00:00Il faut réformer le mécanisme des alertes, c'est pas normal que les gens soient restés sous alertes orange avec même des magasins ouverts où les gens étaient piégés,
00:11les gens étaient piégés dans leur voiture sur la route, puisque les mécanismes sont plus extrêmes, il faut donc réformer les méthodes d'alerte.
00:20Et nous accueillons avec plaisir notre ami Louis Baudin. Bonsoir Louis, vous êtes, je le rappelle, le chef du service météo d'RTL.
00:26On vient d'entendre Louis Ségolène Royal, ce matin, sur notre antenne, l'ancienne ministre de l'écologie veut réformer le système d'alerte de Météo France
00:34après les inondations de ces dernières 48 heures. Est-ce qu'elle a raison ?
00:38Alors elle a raison dans le principe. Le problème c'est qu'il faut déjà revenir à la source, c'est-à-dire que la météorologie, la prévision météorologique,
00:45aujourd'hui encore, elle n'est pas parfaite. On sait faire des choses, on progresse. Moi ça fait 35 ans que je fais ce métier-là,
00:50entre le début et maintenant, évidemment qu'on a fait des progrès énormes en fiabilité, mais on n'est pas encore parfait.
00:56Il faut savoir que la météorologie, dans sa prévision, elle a encore un peu d'incertitude.
01:01Donc oui, la vigilance orange était bien vue, oui, moi je l'avais annoncé hier matin, on va avoir de fortes précipitations, probablement des vallées qui vont réagir,
01:09mais j'étais incapable de dire à quelle intensité, à quel moment, et si on allait dépeindre le cadre de la vigilance orange pour passer en rouge ou rester jusqu'à la limite.
01:18On touche aux limites de ce qu'on sait faire en matière de prévision.
01:21Est-ce que vous pouvez nous rappeler, Louis, comment déclenche-t-on une alerte, à quel degré ?
01:26En fait, c'est simple, on essaie d'estimer le plus justement possible les quantités de pluie qui vont tomber sur telle ou telle zone.
01:33Je rappelle qu'on est à l'échelle du département, parce qu'encore une fois, à l'intérieur, ça n'aurait pas de sens, on ne sait pas faire plus précis que ça.
01:40Et quand on a ces intensités, en fonction du département ou de la zone qui va être concernée,
01:45où on sait qu'il y a tel type de relief, tel type de sol, qu'on va avoir une réaction plus ou moins rapide en fonction des quantités attendues, pas forcément réelles,
01:54et bien effectivement, on peut déclencher là des vigilances jaunes, oranges et rouges, quand on est certain que là, on va avoir des quantités tellement importantes
02:03que le bassin en question, le bassin où ces pluies vont tomber, va réagir brutalement.
02:07Alors Louis, on n'est pas du tout là pour leur donner des leçons, mais on a besoin d'eux à longueur d'année.
02:11Mais y a-t-il eu un manque, je ne sais pas, mais d'anticipation, voire des erreurs, je dis bien des erreurs de prévision de la part de Météo France ?
02:19Bien sûr qu'il y a une erreur de prévision.
02:21Maintenant, on fait avec les outils dont on dispose.
02:24Bien sûr qu'on avait prévu, je crois que l'accumule est allée jusqu'à 300-400 millimètres de pluie.
02:30On a eu très ponctuellement, ce n'est pas non plus sur toute la surface, jusqu'à 550-600 millimètres de pluie.
02:35Donc oui, on a eu 25% de plus que ce qui était prévu.
02:40Mais ça, ça veut dire quoi ?
02:41Ça veut dire que ce sont nos modèles, nos calculs, notre expérience, notre historique,
02:47qui fait qu'on bute encore et qu'on n'arrive pas encore à faire des prévisions parfaites.
02:52Et donc, si on ne fait pas une prévision parfaite, évidemment, on n'arrive pas à l'avertir.
02:56On n'arrive pas à être précis dans l'avertissement et dans la prévention pour le public et pour les biens.
03:02Mais est-ce que ça veut dire, Louis, que comme l'affirme Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la transition écologique,
03:08que nos systèmes de modélisation des cours d'eau sont dépassés ?
03:12Est-ce qu'il faut changer ?
03:14Alors ça, oui.
03:15Ça, alors là, pour le coup, voir et réétudier la géographie, les paysages, l'occupation des sols,
03:24les cultures qui en placent, l'urbanisation, ça oui, on a un travail urgent à faire et très important.
03:31Moi, je le fais un peu dans les Alpes-Maritimes, avec justement le département suite à l'Aroya.
03:36Et là, il y a tout à refaire ou à faire, parce qu'on se rend compte qu'on ne connaît pas encore bien la réaction de certains bassins.
03:43Donc oui, cette connaissance-là nous aidera, évidemment, à être un petit peu plus précis et à mieux avertir.
03:48Donc oui, il y a un énorme travail aujourd'hui de réaction, de connaître comment les naves phréatiques
03:54sont capables d'absorber l'eau, à quelle vitesse.
03:57Là, il y a beaucoup d'endroits encore où ça, on ne sait pas le faire précisément.
04:00Est-ce que vous décrivez là le boulot ou le futur boulot de Météo France ?
04:04Ou est-ce que c'est à d'autres, gentil de vous dire, à d'autres entités de nous apporter ce type d'informations ?
04:10Non, je crois qu'après là, il y a d'autres entités, parce qu'évidemment, la redéfinition d'un paysage, d'un territoire, d'une géographie,
04:17ça dépend de beaucoup de paramètres, ça dépend de la politique, des choix que l'on veut faire, sur quoi on veut investir, comment,
04:22est-ce que c'est sur de la route, est-ce que c'est sur du logement ?
04:25Donc là, évidemment, la politique, Météo France doit continuer, moi je dirais, à essayer de progresser sur la qualité de la prévision.
04:32Plus on va pouvoir prévoir précisément les intensités et sur une géographie de plus en plus localisée,
04:39évidemment que la formation, à ce moment-là, elle sera beaucoup plus utile dans la définition ou en tout cas dans le déclenchement d'une alerte.
04:47Donc Météo France, je pense, a encore à travailler sur ces modèles pour être plus précis, simplement dans la prévision.
04:53David Lissner, qui préside l'association des maires de France, s'étonne des marges d'erreur, il réclame carrément un audit de Météo France.
05:01C'est injuste ou pas selon vous, Louis ?
05:03Allons, allons, mais c'est très bien de faire ça.
05:04Moi, je pense que c'est bien de le faire et que Météo France explique bien la fiabilité d'une prévision.
05:09Moi, quand je fais une prévision à 24 heures, je mets une fiabilité qui n'est malheureusement, j'aimerais bien, mais qui n'est pas de 100%.
05:16Je mets une prévision que j'essaye la plus élevée, 95, 97%, dans des situations exceptionnelles comme ça, est-ce qu'on arrive à être à 90, 92 ?
05:24Si on est très honnête, oui, voilà la fiabilité dont on dispose aujourd'hui.
05:28Alors, c'est beaucoup plus qu'il y a 20 ou 30 ans, mais ce n'est pas encore suffisant quand on arrive dans ces situations exceptionnelles.
05:34On n'aurait pas pu, même avec, je dirais, des informations de meilleure qualité, éviter ces inondations,
05:40mais est-ce que les anticiper et s'y préparer auraient pu être faits de façon plus pointue avec des informations qualitatives ?
05:49Ah ben là, il y a deux aspects. Il y a tout d'abord, effectivement, que la prévision progresse, c'est-à-dire que le passage en rouge qui est intervenu à un moment,
05:55puisse l'être, je dirais, cinq, six heures avant, déjà, ça permet de mieux prévenir, d'anticiper sur, effectivement, des routes à fermer ou des choses comme ça.
06:05Ça, c'est le premier aspect. Et le deuxième aspect, là, c'est le travail qu'on doit faire maintenant à long terme,
06:09qui est de bien connaître à partir de quelle quantité telle vallée, telle route va être submergée.
06:15Ça, c'est le travail qu'on doit faire aujourd'hui, et les deux cumulés nous permettront d'être beaucoup plus réactifs
06:21et d'être un peu plus efficaces dans la prévention de tels phénomènes.
06:25Mais ce travail-là dont vous nous parlez, Louis, vous avez l'impression qu'effectivement, il y a une prise de conscience au niveau de l'État, au niveau des différents organismes ?
06:35Ah ben ça, c'est certain. Enfin, moi, j'ai la chance de sillonner un peu la France. C'est le cas d'ailleurs en ce moment à la rencontre de gens qui sont impliqués, qui ont envie de bouger.
06:44Après, il faut se concerter. On est une démocratie, donc voilà, il faut que tout soit exposé.
06:52C'est certain qu'aujourd'hui, on doit faire ce travail à un moment ou à un autre de parfaitement connaître notre territoire par rapport à ces éléments météo.
06:59Et là, on peut encore progresser, oui.
07:01Ah oui, ah non, je vous donne une réponse courte et ce sera la dernière question.
07:05Est-ce qu'il va falloir, par exemple, rehausser nos viaducs, nos ponts et toutes nos structures qui dominent l'eau ?
07:10Oui, dans certains cas, oui, exactement. Sauf que, si j'ai encore un petit peu de temps, rajouter que quand on va faire ces rehaussements, on va le faire peut-être pour trois ou quatre épisodes dans un siècle.
07:25Donc, ça veut dire que beaucoup ne le verront pas. Mais pourquoi rehausser ce pont ? À quoi ça rime ?
07:29Et bien, parce que trois ou quatre fois dans un siècle, ça va être très utile et ça va peut-être sauver des biens, voire des gens.
07:35Merci infiniment, oui, voilà.
07:37Merci à la chef de notre service Météo à RTL. On va se réchauffer un petit peu maintenant et se réconforter avec la cuisine mexicaine.
07:43Elle connaît un succès grandissant et on est très loin des tacos et des burritos.
07:48Nous sommes avec la chef Kirsch Lopez dans un instant.
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