00:00RTL Soir avec Yves Calvi et Vincent Derosier.
00:04Bonsoir Antoine Rouget.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes journaliste chez nos confrères de Mediapart
00:09et vous êtes l'auteur d'une enquête sur l'établissement scolaire Notre-Dame de Bétarame dans les Pyrénées-Atlantiques.
00:14Une centaine de plaintes ont été déposées pour violences, agressions sexuelles et viols.
00:18La plupart des faits dénoncés y auraient été commis entre les années 50 et 90.
00:23Le Parc Expo avait annoncé l'ouverture d'ailleurs d'une enquête sur ces agissements dès février 2024.
00:28Comme nos confrères du monde aujourd'hui même,
00:30vous affirmez que le Premier ministre François Bayrou en a eu connaissance dès la fin des années 90.
00:35Certains de ses enfants, je le précise, y étaient scolarisés et sa femme y enseignait le catéchisme.
00:40Comment expliquez-vous cette attitude réitérée puisqu'il n'y en fait avoir été informé ?
00:46Il y a quelque chose qui est assez incompréhensible dans les déclarations faites à deux reprises par François Bayrou
00:52devant la représentation nationale qui sont des déclarations officielles
00:56au moment des questions au gouvernement mardi et mercredi.
00:59Il a été interpellé sur la situation au sein de cet établissement
01:03qui est aujourd'hui l'un des plus grands scandales de pédocriminalité
01:07au sein d'un établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques,
01:12dans le fief électoral de François Bayrou.
01:16Et c'est vrai que depuis que plus d'une centaine de plaintes ont été déposées,
01:21l'actuel Premier ministre n'a pas eu un mot, y compris de compassion, vers les victimes.
01:28Et ce silence a d'abord interrogé.
01:30C'est vrai qu'aujourd'hui, quand on l'entend dire devant la représentation nationale
01:34qui n'a jamais été informée, alors que de très nombreux documents,
01:38des propres déclarations de François Bayrou dans les années 90,
01:42mais aussi des archives, des témoignages de plusieurs de ses proches,
01:49mais aussi du juge d'instruction, par exemple, qui a été saisi de la première affaire en 1998
01:54et qui, dans les colonnes de Mediapart, hier soir, explique que François Bayrou
01:58est venu personnellement le voir au moment de l'instruction de cette affaire.
02:03On parle en plus d'affaires de viol sur des adolescents, sur des mineurs,
02:08avec des faits qui sont relativement, en tout cas très graves, relativement marquants.
02:15Et de voir qu'aujourd'hui, François Bayrou revisite complètement toute cette histoire
02:22en disant qu'il n'était jamais, jamais informé de ces faits-là, c'est pour le moins surprenant.
02:28Alors justement, Antoine Rouget, quel intérêt François Bayrou a-t-il à maintenir ces dénégations ?
02:33Je répète ce qu'il a déclaré hier au Sénat.
02:36« Jamais je n'ai été à cette époque averti en quoi que ce soit des faits
02:40qui ont donné lieu à des plaintes ou à des signalements.
02:43Toute votre enquête, comme celle d'ailleurs du journal Le Monde, prouve évidemment le contraire.
02:48Comment comprenez-vous l'attitude de François Bayrou si on essaie de se mettre à sa place ? »
02:53D'abord, il y a un élément, vraiment j'insiste dessus,
02:56ce n'est pas Mediapart ou Le Monde qui affirment que François Bayrou était informé comme ça, en l'air.
03:03Ce sont vraiment des archives, y compris des archives de la presse locale,
03:06de Sud-Ouest, de la République des Pyrénées,
03:09dans lesquelles François Bayrou lui-même prend la parole sur ces affaires dans les années 90.
03:14Pour dire quoi ?
03:15Comment expliquer ? Y compris pour protéger l'institution, pour la défendre publiquement,
03:20alors qu'elle est mise en cause dans les premières affaires.
03:22Il y a une première affaire de violence physique sur un élève
03:25qui aboutira à la condamnation d'un surveillant général en 1996,
03:29et puis ensuite une seconde affaire sur des viols de la part du directeur de l'établissement.
03:33Ce sont des prises de parole de François Bayrou lui-même,
03:37et c'est là où ça rejoint la pertinence de votre question,
03:41de savoir pourquoi aujourd'hui il n'accepte pas de dire,
03:44écoutez, peut-être que c'était un contexte, etc.
03:47Parce qu'en 1996, François Bayrou est ministre de l'Éducation nationale,
03:51et effectivement, à travers le soutien qu'il a apporté à cet établissement,
03:55vient la question subsidiaire qui a été les possibles complicités,
04:00ou en tout cas la bienveillance dont a bénéficié Notre-Dame de Bétarame pendant des décennies.
04:05Un établissement au sein duquel on voit bien aujourd'hui, à l'aune du nombre de plaintes,
04:10plus de, vous l'avez dit en introduction, plus de 110 victimes déclarées.
04:17J'étais tout à l'heure avec l'un des responsables du collectif
04:20qui dit que depuis trois jours c'est un afflux de nouveaux témoignages,
04:24donc on est face à un scandale immense,
04:26et que peut-être François Bayrou ne peut pas assumer d'avoir à ce moment-là,
04:31et bien tolérer ce qui se passait dans cet établissement,
04:35et rien faire alors qu'il était déjà en responsabilité,
04:37et qu'il aurait peut-être pu intervenir.
04:39J'écarte une question qui sera soulevée de toute façon à un moment ou à un autre,
04:42on ne peut pas imaginer qu'il n'ait pas été attentif par exemple à des réponses faites par son entourage,
04:46secrétaire, conseiller d'une quelconque façon ou autre, on est bien d'accord ?
04:50Ah non, non, non, et puis d'ailleurs il était totalement en prise directe sur ces questions-là,
04:56à la fois en tant que ministre de l'Éducation nationale,
04:58donc de 1993 à 1997, vous l'avez rappelé,
05:01ses enfants étaient scolarisés, donc il était également parent d'élèves,
05:05il était époux d'Elisabeth Bayrou,
05:08qui est elle-même professeur de catéchisme dans l'établissement,
05:13et puis en 1998 il va personnellement,
05:16il est à l'époque président du conseil général,
05:18donc président du département des Pyrénées-Atlantiques,
05:21il faut s'imaginer la scène du président du département
05:23qui s'invite dans le bureau d'un juge d'instruction,
05:27pendant l'affaire, alors que ce sont quand même des affaires
05:29qui sont censées être couvertes par le secret de l'instruction,
05:33pour aller demander des explications au juge,
05:36et le juge nous l'explique en disant que François Bayrou ne croyait pas en réalité
05:40les accusations qu'il pesait sur le directeur de l'établissement,
05:44et le juge, qui s'appelle Christophe Miranda,
05:48explique en détail à François Bayrou qu'il s'agit de faits extrêmement graves,
05:53d'atrocités, et qu'il a eu de bonnes raisons
05:56de mettre en examen le directeur de l'établissement.
05:59Finalement, son véritable axe de défense est de dire aujourd'hui
06:02« Pensez-vous que j'aurais laissé mes enfants dans un établissement pareil
06:05si j'avais été mis au courant de ce qu'il s'y passe ? »
06:07Que pensez-vous de cette justification ?
06:09Et ce sera probablement ma dernière question.
06:11C'est très étonnant, parce que justement,
06:13quand il va voir le juge Miranda en 1998,
06:16d'après le récit qui nous en est fait de la part de ce magistrat,
06:22c'est que justement, il vient lui demander
06:24si ses enfants pourraient être concernés.
06:27Il vient en tant que parent d'élève pour se renseigner sur ses enfants.
06:31Il part avec des informations à la fois du juge qui lui dit
06:34que les infractions lui paraissent constituées,
06:38même les crimes qui ont été commis lui paraissent constitués,
06:42le dossier est solide, mais il ne prend pas de décision derrière,
06:46à la fois institutionnelle, en tant que responsable public,
06:49pour dire qu'il y a des dysfonctionnements extrêmement graves
06:52à la tête de cet établissement et qu'il faut impérativement
06:55diligenter des inspections, mettre en œuvre tout un tas de politiques publiques
07:01permettant que ces faits-là ne puissent pas se reproduire,
07:04et surtout, ses enfants vont rester à Notre-Dame-de-Bétarame.
07:07Donc c'est ça qui est extrêmement étonnant
07:10et qui rend dissonant les justifications
07:13qui sont aujourd'hui apportées par François Bayrou.
07:15Une toute dernière question qui ne nécessitera qu'un oui ou un non.
07:18Avez-vous contacté l'Elysée pour savoir si le Président de la République,
07:21par exemple, s'inquiète de la situation ?
07:23Nous avons contacté tous les responsables de la majorité
07:28et nous avons aussi posé des questions ce matin à la porte-parole du gouvernement
07:32et c'est plutôt un silence radio jusqu'à présent.
07:35Merci infiniment Antoine Rouget, journaliste de Mediapart.
07:38L'enquête est bien entendu à retrouver sur le site Mediapart.
07:41Dans un instant, les toutes dernières informations dans le journal de 18h30,
07:45puis à 18h40, nous allons nous intéresser au troisième âge, voire au quatrième.
07:49Une étude de l'INSEE se penche sur les modes de vie des plus de 65 ans en France.
07:53Tous les détails à 18h40 avec le sociologue Serge Guérin.
Commentaires
1