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Pierre de Vilno reçoit le philosophe Alain Finkielkraut dans #LeGrandRDV, en partenariat avec Europe 1 et Les Echos.
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00:00Bonjour à tous, bienvenue sur le plateau du Grand Rendez-vous Europe 1C News, les échos.
00:05Bonjour Alain Finkielkraut.
00:06Bonjour.
00:07Vous êtes écrivain, philosophe, académicien.
00:09C'est votre Grand Rendez-vous ce dimanche.
00:11On vous écoute avec attention car votre parole compte.
00:15Vous rentrez tout juste d'Israël.
00:17Vous avez constaté une société plus divisée que jamais, nous dites-vous.
00:22Vous allez nous en parler au même titre que, selon vous, la meilleure solution, peut-être,
00:26pour non seulement aller vers la paix mais mettre fin à cet antisémitisme structurel qui tue,
00:32on l'a encore vu à Washington, et qui, sémantiquement, est désormais surpassé,
00:37supplanté par une prétendue islamophobie, terme qui sert de gaz incapacitant à toute forme de contestation.
00:45Nous évoquerons aussi justement ce rapport sur les frères musulmans en France,
00:49rapport déclassifié et qui semble embarrassé au plus haut niveau.
00:52Enfin, nous parlerons de l'école, paupérisée, rabaissée et maintenant également sectarisée,
00:58avec de l'antrisme islamiste et une volonté politique d'abolir le privé catholique sous contrat.
01:04N'y a-t-il pas là un combat civilisationnel ?
01:07Pour vous interroger ce matin avec moi, Stéphane Dupont-Deséco.
01:10Bonjour Stéphane.
01:11Bonjour.
01:12Et Mathieu Bocoté. Bonjour Mathieu.
01:13Bonjour.
01:14Suite à l'attentat de Washington, les Juifs de France ont repris de concert un constat.
01:19Ils disent quand on assassine un musulman dans une mosquée, on crie à l'islamophobie.
01:23Quand on assassine deux Juifs à Washington, on dénonce un état génocidaire.
01:28Question simple Alain Finkielkraut, est-ce qu'on est en train de justifier l'assassinat des Juifs ?
01:34Non, je ne crois pas. Personne ne justifie cet assassinat.
01:39Certains, comme Éric Coquerel de la France Insoumise, veulent le diluer dans ses causes
01:50et finalement en imputer la responsabilité à Israël.
01:55Il a en effet demandé l'arrêt du génocide en cours à Gaza.
02:03Quand vous avez un tel déchaînement de haine de violence, ça déchaîne la haine de tous les côtés.
02:12Mais sans avoir un mot pour les victimes de Washington.
02:15Bien sûr, en plus c'est une manière de dire, bah oui, il y a des victimes,
02:19mais au bout du compte c'est à cause de la guerre menée par Israël.
02:23Ils l'ont bien cherché, c'est ce qu'ils veulent dire.
02:25Ils l'ont bien cherché, c'est ce que dit en substance Éric Coquerel.
02:29Ce sont les Israéliens et leurs politiques criminelles qui sont à l'origine de cet assassinat.
02:37Alors là, il faut dire deux mots sur l'événement lui-même.
02:41C'est en effet, et très clairement, d'ailleurs la plupart des médias quand même l'ont reconnu,
02:46un crime antisémite.
02:48Les deux personnes qui ont été tuées, qui allaient se marier, travaillaient à l'ambassade d'Israël,
02:54mais en plus l'assassinat ne le savait pas.
02:57Il sortait du musée juif, il voulait tuer des juifs.
03:00Et c'est un crime inspiré non par le racisme, c'est-à-dire par le dégoût de la race juive,
03:09mais par le zèle compatissant pour les Gazaouis, ou plus généralement pour les Palestiniens opprimés.
03:18Parce qu'il a crié Free Palestine.
03:20Free Palestine, il a crié Gaza, Gaza aussi.
03:23Et alors évidemment, ça intervient dans un contexte plus large, aux Etats-Unis notamment.
03:30Un étudiant de Colombia, par exemple, face caméra, a dit
03:35« Ce qu'ils font est contraire à la paix, alors je me sens très à l'aise pour dire qu'ils meurent. »
03:43Et à l'ENS, en France, l'Ecole Normale Supérieure,
03:48pardon, « Zionistes hors de nos facs, vive l'intifada étudiante ! »
03:53Et on a vu aussi une banderole à Sciences Po,
03:58« Hier Varsovie, Treblinka, aujourd'hui Gaza. »
04:03Autrement dit, je termine, en 1968, nous disions « Nous sommes tous des juifs allemands. »
04:12Les étudiants contestataires aujourd'hui disent
04:16« Nous sommes tous des antisémites antiracistes. »
04:21Et cet antisémitisme antiraciste, il a révélé à Washington ses potentialités meurtrières.
04:30Est-ce qu'il n'est pas nécessaire, par ailleurs, de traduire certains des slogans qui sont lancés aujourd'hui ?
04:35Par exemple, quand on entend « Zioniste »,
04:37est-ce que ce n'est pas une nouvelle manière pour certains de dire « sale juif » ?
04:40Et de la même manière, je ne dis pas dans tous les cas,
04:42mais est-ce que pour certains, lorsqu'ils disent « Free Palestine »,
04:45ce n'est pas une manière de dire aussi « à la Ouagbar » aujourd'hui ?
04:48Peut-être, mais pas pour l'assassin.
04:52L'assassin n'était pas un islamiste.
04:56Non, mais il s'identifie à la cause palestinienne telle que théorisée par les islamistes.
05:00Oui, il s'identifie à la cause palestinienne, donc il soutient le Hamas,
05:05il ne veut même pas entendre parler des manifestations à l'intérieur de Gaza contre le Hamas.
05:11Non, ça c'est vrai.
05:13Mais quand « Zioniste » aujourd'hui,
05:16évidemment, c'est le nouveau synonyme de « youpin »,
05:20mais dans un autre contexte,
05:22parce que le « youpin », c'était l'empoisonneur des races.
05:25Là, le « Zioniste », c'est le blanc, c'est l'oppresseur.
05:30C'est donc celui qu'il faut mettre à bas au nom des damnés de la Terre.
05:40C'est cette espèce de frénésie compassionnelle qui peut mener au pire.
05:47Pour vous, les anti-zionistes aujourd'hui sont des anti-sémites ?
05:51De toute façon, l'anti-zionisme pose un problème.
05:57Il est tout à fait légitime de critiquer, même sévèrement, la politique d'Israël,
06:01mais l'anti-zionisme, ce n'est pas ça.
06:04C'est l'existence d'Israël.
06:06Vous critiquez la politique de Poutine,
06:09vous ne remettez pas en cause l'existence de la Russie,
06:14et même après l'hitlérisme, on n'était pas anti-allemand,
06:19au point de vouloir en finir avec l'Allemagne.
06:22Dans l'anti-zionisme, Israël doit disparaître.
06:27C'est déjà problématique.
06:30Aujourd'hui, en effet, dans un monde que certains divisent entre opprimés et oppresseurs,
06:37tous les Juifs, du fait d'Israël, sont passés dans le camp des oppresseurs
06:43et sont donc des ennemis à abattre.
06:46Est-ce que d'autres craignent, selon vous, une forme de mimétisme de l'assassinat ?
06:53Un cap a été franchi, désormais on peut abattre ainsi.
06:58On l'avait déjà vu dans d'autres musées en Europe.
07:01Désormais, on peut abattre au nom de la cause palestinienne des Juifs à Washington.
07:06Est-ce que vous craignez une forme de mimétisme, d'imitation ?
07:10Est-ce que vous faites un lien entre cet événement et le fait que,
07:14par exemple, en Grande-Bretagne aujourd'hui, à Londres,
07:16les Juifs doivent traverser pour passer d'un quartier à l'autre.
07:19Ils sont obligés d'avoir des bus protégés.
07:21En certains endroits en France, ils ont quitté les territoires où ils étaient historiquement implantés.
07:26Est-ce que vous avez un portrait global de cet antisémitisme ?
07:29Écoutez, à Courbevoie, il y a quelques mois,
07:34une fillette a révélé qu'elle était d'origine juive.
07:40Un des garçons qui l'a ensuite violée lui a dit « Tu es juif, tu es contre la Palestine
07:46et tu soutiens le génocide que les Juifs font à Gaza ».
07:50Donc, on a assisté à une réplique du massacre du 7 octobre.
08:01Donc, en effet, tout est possible.
08:04Tout est possible.
08:06L'islamisme gagne.
08:10Vous avez aussi les gens de la France insoumise qui appellent,
08:17ça c'est très inquiétant, à l'intifada.
08:20Appellent réitéré.
08:22Ça veut dire quoi l'intifada en l'occurrence ?
08:24Ça veut dire on va taper sur les Juifs
08:27puisqu'il faut reproduire le combat qui existe en Israël.
08:33Les seuls Israéliens disponibles, si j'ose dire, ce sont les Juifs.
08:38Donc, dans ce contexte, en effet,
08:41on peut craindre des répliques, là pour le coup, de Washington en France.
08:46Est-ce que vous êtes, au même titre que certains autres observateurs,
08:50très étonné qu'il n'y ait d'ailleurs aucune suite,
08:54que ce soit judiciaire ou même des signalements,
08:57quand il y a effectivement quelqu'un lors d'un meeting politique,
09:01et notamment de LFI, qui tient ce genre de propos ?
09:05Il y a de temps en temps, je crois, des actions judiciaires sont menées,
09:11mais là, de toute façon, comment dire ?
09:15Il y a des saisies de l'article 40 de temps en temps par des ministres,
09:18mais ça ne va pas beaucoup plus loin.
09:20Il n'y a jamais eu vraiment de condamnation sur des appels qui sont des appels à la haine,
09:25des appels à la violence, des appels à tuer.
09:27Bien sûr, mais ce qui est très inquiétant, c'est que c'est un parti politique
09:32ayant pignon sur rue qui formule ces appels.
09:37Donc, il y a une racaille antisémite aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
09:44Et c'est vraiment la preuve, d'ailleurs, que la parenthèse post-hitérienne de notre histoire se ferme,
09:51se ferme sous nos yeux.
09:53Donc, c'est un événement considérable.
09:57Le plus grotesque, c'est que ce qui a permis l'arrivée au Palais Bourbon
10:04de ces antisémites déclarés, obsessionnels, forcenés, c'est le Front républicain.
10:11Le fameux Front républicain qui ne voulait pas laisser passer le Front Assemblée nationale.
10:16On ne voulait pas du retour aux années 30 et voilà le résultat.
10:19Donc, c'est la phrase de McGee qui m'obsède.
10:23Être en avance, être en retard, quelles inexactitudes.
10:26Être à l'heure, la seule directive.
10:28Mais votre comparaison est frappante.
10:30Dans les années fin 30, on entendait quelques fois mieux vaut Hitler que le Front populaire.
10:37Est-ce qu'on pourrait dire qu'aujourd'hui, certains diraient mieux vaut les antisémites que le RN ?
10:41Vous avez raison.
10:42Eux, ils pensent, c'est très juste que vous dites, mieux vaut le Front populaire que Hitler.
10:49Sauf que le Front populaire actuel, c'est évidemment l'antisémitisme de la France insoumise.
10:58Donc, on hitlérise le RN et ce faisant, on fait la courte échelle à des gens comme Raphaël Arnault, Fiché S, ou Didier Boyard, je ne sais plus.
11:20Louis Boyard.
11:21Comment ?
11:22Louis Boyard.
11:23Et tous ces gens, Daniel Obono, tous ces gens, en effet, qui n'ont qu'une obsession, Gaza, la haine d'Israël.
11:33Et souvenons-nous des mots de Mélenchon lors de la grande manifestation de l'antisémitisme.
11:40Il n'y va pas et il dit, les partisans du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous au moment où l'antisémitisme explose en France.
11:50Voilà où nous en sommes.
11:52Alain Finkielkraut est l'invité du grand rendez-vous ce dimanche.
11:54A tout de suite, on parlera de la situation en Israël.
12:00Retour sur le plateau du grand rendez-vous Europe 1C News.
12:03Les Echos avec notre invité Alain Finkielkraut.
12:05Vous rentrez d'un séjour d'Israël.
12:08Vous avez pu observer les choses.
12:10Est-ce que vous avez trouvé les Israéliens aussi combatifs, aussi déterminés et parlant d'une seule voix comme juste après le 7 octobre 2023 ?
12:22Non, ils ne parlent pas d'une seule voix.
12:26Et même la désunion d'Israël a supplanté l'union sacrée, née évidemment du pogrom du 7 octobre.
12:40Et ça c'est nouveau ?
12:41Non, j'étais déjà en Israël il y a un an.
12:45Et je me souviens qu'un professeur de l'université de Tel Aviv m'avait dit que le grand problème d'Israël, ce n'était pas le ramas, c'était Netanyahou.
12:58Et c'est clair, Netanyahou c'est l'ennemi.
13:00Pardon, le ramas c'est l'ennemi.
13:02Oui, le ramas c'est l'ennemi.
13:03Netanyahou c'est le problème.
13:05Et pour beaucoup d'Israéliens le problème est encore plus aigu aujourd'hui parce que le ramas a perdu.
13:14Le ramas a été vaincu.
13:16Pourquoi donc continuer la guerre alors qu'il y aurait une possibilité de remplacer le ramas par l'autorité palestinienne ?
13:28Qu'aiderait bien entendu l'Arabie Saoudite pour cette reconstruction si difficile ?
13:34Mais cela, le gouvernement de Netanyahou ne veut pas entendre parler.
13:40Donc il poursuit la guerre pour des motifs personnels, parce que ça lui permet de rester au pouvoir et pour la grande satisfaction de ses alliés jusqu'aux bouddhistes
13:52parce qu'eux, ils ont un programme, réoccuper Gaza et vider l'enclave d'une majorité de Palestiniens.
14:00A l'implication de comment est-ce que vous pouvez dire que le ramas s'est fini ?
14:03Tout le monde sait que c'est une hydre à plusieurs têtes et que ça peut renaître d'un moment à l'autre.
14:07Et c'est sans doute déjà en train de renaître sous une autre forme, même si ça ne s'appellera pas ramas.
14:12Encore, moi je n'ai pas entendu dire que le ramas était terminé.
14:16Et la deuxième chose, est-ce qu'on ne commence pas toute cette histoire-là par la libération des otages israéliens ?
14:22Oui, mais sachez que dans la proposition égyptienne, il s'agit de libérer tous les otages.
14:29Il s'agit aussi pour le ramas de déposer les armes et éventuellement, et le plus tôt possible, de quitter Gaza.
14:36C'est sur la table, c'est sur la table.
14:40Vous voyez, vous dites que le ramas doit déposer les armes, ça veut dire qu'il est encore là.
14:44Écoutez, en tout cas, c'est ce que proposent aujourd'hui les égyptiens et c'est une occasion à saisir.
14:54La guerre dure depuis deux ans et demi.
14:57Tous les jours, on vous apprend qu'une centaine de cibles terroristes ont été visées.
15:04Si vous comptez bien, depuis octobre 2023, il y a plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers de cibles terroristes qui ont été visées.
15:12Il y a un moment où on peut se dire, ça suffit.
15:17Moi, je vais en Israël et je vais à une manifestation pour les otages, pour la libération des otages.
15:26Et un réserviste gravement blessé, il a été amputé des deux mains, il a eu un crotel à la jambe gauche et il a perdu un œil.
15:41Et il parle devant la foule qui demande quoi ?
15:45Qui demande Koulam Arshav Abaïta.
15:50Koulam, c'est tous, Arshav, maintenant Abaïta à la maison.
15:54Et il le demande au gouvernement Netanyahou, il le demande.
15:59Et d'ailleurs, c'est ça aussi qui serre le cœur.
16:02Arshav, ça rappelle Shalom Arshav, la paix maintenant.
16:07Un mouvement né il y a près de 50 ans.
16:10Israël est le pays de l'urgence, mais de l'urgence malheureuse.
16:14Et c'est ce que je ressens avec une infinie tristesse quand je suis en Israël.
16:21Parce qu'en face de ceux qui réclament cela, il y a des gens, j'en ai vu, qui considèrent le 7 octobre comme un miracle.
16:32Pourquoi ? Parce que tout d'un coup, l'opportunité presque divine leur est donnée d'occuper toute la terre d'Israël et de la vider de sa population non juive.
16:46C'est la guerre de Gog et Magog qui reprend à leurs yeux.
16:50Alors ce discours, à mon avis, est minoritaire en Israël, vraiment minoritaire.
16:54Malheureusement, il a ses représentants au gouvernement.
16:57Et pour des raisons qui lui appartiennent, Netanyahou laisse faire.
17:02D'où ma situation extrêmement difficile, si vous voulez.
17:06Mon soutien à Israël passe par une solidarité totale avec les manifestants de Tel Aviv et de Jérusalem.
17:16Et en même temps, je ne veux rien concéder à tous ceux qui parlent de génocide à Gaza et qui alimentent ainsi un antisémitisme féroce.
17:26Vous évoquiez tout à l'heure l'autorité palestinienne. Est-ce qu'aujourd'hui ça peut être une solution, cette autorité complètement discréditée, corrompue ?
17:34Vous avez toujours été partisan d'une solution de deux États. Est-ce qu'aujourd'hui ce n'est pas une fiction, ces deux États ?
17:41Autorité corrompue, on peut imaginer une autorité palestinienne rénovée.
17:48On peut imaginer, vous savez, Abba Eban disait très justement, l'ancien ministère de l'étranger, les palestiniens ne manquent pas une occasion de manquer une occasion.
17:58Et c'est vrai, toutes les propositions de paix, ils les ont refusées.
18:01Mais ça peut se retourner maintenant contre Israël.
18:04Est-ce que les Israéliens, justement, sous l'emprise de leurs extrémistes, ne vont pas, ne sont pas en train de manquer une occasion de reprendre le cours...
18:17Qui est l'interlocuteur ?
18:18...des négociations ? Écoutez, l'interlocuteur existe. L'interlocuteur peut se trouver, surtout s'il y a le parrainage des émirats arabes et de l'Arabie Saoudite.
18:31Mais est-ce qu'ils le veulent vraiment ? Est-ce qu'ils le veulent vraiment, ces pays que vous citez ?
18:34Mais vous savez aussi que du côté d'Israël, il y a des gens qui ne veulent absolument pas entendre parler d'État palestinien qui mène une politique du fait accompli avec la multiplication des implantations
18:50et donc des frictions, des heurts constants entre les colons et les palestiniens, la brutalisation de la société israélienne.
19:03Donc, il faut savoir que...
19:06Ils ne veulent pas revivre un 7 octobre aussi à l'impli quelque part.
19:09Ils ne veulent pas. Et là, vous avez tout à fait raison. Parce qu'évidemment, la méfiance des Israéliens à l'égard du partage vient de là.
19:172002, on se retire du Liban sous l'impulsion des Hauts-de-Baraque, on a le Hezbollah.
19:252005, on se retire de Gaza sous l'impulsion d'Arielle Charonne, on a le Hamas.
19:32Si on se retire de Surdani, on va avoir le Hamas à nos portes.
19:35Mais d'un autre côté, je comprends très bien cette méfiance et je la partage.
19:40Mais d'un autre côté, la promiscuité est terrible pour les deux peuples.
19:46Je ne sais pas si je suis pour un État palestinien ou pour une confédération Jordano-Palestine, je suis pour la séparation.
19:53Entre l'annexion et la séparation, je suis avec les Israéliens qui choisissent la séparation.
20:00D'autant plus que s'ils choisissent l'autre voie, les Israéliens, les Juifs, pourront se trouver minoritaires dans le grand Israël.
20:13Or, le sionisme, c'est une majorité juive quelque part dans le monde. Il faut aussi penser à cela.
20:20Israël, par ailleurs, aujourd'hui, se sent peut-être de plus en plus seul sur la scène internationale.
20:27D'ailleurs, on l'a vu après l'attentat de Washington, où Israël a dénoncé certains pays occidentaux qui alimenteraient la haine anti-Israël.
20:34Est-ce que, par ailleurs, si on explique ce détachement entre une partie de l'Occident et Israël,
20:39ça ne s'explique pas aussi pour des considérations intérieures en Occident, c'est-à-dire un changement démographique dans nos sociétés,
20:46qui fait que les pays occidentaux se sentent de moins en moins capables de soutenir Israël pour des raisons de politique intérieure,
20:52pour ne pas choquer une partie de leur communauté ?
20:54Oui, vous avez raison de penser cela. On parlera tout à l'heure du rapport sur les frères d'Islam.
21:02Vous savez que l'une des préconisations de ce rapport, qui est absolument incroyable, c'est la reconnaissance de l'État palestinien.
21:08C'est-à-dire quoi ? Pour calmer les quartiers populaires. La rue Arabe, qui, soit dit en passant, n'en a strictement rien à faire de la situation des Rohingyas ou des Ougours.
21:21Il s'agit d'un État palestinien parce que, vraiment, on en a marre des Juifs. On ne peut pas rentrer dans ce genre de considérations.
21:31Cela confirme tout à fait, Mathieu Bocoté, votre hypothèse.
21:38Mais quand vous dites qu'Israël pointe, condamne ou attaque les Européens, ce n'est pas Israël.
21:47Israël ne parle pas d'une seule fois. C'est le gouvernement israélien et j'ajoute...
21:51C'est la voie autorisée, par ailleurs.
21:53C'est la voie autorisée, mais la voie très contestée.
21:55Parce que Netanyahou et ses ministres ne se contentent pas de mettre en cause les différents gouvernements européens
22:03qui, eux-mêmes, s'interrogent sur la persuite de l'accord d'association avec Israël.
22:10Il attaque, Netanyahou, des Israéliens eux-mêmes, notamment Yair Golan, président du Parti des Démocrates,
22:20qui a dit qu'Israël était en train de devenir un État pariat et commettait des crimes de guerre à Gaza,
22:28d'eux-mêmes, et Oudolmert, et donc ceux-là sont considérés comme des traîtres.
22:35On a même dit que leur discours a armé l'assassin de Washington.
22:41Voilà jusqu'où va la déchirure d'Israël.
22:44Alain Finkielkraut est l'invité du grand rendez-vous Europe 1C News Les Echos.
22:48Vous restez avec nous ce dimanche.
22:50Dans un instant, nous allons justement parler de ce rapport déclassifié sur les frères musulmans en France.
22:56A tout de suite.
22:58Retour sur le plateau du grand rendez-vous Europe 1C News Les Echos avec notre invité ce dimanche, le philosophe Alain Finkielkraut.
23:06On a interrogé les Français Alain Finkielkraut par l'intermédiaire de l'institut CSA pour Europe 1, le JDD et C News.
23:15Emmanuel Macron peut-il lutter contre l'islam radical ?
23:1971% disent non.
23:23Oui, 28%.
23:25Et puis un autre sondage.
23:27Est-ce que la lutte contre l'islam radical doit être une priorité pour le gouvernement ?
23:3381% des Français disent oui.
23:37Voilà ce sondage édifiant dans le contexte qu'on sait, c'est-à-dire la déclassification de ce rapport par Bruno Retailleau, le rapport sur les frères musulmans.
23:47Qu'est-ce que vous retenez de ces 73 pages de rapport ?
23:52Il y a quelques années, en 2012 exactement, paraissait un livre collectif sous la direction de Georges Bensoussan, Une France soumise.
24:03En 2002, ça avait été Les Territoires perdus par la République. Là, c'est Une France soumise.
24:08Et ce rapport, ce livre, était préfacé par Elisabeth Badinter.
24:13Et elle disait, dans sa préface,
24:16Une seconde société tente de s'imposer au sein de notre République, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme, voire la sécession, le tout avec notre complicité active ou passive.
24:33Et alors ça a valu à Elisabeth Badinter, ce genre de propos, d'être un peu marginalisé à gauche, sinon même exclu de la bien-pensance de gauche.
24:46Donc les choses étaient claires, mais ce rapport dit davantage.
24:52C'est-à-dire, ce n'est pas simplement séparatisme qui est à l'œuvre, une seconde société qui veut vivre, qui veut se cantoniser avec ses propres valeurs, c'est l'esprit de conquête.
25:05L'entrisme.
25:06C'est l'entrisme et l'esprit de conquête.
25:09Et c'est ce que disait d'ailleurs Youssouf Al-Karadawi, le grand maître à penser des frères musulmans.
25:17Avec vos lois démocratiques, nous vous coloniserons.
25:24Avec nos lois coraniques, nous vous dominerons.
25:29Voilà quel était le programme et quel est toujours le programme.
25:35Bruno Rotaillot a raison quand il dit que le but des frères musulmans, c'est d'imposer la loi islamique, la charia, en France.
25:44Ça a suscité une polémique, ces propos.
25:47Il a raison parce que c'est leur but affiché.
25:50Alors il y a plusieurs variantes.
25:52Il y a la variante salafiste, la variante des frères musulmans, mais effectivement, c'est pour eux l'idée en effet d'islamiser les terres européennes.
26:04Et une idée d'autant plus forte que leur situation dans les pays musulmans est toujours plus difficile.
26:11Les frères musulmans sont attaqués, emprisonnés en terre d'islam.
26:18Donc c'est comme s'ils voulaient se reporter sur notre monde et jouer de sa faiblesse, jouer là encore de son antiracisme.
26:30Mais comment est-ce que vous analysez l'attitude du président de la République ?
26:33Il y a eu ce rapport qui a été présenté dans une entité de ministre restreint qu'on appelle le conseil de défense.
26:39Et vous savez ce qui s'est passé.
26:40Emmanuel Macron n'a pas dit il faut prendre des actions immédiates.
26:44Il a dit on va refaire un conseil de défense dans quelques jours pour analyser la situation.
26:48Soi-disant, c'est le communiqué de l'Élysée, étant donné la gravité de la situation.
26:53Est-ce qu'il n'y a pas une forme, et je pose la question de manière totalement candide,
26:57est-ce qu'il n'y a pas une forme de minimisation, encore une fois,
26:59alors que ce rapport est connu du président de la République depuis plusieurs mois
27:03et qu'il vient d'être déclassifié par le ministre de l'Intérieur ?
27:05On sait la situation intérieure du pays avec ce gouvernement, j'allais dire, de coalition entre les différents partis.
27:13Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, qui vient d'être nommé président des Républicains,
27:16est donc politiquement en concurrence avec le président de la République.
27:20Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de flou ou à tout le moins de pas clair ?
27:25Alors bien sûr, il faut se souvenir qu'en 2017, Emmanuel Macron a fait campagne, si j'ose dire, sur l'économie.
27:37Que disait-il ? Si le communautarisme prospère, c'est sur la ruine de nos politiques économiques et sociales.
27:46La société statutaire, sans perspectives d'emploi, crée le désespoir social.
27:52Donc tout est réductible à l'économie, il faut fluidifier celle-ci et les problèmes pourront se régler.
28:00C'était le choix, si vous voulez, de l'ubérisation.
28:03L'islamisme n'est pas soluble dans l'économie.
28:12L'islam politique n'est pas soluble dans l'économie.
28:15Il y a des cultures, il y a des civilisations, il y a des incompatibilités.
28:20Emmanuel Macron a semblé s'en rendre compte avec son discours des Mureaux et cette loi sur le séparatisme.
28:30Mais c'est insuffisant.
28:35Il dit une chose et il pense un peu aussi son contraire, d'où effectivement la méfiance des Français.
28:42D'après le sondage que vous venez de nous donner, les Français ne lui font pas confiance.
28:49Parce qu'il n'a pas, si vous voulez, sur cette question, de ligne directrice claire.
28:54Cela dit, on a dénoncé cette semaine les frères musulmans en disant que c'est un agent actif d'islamisation de la France.
29:01Mais est-ce que ce discours a un sens, si on ne s'inquiète pas plus largement,
29:05des vagues migratoires et répétitions qui donnent aux frères musulmans l'occasion de chercher à manipuler une population
29:11pour la convertir à sa version très particulière de l'islam, un islam islamiste ?
29:15Autrement dit, les frères musulmans, sans les migrations qui la précèdent, leur capacité d'action serait assez limitée.
29:20Vous avez tout à fait raison.
29:22Bien sûr, lutter contre l'islamisation, contre cet esprit de conquête, cela passe par une nouvelle politique migratoire,
29:36sur le modèle de la politique que mène le Danemark, le Danemark social-démocrate.
29:44Bien sûr, l'assimilation et même l'intégration ne sont pas possibles si l'immigration continue à cette cadence infernale,
29:55500 000 nouveaux arrivants par an, dit-on.
30:00Bien sûr, l'école est submergée et cela profite évidemment aux frères musulmans,
30:10mais cela ne figure pas dans leur rapport, au contraire.
30:15C'est pour ça que je vous pose la question, c'est que la question de l'immigration est étonnamment absente globalement du rapport.
30:21Je ne dis pas qu'elle est tout à fait absente, mais c'est comme si c'était un facteur secondaire, alors que c'est le facteur peut-être premier.
30:26Bien sûr, on ne pourra jamais mener une élite efficace si on maintient cette absence de politique migratoire.
30:38Comment peut-on stopper, selon vous, l'immigration de toutes les personnes qui viennent de pays musulmans ?
30:45De toute façon, aujourd'hui, il faut ralentir les flux migratoires.
30:51Et la très grande majorité des migrants en France viennent des pays musulmans.
31:02C'est très intéressant parce que le pape François n'en avait pas conscience.
31:12Il a fait de la question migratoire une cause personnelle.
31:17Dans le migrant, il fallait voir, disait-il, le visage de Jésus-Christ.
31:22Et là, il allait à l'encontre de son prédécesseur, de ses prédécesseurs.
31:28Pour qui la perpétuation de l'asciliation européenne était essentielle ?
31:39Et lui, le pape François, disait que l'Europe est une grand-mère stérile et craintive.
31:49Et surtout, il ajoutait que l'Europe doit être conçue comme un hôpital de campagne après la bataille.
32:03Donc, un point de vue strictement et totalement humanitaire.
32:08Restons dans les suites du rapport.
32:10François Ruffin, figure bien connue d'une gauche plus radicale,
32:15il parlait de la question du voilement des jeunes filles de 15 ans, par exemple.
32:19Il dit, mais quelle est la différence, je résume son propos,
32:22entre le fait de baptiser un enfant après quelques semaines ou le voilement d'une fillette de 15 ans ?
32:29Que vous inspire, par exemple, ce propos ?
32:31D'ailleurs, je trouve que c'est une manière...
32:37À chaque fois, on dit ça, c'est-à-dire qu'on découvre les problèmes de l'islam radical,
32:47et on cite Bétarame, l'école où la femme de François Bayreau était enseignante.
32:58Donc, on pointe toujours le catholicisme, ses excès du catholicisme.
33:04On vous parle aussi du concordat avec l'Alsace-Lorraine, qui est un véritable scandale.
33:11Donc, la lassité est défendue comme une arme contre les catholiques,
33:16et au contraire, si vous voulez, récusée quand il s'agit de l'islam.
33:22L'islam, donc les abayas, le voile à l'école.
33:25Mais pour en revenir au pape, c'est très intéressant.
33:30C'est-à-dire que c'est une manière de penser que les hommes sont interchangeables.
33:38C'est ça, le discours humanitaire.
33:41C'est-à-dire que les hommes n'existent qu'au travers de leur souffrance,
33:45et dans la souffrance, dans les larmes, dans la merdune, nous sommes tous pareils.
33:52C'est une négation de l'islamophobie ?
33:55Ou d'une islamisation ?
33:57C'est une sorte de choix ontologique.
34:00Être, c'est être remplaçable.
34:02Tout le monde peut remplacer tout le monde.
34:04Et aujourd'hui, deux types de discours vont dans ce sens,
34:08pour justement soutenir l'immigration.
34:11Le discours humanitaire, qui a été repris, si vous voulez, et canonisé par le pape François,
34:17et le discours patronal.
34:19Les chefs d'entreprises réclament toujours plus d'immigration,
34:23parce qu'en effet, à leurs yeux, les hommes sont interchangeables.
34:25Or, ils ne le sont pas.
34:27Il faut partir de cette donnée absolument fondamentale,
34:32pour reconsidérer nos politiques obligatoires.
34:35Alain Finkielkraut est notre invité ce dimanche.
34:37A tout de suite.
34:42Dernière partie du grand rendez-vous Europe 1C News,
34:44les échos avec le philosophe Alain Finkielkraut,
34:46à l'heure où Jean-Luc Mélenchon dit
34:50« Ça suffit, l'islamophobie ! »
34:52suite à ce rapport sur les frères musulmans.
34:55Cette même France Insoumise, par l'intermédiaire de Paul Vannier,
34:58le rapporteur de la Commission, qui justement, on en a parlé à l'instant,
35:01auditionna François Bayrou sur l'affaire Bétharame.
35:04Paul Vannier a publié un rapport, début avril, de 178 pages,
35:08sur le séparatisme scolaire.
35:10Il demande l'abolition de l'école catholique privée sous contrat.
35:15Question simple, Alain Finkielkraut.
35:17La France Insoumise que nous brandit, la laïcité à tout bout de champ,
35:20n'est-elle pas en train de mener un combat de civilisation ?
35:24Mélenchon disait, dans un tweet qui a été reproduit par Charlie Hebdo,
35:31autrefois, ou Naguère plutôt,
35:34« Je conteste les termes d'islamophobie.
35:37On a le droit de ne pas aimer l'islam
35:40comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme. »
35:44Henri de Navarre, le futur Henri Quaître, disait
35:47« Paris vaut bien une messe. »
35:50Pour la France Insoumise, les prochaines échéances électorales
35:57valent bien un mariage avec l'islam politique
36:04et même une conversion à l'antisémitisme.
36:08Donc la lutte contre l'islamophobie telle qu'il l'amène,
36:12c'est la collaboration qui revêt les habits de l'antiracisme.
36:18Voilà, il n'y a rien d'autre à en dire.
36:21Et la négation de la civilisation chrétienne ?
36:23Bien sûr, la négation de notre héritage,
36:26cet héritage très important aux yeux des vrais républicains.
36:30Jules Ferry, justement, disait qu'il fallait transformer
36:35tous les petits enfants qui allaient à l'école
36:38en héritiers de l'Histoire de France,
36:40l'Histoire de France dans son intégralité.
36:43Alors qu'il aurait pu dire « Non, ça commence en 89 ».
36:46Ils n'ont jamais pensé, les républicains,
36:48que l'Histoire française commençait en 89.
36:50Elle devait évidemment assumer son héritage chrétien.
36:55La laïcité, finalement, n'a jamais dit autre chose.
36:59Est-ce qu'il n'y a pas, par ailleurs,
37:01à tout le moins c'est ce qu'on entend dans les médias,
37:04une forme de faiblesse dans ce rapport,
37:06à tout le moins dans ces recommandations,
37:08c'est-à-dire, par exemple, que pour être capable
37:10de favoriser l'intégration des musulmans en France,
37:12il faut reconnaître l'État palestinien,
37:14comme si la politique intérieure se fondait sur tel souci,
37:17et de même apprendre l'arabe à l'école
37:20pour être capable de favoriser l'intégration
37:22des jeunes musulmans en France.
37:24Autrement dit, plus la France s'arabisera et s'islamisera,
37:27plus le danger des frères musulmans tombera.
37:29Non, ils ne disent pas tout à fait ça,
37:31mais ils disent apprentissage arabe
37:34pour ne plus en laisser le monopole aux écoles coraniques.
37:37C'est très important, parce que ce qu'il faut favoriser à l'école,
37:44d'abord et avant tout, c'est l'enseignement du français.
37:49Un peuple qui tient à sa langue est un peuple qui tient bon,
37:53disait Gide.
37:55Et le peuple français ne tient pas bon,
37:57il ne tient plus à sa langue.
37:59La syntaxe s'effondre, le vocabulaire se rétrécit.
38:02On parle de TikTok.
38:06Oui, on parle de TikTok, vous avez raison.
38:09Le français va très très mal.
38:12Et si on a un instant, je voudrais vous lire les extraits
38:16d'un livre d'entretien d'Emmanuel Evinas avec François Poirier.
38:23Il arrive en France, à Strasbourg, dans les années 30.
38:27Vous saviez le français en arrivant à Strasbourg ?
38:29Non, pas du tout.
38:30Comment avez-vous fait ?
38:32Ah, les langues ne sont jamais un obstacle.
38:34La première année, je lisais du Corneille
38:36en consultant sans cesse un dictionnaire.
38:38Et il ajoute, c'est le seul de cette langue
38:41qui est pour moi le seul français, vous comprenez.
38:44Je parle très bien le russe encore,
38:46assez bien l'allemand et l'hébreu.
38:48Je lis l'anglais, mais j'ai souvent pensé
38:50au début de la guerre de 1939
38:52que l'on fait la guerre pour défendre le français.
38:55Et Boilem Saint-Saël, son dernier livre,
39:00c'est le français, parlons-en.
39:03Donc, Boilem Saint-Saël, Emmanuel Vénas,
39:05Sioran, la langue française est en plein déclin.
39:09Et ce qui m'attriste le plus,
39:12c'est que les français n'ont pas l'air d'en souffrir.
39:16Et c'est moi qui me désole, moi, rebu des Balkans,
39:21qui me désole de le voir s'embrer.
39:23Eh bien, je coulerais inconsolable avec elle.
39:27Voilà comment des étrangers ont su parler du français.
39:32Donc, il y a une urgence, pour le coup,
39:35à réintroduire l'apprentissage du français,
39:38le français constitué, en quelque sorte,
39:41enrichi par sa littérature, dans les classes,
39:44pour qu'effectivement, on reparle le français
39:46et pas le TikTok.
39:47– Stéphane Dupont, pour vous, la lutte contre l'islamisme,
39:50elle commence à l'école.
39:52Là, c'est la matrice, c'est là où tout doit commencer.
39:55– Oui, et ce n'est pas nécessairement une lutte directe.
39:58Ça ne veut pas dire aux gens, attention à l'islamisme.
40:00Mais il s'agit effectivement de les assimiler,
40:04c'est-à-dire de leur permettre d'assimiler eux-mêmes
40:08la culture française et à travers elle,
40:12l'héritage écolatain qui nous constitue.
40:15– Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui pour vous.
40:17L'école ne fait plus son travail.
40:18– C'est de moins en moins le cas aujourd'hui, ça c'est vrai.
40:21L'écrit disparaît au profit de l'oral.
40:24L'orthographe n'est plus enseignée.
40:27Et quand les élèves font des fautes d'orthographe dans les examens,
40:30même le bac, etc., les examinateurs sont sommés
40:35de ne pas en tenir compte.
40:37Voilà où nous en sommes.
40:38– Alors, nous avons examiné une série de problèmes
40:40liés à l'intégration, liés à l'islamisation.
40:43Un portrait assez critique, ce qui implique une réponse politique.
40:47Parmi les réponses politiques qui se proposent en ce moment,
40:50il y a, on le sait, l'émergence de Bruno Retailleau,
40:53nouveau chef des Républicains,
40:54qui a obtenu environ 75 % dans son parti,
40:58donc un véritable appui.
40:59Certains disent un triomphe.
41:00J'aimerais savoir, que vous inspire Bruno Retailleau
41:02comme figure politique ?
41:03Vous inspire-t-il confiance ?
41:05– Ce qui m'inspire confiance, c'est son discours, en effet.
41:11Il semble sincère, il est très digrecte,
41:15et il prend les problèmes à bas le corps.
41:18Il nous sort du, en même temps, mortifère dans lequel nous avons vécu.
41:26Et en outre, j'ai été très sensible à la position que Bruno Retailleau
41:32a prise au moment de l'incarcération en Algérie de Boalem Sanssard.
41:40C'est notre Navalny, Boalem Sanssard.
41:43Espérons qu'il n'aura pas le même sort,
41:45mais nous devrions le traiter, le penser comme tel.
41:49Et il a préconisé, contre l'avis d'un ministre des Affaires étrangères
41:55bien mal aspiré en tous domaines,
41:57notamment sur le conflit israélopéen,
41:59il a préconisé une politique de fermeté, un bras de fer.
42:03Donc il dit les choses, il regarde la réalité en face,
42:09et il redonne une certaine vigueur à la droite qui en avait besoin.
42:13Et alors je remarque aussi,
42:15et ça c'est très intéressant pour la sortie du macronisme,
42:19je n'ai pas à prendre parti pour l'un ou pour l'autre dans les élections de 2027,
42:23mais il y a un rapprochement idéologique très clair
42:26entre Bruno Retailleau et Édouard Philippe.
42:29On dit même qu'Édouard Philippe rêve d'un ticket.
42:33Bon, ça ce ne sont pas les miennes,
42:37mais nous sortons vraiment du, en même temps,
42:41une vraie alternative à la gauche radicale et à la gauche molle
42:46est en train de naître.
42:48Et cela m'encourage d'autant plus que je persiste
42:56à ne pas avoir confiance dans le Rassemblement national,
43:00qui n'est certes plus un parti fasciste,
43:03collaborationniste, pétainiste,
43:05mais dont le tropisme poutinien m'inquiète
43:09et dont mes programmes économiques me paraissent aberrants.
43:12Mais vous qui êtes historiquement un homme de gauche,
43:14qui revendiquez encore de temps en temps votre appartenance à la gauche,
43:18qu'est-ce qui vous sépare encore par exemple d'une droite version Retailleau ?
43:22Je ne saurais pas, je ne saurais pas.
43:24Je sais que la gauche, comme l'a remarqué Jacques Julliard,
43:28a trahi la laïcité, a trahi la République, a trahi l'école,
43:33qui était sa cause.
43:35C'était la cause de la gauche.
43:37Au nom d'une espèce d'égalitarisme fou,
43:40tout souci d'excellence, tout véritable souci d'égalité des chances a été abandonné.
43:45Vous savez, Albert Camus, il est devenu Albert Camus
43:49parce que M. Germain a vu qu'il était de la bonne race, comme il disait.
43:55Mais maintenant c'est fini,
43:57parce qu'au nom de l'égalité, on nivelle tous les élèves.
44:03C'est ça, c'est-à-dire on abaisse le niveau
44:06pour ne laisser, pour ne mettre personne au bord de la route.
44:09Donc la gauche a trahi et même détruit l'école.
44:14Et donc je n'ai aucune raison de soutenir la gauche telle qu'elle est.
44:21Quant à la droite, elle reste une droite sociale.
44:27On ne peut pas dire que ce soit le parti des privilégiés
44:30qui veuille que les riches soient de plus en plus riches
44:32et les pauvres de plus en plus pauvres.
44:34Cette vision est absurde.
44:35Donc je ne dirais pas que quelque chose de très fort
44:41me sépare aujourd'hui des propositions de Bruno Retailleau.
44:44– Donc vous êtes devenu de droite ?
44:46– Est-ce que je suis devenu de droite ? Je ne sais pas.
44:49– Quand bien même, est-ce que ça serait grave ?
44:51– Ce n'est pas grave du tout.
44:53Ça devient grave d'être de gauche, étant donné ce que la gauche est devenue.
44:57Là ça devient grave.
44:58Je réponds souvent à cette question par un credo qu'avait publié
45:04Leszek Kolakowski, le grand penseur polonais, en 1978.
45:08Pourquoi je suis conservateur, libéral, socialiste ?
45:12Il faut prendre le meilleur des trois.
45:15– La porte-parole du gouvernement, Sophie Prima,
45:18a déclenché un tollé cette semaine en déclarant que c'était la fin du macronisme
45:22et que dans quelques mois ça allait terminer.
45:24Vous partagez cette analyse ? C'est la fin du macronisme ?
45:26Vous parliez tout à l'heure de l'alliance entre Philippe et Edouard Thériault.
45:29– Quand je vois…
45:31– La fin du en même temps.
45:33– C'est la fin du en même temps, ça c'est clair.
45:35Et quand je vois les positions adoptées par l'héritier naturel du macronisme,
45:40c'est-à-dire Edouard Philippe,
45:42j'ai le sentiment que cette pensée ne survivra pas à celui qui lui a donné son nom.
45:50– Un dernier mot, Alain Finkielkraut,
45:52palme d'or à Jafar Panahi pour un simple accident.
45:56C'est ce cinéaste iranien, vous avez un mot j'imagine pour lui aujourd'hui ?
46:03– Écoutez, d'abord je n'ai pas vu le film donc je ne peux pas en juger.
46:07– Mais c'est un symbole.
46:08– C'est un symbole, j'espère que l'œuvre n'est pas seulement récompensée en tant que symbole,
46:12mais enfin l'Iran en effet c'est le pays de femmes, vie, liberté
46:17et je remarque que Juliette Binoche, pour l'inauguration du Festival de Cannes,
46:22portait le voile, donc je ne sais pas très bien où le jury en est,
46:27où elle en est elle-même, mais j'ai hâte de voir ce film
46:32et en effet nous ne devons jamais abandonner la cause des femmes iraniennes
46:39et a fortiori la cause des femmes afghanes.
46:43– Merci Alain Finkielkraut d'avoir été notre invité au Grand Rendez-vous.
46:46Très bon dimanche sur nos deux antennes.
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