00:00Mais d'abord, Eugénie Bastier est avec nous sur Europe 1. Bonjour Eugénie.
00:03Bonjour à tous.
00:04Vous aussi revenez ce matin sur le meurtre de cette enseignante dans un collège de nos gens.
00:09Oui, hier j'ai grainé la liste de ces faits divers qui semblaient secondaires au Président de la République de Thomas à Benoît en passant par Philippine.
00:16Aujourd'hui, c'est une autre litanie macabre qu'il nous faut égrener.
00:20John Doring, prof d'anglais tué à Courbevoir en 2018.
00:23Samuel Paty tué à Conflans-Saint-Honorin.
00:26Agnès Lassalle tué à Saint-Jean-le-Luz.
00:28Dominique Bernard tué à Arras.
00:30Et maintenant Mélanie, cette surveillance, surveillante, assassinée à nos gens.
00:34Tous tués à coups de couteau.
00:375 cas en 10 ans alors qu'il y en avait eu 4 sur les 30 années précédentes.
00:41Alors ne m'accusez pas de vous laver le cerveau si je vous dis que ceci n'est pas un fait divers mais un phénomène de société.
00:46L'éducation nationale semble démunie face à l'explosion du port d'armes blanches chez les jeunes.
00:51Comment lutter efficacement contre les couteaux ?
00:53Écoutez, à défaut de brainwasher, comme dit le président, on a beaucoup réfléchi hier pour trouver des solutions à cette violence endémique et juvénile.
01:01Vous savez, en début de semaine, la ministre de l'éducation nationale, Elisabeth Borne, avait annoncé que la série Adolescence sur Netflix allait être diffusée en classe comme un accompagnement pédagogique pour sensibiliser à la violence chez les jeunes.
01:14Alors c'est un peu comme les cours d'empathie de Gabriel Attal, on peut douter de l'efficacité de telle mesure.
01:20Les adolescents n'ont peut-être pas besoin de regarder des séries en classe mais peut-être de réapprendre l'autorité.
01:26D'ailleurs, l'élève en question qui a poignardé sa surveillante, Quentin, était lui-même ambassadeur contre le harcèlement,
01:33ce qui montre assez vite l'efficacité relative des gadgets pédagogiques.
01:37Son profil, cependant, ressemble assez à celui qui est décrit dans la série Adolescence,
01:43où le jeune garçon, Jamie, 13 ans, venu d'une famille de la classe moyenne, plutôt équilibrée, plutôt stable,
01:48en vient à tuer une camarade de classe qui le rejette après s'être radicalisée sur les réseaux sociaux.
01:53Mais faut-il accuser aussi, comme le fait le président de la République, Eugénie, les réseaux sociaux de la violence chez les jeunes ?
02:01Je pense que c'est une partie du problème qu'on ne peut pas nier.
02:04Et, comme le disent les deux parents dans la série Adolescence à propos de leur enfant,
02:07qui surfent pendant des heures sur Internet dans sa chambre,
02:10on croyait qu'il était en sécurité dans sa chambre.
02:12Nous avons sous-estimé le danger des réseaux sociaux pour les jeunes,
02:16où la rivalité mimétique fait rage.
02:18Nous les avons surprotégés dans le monde réel et sous-protégés dans le monde virtuel.
02:23C'est un profil qu'on a retrouvé, par exemple, aussi chez l'adolescent de 16 ans
02:26qui avait poignardé sa camarade de classe dans un lycée de Nantes.
02:29Souvenez-vous, c'était il y a quelques mois.
02:30Mais ne nous illusionnons pas trop vite en faisant des couteaux le seul produit des réseaux.
02:36Le problème est beaucoup plus profond, il est civilisationnel et, si j'ose dire, même spirituel.
02:41On a passé beaucoup de temps, voyez-vous, notamment la France Insoumise,
02:45ces dernières semaines, à parler de l'affaire Bétarame,
02:47comme le symptôme horrible d'une éducation du passé qui désormais nous révulse.
02:52Nous condamnions avec arrogance un monde heureusement disparu,
02:56celui où les maîtres maltraitaient les élèves.
02:59Mais nous vivons dans un monde bien actuel,
03:01celui où les élèves frappent et tuent leurs maîtres.
03:05Alors, maître des portiques à l'entrée des écoles,
03:08je serais, je crois, admettre que nous avons perdu.
03:10Ce serait accepter de réduire constamment nos libertés individuelles
03:14pour s'adapter à la barbarie.
03:16Ce serait finalement se résigner et sécuriser l'enfer.
03:18Victor Hugo disait qu'ouvrir une école, c'était fermer une prison.
03:23Nous allons transformer les écoles en prison.
03:26Tel est le triste aboutissement de décennies de laxisme et de décivilisation.
03:30Alors, je crois qu'on ne peut pas blâmer un tel ou un tel politique
03:33parce qu'il nous faudra tout reconstruire
03:35et que la tâche ne fait que commencer.
03:37Oui, perspective vertigineuse.
03:39Merci Eugénie Bastier pour ce tableau cliniquement effrayant de la situation.
03:43Merci.
03:44Voilà, c'est sur Europe que vous êtes et que vous entendez ce genre de commentaires.
03:47Je ne crois pas que vous les ayez partout ce matin à la radio française.
03:50Merci beaucoup Eugénie Bastier.
03:52Signature Europe 1.
03:53Dans un instant, Emmanuel Ducrot.
03:55Le tour de France, l'argent public jeté par les fenêtres continue.
03:59Ce sera juste après la revue de presse d'Olivier Delagarde.
04:028h40 sur Europe 1.
04:047h, 9h.
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