fini par racheter 87 maisons qui vont être détruites
05:51afin de créer à la place un bassin de rétention d'eau.
05:55Est-ce que c'est ça la solution finalement ?
05:57Déplacer au fur et à mesure les sinistrées ?
06:01Ça c'est un pansement sur une jambe de bois.
06:04Nous ce que l'on attend d'un point de vue agricole,
06:07mais dans bien d'autres domaines, parce qu'avec les sinistries climatiques,
06:11il y a des victimes d'inondations, il y a des gens qui dans les outre-mer n'ont pas accès à l'eau,
06:15il y a des gens qui ont des maisons qui n'arrivent pas à payer
06:17parce qu'ils ont des retraits gonflements d'argile.
06:20Ce que l'on attend c'est d'autres politiques, c'est-à-dire où est-ce qu'on va construire ?
06:24On réfléchit un peu en amont, comment est-ce qu'on va penser l'hydrologie précise d'un bassin versant ?
06:30On le fait en amont et en termes agricoles, c'est quel type de ferme on crée ?
06:34Quel type de ferme on soutient ?
06:35Donc plutôt que de donner des petites aides ici ou là, on n'a pas besoin de ces pansements-là,
06:39on souhaite vraiment que l'État respecte les lois, parce que nous on ne l'invente pas ça.
06:44Ce recours en justice, on le fait sur la base de règlements,
06:48notamment il y a un règlement européen, une loi européenne sur le climat,
06:51qui impose à l'État d'agir sur la question de l'adaptation au changement climatique.
06:55Sans ce règlement-là, nous on ne serait pas fondé dans notre recours en justice.
06:59Aujourd'hui il y a ce règlement qui est très précis.
07:01Et donc vous allez saisir le Conseil d'État ?
07:03Alors voilà, du coup, il y a deux mois, on a fait une demande préalable,
07:07c'est-à-dire qu'on a appelé le Président et le Premier Ministre à agir sur la question de l'adaptation au changement climatique.
07:13Et donc cette demande préalable, elle est terminée,
07:16et il n'y a aucune réponse de la part du Président et du Premier Ministre.
07:19Et donc du coup, la procédure normale maintenant,
07:22c'est que l'on saisit le Conseil d'État dans le but d'avoir une condamnation de l'État.
07:26Ça ne nous fait pas rigoler de faire condamner de l'État,
07:28mais l'objectif c'est qu'il y ait une forme de signal d'alarme
07:31et que l'État comprenne que les Français souffrent,
07:34ils ont des inondations, des retraits conflements d'argile,
07:36ils ont des sécheresses, ils n'ont pas accès à l'eau.
07:39Le changement climatique, on imagine toujours que c'est demain, après-demain,
07:42les petits-enfants, les arrière-petits-enfants.
07:43Alors qu'aujourd'hui, on est tous impactés par cette canicule,
07:47et donc il faut absolument qu'il y ait des mesures concrètes.
07:49Merci beaucoup Florence Aumont, vous êtes maraîcher bio
07:51dans le département de l'Essonne et porte-parole du réseau AMAP,
07:55les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne.
07:58Il sème, lui, de la bonne humeur et récolte notre bonheur.
08:00Rassurez-vous, il n'utilise aucun pesticide.
08:02Marc-Antoine Lebray est avec nous dans un instant.
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