00:00RTL Soir, avec Yves Calvi et Vincent Derosier.
00:04Il est 18h43, bonsoir Thomas Solignac.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes entrepreneur, enseignant, spécialiste de l'intelligence artificielle.
00:10Les Emirats Arabes Unis vont donc construire un gigantesque data center, un centre de données.
00:16En France, il fera partie du plus grand campus d'Europe consacré à l'intelligence artificielle.
00:21C'est une bonne nouvelle ?
00:22C'est une excellente nouvelle puisqu'une grande quantité de nouvelles technologies pour l'IA sont liées à la puissance de calcul.
00:28Il nous faut toujours plus de puissance de calcul pour être capable de développer de nouveaux modèles,
00:31pour être capable en fait de les tester, de les exploiter et puis de se positionner face à ces fameux modèles américains ou chinois
00:36qui ont toute la visibilité aujourd'hui sur le plan international.
00:40Pourquoi les Emirats Arabes Unis, on n'est pas capable de le faire nous-mêmes ça ?
00:43Aujourd'hui, on est capable de le faire nous-mêmes mais avec du financement.
00:46La place des Emirats Arabes Unis aujourd'hui, c'est d'apporter ce financement-là
00:49puisqu'effectivement la puissance de calcul, ça coûte cher.
00:51Pour vous dire à quel point, effectivement une des principales valorisations boursières aujourd'hui,
00:55c'est la société NVIDIA qui est une société qui fabrique tout simplement des serveurs spécialisés pour l'IA.
01:01Donc la France n'a pas l'argent ?
01:03La France a besoin d'argent, a besoin de financement.
01:05Donc il y a besoin de financement français, il y a besoin de financement européen mais pas que.
01:08Et d'ailleurs, on copie de ce point de vue-là un peu les Américains
01:10puisque les Américains eux-mêmes font appel à des financements partout dans le monde.
01:13Quel est l'intérêt quand même des Emirats Arabes Unis dans cette histoire ?
01:17L'intérêt c'est qu'à un moment donné, ils vont co-contribuer d'une travail de recherche
01:21qui va leur bénéficier directement ou indirectement
01:23puisque ces modèles-là rapportent énormément d'argent.
01:26Que ce soit OpenAI directement, par exemple, les Américains à travers leur modèle
01:30ou que ce soit à travers toutes les applications industrielles
01:32ou les Chinois à travers DeepSeek.
01:34On voit dans tous les cas qu'effectivement ces nouveaux modèles,
01:36ils ont un impact économique qui est monstrueux.
01:38Donc c'est aussi un positionnement géopolitique des Emirats Arabes de pouvoir se dire
01:41finalement on co-participe, on fait partie de l'aventure industrielle et scientifique européenne sur l'IA
01:47et donc ça leur donne, je dirais, une place de premier choix.
01:49Alors les gens entendent parler de Data Center depuis quelques jours.
01:52Ça sert à quoi ? À qui ?
01:54Un Data Center, c'est plein d'ordinateurs dans une espèce d'énorme bâtiment
01:58avec une très grosse consommation électrique, une très grosse quantité de refroidissement nécessaire.
02:03C'est pour ça que ça coûte très cher.
02:05Et effectivement, ce à quoi ça va servir, c'est à ce qu'on puisse faire tout simplement du calcul de masse.
02:09Ça fait 15 ans, en intelligence artificielle, qu'on a une approche de l'IA
02:13où plus de puissance égale plus d'intelligence.
02:16Et donc quand on veut faire des choses qui soient très puissantes et très efficaces,
02:19il nous faut toute cette quantité de calcul.
02:21Et donc ça va permettre, certes aux industriels, mais surtout dans ce cas-là,
02:24aux étudiants, aux scientifiques, à tous ceux qui sont formés dans l'IA,
02:28d'être formés sur ces supercalculateurs, ce qui est une compétence qui est très rare.
02:31Dans un entretien avec nos confrères de la presse quotidienne régionale,
02:34le président Macron affirme qu'il existe d'ores et déjà une trentaine de sites en France
02:38qui accueilleront des Data Center, qui accueilleront.
02:41Ça coûte combien ? Qui va les payer ? Des pays tiers, là aussi, comme par exemple les Emirats Arabes Unis ?
02:45Alors il y a effectivement un coût qui va être assez exorbitant,
02:48il n'a pas été précisé à ce stade.
02:50Effectivement, en France, on est très bien situé, notamment parce qu'on a une grande partie de notre électricité
02:54qui est décarbonée, on est à peu près à 95%.
02:56Et donc il y a cet enjeu tout de même, on ne fait pas juste de l'IA,
02:59on fait de l'IA aussi à la française ou à l'européenne,
03:01donc avec des conditions en termes d'écologie qui sont, vous en doutez, particulièrement restreintes.
03:06Grâce au nucléaire ?
03:07Absolument. Et donc on va devoir aller vers des Data Center
03:10qui consomment une énergie qui est folle, mais qui est décarbonée,
03:13d'où ces centres qui prennent aussi plein de considérations
03:16comme par exemple le positionnement géographique
03:18qui va, par exemple, impacter la capacité de refroidissement, des choses comme ça.
03:21Donc à terme, c'est compatible avec nos ambitions de transition écologique ?
03:24Oui, parce qu'on a mis en place tout le nécessaire en termes de décarbonation,
03:28il y a le nucléaire, il y a aussi toutes les alternatives en énergie renouvelable,
03:32et ça effectivement, ça nous positionne en France comme certainement le leader européen
03:35en termes d'énergie renouvelable.
03:37Alors, vous l'évoquiez il y a quelques instants,
03:39mais un Data Center géant, on imagine que ça consomme énormément d'énergie.
03:43A-t-on aujourd'hui en France la capacité de les alimenter
03:46sans que ça provoque des pénuries, voire des augmentations du prix de l'électricité ?
03:50Aujourd'hui, on exporte beaucoup d'électricité,
03:52donc c'est plutôt une bonne nouvelle,
03:53ça veut dire qu'on va rerouter un peu de nos propres capacités vers l'intérieur,
03:56et ça va stimuler très certainement les domaines de l'énergie en l'occurrence,
04:00puisque, oui, plus de puissance de calcul, plus de puissance énergétique nécessaire,
04:03et donc il y a un domaine de l'énergie qui aujourd'hui, finalement,
04:06va continuer de s'étendre.
04:08Et ce qui est certain, c'est que si effectivement,
04:10on a un enjeu sur le carbone et sur l'écologie,
04:12pour autant, on ne peut pas faire l'économie de se dire
04:14qu'on doit aussi progresser sur la quantité de production électrique.
04:17Effectivement, je ne sais pas si vous avez vu les chiffres,
04:19mais on parle de 1 gigawatt pour un Data Center,
04:22donc ce sont des chiffres qui sont importants,
04:24ils ne vont faire que progresser en l'occurrence.
04:26Alors, Emmanuel Macron explique aussi dans l'interview
04:28que l'IA ne peut pas être le Far West.
04:31Est-ce que vous pouvez nous décrypter cette parole présidentielle ?
04:34Qu'est-ce qu'il veut nous dire ?
04:35Ici, on a quand même deux grands blocs qui s'affrontent,
04:37qui sont le DIPCIC et le bloc américain,
04:39donc le bloc chinois et le bloc américain.
04:41Et en fait, ce qui est terrible, c'est qu'ils se tirent dessus
04:43avec une grande violence.
04:45D'ailleurs, ce que propose finalement Trump,
04:47ce n'est pas tant un projet industriel
04:49qu'un effet d'annonce terrible qui n'est pas sans rappeler
04:51par exemple le positionnement de Reagan en 1983
04:53avec le projet Star Wars.
04:54C'est-à-dire qu'en fait, il y a un effet d'annonce qui dit
04:56attention, on va y aller.
04:57Donc les Européens, vous avez le droit de réguler,
04:59vous avez le droit de faire ce que vous voulez,
05:00mais nous, on va y aller, on va foncer.
05:02Et si vous y allez par la réglementation,
05:03nous, on va y aller par la force et on va passer
05:05d'une manière ou d'une autre.
05:06Et d'ailleurs, Trump est prêt à assécher
05:08toutes les autres dimensions de l'État américain
05:10pour tout mettre sur cette puissance économique,
05:12expansionniste, technologique
05:14dont l'IA est le projet central.
05:16Et donc finalement, avec de l'autre côté,
05:18on a un bloc chinois qui est extrêmement agressif
05:21sur le plan de la propriété intellectuelle,
05:23on le sait.
05:24D'ailleurs, DIPCIC, cette fameuse
05:26intelligence artificielle chinoise,
05:27elle est en grande partie basée sur des modèles
05:30qui sont open source,
05:31ce qui, pour le coup, n'est pas du piratage.
05:33Open source, ça veut dire qu'on peut y accéder directement ?
05:36Absolument, ça veut dire que c'est de la technologie
05:37qui appartient au plus grand nombre.
05:39Et en l'occurrence, en France, notamment,
05:40on a Facebook, le laboratoire d'IA de Facebook
05:42qui produit des modèles d'IA qui sont open source.
05:45Et DIPCIC en est largement basé dessus.
05:48Un sommet mondial sur l'intelligence artificielle
05:50s'est ouvert aujourd'hui à Paris.
05:52Une centaine de chefs d'État sont attendus.
05:54Qu'est-ce qui s'y joue concrètement ?
05:55Et puis, est-ce qu'on sait si, par exemple,
05:57le président américain, Donald Trump,
05:58a prévu de passer une tête,
05:59voire Elon Musk, pendant qu'on y est ?
06:01A priori, ce n'est pas prévu.
06:02C'est quand même un sommet mondial pour l'IA
06:04qui est quand même assez centré sur la France
06:06et sur l'Europe.
06:07Les annonces vont dans ce sens-là.
06:08D'ailleurs, l'interview d'Emmanuel Macron
06:10confirme cette direction-là.
06:11On parle d'une coalition européenne.
06:14Il parle même d'un patriotisme français et européen.
06:17C'est vraiment ce bloc-là qui est en train de se dessiner.
06:19Et c'est toute la question.
06:20Finalement, peut-on avoir un bloc européen
06:22dans cette guerre qui est déjà extrêmement violente ?
06:24Et donc, la France vaut quelque chose ?
06:26États-Unis, Chine, la France peut tirer son épingle ?
06:29La France a la chance d'avoir une extraordinaire puissance de frappe
06:32sur le plan de la recherche.
06:33Là où on est peut-être un peu moins bon culturellement,
06:35c'est la dimension très business, marketing.
06:37Cette espèce de confiance en nous, finalement,
06:39sur notre capacité à pas juste être dans la prouesse
06:41technologique et scientifique,
06:43mais peut-être également être dans une prouesse qui soit économique.
06:46Et donc, cette capacité à créer des géants,
06:48à créer des empires
06:49et à s'exporter à l'international massivement.
06:51Et c'est vrai qu'un des drames de la France, de ce point de vue-là,
06:53ce n'est pas forcément le fait qu'on sache faire
06:55ou qu'on ne sache pas faire.
06:56C'est le fait qu'on achète énormément à l'étranger.
06:58Et donc, il y a aussi cette intention que donne Emmanuel Macron
07:00de dire, bah oui, il va falloir commencer à réacheter à nouveau
07:03français européen, tout autant que les options soient disponibles.
07:06Nous sommes donc au début d'une révolution technologique d'ampleur.
07:09Merci infiniment Thomas Solignac,
07:11enseignant spécialiste de l'intelligence artificielle,
07:13d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
07:16Dans un instant, une très bonne que dis-je,
07:18une excellente idée pour votre week-end.
07:21Vous l'aurez compris, on va parler moto.
07:23Mais pas que.
07:24Direction le Touquet pour l'enduro du Touquet, dans un instant.
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