00:00L'invité de RTL Matin et Olivier, vous recevez ce matin l'ancienne première ministre,
00:08désormais ministre de l'Education Nationale, Elisabeth Borne.
00:11Bonjour Madame la Ministre, numéro 2 du gouvernement de François Bayrou.
00:15On précise quand même que vous êtes la cinquième ministre de l'Education Nationale.
00:19En un an, ça dit beaucoup aussi de la situation politique, on va y revenir.
00:22Mais d'abord, l'actualité est marquée par ces agressions dans ces établissements scolaires.
00:26Cette adolescente de 15 ans à Bobigny, lynchée véritablement à quelques mètres de son école.
00:31RTL révélait hier soir que c'est un surveillant qui est en garde à vue dans cette affaire.
00:36Qu'est-ce que vous dites aux parents qui ce matin entendent, un peu effarés,
00:39que c'est un pion censé protéger les élèves qui ce matin est soupçonné d'avoir été à l'origine de cette agression ?
00:46Alors d'abord, moi je voudrais exprimer tout mon soutien à l'élève et à sa famille.
00:52Vous savez qu'il y a une enquête judiciaire qui est en cours
00:54et la rectrice a également lancé une enquête administrative.
00:57Évidemment, l'école ça doit être un lieu où on est protégé
01:01et moi je suis déterminé à assurer que c'est bien un cadre où on est protégé, où on est en sécurité.
01:08Qu'est-ce que vous savez de cette enquête administrative ?
01:09On vient de lancer l'enquête administrative.
01:12Mais dès lors que ce délit, on entend que ce surveillant était connu pour ses brimades,
01:16parfois un peu de violence, en tout cas ce sont des élèves qui le disent.
01:19D'autres surveillants également sont suspendus.
01:21Qu'est-ce qui se passait dans cet établissement de Bobigny ?
01:24Écoutez, je ne vais pas vous donner les conclusions de l'enquête qui vient de démarrer.
01:28En tout cas, je vous assure que moi je suis déterminé à ce qu'on assure un climat scolaire.
01:33C'est le préalable pour que les élèves puissent apprendre en toute sérénité
01:38et donc l'enquête administrative le dira.
01:40Il y a aussi cette affaire de Bagnieu cette semaine également.
01:43Là, c'est un élève qui a été poignardé dans la cour de l'établissement scolaire.
01:47Ça pose le problème de ses couteaux.
01:49On parle beaucoup de ses couteaux dans les agressions, dans les bagarres entre bandes.
01:53Il y a des couteaux dans les écoles.
01:55Qu'est-ce que vous pouvez faire contre ça en tant que ministre de l'Éducation nationale ?
01:59D'abord, vous l'avez souligné, c'est un problème qui est plus large que l'école.
02:03Et tous les policiers et les gendarmes vous disent qu'on observe
02:06qu'on a de plus en plus d'armes blanches qui circulent parmi les jeunes.
02:09C'est des sujets dont moi j'ai déjà parlé avec Gérald Darmanin et Bruno Retailleau.
02:13Et il faut qu'on s'empare pleinement de ce sujet.
02:15Au sein de l'école, on a commencé à échanger.
02:19C'est le problème de la violence chez les jeunes sur lequel on est déterminé.
02:23Mais c'est le problème de ces couteaux qui rentrent dans l'ensemble de l'établissement scolaire.
02:27Les couteaux n'ont naturellement rien à faire dans l'ensemble de l'école ou d'un établissement scolaire.
02:32Moi, je vais modifier le Code de l'Éducation pour que,
02:36dès lors qu'un élève introduit une arme blanche dans un établissement,
02:42il soit systématiquement traduit en conseil de discipline
02:46et qu'il y ait systématiquement un signalement au procureur.
02:49Pardon, mais ça n'était pas le cas jusqu'à maintenant.
02:51Qu'est-ce qui se passait quand on attrapait un élève avec un couteau avant dans une école ?
02:55C'était l'appréciation de l'établissement.
02:57Ça sera désormais systématique.
02:59Et pour revenir à Bobigny,
03:01les responsables de l'établissement, est-ce que vous estimez qu'il y a une défaillance dans le traitement ?
03:05Je ne vais pas me prononcer.
03:07Les pions, les surveillants traitaient les élèves visiblement ?
03:09Je ne vais pas me prononcer.
03:10Selon les témoignages.
03:11Avant d'avoir les résultats de l'enquête administrative,
03:13en tout cas, on va être évidemment attentif aux conclusions
03:17et vigilant pour que ça ne se reproduise pas.
03:20Il y a une question plus générale sur la violence des mineurs.
03:22Est-ce qu'il faut sanctionner les parents, en l'occurrence ?
03:24Quelles sont vos marges de manœuvre là-dessus ?
03:26Est-ce que les parents ont une responsabilité
03:28quand leur enfant part le matin à l'école avec un couteau dans la poche ?
03:31Alors, vous savez qu'ils ont une responsabilité,
03:34mais que moi, suite aux émeutes urbaines,
03:36on avait un certain nombre de propositions,
03:38dont certaines sont reprises dans une proposition de loi
03:40qui sera prochainement examinée au Parlement,
03:42pour que la responsabilité notamment des deux parents
03:45soit recherchée quand l'enfant commet un délit.
03:49Souvent, le père peut être loin,
03:52la mère se retrouve à gérer un adolescent,
03:55et ça peut ne pas être facile.
03:56Les pères défendent bien, on entend beaucoup cela,
03:58il y a quelque chose à faire là-dessus ?
03:59Oui, moi je pense que, vous voyez,
04:01que le père habite ou pas avec l'enfant,
04:03je pense qu'il faut que sa responsabilité puisse être engagée,
04:06tout comme celle de la maman, qui peut être débordée.
04:09La question de la violence, c'est aussi la question des réseaux sociaux,
04:11des téléphones dans les écoles,
04:12parce qu'on voit par exemple ces bagarres
04:14qui sont filmés, ces réseaux sociaux,
04:16qui alimentent les petits conflits entre les élèves.
04:19Aujourd'hui, il y a 50 000 élèves, depuis septembre,
04:21qui déposent leur téléphone portable à l'entrée de l'école.
04:23Est-ce que ça marche ?
04:25Est-ce que ça doit être étendu ?
04:26Est-ce que vous allez le décider ?
04:28Alors, on a effectivement une expérimentation
04:31qui a été lancée.
04:32On n'a pas encore tous les retours,
04:34mais ça semble effectivement apaiser le climat scolaire.
04:38Ça nécessite d'être évalué, évidemment,
04:42sous réserve de cette évaluation
04:44qui, à ce stade, semble plutôt convaincante.
04:47Vous y êtes favorable ?
04:48Oui, je suis favorable à ce qu'on puisse avoir
04:50des moments de pause numérique
04:52au sein des établissements scolaires.
04:53En déposant le téléphone à l'entrée ?
04:55Voilà, en déposant le téléphone.
04:56Je ne vais pas vous rentrer dans les détails pratiques,
04:58mais par quelque moyen que ce soit,
05:00qu'on puisse ranger son téléphone
05:02quand on est dans un établissement scolaire.
05:04Ces téléphones, ces réseaux sociaux,
05:05les élèves s'en servent aussi à l'école.
05:07C'est évidemment la question de l'intelligence artificielle.
05:09Vous annoncez ce matin, dans Ouest-France,
05:11qu'il va y avoir des cours
05:12pour enseigner l'intelligence artificielle
05:15aux élèves de quatrième et de seconde.
05:17Dès la rentrée prochaine,
05:18qu'est-ce qu'il y aura dans ces cours ?
05:19Je pense que c'est effectivement indispensable
05:22que l'école s'en saisisse,
05:24puisque c'est une révolution
05:26qui n'est pas à venir, mais qui est maintenant.
05:28Il faut qu'on puisse former des élèves,
05:30former des professeurs également.
05:32On va mettre en place,
05:34dès la rentrée prochaine,
05:35pour les élèves du secondaire,
05:37de façon facultative, mais obligatoire,
05:39en quatrième et en seconde,
05:41une première formation à l'intelligence artificielle.
05:44C'est d'abord une évaluation de son niveau,
05:47de sa compréhension de l'intelligence artificielle.
05:50Ensuite, c'est une formation au prompting.
05:53Vous savez comment on questionne une intelligence artificielle.
05:55C'est aussi expliquer aux élèves
05:57les différents types d'intelligence artificielle,
05:59expliquer les enjeux,
06:01à la fois tout l'intérêt de l'intelligence artificielle,
06:04mais aussi ses risques, ses biais,
06:06le problème de la gestion des données.
06:08C'est l'ensemble de ces éléments.
06:10Ce sont des petits modules d'auto-formation pour les jeunes.
06:12Question plus politique maintenant.
06:14On ouvrait le journal de 7h sur l'ambiance hier à l'Assemblée,
06:16sur ce qui s'est passé à Mayotte,
06:18sur la restriction du droit du sol.
06:20Vous y étiez opposé, vous l'aviez dit.
06:22Non, j'étais opposé à la suppression
06:24du droit du sol à Mayotte.
06:26Et là, on est dans la continuité
06:28de ce qui avait été...
06:29Vous êtes pour le passage de trois mois
06:31à un an de présence des deux parents
06:33pour que l'enfant soit déclaré français ?
06:35Vous êtes pour cette mesure-là ?
06:36Je pense qu'on a besoin de mesures fortes
06:38pour limiter l'immigration illégale
06:40à Mayotte.
06:42C'est d'abord bien protéger
06:44l'île de l'arrivée
06:46effectivement
06:48d'une immigration irrégulière,
06:50mais ça peut être aussi une des mesures
06:52de restreindre
06:54les conditions d'accès au droit du sol.
06:56Et la proposition de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice,
06:58d'étendre cette disposition à tout le territoire
07:00métropolitain et à toute la France,
07:02est-ce que vous y êtes favorable ?
07:04Je ne suis pas favorable, et vous voyez,
07:06je pense que ce que les Français attendent de nous,
07:08ce sont des actes, et pas de renvoyer
07:10à une future modification constitutionnelle.
07:12Moi, je me réjouis que Bruno Retailleau
07:14s'attaque au démantèlement
07:16des réseaux de passeurs, et on a
07:18des tas de dispositions, notamment des décrets
07:20qui restent à prendre sur la loi immigration
07:22qui avait été adoptée fin 2023.
07:24Je pense qu'on a besoin d'agir
07:26pour protéger plus efficacement notre pays
07:28contre l'immigration illégale,
07:30pour éloigner plus rapidement ceux qui n'ont pas à être sur notre sol,
07:32et pour mieux intégrer ceux qu'on accueille.
07:34Une question très concrète, le ministre de l'Intérieur
07:36Bruno Retailleau a redit hier qu'il était
07:38contre le voile,
07:40y compris pour les sorties scolaires.
07:42Quelle est votre position ?
07:44Je pense qu'il y a une position qui est
07:46la position du gouvernement, qui est
07:48que la situation n'est pas la même
07:50pour les sorties scolaires ou à l'université,
07:52et donc on ne changera pas la loi sur ce point.
07:54Ce n'est pas la position de Bruno Retailleau en tout cas ?
07:56Oui, mais je pense qu'il est au courant que la position
07:58du gouvernement, ce n'est pas la sienne,
08:00mais chacun a le droit d'avoir sa position.
08:02Une dernière question sur les vacances scolaires,
08:04début des vacances scolaires pour la zone B ce soir,
08:06Emmanuel Macron était à Colmar le week-end
08:08dernier, il a dit que pour lui, les petits français
08:10avaient trop de vacances. Là encore,
08:12c'est directement sous votre responsabilité,
08:14on parle de cette concertation, très concrètement,
08:16on en est où ? Et est-ce que c'est
08:18la réalité pour vous ?
08:20En fait, moi j'entends beaucoup de collégiens,
08:22de lycéens qui trouvent que les journées sont
08:24trop chargées. Bon, c'est sûr que si on veut avoir
08:26des journées moins chargées, il faut aussi
08:28sans doute avoir des vacances plus courtes, et puis
08:30on observe que pour un certain
08:32nombre d'élèves, les vacances
08:34d'été constituent une coupure
08:36qui les fait perdre un certain
08:38nombre d'apprentissages. Je suis
08:40parfaitement consciente que c'est un débat qui
08:42concerne beaucoup de parties prenantes,
08:44alors ça concerne les parents, les professeurs,
08:46les élèves, les acteurs du tourisme,
08:48donc il faut qu'on réfléchisse à
08:50l'organisation d'une vaste concertation
08:52citoyenne sur ce sujet, en prenant le temps.
08:54Et vous, vous voulez quoi ?
08:56Honnêtement, je ne vais pas vous donner
08:58le résultat de la concertation
09:00avant de l'avoir lancée.
09:02C'est un enjeu pour le niveau scolaire.
09:04La question peut être posée. Je pense que d'avoir des
09:06journées moins chargées et
09:08de pouvoir s'assurer que les élèves ne perdent pas
09:10les compétences qu'ils ont acquises pendant
09:12des vacances trop longues, c'est un vrai sujet.
09:14Donc réduire les vacances. Merci beaucoup Elisabeth Born
09:16d'avoir été avec nous sur RTL ce matin.
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