- il y a 1 an
Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, était l'invité d'Apolline de Malherbe ce jeudi 23 janvier. Il a notamment évoqué la situation financière de la France avant le vote du budget du gouvernement Bayrou par l'Assemblée nationale.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Pierre Moscovici, merci de répondre à mes questions ce matin, vous êtes le premier président de la Cour des comptes, en fait vous êtes le juge de paix, vous êtes l'homme-clé, celui qui a permis de poursuivre le dialogue, de gagner peut-être un peu de temps et peut-être même d'apaiser et de séréniser le débat si je puis dire, rétablir les conditions de la confiance avec notamment le parti socialiste, avec les partenaires sociaux puisque le Premier ministre vous a confié cette fameuse mission flash sur l'état réel des finances
00:29on va y revenir, mais globalement vous êtes à la tête de ce gendarme, de ce juge de paix des finances publiques, elle va comment en vrai la France ?
00:39Vaste question disait le général de Gaulle, je ne peux pas me prononcer sur tous les plans, la France reste un grand pays avec une grande économie, nous avons un statut dans le monde, nous sommes membres du conseil de sécurité, nous sommes membres du G7, nous sommes membres du G20, nous sommes fondateurs de l'Union Européenne, nous sommes un pays important de l'Union Européenne,
00:54nous n'avons pas du tout disparu de la carte, nous restons une nation qui a beaucoup beaucoup de ressources économiques, sociales, politiques, culturelles, etc.
01:01J'attendais le mais.
01:03Oui parce que malgré tout mon métier à moi c'est les finances publiques pour l'essentiel, c'est les politiques publiques, c'est la gestion publique et de ce côté-là incontestablement on peut mieux faire et notamment en s'agissant des finances publiques, je redeviens un peu plus sérieux,
01:15là nous sommes dans une situation qui est entre le préoccupant et le grave, je crois vraiment que le redressement de nos finances publiques et c'est le message que je veux faire passer, ce n'est pas optionnel et ce n'est pas anecdotique, nos concitoyens sont d'ailleurs maintenant très conscients que la dette publique est un problème majeur,
01:31nous avons une dette publique qui est la troisième de la zone euro, elle est à quelque 110% du PIB, nous remboursons chaque année déjà 50 milliards d'euros pour financer la charge de notre dette, notre déficit est à 6,1% du PIB, c'est technique, ça veut dire 180 milliards d'euros et c'est deux fois plus, un que les traités européens et deux que la moyenne de la zone euro.
01:52Sur ce terrain-là, nous avons très clairement décroché et en particulier les deux dernières années ont été des années noires pour nos finances publiques, bref le redressement c'est maintenant et non seulement c'est maintenant en 2025 mais c'est pour toutes les années qui suivent parce que nous avons des obligations fixées par les traités, nous devons revenir en deçà de 3% en 2029, ça veut dire que chaque année jusqu'en 2029, il y aura des budgets d'efforts, alors budget d'efforts ça ne veut pas dire budget d'austérité.
02:17Budget d'efforts, c'est-à-dire que franchement Pierre Moscovici c'est ça aussi qu'on veut comprendre, on va rentrer un peu dans le détail parce que j'ai l'impression qu'à chaque fois qu'on dit qu'il va y avoir des efforts, chaque catégorie évidemment se lève en disant bah oui mais moi je ne veux pas faire l'effort, je préférerais que ce soit d'autres même si globalement on se dit oui il faut faire des efforts pour la France mais c'est quoi un budget d'efforts, ça veut dire quoi, ça veut dire des dépenses en moins, ça veut dire des impôts en plus ?
02:37Un budget d'efforts c'est pas un budget d'austérité mais ça veut dire que nos déficits qui ont beaucoup augmenté doivent maintenant diminuer et qui doivent diminuer année après année de manière assez substantielle, il faut qu'en 5 ans on passe des 6% à 3%, ça veut dire en gros gagner 0,5 points de déficit par an.
02:54Je voudrais qu'on revienne sur ces chiffres parce que là vous parlez des 6% des 3% pour que ceux qui nous écoutent comprennent bien, en 2023 le déficit prévu par le gouvernement devait être de 4,9% du PIB, c'était déjà bien au-delà des 3%, en réalité il a fini à 5,5, en 2024 ce qui était prévu c'était 4,4 et on finira à 6,1.
03:16C'est bien pour ça que je vous dis que les deux dernières années ont été des années noires pour les finances publiques, elles nous placent dans une situation qui est une situation difficile qui nous impose un redressement et ce redressement on ne doit pas le faire pour l'Europe, on ne doit pas le faire pour les marchés, on ne doit pas le faire pour les agences d'adaptation, on doit le faire pour nous-mêmes parce que quand on rembourse, c'est ça le chiffre important, en 2021 on remboursait 25 milliards d'euros par an pour payer notre dette, en 2025 on va rembourser 53 milliards d'euros, ça veut dire que ça a doublé en 4 ans.
03:45En 2026 on remboursera 70 milliards d'euros, pour vous donner des ordres de grandeur, 25 milliards c'est le budget du logement, 53 milliards c'est le budget de défense, 70 c'est le budget de l'éducation nationale.
03:55Dans quelques années, dans 3 ans, la charge de la dette sera le premier poste budgétaire de l'État, alors c'est comme un ménage, le jour où vous êtes très endetté pour financer votre voiture, votre logement etc, vous ne pouvez pas dépenser par ailleurs, or nous avons des dépenses massives à financer.
04:11J'y insiste parce que ça c'est très important, l'éducation ça coûte, l'innovation et la recherche, il faut qu'on fasse un effort, l'écologie c'est pas une option, la défense avec Trump et les guerres qui nous menacent, on doit absolument faire un effort, or vous ne pouvez pas investir quand vous êtes très endetté.
04:27Mais c'est ce que vous disiez, vous commenciez par dire non mais on reste quand même, on compte, on n'est pas effacé de la carte, sauf que pardon, quand vous regardez les milliards qui sont mis sur la table, sur l'intelligence artificielle par exemple, du côté des Etats-Unis et que nous on en est à se dire bah tiens il faudrait que les français, ils travaillent peut-être 7 heures de plus gratos pour trouver 2 milliards.
04:45On va y venir, mais ce que je veux dire c'est que vraiment il fallait marquer un coup d'arrêt à cette dégradation de nos finances publiques, il faut que le budget qui est présenté là maintenant, j'ai reçu la copie en tant que président du Haut Conseil des Finances Publiques, je dois rendre un avis, nous devons rendre un avis, et cette copie on l'a reçue à 2h09 du matin, elle est là.
05:02Vous l'avez reçue cette nuit à 2h09 du matin.
05:04Et donc je vais commencer les réunions cet après-midi pour donner un avis sur le projet de loi de finances.
05:08Cette copie c'est quoi exactement ?
05:10Alors cette copie c'est d'une part la prévision de croissance de la France pour 2025, qui a été revue légèrement à la baisse, à 0,9 points de PIB, et c'est d'autre part les éléments du projet de loi de finances qui va maintenant être examiné par l'Assemblée Nationale.
05:23Elle arrive de qui ? Elle arrive du gouvernement ?
05:24Elle arrive du gouvernement, du ministère des Finances. Très bien, de Matignon d'ailleurs. Mais une fois qu'on a dit ça, de quoi s'agit-il ? Il faut un, qu'on ait un budget vite, vite.
05:34Il faut deux, qu'on ait un budget qui marque une rupture, un point d'inflexion, c'est-à-dire qui réduise le déficit.
05:40Il faut trois, que ce déficit il est fixé à 5,4% par rapport à 6,1%, c'est une bonne marche, c'est important, on est sur le chemin du budget.
05:47On est encore loin du 3% d'objectif.
05:49Bien sûr, mais on ne va pas le faire en un an, parce que là, pour le coup, on tuerait le patient.
05:52Donc c'est déjà un effort important, mais il faut que cet effort soit tenu.
05:56C'est-à-dire qu'il faut que cette année, contrairement à ce qui s'est passé en 2024, contrairement à ce qui s'est passé en 2023, on ne dise pas on va voter 4,4% pour arriver à 6,1%.
06:04Donc il faut que non seulement ce 5,4% soit prévu, mais qu'il soit exécuté le moment venu.
06:10Et donc, j'en reviens à votre notion d'effort, qu'est-ce que c'est un effort ?
06:13Un effort, ça veut dire qu'on doit, pour cette année, faire un cocktail, un mélange, entre sans doute des augmentations de fiscalité, mais point trop, n'en faut, et des économies en dépenses,
06:23et qu'à partir de l'année prochaine, on fasse quasi systématiquement des économies en dépenses.
06:27Bref, vous me parliez des ministères, il faut que tout le monde soit mis à contribution, mais partons de le dire avec intelligence.
06:33Autrement dit, il y a des dépenses qu'on doit continuer à privilégier, il y en a d'autres qu'on doit atteindre.
06:37Et il faut absolument qu'on réfléchisse collectivement à qu'est-ce qui est efficace.
06:41Je vais vous donner un exemple hyper concret. Ce matin, sur RMC, j'ai reçu la nouvelle ministre des Sports.
06:46Le budget du ministère des Sports, dans la dernière copie, il baisse de 33%.
06:52Et elle est contre.
06:53C'est-à-dire qu'en fait, elle dit, et je lui ai même dit un moment, est-ce que vous ne retrouvez pas un peu schizophrène ?
06:57C'est-à-dire que d'un côté, elle dit, je comprends et je suis solidaire du gouvernement, il faut faire un gros effort,
07:02et en même temps, quand on me demande à moi de faire un effort de 33%, je dis non.
07:06Le président de la République, Emmanuel Macron, a même fait savoir qu'il n'était pas d'accord avec cette baisse-là du budget.
07:12Je vous prends cet exemple-là, mais je pourrais comprendre pratiquement tous les ministères.
07:16Je vais vous prendre un autre exemple. Je ne suis pas le juge de paix, mais disons que je suis.
07:20La Cour des comptes, non, c'est la Vigie des finances publiques.
07:23C'est une institution qui est au service des Français pour leur dire la vérité des prix.
07:30Et ils nous font une très grande confiance. 90% des gens nous connaissent, 70% nous font confiance.
07:35Les institutions publiques reconnaissaient que c'est pas mal.
07:37Et on se tourne vers nous en pensant que nous disons à peu près la vérité.
07:40C'est une vérité qui est toujours discutable, c'est un élément de débat public,
07:43mais c'est vrai que c'est toujours des chiffres, des faits qui sont objectivés par des hommes et des femmes pluralistes et compétents.
07:49Il faut baisser de combien le budget des ministères ?
07:51Ce n'est pas une question pour un champion, je vais vous donner un exemple.
07:54L'apprentissage. On a mis en place en 2017 une politique d'apprentissage très ambitieuse et très coûteuse.
08:01C'est une excellente chose, ça a permis de rétablir la situation du marché de l'emploi des jeunes.
08:05Mais aujourd'hui, cette politique d'apprentissage est très généreuse.
08:08Autrement dit, elle s'adresse non seulement à des jeunes qui ont le niveau bac ou en dessous,
08:14mais aussi à des étudiants du supérieur.
08:16Il n'est pas normal, et ça coûte cher, et ce n'est pas bon pour eux, et ce n'est pas bon pour personne,
08:21que des étudiants qui sont en école d'ingénieur.
08:23Qui pourraient trouver un boulot autrement que par apprentissage.
08:25Mais ils n'en ont pas besoin. L'apprentissage c'est pas mal, mais payé par l'État, ils n'en ont pas besoin.
08:29Autrement dit, ce que nous proposons, je vous donne une proposition très concrète,
08:32c'est d'abaisser le niveau des dépenses d'apprentissage.
08:35On s'arrête à ce qu'on appelle le niveau 2, c'est-à-dire au niveau bac.
08:38Niveau 3 et 4, non.
08:39Ça, ça permettra de porter 2, 3, 4 milliards d'euros.
08:43Et donc, moi, ce que je propose de cibler comme démarche, comme méthode,
08:47c'est les dépenses qui sont peu efficaces, peu performantes.
08:50Et il y en a beaucoup en réalité.
08:52On peut arriver à combien ?
08:54On fait des primes.
08:55On peut arriver à combien ? Le gouvernement dit qu'il y aura environ 50 milliards d'euros d'efforts.
08:59Alors j'attends de voir la copie du gouvernement.
09:01Franchement, on l'a reçue.
09:02J'ai bien compris. Je ne vous reproche pas de ne pas avoir veillé toute la nuit à partir de deux heures.
09:06C'était une plaisanterie et puis surtout, il y a le Parlement qui va l'examiner.
09:08On va voir quel est le quantum, si vous voulez. Je crois qu'il cherche ça.
09:11Mais c'est à peu près le volume souhaitable.
09:14Honnêtement, je veux voir le... Non, il n'y a pas de volume souhaitable.
09:16C'est surtout pas à moi de dire.
09:18C'est au pouvoir politique qui reste légitime, c'est-à-dire au gouvernement et au Parlement, de voter le budget.
09:23Mais ce qui compte pour les Français et pour moi, pour la Cour des comptes,
09:28c'est qu'au final, l'équilibre s'établisse à un certain niveau.
09:31Autrement dit, vous pouvez faire selon vos préférences politiques, idéologiques, intellectuelles,
09:35plus d'impôts ou plus d'économies.
09:37Moi, j'ai tendance à vous dire qu'il faut faire plus d'économies que d'impôts.
09:41Parce qu'au fond, quand même, nous avons aussi le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé d'Europe
09:45et que ça finit par affecter l'économie.
09:47Il faut faire certains impôts.
09:48La justice fiscale, c'est une notion qui est forte.
09:51Faire contribuer les plus riches, sans doute.
09:53Mais en même temps, il ne faut pas charger la mule.
09:55Et en revanche, il faut faire des économies sur la dépense publique.
09:58Et quand je parle dépense publique, je parle État, collectivité locale, sécurité sociale.
10:03Chaque notion, chaque niveau de dépense publique doit être concerné par cet effort.
10:08Tiens Moscovici, ce matin, Éric Lombard, dans le journal Les Échos,
10:11notre nouveau ministre de l'Économie et des Finances,
10:14dit qu'il n'y aura pas d'impôts supplémentaires sur les ménages.
10:17Vous estimez que ça, c'est possible ?
10:19On peut se permettre de ne pas augmenter les impôts sur les ménages ?
10:22C'est même souhaitable ?
10:23En tout cas, c'est un engagement du gouvernement.
10:26Il l'a fait, on voit bien pourquoi.
10:28Parce qu'on évoquait la contribution de certains retraités.
10:31C'est une option politique.
10:32Vous savez, la politique, j'en ai fait pendant très longtemps.
10:35Vous avez vous-même été à ce job, ministre de l'Économie et des Finances.
10:38J'ai été ministre des Finances, j'ai été pendant 20 ans élu,
10:40j'ai été trois fois parlementaire, blablabla, etc.
10:42Bon, je respecte le politique.
10:44Donc, le choix d'un budget, c'est un choix profondément politique.
10:48On peut être de gauche, on peut être de droite.
10:50Mais réduire la dette, ce n'est pas de gauche ou de droite.
10:53Quand on est endetté, on a le pays qui s'affaisse, qui s'abandonne.
10:57C'est ce que disait Pierre Mendes France.
10:59Les comptes en désordre, c'est le signe des nations qui s'abandonnent.
11:01Donc réduire la dette, c'est un impératif.
11:04Et pour la droite et pour la gauche, chacun le fait à sa façon.
11:06Mais au final, quand vous avez à dépenser pour l'avenir,
11:10pour préparer l'avenir de notre jeunesse, il faut investir.
11:13Et vous ne pouvez pas investir si vous n'avez pas de moyens.
11:15Moi, ça fait 40 ans que je suis dans la vie publique,
11:17j'ai appris une seule chose, pas de bonne politique publique,
11:20de droite ou de gauche, sans bonne finance publique.
11:23C'est la base.
11:24Pierre Moscovici, cette mission flash qui vous a donc été confiée
11:27pour se mettre d'accord sur l'état réel des finances, des chiffres...
11:31Non, des retraites.
11:32Des finances des retraites, du financement des retraites,
11:34avec des chiffres indiscutables.
11:36Voilà l'expression de François Bayrou.
11:38Quelle méthode ? Quel timing ?
11:40Alors, nous rendrons, parce que c'est la Cour des comptes qui est chargée de ça,
11:44j'ai mis en place un groupe que je préside moi-même,
11:46une quinzaine de magistrats, nous rendrons notre rapport le 19 février.
11:49Le 19 février, donc dans peu de jours, je vais rendre ce rapport.
11:52Donc vous êtes dessus là ?
11:54Ah oui, il y a des gens qui travaillent là-dessus jour et nuit,
11:56semaine et week-end.
11:58C'est le jeu.
11:59Flash, ça veut dire très rapide, le flash est déclenché.
12:01Donc on est en train de faire.
12:03Moi-même, je rencontre les uns après les autres, les partenaires sociaux.
12:06Vous en avez déjà rencontré quelques-uns ?
12:07Bien sûr, j'ai déjà rencontré la secrétaire générale de l'IFO,
12:09la secrétaire générale de la CGT, la secrétaire générale de la CFDT,
12:12de l'UNSA, je vois cet après-midi le président du MEDEF,
12:15je les vois dans l'ordre des rendez-vous qu'ils prennent.
12:17D'accord, il n'y a pas d'échelle de valeur ?
12:19Non, il n'y a pas d'hiérarchie.
12:20Aussi les représentants des petits patrons, je les verrai tous.
12:23Pourquoi ?
12:24Pour leur parler justement de la méthode,
12:26pour les rassurer sur l'indépendance de la Cour,
12:27parce qu'ils peuvent se demander,
12:28cette mission, elle a été commandée par le Premier ministre,
12:30elle n'est pas téléguidée, elle n'est pas télécommandée,
12:32je ne suis pas là pour valider un chiffre,
12:33je suis là pour donner les chiffres tels qu'ils sont.
12:35Alors qu'est-ce qu'on va faire ?
12:36On va faire un rapport court, lisible,
12:38qui va être utile, qui comprendra trois parties.
12:45Retraite du privé, retraite du public, retraite complémentaire,
12:48retraite sur complémentaire, retraite des régimes spéciaux,
12:50pour que les choses soient mises à plat.
12:52Deux, on fait une projection à 20 ans.
12:54C'est-à-dire, qu'est-ce qui se passe en 2045 ?
12:56Quels sont les besoins de financement ?
12:57Et à partir de ça, on va, dans une troisième partie,
13:00examiner ce que sont les leviers.
13:02L'âge, la durée de cotisation, le niveau des prestations.
13:06Donc vous allez donner en quelque sorte
13:08des éléments de solutions possibles,
13:10d'améliorations possibles.
13:11On ne fera aucune recommandation,
13:13parce que, si vous voulez, en fait, cette réforme des retraites...
13:15C'est quoi ? C'est des scénarios, alors ?
13:16Des scénarios, des hypothèses, des leviers...
13:20Au fond, c'est la carte, quoi.
13:24Et après, les partenaires sociaux vont faire le menu.
13:26Parce que, si vous voulez, en fait, c'est une fusée à trois étages.
13:28Un, l'expertise. C'est nous.
13:30Et on nous l'a confiée parce qu'on nous fait confiance.
13:32Vous voyez, hier, j'avais Manuel Bompard
13:34qui lui refuse, pour l'heure, de discuter.
13:36Les filles, ils refusent de discuter
13:38sur cette réforme de la réforme des retraites.
13:40Mais pour autant, alors que je lui posais
13:42la question de votre rôle et de cette mission,
13:44il disait qu'il avait la plus grande confiance.
13:46Tout le monde est d'accord.
13:48C'est bien de faire confiance aux institutions dans ce pays.
13:50Un, l'expertise.
13:52Deux, la négociation sociale.
13:54C'est ce que François Bayrou
13:56n'inspirait pas. Le catholicisme a appelé
13:58un inconclave. Je crois que les syndicalistes
14:00veulent l'appeler autrement. Entre-mêmes, on dit que c'est une négociation.
14:02Et à la fin de cette négociation,
14:04ils visent un accord.
14:06S'il y a accord suffisant, à ce moment-là,
14:08le troisième étage de la fusée, c'est le Parlement
14:10qui doit valider l'accord.
14:12C'est un pari. C'est un pari sur
14:14d'abord, effectivement, la confiance qu'on se fait.
14:16C'est un pari sur la démocratie sociale.
14:18Et c'est un pari sur la sagesse parlementaire. C'est compliqué.
14:20Mais si, à partir de ça, on peut
14:22dénouer cette question des retraites
14:24dont on a vu qu'elle empoisonnait le débat public.
14:26Alors, je vais être clair sur un point.
14:28Le Premier ministre a dit, pas de tabou.
14:30Oui, on peut revenir, toucher aux 64 ans.
14:32On peut,
14:34et ça j'ai vu beaucoup de syndicalistes qui sont attachés,
14:36parler pénibilité. On peut parler
14:38des femmes. On peut parler des carrières
14:40hachées. On peut parler des carrières longues.
14:42Mais, il y a un impératif, quand même,
14:44que je suis obligé de rappeler, c'est qu'à la fin,
14:46ça doit quand même être financièrement équilibré.
14:48Autrement dit, il ne faudrait pas que la réforme de la réforme
14:50dégrade l'équilibre financier.
14:52Parce que nous avons des comptes publics qui sont déjà suffisamment difficiles.
14:54Oui, ça, on l'a bien compris.
14:56Nous, la Cour des comptes, nous allons travailler sous
14:58contrainte d'enveloppe. C'est-à-dire, nous allons
15:00dire, vous pouvez jouer là-dessus,
15:02augmenter ça, bah c'est si, etc.
15:04Mais, il faut qu'au final, ça s'équilibre.
15:06Et si, Pierre Moscovici,
15:08ce que vous constatiez,
15:10lors de cette mission flash, était pire
15:12que ce que vous aviez imaginé ? C'est-à-dire, est-ce que vous avez
15:14réfléchi à la possibilité
15:16que les comptes soient
15:18plus mauvais qu'on imaginait ?
15:20Il faut pas
15:22s'attendre à une surprise.
15:24En trois semaines, un mois, on va travailler, on s'appuie sur
15:26ce qu'on fait les autres. On s'appuie sur le Conseil d'orientation des retraites.
15:28J'ai aucune défiance par rapport à
15:30encore, je vois ce soir, son président.
15:32On travaille avec la Direction
15:34de la Sécurité sociale, avec la Caisse nationale de
15:36assurance vieillesse, avec la Direction générale du Trésor, avec
15:38la Direction générale des finances publiques. Non, nous, ce que nous faisons,
15:40c'est une mise à plat. Il n'y a pas de cadavres dans
15:42le placard ? Non, il n'y a pas de cadavres dans le placard.
15:44Mais, ce qui est vrai, c'est qu'il y a des hypothèses, il y a des scénarios.
15:46Je vais vous prendre quelques exemples.
15:48Si notre taux d'emploi s'améliore,
15:50alors, à ce moment-là, nos besoins diminuent. Mais vous y croyez,
15:52vous ? Là, dans le contexte actuel,
15:54quand vous voyez toutes ces boîtes qui ferment ? Je parle à 20 ans.
15:56Si la productivité
15:58de l'économie française s'améliore, ça change aussi.
16:00Vous finissez par parler comme
16:02le gouvernement, qui a toujours des hypothèses
16:04optimistes, et dont vous dites,
16:06vous, qu'elles sont trop optimistes. Non, non, je dis
16:08qu'on va jouer sur les leviers. Je n'attends
16:10pas de surprises. Ce qu'on attend
16:12de nous, franchement, ça ne doit
16:14pas être un... Il n'y aura pas
16:16d'effet wahou. Nous ne sommes pas là pour une rupture,
16:18nous sommes là, je le disais, pour que la table
16:20soit mise, pour que les partenaires sociaux sachent
16:22quelles sont les bases. Donc, la Cour des comptes
16:24ne va pas faire quelque chose de disruptif, mais ce sera quelque chose
16:26de solide et de l'indiscutable, oui.
16:28J'ai encore deux questions, Pierre Moscovici.
16:30L'une, c'est quand même que vous avez évoqué
16:32ce dérapage, ces deux
16:34années noires. Vous avez fait
16:36face aux parlementaires
16:38sur cette enquête parlementaire sur
16:40justement, qu'est-ce qui a fait que ça a pu
16:42déraper. Moi, je voudrais quand même comprendre
16:44comment on a pu décrocher comme ça,
16:46alors que ce n'était pas des années noires en termes
16:48de croissance. Qu'est-ce qui s'est
16:50passé ? Qu'est-ce qui fait
16:52qu'on a perdu autant d'argent en deux ans ?
16:54Écoutez, moi, je vous disais que j'avais
16:5640 ans d'action publique. C'est triste pour moi,
16:58mais c'est comme ça. Je n'ai jamais vu
17:00en 40 ans, une année comme 2024,
17:02où on est passé de 4,4%
17:04votés à 6,1% exécutés, hors crise.
17:06Mais ça veut dire quoi ? Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
17:08C'est d'abord... Il y avait des experts,
17:10il y avait des analystes. Les prévisions
17:12ont été trop optimistes.
17:14J'ai fait une proposition devant la commission parlementaire.
17:16C'est qu'on soustraie
17:18la validation des prévisions
17:20aux politiques et à l'administration pour la confier
17:22à une instance indépendante, justement, au conseil
17:24que je préside. Et je dis ça, je pense que c'est
17:26d'intérêt général. Ça veut dire qu'on ne
17:28pourra plus avoir un gouvernement qui,
17:30en fait, fait son budget
17:32en se disant, évidemment,
17:34la croissance. On nous dit que c'est 0,5%, mais nous, on va pousser,
17:36on va dire que c'est 0,8%.
17:38Si on est trop volontariste,
17:40si on est trop optimiste, on tombe dans ce que j'appelle
17:42l'hubris. C'est-à-dire, voilà...
17:44C'est-à-dire qu'on prend ses désirs...
17:46C'est le péché d'orgueil suprême.
17:48Mais, pardon, hubris, c'est aussi
17:50une forme de mensonge. Est-ce que
17:52Bruno Le Maire s'est menti
17:54à lui-même ? Est-ce qu'il nous a menti ?
17:56A soi-même, c'est toute autre chose. Mais, non,
17:58il n'y a eu aucune forme d'insincérité, je l'ai dit.
18:00Je ne vois pas l'intention de tromper. En revanche,
18:02ce que je souhaite, c'est que... Pardon,
18:04j'ai utilisé une notion de finance publique très importante,
18:06la prudence. Des prévisions,
18:08ça doit être prudent. Après, ce qui s'est
18:10passé, c'est que, du coup, comme les prévisions étaient trop élevées,
18:12on n'a pas eu tout à fait le même niveau de recettes,
18:14loin de là, et la machine a palpé
18:16les recettes, si je veux dire,
18:18où elle est estimée s'est cassée,
18:20on a eu un niveau de dépense trop élevé,
18:22et on a eu un niveau de croissance trop faible.
18:24Mais il est encore temps de réparer. Ah, pour 2024, c'est fini.
18:26Mais pour les années suivantes, je propose
18:28vraiment de changer de méthode et de changer d'attitude.
18:30La prudence et la validation
18:32par une instance indépendante. Voilà
18:34deux remèdes qui me paraissent fondamentaux.
18:36M. Moscovici, Donald Trump, hier a dit
18:38« L'Union européenne est très mauvaise pour nous,
18:40ils nous traitent mal, ils ne prennent pas nos voitures
18:42ou nos produits agricoles, en fait, ils ne prennent pas
18:44grand-chose. Quelle menace
18:46pour notre commerce, pour nos exportations ? »
18:48Ecoutez, ça, c'est le vrai problème.
18:50On a un président des Etats-Unis,
18:52on a changé de monde. On a un homme qui est
18:54climatosceptique, qui va sortir des accords de Paris,
18:56qui va déverser
18:58des hydrocarbures sur le monde entier.
19:00On a un président qui est isolationniste,
19:02donc il va falloir réfléchir à comment nous nous défendons,
19:04par exemple en Ukraine, et on a un président qui est protectionniste,
19:06qui nous impose des droits de douane.
19:08Alors évidemment, les Etats-Unis continuent à être nos alliés,
19:10mais franchement, il ne faut pas être hostile,
19:12mais il ne faut pas être naïf, et les Européens
19:14doivent absolument s'outiller,
19:16intellectuellement, psychologiquement,
19:18et aussi financièrement, économiquement, pour résister
19:20à ça, pour en tout cas riposter.
19:22En tout cas, il ne faut pas minimiser la menace.
19:24Mais ça, c'est un changement fondamental.
19:26Et vous savez, on parle de choses qui sont parfois mineures,
19:28celle-ci, elle est essentielle.
19:30On a changé d'air aux Etats-Unis.
19:32Quand on change d'air aux Etats-Unis, on change de monde.
19:34Et donc, il faut aussi que nous nous en prenions conscience.
19:36Merci, Pierre Moscovici, d'être venu
19:38aussi précis ce matin, premier président
19:40de la Cour des comptes, et à la tête
19:42aussi du Haut Conseil, on l'a bien compris,
19:44aux Finances publiques.
19:46Il est 8h52 sur RMC
19:48et BFM TV.
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