00:00Mesdames et messieurs, chers amis de la radio, je ne savais pas directement tous les présidents, directeurs généraux, directeurs généraux délégués, mais vraiment très sincèrement, bienvenue à tous à ces assises que nous sommes très heureux d'organiser à l'ARCOM, ici dans nos nouveaux locaux.
00:19Et merci d'être venus aussi nombreux. Merci beaucoup à tous ceux qui ont accepté de participer à nos échanges, à nos panels, à ceux qui ont alimenté nos réflexions.
00:30Vous connaissez mon attachement personnel à ce média à part, qui est la radio, qui est à la fois un média de masse, toujours près de 40 millions d'auditeurs quotidiens, un média de l'intime, de la mobilité, de la proximité.
00:4510 millions d'auditeurs quotidiens, là aussi des radios locales dans l'Hexagone et Outre-mer. Également un média de crise et de solidarité, lorsque, comme on l'a vu à Mayotte, les conditions font que rien ne fonctionne, à part la radio, pour pouvoir informer la population.
01:04Et bien sûr, et pour ces raisons, c'est aussi un média de confiance. Ça reste le média de confiance en matière d'information.
01:13Ce sont des spécificités qui font la force de la radio par rapport à des plateformes qui restent anonymes, lointaines, sans faire de plateforme bashing.
01:21C'est tout de même parfois, souvent, l'algorithme, l'intelligence artificielle, parfois, qui se substitue à la voix et à l'animation humaine ou à la musique.
01:29Ce sont des valeurs qui font le prix de la radio pour la santé de notre démocratie, une démocratie qui a besoin de médias libres et créateurs de liens,
01:38là où des réseaux qualifiés de sociaux vivent parfois d'un engagement suscité par l'antagonisme ou la désinformation.
01:47C'est pour cette raison aussi que les Français sont aussi attachés à ce média.
01:53Et Romain Lalex, qui a pris avec talent et détermination la suite d'Hervé Gauchot à la présidence du groupe de travail radio,
02:00vous présentera les résultats de notre dernière étude intitulée « Les Français et la radio », qui confirme la solidité de ce lien entre les Français et la radio.
02:09Je profite pour saluer et Romain et Hervé, que je suis très heureux de voir ici tous les deux.
02:13Cet attachement, il est certain, et pour autant, on ne doit pas se voiler la face.
02:19Le média radio est contesté, au moins dans sa forme traditionnelle, qui est celle de la diffusion linéaire hertzienne.
02:26Ce n'est pas une secousse conjoncturelle, c'est un mouvement de fond.
02:30Le livre blanc en a, je crois, assez bien décrit les causes.
02:33La montée en puissance de l'écoute IP et les conséquences, qui sont les mêmes qu'en télévision, une diminution de l'audience cumulée quotidienne,
02:43de près de 15 points depuis 2003, de la durée moyenne d'écoute quotidienne par auditeur de près de 20 minutes,
02:52et des recettes publicitaires, qui en sont une des conséquences, 2 % par an en moyenne entre 2012 et 2022.
02:59Car la bataille de l'attention fait rage partout.
03:04Le recul de l'audience, notamment chez les jeunes, c'est une réalité, mais ce n'est pas une fatalité.
03:10Il y a 30 ans, certains annonçaient la fin des radiogénéralistes en lien avec la montée en puissance des musicales.
03:16Ce n'est pas advenu.
03:18Et comme le montre notre étude, la promesse de la radio, faite de proximité, de découverte et d'interactivité, n'a jamais été aussi actuelle.
03:27Ces qualités, ces caractéristiques sont actuelles.
03:29Et c'est sur ces caractéristiques qu'on doit pouvoir, on peut et on doit développer des stratégies d'adaptation,
03:36de complémentarité pour reconquérir l'audience, les recettes, des marges, des stratégies offensives,
03:42qui impliquent d'actionner tous ensemble deux leviers, celui de la diffusion et celui de la notoriété.
03:51Le premier, donc, modernisation de la diffusion et poursuite du développement du DAP+.
03:56Seul moyen d'augmenter l'offre dans un contexte où la bande FM reste saturée, est saturée.
04:02Seul moyen de garantir l'universalité de la radio dans l'avenir et de continuer à maîtriser la distribution,
04:09tout en améliorant la qualité du service.
04:12Vos efforts collectifs, en ce sens, produisent leurs fruits.
04:15Près de deux tiers de la population hexagonale et environ 17 000 communes sont couvertes par au moins un multiplexe DAP+.
04:23Et la proportion est similaire pour les autoroutes, 7 000 km sur près de 12 000.
04:29Le DAP+, se déploie, gagne du territoire, progresse.
04:32Je veux dire à ce sujet, même si je ne rentrerai pas dans le détail, à nos amis des radios locales,
04:37que nous avons bien à l'esprit l'enjeu de la planification locale du DAP en lien avec celui de la FM.
04:42C'est un enjeu qui est une grande complexité technique et administrative, mais on l'a en tête et on y travaille.
04:49S'agissant plus largement du DAP+, le Livre blanc a proposé un calendrier en deux temps.
04:55D'abord, créer un environnement favorable à la transition entre 2025 et 2027, puis accompagner la transition jusqu'en 2034.
05:03Je veux vraiment ici souligner que ce calendrier, il est là pour guider, il n'est pas là pour contraindre, surtout dans un contexte économique qui est incertain.
05:11L'enjeu pour nous, ce n'est pas de fragiliser les médias radios ou les acteurs du média radio, mais c'est d'en élargir l'audience.
05:18Dans ce contexte, les inflexions de la stratégie de diffusion qui ont été récemment annoncées par Radio France, acteurs très importants du secteur,
05:29dès lors qu'elles seront confirmées par le gouvernement dans le cadre de ses prérogatives d'usage prioritaire des fréquences,
05:36seront analysées par l'ARCOM avec toute l'attention requise au regard notamment des équilibres du paysage radiophonique.
05:43C'est un mouvement dont on ne peut pas ne pas comprendre l'intérêt pour l'entreprise, compte tenu de ses missions, de ses priorités, de ses contraintes qui sont fortes.
05:51Mais c'est aussi une étape potentiellement significative de préparation de la transition numérique du secteur.
05:58Et nous sommes à la disposition, nous allons nous mettre à la disposition dans les prochaines semaines de tous les acteurs et des pouvoirs publics
06:04pour essayer d'éclairer les arbitrages à venir avant d'être, en tant que régulateur, conduits à nous prononcer sur les demandes précises
06:12qui nous seront adressées dans le cadre de la loi et de la jurisprudence que le Conseil d'État a patiemment élaboré au cours des dernières décennies.
06:20Ce qui est sûr en tout cas, c'est que nous devons accélérer sur deux prérequis identifiés dans le livre blanc.
06:26La notoriété, 28% des Français ont entendu parler du DAP+, et 11% savent décrire de quoi il s'agit.
06:34Ce n'est évidemment pas suffisant.
06:36Ce n'est pas une critique parce que le DAP+, n'est pas facile à vendre au grand public
06:40qui n'en perçoit pas immédiatement l'urgence ou la nécessité.
06:45C'est donc à nous tous, radio, public et privé, régulateurs, pouvoirs publics, nationaux et locaux, associations,
06:53à commencer par l'association Ensemble pour le DAP+, d'aller au-devant des auditeurs pour intensifier ce travail de pédagogie,
07:01maintenant que l'association est bien en place.
07:03L'autre prérequis avec la notoriété, c'est l'équipement.
07:0725% des auditeurs sont équipés d'une radio DAP+, seulement 18% des détenteurs d'un autoradio.
07:14La proposition de loi Laffont qui prévoyait d'imposer, entre autres dispositions,
07:18ce n'est pas la principale, mais qui prévoyait d'imposer la commercialisation d'équipements compatibles avec le DAP+,
07:24est toujours en suspens, quelle que soit l'issue de sa discussion à l'Assemblée.
07:29Dans les prochaines semaines, on aura besoin de telles dispositions.
07:34Et si ce n'est pas la PPL Laffont, alors peut-être que d'autres vecteurs législatifs,
07:38pourquoi pas le projet de loi annoncé sur les états généraux de l'information,
07:42puisqu'il y a un lien avec l'information.
07:44Pourquoi ne pas se fonder sur ce projet de loi pour avoir une alternative ?
07:50Je voulais également vous dire que pour améliorer le pilotage de ces deux chantiers,
07:53diffusion et équipement, et pour peser plus fortement dans le débat public,
07:57nous allons créer un groupe de suivi du Livre blanc, avec la DGMIC et Ensemble pour le DAP+,
08:03dont la première réunion se tiendra avant l'été.
08:08Second levier de développement de la radio, c'est l'adaptation de l'environnement réglementaire et économique.
08:14Et nous serons attentifs à trois questions.
08:17La première, celle des mentions légales, dont chacun s'accorde à reconnaître les limites,
08:22une forme de pollution de la qualité radiophonique, au-delà de la motivation qui les guide,
08:29en tout cas dans leur format actuel.
08:31Et encore une fois, il ne s'agit pas de renoncer à l'objectif de protection du consommateur,
08:34qui est une contrepartie incontestable de l'usage des fréquences du domaine public hertien,
08:39mais c'est de trouver des modalités moins pénalisantes pour tous d'atteindre ces objectifs.
08:44Vous l'avez sans doute observé, un rapport d'inspection ministérielle de trois inspections
08:48qui a été rendu public ou qui a fuité il y a quelques semaines,
08:53envisage ou suggère la suppression de ces mentions en en soulignant l'inutilité,
08:58l'ineffectivité par rapport à leurs objectifs,
09:01et en conditionnant cette suppression ou cet allègement à une information suffisante en ligne du consommateur.
09:09C'est vraiment sur cette complémentarité entre supports qu'il faut travailler.
09:12J'encourage vraiment les éditeurs à l'approfondir en étant force de proposition sur les modalités de compensation
09:18et pas uniquement force de contestation ou d'opposition.
09:22Nous soutiendrons en tout cas de notre côté toutes les initiatives en ce sens,
09:25y compris auprès du législateur que nous rencontrons régulièrement.
09:30Je voulais vous dire que nous partageons aussi l'inquiétude suscitée par la transposition de l'article 8
09:34de la directive crédit aux consommateurs, qui pourrait alourdir ces mentions,
09:38alors même que cette directive prévoit la possibilité d'adapter la mention au format radio.
09:45Et nous ne voyons à l'ARCOM aucune raison de surtransposer, comme on dit,
09:50et nous serons aussi à votre écoute sur ce terrain.
09:54Deuxième grand sujet de nature, on va dire, réglementaire,
10:00qui nous intéresse tous beaucoup à la DGMIC, à l'ARCOM, au Centre national de la musique,
10:07les règles d'exposition de la musique à la radio,
10:09sachant que la radio est et reste un grand média de découverte de talent de la chanson francophone
10:15et la promotion de la diversité musicale.
10:18C'est une des missions centrales que la loi nous confie.
10:21Les quotas en constituent un levier efficace et essentiel.
10:25Néanmoins, face à la rapidité de l'évolution des usages en matière de découverte,
10:31de prescription et d'exposition des œuvres musicales dans leur diversité,
10:36la montée en puissance des plateformes, un contexte que vous connaissez tous,
10:39il nous est apparu opportun avec le Centre national de la musique,
10:44dont je salue le président Jean-Baptiste Gourdin.
10:47Le Centre national de la musique n'est pas avec nous,
10:48parce qu'ils ont un CA ce matin même,
10:49on n'a pas pu se coordonner suffisamment à l'avance dans les calendriers,
10:52mais nous avons une vision et un constat partagé,
10:57celui de repenser ou en tout cas de mettre à jour le cadre théorique et pratique
11:02dans lequel s'organise la découverte, l'exposition, l'éditorialisation des œuvres musicales
11:07dans tous les médias, à la télé, dans les radios publiques et privées,
11:12sur les plateformes numériques gratuites et payantes
11:15et de s'assurer que nos dispositifs de soutien et de régulation
11:20demeurent pertinents et toujours aussi efficaces dans un contexte qui a beaucoup évolué.
11:25C'est une réflexion collective que nous voulons collective et ouverte,
11:30dont les contours seront précisés avant l'été.
11:33Comme je me suis réservé la primeur de ce teasing,
11:38je laisserai Jean-Baptiste Gourdin, le CNM, en dire un peu plus dans les prochaines semaines.
11:43L'idée, c'est d'occuper le second semestre pour être à l'écoute de l'ensemble des acteurs
11:49et mettre un peu à jour notre logiciel de lecture de cette réalité très mouvante.
11:56Dernier sujet de régulation plus prospective que je mentionne un peu pour mémoire,
12:02mais à titre indicatif, pour donner une idée des champs sur lesquels nous devons réfléchir,
12:07la distribution de la radio sur Internet.
12:09Vous savez sans doute que le Royaume-Uni a adopté une réglementation protégeant les radios
12:13contre les distributeurs tentés de leur faire payer la reprise de leur signal.
12:19On voit ce rapport de force entre les intermédiaires et les éditeurs.
12:23Avec les enceintes connectées, les systèmes embarqués,
12:27un tel dispositif pourrait et peut avoir beaucoup de sens.
12:30Nous sommes prêts à réfléchir à ce type de problématique
12:33et pourquoi pas dans la perspective de la révision de la directive SMA,
12:40même si elle répond à des enjeux beaucoup plus lourds,
12:44une révision qui pourrait être l'occasion d'étudier l'opportunité
12:47d'une extension du dispositif des services d'intérêt général à la radio
12:51avec les contraintes d'une telle négociation.
12:56Mais nous sommes tout à fait prêts à nous y engager.
12:59Pour finir, parce que j'ai été long, mais j'espère aussi complet que possible,
13:02et pour quelques mots pour vous dire que pour faire face à toutes ces transformations
13:06et ces enjeux dans la suite du livre blanc,
13:10nous devrons tous faire preuve de beaucoup d'audace et d'imagination.
13:13L'audace et l'imagination, ce sont des qualités qui font partie de l'ADN de la radio
13:17et qui doivent nous permettre d'envisager son avenir avec confiance,
13:21une confiance qui soit à la hauteur de celle que les Français accordent à ce média.
13:27Je vous laisse maintenant entre les mains expertes de Romain,
13:30déjà expertes de Romain Lalex,
13:31et je vous souhaite de très fructueuses assises.
13:33Merci beaucoup.