00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir.
00:03Il est 18h17, bonsoir Antoine Petit, vous êtes le PDG de notre prestigieux CNRS,
00:08Centre National de la Recherche Scientifique.
00:10Merci de prendre la parole ce soir sur RTL.
00:13Le CNRS lance un programme pour attirer des scientifiques étrangers
00:16dont le travail est menacé. Expliquez-nous cette démarche.
00:20Alors en fait, le CNRS a l'habitude de recruter des chercheurs étrangers,
00:23on en recrute un tiers parmi nos chercheurs permanents chaque année.
00:27C'est vrai que la situation dans plusieurs pays, les Etats-Unis bien sûr,
00:32mais malheureusement ce n'est pas le seul pays, on peut penser aussi à l'Argentine
00:36et d'autres pays, fait que ça nous a semblé intéressant de faire mieux connaître
00:41l'offre CNRS pour permettre à des chercheurs et des chercheuses
00:45de venir passer quelques années en France, voire de s'y installer
00:49en leur faisant état des avantages qu'il peut y avoir, des intérêts qu'il peut y avoir
00:55à venir travailler en France et en Europe.
00:57Bon, je pense qu'évidemment, vu les circonstances politiques,
01:00vous pensez en particulier aux Etats-Unis, même si on a bien compris
01:03que vous aviez d'autres pays qui étaient visés.
01:06Être scientifique aux Etats-Unis, est-ce que c'est devenu une profession à haut risque selon vous ?
01:11C'est difficile, c'est devenu difficile dans certaines disciplines.
01:16Des disciplines comme la climatologie, comme les gens qui travaillent sur la biodiversité,
01:21mais aussi dans certaines disciplines qui viennent à la santé,
01:23il y a des coupes budgétaires extrêmement importantes.
01:27Et donc, malheureusement, c'est devenu difficile pour un certain nombre de collègues.
01:31Et puis, il y a aussi des collègues qui ne sont pas nécessairement spécialistes
01:36de disciplines mises en danger, mais qui font état d'un certain malaise à rester aux Etats-Unis.
01:43Pas d'ailleurs nécessairement des chercheurs américains, mais des chercheurs français ou des chercheurs européens
01:49qui avaient fait le choix des Etats-Unis et qui n'ont plus nécessairement envie d'y vivre ou d'y élever leurs enfants.
01:56Donc, on a aussi un certain nombre de collègues qui se renseignent,
01:59même si leurs disciplines propres ne sont pas les plus remises en question par l'administration de Trump.
02:04Au point de devoir chercher une terre d'accueil, si j'ose dire.
02:07Oui, alors la recherche, elle est mondiale.
02:10On a l'habitude de collaboration internationale.
02:13Donc, le fait de voyager, ce n'est pas quelque chose d'absolument extraordinaire pour un chercheur ou une chercheuse.
02:19Maintenant, le fait de quitter son pays natal ou le pays où on travaille
02:25pour venir s'installer dans un autre pays à quelques milliers de kilomètres,
02:28on comprend que ce n'est pas une décision anodine, c'est une décision familiale.
02:32Et donc, il faut savoir accompagner les chercheurs et les chercheuses dans toutes les facettes
02:36et pas seulement la facette scientifique.
02:38Mais vous qui êtes en contact avec eux à longueur d'année,
02:42très sincèrement, les chercheurs et universités américaines ont peur pour leur avenir ?
02:47Certains ont peur pour leur avenir.
02:50Je crois que tout le monde a été sidéré.
02:52C'est quand même allé très, très vite.
02:53On a fêté, si je peux dire, les 100 jours de l'administration Trump cette semaine.
02:58Personne n'imaginait que ça allait aller aussi vite et que ça allait être aussi violent.
03:03Donc aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui, encore une fois, ont été sidérés,
03:07sont parfois tétanisés et qui s'interrogent.
03:11Donc, ça nous a semblé important de leur faire état de l'offre qu'on peut avoir
03:15et puis de réfléchir avec ceux qui prendront cette décision.
03:19Probablement qu'un certain nombre d'entre eux réfléchissent
03:21et puis qu'à la fin, ils resteront aux États-Unis
03:22parce que ça n'est pas si simple de déménager.
03:25Mais encore une fois, venir quelques années en France ou en Europe,
03:30c'est une possibilité qu'on souhaite offrir.
03:32Et puis, même si ces gens repartent après,
03:34ils auront tissé des collaborations avec les équipes françaises,
03:37avec nos laboratoires,
03:39et ça ne pourrait être que bon pour la recherche française.
03:42Vous venez d'employer un terme quand même très important, tétanisé.
03:45Il faut répondre à un certain nombre de critères pour pouvoir nous rejoindre.
03:48Vous êtes en train de créer un asile politique
03:50pour les scientifiques qui veulent échapper au trumpisme.
03:52Ça fait partie des questions qu'on se pose quand même ?
03:55Alors non, nous au CNRS, notre critère numéro un,
03:57il est la qualité scientifique, c'est-à-dire qu'on a un organisme
04:01qui se veut élitiste dans le bon sens du terme
04:04et personne ne comprendrait que nous recrutions des gens moins bons
04:09que ceux que nous recrutons d'habitude juste pour des raisons politiques.
04:13Ça ne marche pas comme ça.
04:15Donc, notre critère numéro un sera que les gens qui vont nous rejoindre
04:19apportent un plus par rapport aux équipes
04:22et aux chercheurs et aux chercheuses qui sont déjà en poste.
04:25Pour nous, ça, c'est la condition numéro un.
04:28Ça peut être dans tous les domaines,
04:30même si un certain nombre de domaines ont été affichés comme prioritaires.
04:34Ça peut être dans tous les domaines.
04:36Et ça va être ça, notre critère.
04:38Nos critères numéro un, c'est la qualité scientifique
04:41et bien sûr l'envie de venir s'installer en France.
04:44Et on peut se demander pourquoi des chercheurs et des chercheuses
04:46ont envie de s'installer en France ou en Europe.
04:48Il faut être conscient du fait que chercheur ou être chercheur ou chercheuse,
04:52c'est un exercice qui n'est pas individuel, c'est un exercice collectif.
04:55Vous avez besoin de collègues, vous avez besoin d'étudiants bien formés,
04:59vous avez besoin d'équipements, de ce qu'on appelle les infrastructures de recherche.
05:03Et tout ça existe en France,
05:05même si c'est vrai que les salaires ne sont peut-être pas notre...
05:07C'est ce que j'allais vous demander.
05:09Ôtez-nous un doute.
05:10Est-ce que vous avez le budget pour accueillir ces scientifiques de talent ?
05:13Alors, on va les payer comme on paye ceux qu'on recrute d'habitude.
05:16On ne va pas avoir deux catégories.
05:19Ah oui, parce que sinon, vous allez créer des grèves au CNRS, je vous le dis tout de suite.
05:22Oui, et pas seulement d'ailleurs, bien sûr.
05:26Maintenant, si l'argent était la motivation première des chercheurs et des chercheuses,
05:30ils auraient fait un autre métier.
05:32Maintenant, c'est des gens normaux qui ont besoin de vivre.
05:34Et donc, il faut qu'on soit capable de les accompagner.
05:36Ce qui est important aussi, c'est d'être capable de leur donner la possibilité,
05:40notamment pour les plus seniors d'entre eux,
05:42peut-être de venir avec leur doctorat, avec leur post-doc,
05:45c'est-à-dire de faire venir toute une équipe et pas seulement le responsable de l'équipe.
05:51Et ça, ça sera très clairement un élément d'attractivité
05:54pour faire venir celles et ceux qui envisagent de venir en France.
05:57Alors, on pense évidemment aux Américains à cause de Donald Trump.
06:00Mais j'ai envie de vous demander en quoi la France est-elle plus attractive que le Canada,
06:04qui est quand même beaucoup plus proche pour les chercheurs américains ?
06:08Si vous voulez, je pense qu'il y en aura.
06:09Très franchement, je pense qu'il y en aura pour tout le monde,
06:11parce qu'il y a beaucoup de scientifiques aux États-Unis, pas d'ailleurs nécessairement américains.
06:17Il y a beaucoup de chercheurs d'autres nationalités qui ont des postes de responsabilité aux États-Unis.
06:22Un certain nombre d'entre eux auront envie d'aller au Canada, d'autres en Allemagne, d'autres en Angleterre.
06:26Certains auront envie de venir en France pour des raisons personnelles, pour des raisons historiques.
06:31Et je crois qu'encore une fois, il faut être capable de faire cette proposition d'offre.
06:35Comme je vous le disais au début, on recrute chaque année un tiers de nos chercheurs permanents à l'étranger,
06:40ce qui veut dire qu'on est attractif et on a des très bonnes équipes dans plusieurs domaines.
06:45On est leader dans certains domaines.
06:48Lesquels ? Je suis sûr que c'est intéressant pour nos auditeurs de le savoir,
06:51parce qu'on ne sait pas toujours ce qui se passe de bien chez nous.
06:55D'abord, on a des chercheurs et des chercheurs de qualité dans à peu près tous les domaines.
07:01Maintenant, c'est vrai que la France est un pays dans lequel on parle souvent de l'école mathématique française,
07:05de l'école informatique française.
07:07On est très bon aussi en astronomie.
07:11On est bon sur tout ce qui est climat, écologie.
07:14Mais on a aussi des très bonnes équipes en physique, en chimie, en biologie,
07:19en sciences humaines et sociales, bien entendu.
07:21Je crois qu'on reste un grand pays scientifique.
07:24Je crois qu'il faut en être fier.
07:26Et qu'un grand pays scientifique, ça attire les meilleurs.
07:29Parce qu'encore une fois, les meilleurs ont besoin de se confronter à des gens qui sont très bons.
07:34C'est de là que naissent les idées originales.
07:39Et c'est pour ça qu'on espère bien qu'on va réussir à accueillir,
07:42non pas des centaines, mais quelques dizaines de chercheurs et de chercheuses
07:47qui auront envie de faire le pari de la France.
07:49Alors, je vous repose encore la question.
07:51Est-ce que vous allez déclencher d'une façon ou d'une autre quand même
07:54des postes en plus, vu les missions historiques et déjà très importantes du CNRS ?
07:58Alors, ce qu'on espère, c'est que grâce au sommet qui aura lieu lundi,
08:04qui est à la fois Choose France, mais aussi Choose Europe for Science,
08:08on puisse bénéficier de quelques crédits supplémentaires
08:11qui nous permettront d'en accueillir un petit peu plus.
08:15Je comprends mieux pourquoi vous êtes particulièrement préoccupé en ce moment.
08:19Est-ce que c'est un engagement qui est le vôtre ?
08:23Je voulais vous dire par là, est-ce que ça ne devrait pas d'abord être européen, cet engagement ?
08:28Moi, je crois que ça doit être dans toutes les dimensions.
08:31La dimension Europe, la dimension France, mais aussi la dimension établissement.
08:35Parce qu'à un moment, il y a une relation entre l'employeur, en l'occurrence le CNRS,
08:40et les gens qui vont nous rejoindre.
08:42Parce que la négociation, c'est une négociation comme dans tout contrat,
08:46entre la personne qui emploie et la personne qui est employée.
08:49Et donc, à un moment, c'est très bien qu'il y ait un sommet Choose Europe.
08:55Ça me semble extrêmement important.
08:57C'est extrêmement important également qu'il se décline au niveau français.
09:00Mais à un moment, si on veut être très opérationnel,
09:03et nos collègues des États-Unis ou d'autres pays,
09:06à un moment, ils vont rentrer dans le vif, si je peux dire, dans le dur, si je peux me permettre.
09:11Et c'est important qu'un organisme comme le CNRS, qui emploie des gens,
09:15puisse dire, oui, dans le cadre de Choose Europe, dans le cadre de Choose France,
09:20voilà les offres qu'on peut vous faire, voilà les salaires qu'on vous propose,
09:24voilà les environnements qu'on peut vous offrir.
09:27Et je crois qu'il y a une vraie complémentarité entre l'Europe, la France et les acteurs sur le terrain.
09:32L'appel est parfaitement entendu.
09:34Merci beaucoup Antoine Petit, PDG du CNRS.
09:37Dans un instant sur RTL, on vous emmène au parc zoologique de Paris,
09:40avec des animaux pas si bêtes, et même dotés d'une intelligence stupéfiante.
09:43Loup, Babouin ou encore Otari, nous surpassent dans bien des domaines.
09:47A tout de suite sur RTL.
Commentaires