00:00RTL au coeur de l'actu
00:04Dans l'actualité ce matin, l'imagination semble-t-il illimitée des trafiquants de drogue qui ciblent de plus en plus les aéroports
00:12en même temps que les ports maritimes. A Roissy, un trafic de cocaïne en provenance du Brésil a été démantelé.
00:18L'autre jour, 8 personnes ont été arrêtées, dont 4 bagagistes qui faisaient sortir la drogue en échange d'argent jusqu'à 50 kilos de cocaïne par mois.
00:27Plus de 600 000 euros ont été saisis, mais aussi des voitures, une maison, des objets de luxe.
00:32Bonjour colonel Bruno Quezac.
00:34Bonjour monsieur.
00:35Ancien commandant de la section de recherche de Nancy, merci d'être avec nous en direct ce matin sur RTL.
00:41D'abord, pourquoi les aéroports ? Parce que ce sont quand même des quantités relativement modestes par rapport à ce qui passe dans les ports maritimes.
00:51Je pense qu'on doit y voir le fait que l'activité des services de l'État dans les ports s'est intensifiée face à la montée en puissance des narcotrafiquants.
01:06Les ports sont désormais extrêmement surveillés par l'ensemble des services, notamment la douane, la gendarmerie et la police judiciaire.
01:13Et donc, il me semble que de façon très logique, les narcotrafiquants ont recherché d'autres moyens de transport et de distribution que constituent les aéroports.
01:25Le deuxième aspect, c'est que les aéroports permettent une multiplicité des pourvoyeurs.
01:34Alors, on avait déjà une connaissance du système des gens qui ingéraient des gélules de stupéfiants, des mules, ce qu'on appelle couramment des mules.
01:45Et puis, désormais, on est passé à une dimension supérieure où là, on a un recours beaucoup plus fréquent au bagage, au bagage accompagné,
01:52et en sous-doyant les membres des services dans les structures aéroportuaires.
02:01Et la nouveauté avec l'affaire de Roissy, c'est que les organisations criminelles visent des employés sans passé judiciaire.
02:07Parce que pour être bagagiste, il faut faire l'objet d'une enquête administrative.
02:11Si on a un casier, on n'est pas bagagiste.
02:14Exactement. Pour intégrer, pour venir travailler dans une zone aéroportuaire soumise à accréditation,
02:22vous faites l'objet d'une enquête, notamment de la gendarmerie des transports aériens.
02:26Et donc, il est impossible de travailler dans ce qu'on appelle les aides-sars, les zones de sûreté à accès réservé,
02:34sans avoir une autorisation de travailler.
02:40Donc, vous trouvez forcément impliqués des gens qui n'ont pas de casier judiciaire.
02:44Mais alors, comment sont-ils approchés, ces employés ?
02:47Parce que, est-ce qu'ils sont suffisamment formés pour éviter les sirènes des narcotrafiquants ?
02:53C'est la question dans la question.
02:56Ben, écoutez, l'approche déjà.
03:02Malheureusement, les gens ont beaucoup moins de soucis de protéger leur vie privée que par le passé,
03:07ne serait-ce que par les réseaux sociaux.
03:09Et donc, il est assez aisé de trouver quelqu'un qui explique sur les réseaux sociaux son travail,
03:17met quelques photos.
03:18Donc, les cibles sont assez faciles à approcher, déjà par ce biais-là.
03:23Après, le deuxième biais, c'est tout simplement le réseau humain.
03:26Les gens parlent entre eux.
03:28Ou alors, on va envoyer quelqu'un en zone aéroportuaire, en zone d'aérogare,
03:34discuter avec le personnel de sûreté des sociétés prestataires.
03:39Et puis, petit à petit, on fait un travail d'approche et on va emporter les gens.
03:44Et compte tenu des sommes qui sont proposées à ces recrues, si j'ose dire,
03:50il ne faut pas s'étonner que parfois, les sirènes fonctionnent parfaitement.
03:54Et donc, derrière la formation, si vous voulez,
03:57il y a effectivement des sensibilisations qui sont faites,
04:01notamment par les services de l'État.
04:03Mais encore une fois, les sensibilisations s'effritent assez rapidement
04:08confrontées aux sommes qui leur sont proposées.
04:12Face aux trafiquants, Bruno Kézac,
04:14les autorités doivent en permanence s'adapter.
04:16Elles auront toujours un train de retard par rapport aux organisations criminelles ?
04:22Je ne sais pas si on peut dire qu'elles ont un train de retard,
04:25mais elles mettent en œuvre en permanence des techniques d'investigation
04:32de plus en plus sophistiquées pour répondre à toutes les ficelles
04:37qui sont utilisées par les trafiquants.
04:42On a aussi des moyens d'observation et d'anticipation dans les trois dimensions,
04:48en mer, sur terre et dans les airs qui sont efficaces.
04:52Mais il est évident que, si je devais être un petit peu synthétique,
05:01je dirais que les forces nationales, elles, respectent une procédure
05:06que les trafiquants ne respectent pas.
05:08Et donc, c'est là, si vous voulez, que le facteur temps est très différent.
05:12C'est-à-dire qu'eux ne se soucient pas du temps
05:14quand le temps s'impose dans le cadre d'une action de renseignement
05:17ou d'une action judiciaire.
05:18Merci beaucoup pour cet éclairage complet, colonel Bruno Kézac.
05:22Merci d'avoir été avec nous ce matin sur RTL,
05:24ancien commandant de la section de recherche de Nancy.
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