00:00Il est 6h21, des millions de personnes dans le monde souffrent dans l'ombre des crises
00:13humanitaires invisibles aux yeux du monde.
00:15L'ONG Care dénonce cette indifférence via une étude qu'elle publie chaque année.
00:19Elle recense les crises les moins médiatisées.
00:21Bonjour Adéa Guillaume.
00:22Bonjour.
00:23Vous êtes porte-parole de l'ONG Care en France.
00:25Merci de venir sur France Inter ce matin pour dévoiler en exclusivité les résultats
00:29de cette 9e édition.
00:30D'abord, de quoi parle-t-on exactement ? Comment avez-vous réalisé ce classement ?
00:34En fait, on travaille avec un service international de surveillance des médias et on a consulté
00:41entre janvier et septembre 2024 environ 5 millions d'articles en ligne en plusieurs
00:46langues, en français, en espagnol, en arabe, en anglais et le but c'est d'essayer de
00:52travailler avec un critère principal, c'est-à-dire quelles sont les crises qui touchent plus
00:57d'un million de personnes.
00:59On en a recensé 43 et sur ces 43, on a tiré les 10 qui étaient le plus invisibilisées
01:04dans les médias, c'est-à-dire celles dont on parlait le moins.
01:06Vous faites un ratio entre les pays qui ont 2 millions de personnes déplacées ou qui
01:12souffrent de la faim et le nombre d'articles, vous faites une sorte de proportionnel.
01:16On fait une mise en regard et puis surtout par rapport à d'autres faits de l'actualité.
01:19C'est vrai que cette année, on a beaucoup entendu parler, on a eu plus de 115 000 articles
01:25dans le monde qui ont été publiés sur le divorce de Ben Affleck et Jennifer Lopez.
01:29L'année dernière, dans le même rapport, on s'était intéressé au nombre d'articles
01:33qui étaient sortis sur le film Barbie.
01:34Et puis en regard, le nombre d'articles cette année, donc 115 000 articles pour Ben Affleck
01:40et Jennifer Lopez et moins de 2 000 articles pour l'Angola.
01:43C'est ce que j'allais dire, qui est en tête de votre liste.
01:46C'est quoi le problème en Angola ?
01:47Le problème en Angola, c'est 40 ans de sécheresse consécutive.
01:5240 ans de sécheresse consécutive.
01:55Il faut imaginer ce que ça veut dire.
01:57Et aujourd'hui, dans ce pays, il y a plus de 2,2 millions de personnes qui ont besoin
02:01de la solidarité internationale.
02:032,2 millions de personnes qui vivent dans des camps, qui meurent de faim.
02:08Les petites filles qui sont victimes de violences sexuelles quand il faut aller au puits chercher de l'eau.
02:14Et pourtant, c'est un pays d'Afrique le mieux doté en ressources naturelles.
02:16Dans le sol, il y a plein de choses.
02:17Ça, c'est tout le paradoxe des pays africains et de beaucoup de pays où il y a de nombreuses richesses.
02:23Ça ne veut pas dire que c'est la population qui n'a pas d'égalité, en tout cas dans la redistribution des richesses.
02:31Et puis, ce qu'on observe aussi dans ce pays-là, mais comme dans d'autres dans le classement,
02:35c'est que c'est le changement climatique, finalement, qui dérègle beaucoup de choses.
02:39Ça, c'est un des fils conducteurs, une des causes principales ou la cause principale des crises que vous avez recensées.
02:44C'est assez flagrant.
02:45Dans les neuf années, ça fait neuf ans qu'on fait ce rapport.
02:48Je crois qu'au début, peut-être trois des dix crises étaient liées au changement climatique.
02:51Aujourd'hui, dans ce rapport, neuf des dix crises sont liées au changement climatique.
02:56Qu'est-ce que ça veut dire ?
02:56Ce n'est pas les guerres oubliées, c'est les crises humanitaires oubliées dont vous parlez.
03:00Vous avez raison, c'est-à-dire que certains de ces pays, alors tous sont en Afrique pour la troisième année consécutive,
03:05ce qui quand même veut dire quelque chose.
03:07Certains sont liés à des conflits, mais certaines crises sont liées d'abord au changement climatique,
03:13donc les inondations à répétition, les sécheresses à répétition.
03:17Et c'est vrai que la question qui se pose à une organisation comme la mienne, c'est-à-dire moi,
03:20je travaille pour CARE qui est un réseau mondial humanitaire, on est présents dans 120 pays,
03:25on alerte sur la question du changement climatique et on travaille et on répare sur la question du changement climatique
03:30depuis plus de 15 ans.
03:31Il n'empêche qu'on voit ces dérèglements finalement se multiplier.
03:35Vous l'avez dit, dans cette liste de dix pays, il n'y a que des pays africains.
03:38Pourquoi ? C'est parce que ça va de plus en plus mal en Afrique ou parce que ces crises nous intéressent de moins en moins ?
03:43Là, l'angle du rapport, c'est les crises les moins documentées.
03:47Il y a dans ces dix pays des crises qui, à un moment, nous ont intéressé.
03:51Mais quand on parle de 40 ans de sécheresse, c'est humain.
03:54C'est humain et on le sait et c'est presque normal.
03:59Oui, oui, il y a une latitude, ça dure longtemps, etc.
04:01Pour autant, si moi, je travaille dans la solidarité internationale,
04:04c'est que je crois profondément qu'on n'a pas le droit de se désintéresser de ce qui se passe dans ces pays-là.
04:09Vous savez, derrière les noms de ces dix pays, ça regroupe 37 millions de personnes,
04:15des femmes, des enfants, qui ne vont plus à l'école, qui ne mangent pas à leur faim, qui n'ont plus de maison.
04:20Et ça, c'est insupportable.
04:21Je vais donner ces dix pays dans l'ordre Angola, République centrafricaine, Madagascar, Burkina Faso,
04:26Burundi, Mozambique, Cameroun, Malawi, Zambie et Niger.
04:31Je suis allée regarder celle de l'année dernière, la liste de 2023.
04:34Il y a trois pays qui sont sortis du classement.
04:36Le Sénégal, la Mauritanie et l'Ouganda.
04:38C'est pourquoi ? C'est que ça va mieux dans ce pays ou que la couverture médiatique de leur crise est meilleure ?
04:42Et oui, c'est l'angle de ce rapport.
04:45La situation n'est pas forcément meilleure dans certains de ces pays.
04:48Là, nous, on s'intéresse à la couverture médiatique dans ce rapport-là.
04:53En réalité, nous intervenons aussi dans ces pays, car on est présent sur la liste des dix pays de ce rapport.
04:59On est présent dans huit pays.
05:00Donc malheureusement, je ne crois pas qu'il y ait moins de besoins.
05:04Par contre, que les journalistes s'y intéressent et dans la durée et pour qu'il y ait un élan de solidarité en vérité de tout le monde.
05:10Vous parlez du désintérêt de la presse et le désintérêt des décideurs politiques.
05:14Oui, la même lassitude véritablement.
05:17Et puis derrière, il y a les décideurs politiques et derrière, ce que ça veut dire, c'est les financements.
05:22Pourquoi nous, on lance un appel et pourquoi on fait ce rapport ?
05:24C'est parce que nous, on s'intéresse aux 37 millions de personnes.
05:26Vous savez, vous avez besoin de dons.
05:28Oui, on a besoin de dons.
05:30Alors, il y a les responsables politiques parce qu'évidemment, les États peuvent participer et répondre et être solidaires.
05:36Mais les gens, vous, moi, tous, on peut aider finalement et s'intéresser à ces 37 millions de personnes qui, rappelons-le aujourd'hui,
05:43pour la plus grande majorité d'entre elles, ne mangent pas à leur faim, n'ont plus de maison.
05:48Et moi, ce qui me touche très particulièrement, parce qu'à Kécher Care, on est très, très attentifs à ça, c'est à la sécurité des femmes et des filles.
05:54Brisez le silence autour de ces catastrophes humanitaires.
05:57C'est l'objectif de votre étude de l'ONG Care en France, votre ONG à Diaguillo.
06:02Merci beaucoup d'être venu ce matin sur France Inter.
Commentaires