00:00Quelle vie, Aude Vernuccio ? RTL Soir, jusqu'à 20h.
00:03Il est 18h19, merci à vous tous qui écoutez RTL.
00:06Bonsoir, Céline Astolfe.
00:07Bonsoir.
00:08Vous êtes l'avocate de la Fondation pour l'enfance, l'association que vous représentez.
00:11C'est porté parti civil au procès de Joël Le Squarnec, procès qui s'est ouvert hier à Vannes.
00:17Ce chirurgien de 74 ans est accusé d'actes de viol et d'agression sexuelle sur 299 victimes,
00:24principalement des enfants, des crimes commis pendant plus de 30 ans dans différents hôpitaux,
00:28notamment en Bretagne.
00:29Céline Astolfe, la grande question au cœur de ce procès reste,
00:32comment Joël Le Squarnec a pu sévir en toute impunité pendant 30 ans ?
00:38Alors, le mot d'ordre et la réponse qui s'impose, c'est le silence.
00:42Le silence, on ne sait plus comment l'appeler, la chape de plomb, l'omerta, je ne sais que dire.
00:46Mais on a un silence qui a traversé tous les environnements,
00:49ce que soit la famille ou l'hôpital, l'environnement professionnel.
00:53Tous ceux qui entouraient Monsieur Le Squarnec ont été privés de parole, muets.
00:59Muet n'est pas la même chose que privé de parole, nous sommes d'accord, vous et moi.
01:02Ils se sont autoprivés de parole et dans des conditions différentes les uns les autres.
01:06Mais ce qu'il ressort, c'est qu'après ces 35 années, aucun n'a parlé.
01:11Il a fallu attendre, vous le savez, cette petite fille de 5 ans et demi
01:14qui a raconté des faits commis par son voisin à ses parents.
01:18299 victimes, ce chiffre est évidemment extrêmement choquant.
01:23Comment expliquez-vous que cela ait été possible ?
01:25Je vous avoue que j'ai quand même suivi beaucoup de procès de ce type.
01:30C'est la première fois qu'un pareil nombre de victimes est évoqué, à ma connaissance.
01:36Tout est assez exceptionnel puisque d'abord le nombre,
01:40la manière dont on va arriver jusqu'à l'accusé, puisque c'est une affaire très singulière.
01:44Vous savez que c'est par les écrits de l'accusé que nous arrivons aux victimes,
01:48ce qui était un processus totalement inversé pour les enquêteurs
01:51qui sont partis de l'accusé pour aller chercher les victimes
01:55et leur faire cette annonce terrible pour la plupart.
01:58Puisque vous le savez aussi, ces victimes étaient pour certaines endormies
02:02puisque opérées dans le cadre d'une opération chirurgicale
02:05la plupart du temps pour ces enfants l'appendicite.
02:08Oui, ils ont donc subi tout cela et n'en avaient pas du tout connaissance.
02:14Certains ont eu des souvenirs fugaces et c'est là que le silence revient.
02:18En tout cas, cette incapacité à voir de la part des adultes qui y entouraient,
02:23c'est une culpabilité immense pour certains parents
02:25puisque personne ne pouvait imaginer qu'un professionnel dans différents hôpitaux
02:31puisque cet homme a fait plusieurs hôpitaux
02:34et pu commettre de tels faits pendant si longtemps.
02:37Et le motif médical a toujours été invoqué par tous ces parents
02:40qui, évidemment, parce que c'était le sachant, parce que c'était le chirurgien,
02:44ne remettaient pas en cause les gestes éventuellement commis sur leurs enfants.
02:48L'autorité du chirurgien.
02:50Maître Astolf, quand les victimes vont-elles prendre la parole
02:53et est-ce qu'elles sont toutes représentées lors du procès ?
02:57Certaines vont prendre la parole.
02:59Chaque victime est spécifique à son individualité, à son choix.
03:04Certaines ont décidé de parler de manière publique.
03:06Donc, il n'y a pas de huis clos général.
03:08Il y a des huis clos partiels qui ont été sollicités par certaines victimes
03:12qui souhaitent, pour certaines, parler en présence de proches.
03:15D'autres, non. D'autres ne souhaitent pas parler.
03:18Certaines ne sont pas constituées à ce stade,
03:20mais ont le droit de le faire encore jusqu'à la fin du procès,
03:23avant les réquisitions de l'avocat général.
03:25Quatre mois de procès, c'est bien cela ?
03:27Quatre mois de procès, avec une organisation hors normes,
03:31comme on l'a beaucoup dit, évidemment.
03:34Personne n'avait prévu un tribunal pour autant de personnes.
03:37Près de 750 personnes présentes à Vannes.
03:39Nous avons donc une salle que l'on appelle salle de déport,
03:42dans laquelle sont installés les partis civils qui ne sont pas auditionnés,
03:47qui sont dans une salle d'audience, assistés aussi d'avocats,
03:50et qui suivent les débats, évidemment, en direct,
03:52avec la possibilité, parce qu'il y a une régie,
03:55de parler de cette salle, comme si elles étaient dans la salle d'audience.
03:58Voilà. Donc, cette installation a été un peu critiquée au départ,
04:02mais la Présidente, dans un discours très solennel le premier jour,
04:05a rappelé que cette distance n'était évidemment que physique,
04:08qu'il ne s'agissait pas d'oublier les victimes,
04:10et je crois que le souci de tous ici, de la Fondation pour l'enfance évidemment,
04:14c'est de veiller à ce que leurs paroles, parce qu'elles seraient nombreuses,
04:17ne soient pas dissoutes, ne soient pas étouffées,
04:20et que chacune ait la place de procéder à sa déposition
04:24dans les conditions sereines, dignes d'une justice qui passe,
04:28et c'est le cas jusqu'ici, je dois vous dire.
04:30L'audience se déroule de manière extrêmement solennelle et digne.
04:34– Joël, le Squarnek a pris la parole hier,
04:36lors du premier jour d'audience, qu'avez-vous retenu ?
04:39– Alors, j'en ai retenu pas grand-chose de nouveau,
04:42puisque j'ai déjà assisté à son premier procès, à Sainte à l'époque,
04:47et finalement, on a toujours cette volonté affichée de vouloir répondre,
04:52de vouloir répondre aux victimes, coopérer d'une certaine manière,
04:56mais il finit toujours par dire qu'il ne reconnaît pas l'intégralité des faits,
05:01donc son discours est toujours flou.
05:03On n'arrive pas véritablement à savoir s'il reconnaît les écrits de ses carnets,
05:08ou s'il conteste, c'est très compliqué,
05:10et je pense qu'on aura, s'agissant de chacune des victimes,
05:13tour à tour, peut-être encore des contestations.
05:15– Est-ce que cet homme éprouve de la culpabilité, est-ce qu'il l'exprime ?
05:20– Vous savez, son délame d'un accusé, c'est bien compliqué.
05:25Je suis avocat, je l'entends, il est dans un box,
05:29il a une situation d'un accusé classique, c'est un procès hors normes,
05:32mais le procès se déroule selon nos règles de procédure pénale habituelle.
05:36Il exprime des choses, il parlera certainement un peu plus bientôt,
05:41je ne peux pas vous dire si on a de la culpabilité ou pas,
05:44en tout cas, on a une volonté affichée, déterminée, déclarée,
05:48de répondre aux questions qui seront posées, nous verrons.
05:50– Aujourd'hui, un des fils de l'accusé était entendu, le plus jeune d'ailleurs,
05:55qu'a-t-il dit de son père et de cette famille ?
05:58– Alors c'était un moment aussi intense que lors du premier procès,
06:03mais je dois dire que là encore, vous avez un homme qui est venu dire
06:07qu'il fallait savoir distinguer l'homme accusé du père qu'il a eu,
06:12et il a eu à cœur de rappeler, de manière extrêmement solennelle là aussi,
06:17avec beaucoup d'émotion, mais de manière très déterminée,
06:20que lui souhaitait conserver le souvenir de ce père qui a été un bon père.
06:24Parce que c'est toute la problématique, cette espèce de clivage qui fait que,
06:29oui, vous avez cet homme qui vous dit qu'il a eu un père qui prenait soin de lui,
06:33qui lui a appris plein de choses, et qu'il ne veut pas oublier cette image de père.
06:37– Une toute dernière question, je vous demanderai une réponse rapide s'il vous plaît.
06:41Le Conseil de l'Ordre est parti civil, il l'a fait visiblement tardivement,
06:44quelle est votre réaction ?
06:46– Le Conseil de l'Ordre est parti civil, alors vous parlez du Conseil départemental
06:50ou du Conseil national, en tout cas leurs constitutions de parti civil ont été reçues,
06:54pas de nécessité, ou en tout cas d'argument juridique aujourd'hui
06:58pour rejeter leur constitution, c'est ce qu'a dit la Cour.
07:01Donc le Conseil de l'Ordre est parti civil au même titre que les autres aujourd'hui,
07:04je parle du Conseil national.
07:06Pas particulièrement parce que, vous savez, du point de vue de la Fondation pour l'enfance,
07:09ce que l'on veut c'est que tout le monde soit sur le banc
07:11et que tout le monde assiste au débat dans le prétoire pour avoir le maximum d'informations
07:15et comprendre justement ce silence de toutes ces années.
07:17– Merci infiniment en tout cas d'avoir pris la parole ce soir Céline Lastolfe,
07:21je rappelle que vous êtes l'avocate de la Fondation pour l'enfance,
07:24merci en tout cas de ces propos que vous avez tenus sur notre antenne.
07:27Dans un instant, le journal de 18h30, puis à 18h40,
07:30que se passe-t-il chez Stellantis ?
07:32Le constructeur automobile rappelle à nouveau des dizaines de milliers de voitures.
07:36En France, Citroën, Opel, Peugeot sont concernés.
07:39Trois mois après le départ de Carlos Tavares, la série noire continue.
07:43Séance d'explications dans moins d'un quart d'heure avec le spécialiste Renault, Kanayakis.
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