00:00« Il est 7h50, Sonia De Villers, votre invitée, le maire socialiste de Montpellier. »
00:06Lutte contre le trafic de drogue.
00:09Le ministre de la Justice réunit aujourd'hui à Paris l'ensemble des procureurs généraux
00:13et des procureurs de la République pour mettre en œuvre une politique pénale adaptée.
00:19Une proposition de loi arrive demain au Sénat sur le sujet, nous on en parle ce matin avec
00:24un maire.
00:25Un maire sur le terrain.
00:26Bonjour, Michael Delafosse.
00:27Bonjour.
00:28D'abord, dans quelle mesure estimez-vous que votre ville, Montpellier, est touchée
00:32par le narcotrafic ?
00:33Le narcotrafic, c'est une réalité à Montpellier comme dans d'autres villes.
00:37On voit des endroits où la liberté d'aller et venir est menacée par des jeunes qu'on
00:43nomme des « chouffeurs », des « mules » qui occupent l'espace public et qui vendent
00:49de la drogue.
00:50On voit la réalité du blanchiment de la drogue.
00:54Quand je suis devenu maire, en 2020, il y avait 200 épiceries de nuit à Montpellier,
01:00et pas pour servir la vie étudiante, mais pour blanchir l'argent mal acquis par la
01:09drogue.
01:10Et donc, aujourd'hui, il faut une mobilisation parce que le narcotrafic, c'est une réalité
01:16qui déstabilise la cohésion de la société et la vie dans nos villes.
01:21Justement, je reviens sur ces épiceries de nuit, parce que vous en faites une de vos
01:25priorités.
01:26Vous réclamez des moyens légaux pour lutter contre ce qu'on appelle les commerces de
01:30façade.
01:31Il y a les épiceries de nuit, mais il peut y avoir aussi les barbershops, les fast-foods,
01:35les kebabs…
01:36Les ongleries, etc.
01:37Oui, il faut très clairement lutter parce que…
01:40Ce sont des commerces qui servent à blanchir de l'argent.
01:42Exactement.
01:43Parfois, ces réseaux très puissants du narcotrafic intimident des commerçants pour qu'ils cèdent
01:49leur bail commercial, et hop, on paye en petites coupures, on blanchit l'argent.
01:54Donc, nous, à Montpellier, on pilonne.
01:57C'est-à-dire ?
01:58On pilonne.
01:59C'est-à-dire que le maire que je suis prend des arrêtés, de fermeture à des horaires
02:04et il y a des infractions, ou l'interdiction de la vente de protoxyde d'azote.
02:08Et quand notre police municipale ou la police nationale constate des infractions, eh bien,
02:15nous pouvons obtenir une fermeture administrative.
02:18Bref, on ne fait pas l'autruche.
02:20Vous rachetez des bottes également ?
02:21Et effectivement, rue de la Sorbe, à Saint-Martin, nous rachetons les bouts commerciaux pour
02:29reprendre la main et ensuite procéder à des destructions de ces cellules commerciales
02:34qui souvent ont détruit la qualité de vie dans un quartier.
02:38Et donc, il ne faut pas lâcher.
02:40Parce que la proposition de loi qui arrive au Sénat, justement, elle vient d'être
02:43renforcée.
02:44D'une mesure qui va exactement dans votre sens.
02:47C'est-à-dire la possibilité au niveau local pour la préfecture et pour les maires
02:50de fermer ces commerces.
02:52Je me réjouis que la proposition des sénateurs Durin et Blanc, LR et socialiste, ait été
02:58retenue.
02:59Je souhaite même qu'on aille plus loin.
03:00Qu'on donne aux maires la possibilité d'autoriser ou pas l'ouverture de commerces.
03:05Sur quels critères ?
03:06Je pense que pour connaître le type d'activité qui s'y déroule.
03:10Parce que quand dans une rue ou dans un espace, vous n'avez que des épiceries de nuit…
03:15Oui mais sur quels critères, monsieur le maire ? Vous allez autoriser un commerçant
03:18à ouvrir une échoppe ou non ?
03:20Oui mais sur le type d'activité.
03:23Est-ce qu'on garantit bien la diversité commerciale dans un quartier ? Quand vous
03:27avez un linéaire commercial qui n'est devenu que des épiceries de nuit, certes le législateur
03:31va nous donner des pouvoirs, mais c'est à posteriori.
03:35Et aujourd'hui, l'ampleur du phénomène est très dure.
03:38Je le dis, cette réalité-là, elle est puissante.
03:42Il y a près de 5 milliards d'argent sale qui circule.
03:45Ils cherchent des chemins pour blanchir.
03:48De la même manière, si vous me permettez, moi je suis très clair, à Montpellier, quand
03:53quelqu'un possède un logement social et pratique du deal, il est expulsé de son logement
03:59social.
04:00Expulsé.
04:01Parce que nous ne pouvons pas accepter que les résidents des autres locataires vivent
04:07dans la peur.
04:08Et donc c'est une mobilisation dansante que nous devons conduire face à ce phénomène
04:14qui fragilise la société.
04:16Nickel de la fausse.
04:17Dans votre ville de Montpellier, autre sujet très brûlant ces derniers jours, un influenceur
04:22algérien très suivi sur TikTok et je crois dans la vie agent de nettoyage dans une salle
04:27de sport qui avait pour pseudonyme « Doualem » qui appelait à la violence envers des opposants
04:32au régime algérien.
04:33C'est vous, Nickel de la fausse, qui avez procédé à un signalement auprès de la
04:37justice.
04:38Il a été expulsé.
04:39Seulement l'Algérie n'a pas voulu le laisser pénétrer sur son territoire.
04:42Il a été renvoyé en France et placé en rétention administrative.
04:45Quelle leçon tirez-vous de cet épisode ?
04:47D'abord, un message très clair a été envoyé.
04:50On ne peut pas inciter en toute impunité à la haine sur un réseau social TikTok très
04:57fréquenté par les jeunes.
04:58Moi, je suis professeur d'histoire-géographie, encore un petit peu avec bonheur, et je vois
05:02l'influence de ce réseau.
05:04Donc moi, j'ai fait un article 40 du code de procédure pénale et ce monsieur a été
05:09interpellé.
05:10Et il y a une décision par le ministre de l'Intérieur, et je l'ai soutenu, de renvoi
05:14vers son pays.
05:15Parce qu'il y a plein de gens qui possèdent des titres de séjour et qui font des efforts
05:20incroyables pour s'intégrer, qui travaillent, qui veulent la réussite de leurs enfants.
05:24Et puis, il y a des gens, ils incitent à la haine, ils déstabilisent.
05:28La France est un pays d'hospitalité, mais il faut en respecter les règles.
05:33Alors maintenant, le gouvernement algérien nous a renvoyé cet influenceur.
05:39Et de l'autre côté, un écrivain est dans une cellule en Algérie.
05:43Boalem Sansal, dont j'espère la libération comme toute défenseur des droits de l'homme.
05:52Donc là maintenant, il doit y avoir des échanges au niveau diplomatique, ça ne relève
05:57pas de moi, mais je le dis, quand on est en France, quand on est résident, il y a tellement
06:03de gens.
06:04La France est un pays d'hospitalité, et bien on en respecte les règles, on en respecte
06:08les valeurs.
06:09Et donc, ce monsieur, moi j'ai fait un article, parce que nous devons être intransigeants
06:14face aux appels à la haine, face au racisme, face à l'antisémitisme.
06:17Alors, une question politique importante, Michael Delafosse, vous êtes l'une des figures
06:22de la gauche du parti socialiste les plus critiques vis-à-vis de la France insoumise.
06:26Or, il y a des villes que la France insoumise vise en particulier, Marseille et Montpellier,
06:32où il a déjà été annoncé que la LFI réfléchissait à des listes contre les maires
06:36sortant de gauche.
06:38Les municipales se rapprochent, ça va arriver très vite.
06:40Est-ce que la menace se rapproche ?
06:42Non mais, le débat d'idées doit avoir lieu.
06:45D'ailleurs, la gauche devrait mettre son énergie à les conquérir des villes de droite
06:48ou d'extrême droite.
06:49Dans le sud de la France, malheureusement, l'extrême droite est en position de force.
06:53Quant à Montpellier, moi je suis un maire de gauche et très fier d'avoir, avec l'équipe
06:58municipale, fait la gratuité des transports en commun depuis un an, pour 500 000 habitants,
07:04conciliant la question du pouvoir d'achat et celle du climat.
07:07Et j'espère qu'au municipal de 2026, ce sera ce type d'idées qu'on va défendre.
07:13Il y aura un nouveau débat, puisque la gratuité, elle est discutée, elle est contestée parfois
07:19parce qu'on se prive de très grosses recettes, à une époque où les collectivités territoriales
07:24pouvaient leur budger.
07:25Mais à l'heure de la crise climatique, à l'heure des enjeux de pouvoir d'achat et de dignité,
07:28c'est une mesure qui est extrêmement forte.
07:31Et puis, disons les choses, moi j'appartiens à une gauche qui revendique une fidélité
07:37à ses combats.
07:38La lutte contre le racisme et l'antisémitisme.
07:40Et quand des concitoyens, parce que juifs en France, meurent, la gauche ne doit jamais
07:45tergiverser là-dessus.
07:47Clarté.
07:48J'appartiens à une gauche qui ne renie pas ses combats en faveur de la laïcité.
07:53Et quand on doit défendre la neutralité de l'école publique et les conditions de travail
07:58des enseignants pour, dans les salles de classe, défendre la laïcité, on ne vient pas expliquer
08:02que quand, enfin, on se décide à interdire la baïa, il s'agirait d'une police du vêtement.
08:08Donc la question, ce n'est pas ce que pensent les autres, c'est la clarté des positions
08:13que nous défendons.
08:14Et je crois que les questions républicaines sont essentielles, comme allier la question
08:19écologique à la question sociale, à l'image de la gratuité des transports en commun.
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