00:00Christophe Barbier, votre choix, avant de vous entendre Christophe, on va revivre ce qui s'est passé à l'Assemblée cet après-midi.
00:05On en a parlé dans le journal, c'est vrai, mais je voulais, pour que tout le monde l'ait en tête, voilà ce qui s'est passé cet après-midi.
00:09Le PS, le parti socialiste, reproche à François Bayrou de parler comme le RN.
00:14Pourquoi ? Parce que le Premier ministre assume désormais qu'en France, c'est ce qu'il dit, dans certaines villes, certaines régions,
00:19les Français ont le sentiment d'une submersion migratoire.
00:24Submersion, ce mot est celui de l'extrême droite partout en Europe et dans le monde, un mot qui blesse autant qu'il ment.
00:33Choisissez-vous vos mots par hasard ou les avez-vous sciemment empruntés à l'extrême droite dont vous prétendez ne plus jamais vouloir dépendre ?
00:41Le mot de « submersion » est celui qui est le plus adapté parce que tout un pays, toute une communauté du département français
00:59est confronté à des vagues d'immigration illégales telles qu'elles atteignent 25% de la population.
01:11Christophe Barbier, le mot de « submersion » est le plus adapté, dit François Bayrou.
01:14Eh bien, il essaye de faire d'une polémique un atout pour lui en changeant de stratégie.
01:19C'est une fusée à trois étages, cette affaire.
01:21D'abord, un peu un mauvais procès parce qu'il avait parlé hier soir de l'approche d'un sentiment de subversion.
01:27Donc, ce n'était pas exactement la même chose.
01:29Mais là, il a repris le mot même de subversion.
01:31Il n'y a plus de sentiment, il n'y a plus d'approche.
01:33Submersion.
01:34Submersion.
01:35Et donc, on est bien dans la reprise d'un vocable de l'extrême droite, en effet, au niveau européen.
01:41Évidemment, c'est un discours qu'on entend quand on va en province.
01:44C'est un discours qu'on entend un peu partout.
01:46La République n'est plus capable d'intégrer les immigrés.
01:49On est donc dans un phénomène de trop-plein.
01:51On a ce sentiment de submersion.
01:53Mais en reprenant le mot précis, là, ça change la nature du propos.
01:58Bien sûr, il peut dire, comme on l'a entendu, que c'est la réalité qui choque, ce ne sont pas les mots.
02:02Il a raison.
02:03C'est vrai que c'est l'échec de la République en matière d'intégration qui fait de l'immigration un problème.
02:08Cette immigration ne serait pas un problème si on avait une école qui fonctionne, une économie qui intègre ses travailleurs.
02:13Donc là, il a raison.
02:15Mais il se trompe quand il dit « submersion », c'est le bon mot.
02:19Pourquoi ?
02:20Parce que l'immigration, ce n'est pas une submersion.
02:23Ce n'est pas une vague, ce n'est pas un tsunami un beau matin.
02:25C'est plutôt une capillarité, par de multiples voies.
02:28Des voies légales, le travail, les études, le regroupement familial.
02:31Des voies illégales, les clandestins.
02:33Une voie à part, les réfugiés.
02:35C'est tout cela qui fait l'arrivée des immigrations.
02:38Submersion, c'est un mot qui est inadapté.
02:41Par ailleurs, il y a du poids au mot politique.
02:44Et ce mot de submersion a un poids précis.
02:47Depuis 1973, « Et le camp des Saints », un roman de l'écrivain d'extrême-droite Jean Raspail,
02:52qui raconte comment un million d'immigrés, venus du Delta du Gange en cargo,
02:57débarquent sur la côte d'Azur, envahissent la France et passent en Angleterre.
03:00Une dystopie, comme on dirait aujourd'hui, d'extrême-droite.
03:03Mais c'est aussi ce mot « submersion », un mot qui a son poids politique depuis 1989.
03:09Et cette intervention de Le Pen, Le Pen, Jean-Marie, on l'écoute.
03:14Nous sommes véritablement menacés par une vague, une submersion.
03:19Nous risquons d'être submergés, car on va réaspirer, en quelque sorte, des vagues nouvelles de l'immigration.
03:27Et c'est pourquoi la politique apparemment humanitaire du gouvernement
03:33va avoir pour conséquence dramatique que les Français risquent de n'être plus en France chez eux.
03:41Donc il y a une stratégie politique derrière ce mot employé par François Bayrou.
03:45Une stratégie qui veut acheter la neutralité, voire la bienveillance, du Rassemblement national dans cette situation compliquée.
03:51C'est pourquoi il défend d'un côté Marine Le Pen contre ses juges, l'affaire des assistants parlementaires,
03:56et de l'autre, il reprend ce mot de « submersion », François Bayrou,
04:00utilisé il y a quelques mois à peine par Jordan Bardella, des années après Jean-Marie Le Pen.
04:06On l'écoute aussi.
04:08Je pense que le péril de l'extrême-gauche aujourd'hui est aux portes du pouvoir.
04:12Et qu'il y a évidemment derrière l'idéologie de cette alliance le danger d'une submersion migratoire du pays,
04:21d'une déstabilisation de la République et d'une fragmentation de l'unité nationale.
04:26Donc il y a aujourd'hui un danger.
04:28Alors comment expliquer défendre le calcul de Bayrou ?
04:30D'abord, après avoir fait des concessions pendant plus d'une semaine au parti socialiste pour acheter son indulgence,
04:36il fait la même chose avec le Rassemblement national.
04:39C'est de l'équilibrisme.
04:40Dans la perspective d'un vote de censure, il crée des scrupules dans ces deux camps.
04:44Les socialistes se diront « Ah, si on renverse le gouvernement Bayrou, on perd les 4000 postes dans l'éducation nationale ».
04:50Le RN se dira « Si on vote la censure et que le gouvernement tombe, on perd un Premier ministre qui au moins nous respecte et nous défend ».
04:57Autre argument plus profond, François Bayrou sait que depuis des années,
05:02les politiques classiques menées face à l'immigration par des gouvernements réformistes sont en échec.
05:07Et qu'il faut donc changer de discours pour ne pas laisser cet argument à l'extrême droite.
05:11Et ce n'est pas lui qui le dit, celle qui le dit dès 2016.
05:14C'est Marine Le Pen. On l'écoute.
05:17En réalité, ce projet mondialiste vacille.
05:21Il se défend autant qu'il peut, mais il subit des assauts considérables au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, mais aussi partout ailleurs.
05:27En Europe continentale, les élections se suivent et se ressemblent dans de nombreux pays.
05:33Les mouvements patriotes y progressent, les référendums y sont perdus par le système.
05:37Partout dans les peuples, le monde se désire de mettre un terme à la folle dérive mondialiste et de se protéger face à la submersion migratoire.
05:46La submersion migratoire.
05:48Alors on ne saura qu'au moment d'un vote de censure si le calcul de Bayrou est payant à court terme
05:52et on ne saura qu'en 2027 s'il est gagnant à long terme à la présidentielle.
05:57Pendant ce temps-là, le suspense continue et le cynisme n'a pas d'âge.
06:01De Gaulle parlait de Colombelle et de Mosquet, c'était le même fantasme.
06:04Et un certain François Mitterrand, en novembre 82, à Marseille, visitant la ville avec le maire Gaston Deferre, ministre de l'Intérieur, lui a dit
06:11« Gaston, regarde, ces immigrés, c'est plus possible ».
06:15Quelques temps après, il aidait le RN, Jean-Marie Le Pen, le FN à apparaître à la télévision.
06:19Ça faisait monter l'extrême droite pour embêter la droite française.
06:22Je vous le redis, le cynisme n'a pas d'âge.
06:24Amélie ?
06:25Cynisme, malhonnêteté intellectuelle et je vais répondre au champ lexical de la catastrophe naturelle,
06:30puisque c'est bien de ça dont il s'agit par des faits.
06:32INSEE, 2023, il y a 7,3 millions d'immigrés en France, soit 10% de la population.
06:37Être submergé, ça veut dire être sous l'eau, ça veut dire être noyé.
06:41La France n'est pas noyée, ce sont les chiffres qui le disent, pas moi.
06:44Elsa Vidal ?
06:45Je constate que Sébastien Chenu, à mon corps défendant, a raison.
06:49Le vice-président du RN qui déclarait ce matin que ça fait très longtemps que le RN a gagné la bataille des idées en France.
06:57Et je constate que dans le champ politique, en fait, on réfléchit, on pense et on dialogue désormais en utilisant les mots du RN.
07:03Ce qui me semblait quelque chose d'absolument impensable il y a encore quelques années.
07:07Le pénisation des esprits de Banater.
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