00:00RTL Matin
00:03Céline Landreau et Thomas Soto
00:05Il est 8h15, l'interview de Céline Landreau au coeur de l'actualité
00:08et au coeur des problématiques de notre société
00:10puisqu'on va parler de la place des femmes.
00:12Les mauvaises langues diront qu'il y a une journée pour les femmes le 8 mars
00:14et 364 autres pour les hommes.
00:16Parce que ça suffit, vous avez choisi d'inviter
00:18Aurore Berger, ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes
00:20et de la lutte contre les discriminations.
00:22Elle publie chez Robert Laffont
00:24nos combats pour la République. Bonjour et bienvenue à vous.
00:26Bonjour Aurore Berger.
00:28Vos combats dans ce livre se confondent
00:30avec l'intitulé de votre ministère
00:32Égalité entre les femmes et les hommes, lutte contre les discriminations.
00:34Mais à la lecture,
00:36deux choix que vous partagez,
00:38deux choix personnels et respectables
00:40interrogent, je trouve, au regard de
00:42votre combat et de vos fonctions.
00:44Le premier, il concerne Victoire, votre fille
00:46à qui vous dédiez d'ailleurs ce livre.
00:48Vous expliquez avoir caché votre grossesse lors des législatives de 2022
00:50parce que, dites-vous,
00:52j'en craignais les conséquences politiques.
00:54En cette veille de
00:56journée internationale des droits des femmes,
00:58on en est encore là, Aurore Berger. C'est un problème
01:00d'être enceinte dans notre pays ?
01:02Ce n'est pas un problème et heureusement,
01:04mais ça a des conséquences.
01:06Ça a des conséquences sur votre vie
01:08ensuite professionnelle.
01:10Dans les dix années qui suivent
01:12la première naissance de votre enfant,
01:14les femmes perdent 38% de niveau de revenu par rapport aux hommes.
01:1638% de niveau de revenu
01:18qu'elles ne rattrapent ensuite jamais.
01:20Donc la question de la parentalité,
01:22c'est ce qu'on appelle en fait la pénalité parentale.
01:24Vous êtes une femme et que vous devenez mère,
01:26ça vous pénalise dans votre vie économique,
01:28ce qui n'est pas le cas pour les hommes et pour les pères.
01:30Mais sauf erreur, quand vous faites campagne pour être députée,
01:32l'indemnité est la même, que vous soyez maman ou pas.
01:34Elle n'était pas celle-ci.
01:36C'était de perdre la campagne.
01:38Parce que je pense qu'il y a encore des qualificatifs
01:40qui sont attachés au fait d'être une femme en politique
01:42et au fait en plus d'être une mère.
01:44Et je l'ai beaucoup ressenti justement
01:46à partir du moment où j'ai dit que j'étais enceinte,
01:48y compris d'ailleurs dans certaines interviews
01:50où j'avais l'impression que je ne faisais jamais la bonne réponse.
01:52C'est-à-dire que si j'expliquais
01:54que je prenais un long congé maternité,
01:56ça veut dire que je n'étais pas vraiment une femme politique,
01:58que je n'étais pas un animal politique,
02:00que je n'avais pas envie de continuer d'avoir une carrière.
02:02Et si je prenais un congé court,
02:04c'est que j'étais forcément une mauvaise mère.
02:06Et donc du coup, j'ai préféré
02:08garder ce moment d'abord pour moi, intime,
02:10le dire quand j'estimais que
02:12je pouvais vraiment le dire.
02:14Et je l'ai dit, c'est vrai, une fois que j'ai été élue
02:16présidente de groupe, parce que je ne voulais pas
02:18que ça rentre en ligne de compte
02:20de la part de mes collègues, de la part de l'environnement
02:22politique et médiatique, sur le fait que
02:24j'étais enceinte et que je faisais campagne
02:26pour les législatives, que j'étais enceinte
02:28et que je faisais campagne pour être présidente de groupe,
02:30parce que je sais que dans un sens ou dans un autre,
02:32à un moment, ça serait rentré en ligne de compte
02:34et je ne voulais pas que ça rentre en ligne de compte
02:36parce que je pense que le fait d'être enceinte
02:38pour le coup ne changeait rien,
02:40heureusement, à mes compétences.
02:42Après, le fait d'être maire, je pense, a changé
02:44un certain nombre de choses sur ma relation
02:46et mon rapport à la politique,
02:48autant aussi, parce que je pense que pour chacun
02:50d'entre nous en tant que parent, ça change
02:52évidemment beaucoup de choses.
02:53Autre choix sur lequel vous revenez,
02:55et là encore, il est personnel, respectable,
02:57en mars 2023, alors qu'il est
02:59question de violences conjugales à l'Assemblée nationale,
03:01vous avez ces mots,
03:02je n'instrumentalise pas ce combat
03:04car je sais de quoi je parle.
03:06Vous revenez dans ce livre sur cet épisode
03:08douloureux, vous glissez, qu'aujourd'hui
03:10encore, vous vous demandez chaque jour
03:12si vous ne devriez pas porter plainte.
03:14Sont jugés ce questionnement,
03:16politiquement, que même la ministre
03:18chargée de l'égalité entre les femmes
03:20et les hommes ait autant de difficultés
03:22à se dire enceinte, à porter plainte
03:24pour violences conjugales, est-ce que ça ne dit pas
03:26quelque chose de notre société aujourd'hui ?
03:28Déjà qu'il ne faut jamais juger les femmes,
03:30et que quand on a subi des violences,
03:32c'est à la personne qui les a subies
03:34de savoir le moment où elle le révèle ou pas,
03:36et le moment où elle décide
03:38ou non de porter plainte. Et je trouve qu'il y a
03:40encore trop de jugements dans la société,
03:42et à partir du moment où une femme porte plainte,
03:44on interroge toujours les raisons pour lesquelles elle le fait.
03:46Là encore, soit elle le fait trop tôt,
03:48soit elle le fait trop tard, elle le fait toujours pour intérêt.
03:50Alors que quand on porte plainte,
03:52c'est d'abord parce qu'on a une nécessité
03:54de réparation. Quand on
03:56s'exprime publiquement, c'est qu'il y a aussi
03:58la nécessité que ça puisse être utile.
04:00Et le moment dont vous parlez,
04:02et dont je fais référence au sein du livre,
04:04c'était une séance à l'Assemblée nationale
04:06où j'avais porté une proposition de loi
04:08pour dire que j'estimais qu'un homme qui avait été
04:10condamné pour violences conjugales,
04:12ne devait pas et ne pouvait
04:14pas normalement se représenter à une élection.
04:16Parce que j'estimais que quand on
04:18avait levé la main sur sa compagne
04:20ou sur son enfant, il y avait
04:22un tel interdit qui avait été franchi que ça
04:24légitimait qu'on ne puisse pas être
04:26candidat à une fonction élective.
04:28Et ce moment à l'Assemblée nationale a été
04:30absolument insupportable.
04:32L'Assemblée nationale, l'hémicycle, c'est une arène.
04:34Ça dépend si vous êtes
04:36le taureau ou si vous êtes le tauréador.
04:38Et là j'avais quand même sacrément l'impression d'être le taureau.
04:40Et vraiment l'impression que de l'extrême gauche
04:42à l'extrême droite, il y avait cette volonté
04:44de m'abattre presque physique.
04:46Mais sur la plainte, Robert,
04:48j'ai sur l'action en justice. Je pense aux femmes qui nous écoutent
04:50qui pensent que c'est très personnel.
04:52Est-ce qu'il n'y a pas une notion
04:54peut-être que le mot est trop fort, mais d'exemplarité
04:56je pense aux femmes qui vous écoutent qui se disent
04:58peut-être si même elles
05:00à ces responsabilités n'y arrivent pas, comment je peux faire ?
05:02Est-ce que c'est un cheminement qui est très intime
05:04et qui est très personnel ? Et que la question
05:06que je me suis posée c'est est-ce que moi j'avais besoin
05:08ou pas de porter plainte ?
05:10Est-ce que c'était important pour moi ou pas
05:12de le faire ? Et après en effet, étant ministre
05:14je me dis est-ce que ce serait utile à d'autres
05:16que je le fasse ? Mais en fait le raisonnement il est d'abord
05:18intime. Et c'est pour ça que je pense qu'il ne faut
05:20jamais juger les femmes sur la manière
05:22avec laquelle elles révèlent ou elles ne révèlent pas
05:24comment on le fait. Parce que
05:26le moment où vous dites que vous avez été victime
05:28parce que évidemment quand vous êtes
05:30victime il y a un tel niveau de
05:32honte, de culpabilité, de secret
05:34qui entoure tout ça pour des raisons évidentes
05:36que le moment où vous le révélez vous venez
05:38heurter la fragilité d'un environnement
05:40familial, la fragilité d'un environnement
05:42amical et la question du dépôt de
05:44plainte évidemment est une étape supplémentaire.
05:46Donc mon inquiétude n'est pas du tout d'être cru
05:48ou pas. Mon inquiétude n'est pas qu'on
05:50accueille bien ma plainte parce que je n'ai aucun doute là-dessus
05:52mon inquiétude est plutôt sur
05:54est-ce que moi j'en ai besoin ou pas ?
05:56Est-ce que ma famille en a besoin ou pas ? Et ça c'est
05:58une question qui est extrêmement
06:00intime. Moi mon travail en tant que
06:02ministre c'est de garantir déjà
06:04la possibilité pour chaque femme de le faire
06:06mais surtout le fait que ça concerne
06:08toute la société et que enfin
06:10on arrive à lutter contre une forme d'indifférence
06:12où on se dit qu'après tout ça reste une affaire
06:14de famille, ça reste une affaire de couple,
06:16ça reste une affaire privée. Non, une femme qui est victime de
06:18violence c'est pas une affaire de couple.
06:20Un divorce c'est une affaire de couple.
06:22Une victime de violence c'est l'affaire de toute
06:24la société. Autre sujet très rapidement
06:26Aurore Berger, c'était un chantier lancé
06:28par Emmanuel Macron au printemps dernier
06:30le congé de naissance qui doit remplacer
06:32le congé parental. 4 mois seulement
06:34ça peut être jusqu'à 3 ans aujourd'hui
06:36mais mieux indemnisé pour chacun des parents.
06:38Vous l'avez ressorti des cartons il y a
06:40quelques jours, c'est pour quand ?
06:42J'espère que c'est pour bientôt. Moi mon rôle c'est aussi
06:44d'alerter et de mobiliser
06:46à la fois l'ensemble du gouvernement mais
06:48mobiliser aussi la société sur cette question-là.
06:50Ce chiffre que je vous donnais, de dire quand même
06:52qu'après la première naissance de notre
06:54enfant en tant que mère, il y a une perte de
06:56niveau de revenu de 38% pour les femmes
06:58versus les hommes et plus vous avez d'enfants
07:00et plus ça s'aggrave. Donc ça veut dire qu'on a
07:02aujourd'hui des jeunes femmes qui renoncent
07:04au fait d'être mère parce qu'elles ont peur des conséquences
07:06professionnelles, qui diffèrent ce choix
07:08au risque de ne jamais pouvoir l'être ou des
07:10femmes qui en subissent des conséquences dans leur
07:12mobilité professionnelle, dans leur carrière. Je pense
07:14que le fait qu'enfin il y ait
07:16un vrai congé qui puisse être repris
07:18parce que bien mieux indemnisé que celui
07:20actuel qui est environ à 427 euros
07:22permettrait aux hommes et aux
07:24femmes, aux pères et aux mères de pouvoir
07:26enfin s'ils le souhaitent avoir du temps
07:28auprès de leur enfant et que la présomption
07:30de parentalité ne pèse pas que sur les femmes
07:32comme c'est le cas aujourd'hui. Mais on n'a pas le montant d'indemnisation
07:34et on ne sait pas si ce sera
07:36sacrifié sur l'autel du
07:38financement de la guerre. Ah ben j'espère pas
07:40parce que je pense que c'est un enjeu d'avenir, c'est un enjeu d'avenir
07:42sur l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est un enjeu d'avenir
07:44sur la natalité, c'est un enjeu d'avenir aussi
07:46sur la conception qu'on a de la société, sur le fait
07:48que la parentalité c'est pas que la
07:50maternité et on a progressé, on a fait
07:52progresser les droits de ce point de vue là, on a créé
07:54un congé paternité par exemple, au moment où il a été
07:56créé, souvenez-vous des critiques, aujourd'hui
07:58je crois que c'est rentré et heureusement quand même dans la culture
08:00de notre société. Ce livre, Aurore Berger,
08:02Nos combats pour la République, c'est une profession de foi pour 2027
08:04ça pourrait en avoir le parfum.
08:06En tout cas il y a des combats que je pense
08:08essentiels à mener pour 2027 et oui
08:10je serai dans ce débat national
08:12en 2027 parce que je pense déjà que les ambitions
08:14elles sont heureusement pas que masculines pour en revenir
08:16aux enjeux d'égalité entre les femmes et les hommes
08:18mais au-delà de ça, parce que je pense que
08:20ça appartient à une génération où la République
08:22ou la laïcité sont plus des évidences
08:24et à une génération qui aimerait que certains combats
08:26soient derrière nous, notamment les combats
08:28de l'égalité, de la lutte contre les violences faites aux
08:30femmes et aux enfants, de la lutte contre l'antisémitisme
08:32et malheureusement aujourd'hui ces combats, ils sont
08:34pleinement dans l'actualité donc ça suppose qu'on s'engage.
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