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Le monde a-t-il oublié l'Afrique ? Le continent concentre la majorité des crises humanitaires, guerres et catastrophes climatiques, des crises pourtant souvent passées sous silence. Adéa Guillot, porte-parole de l'ONG CARE France, pour la publication du rapport sur les crises oubliées. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-mercredi-28-janvier-2026-6319257

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00:00Il est 6h20, le monde a-t-il oublié l'Afrique ?
00:03Ce continent concentre la grande majorité des crises humanitaires à cause de guerres ou de catastrophes climatiques,
00:08des crises souvent passées sous silence et que l'ONG CARE s'efforce de mettre en lumière chaque année.
00:13Bonjour Adéa Guillot, vous êtes la porte-parole de CARE en France.
00:17Pour mesurer la visibilité de ces crises, vous prenez en compte leur traitement médiatique, le nombre d'articles en ligne.
00:24Et c'est de pire en pire, ça fait 10 ans que vous faites ce rapport, que vous publiez ce rapport.
00:27Et en 2025, le recul est historique.
00:31Oui, c'est vrai, c'est l'un des enseignements de ce rapport.
00:33Cette année, on a été tristement étonné de voir que les 10 crises que nous documentons dans ce rapport
00:40ont concentré cette année environ 40 000 retombées presse.
00:43L'an dernier, le même rapport, les 10 crises de l'époque, avaient concentré 89 000 retombées presse.
00:49Deux fois moins.
00:50Moitié moins.
00:50C'est déjà pas beaucoup 90, mais à 40 000, il ne reste plus rien.
00:53Non, et on s'interroge, ça veut dire est-ce que les crises humanitaires intéressent encore ?
00:57Est-ce que cette question d'aider l'autre intéresse encore ?
00:59Par exemple, il y a quoi ? La République centrafricaine, c'est celle qui est la...
01:03C'est en tête de notre classement.
01:04Donc c'est une crise qui a concentré environ 1 500 retombées presse,
01:08alors que dans le même temps, sur la même année, le mariage de Jeff Bezos à Venise,
01:13c'était 96 000 retombées presse.
01:15Donc on voit un petit peu où sont nos priorités.
01:16Pourquoi sommes-nous indifférents ? Comment l'expliquez-vous ?
01:19Je pense que ça tient d'abord aux crises dont nous parlons.
01:22Ce rapport met en lumière, donc vous l'avez dit, la plupart des crises de ce rapport cette année sont en Afrique,
01:28mais en lumière des crises dites oubliées.
01:30Il y a une terminologie de la crise oubliée.
01:32Et derrière ces crises, ce sont des crises souvent longues et surtout multifactorielles.
01:36Ce ne sont pas des crises impressionnantes, ce n'est pas un conflit brutal et soudain,
01:40ce n'est pas un tsunami qui ravagerait les côtes de manière soudaine.
01:44Ce sont des crises qui s'installent dans la longueur, dans la durée.
01:47Donc il y a une lassitude de notre part ?
01:49Moi j'ai 48 ans, je pense que je suis devenue adulte.
01:52On parlait déjà de l'Angola, on parlait déjà de la République centrafricaine,
01:56ça veut dire que ça fait 30 ans qu'on en parle.
01:58Et ce sont des crises complexes ?
02:00Très complexes.
02:01Ce n'est pas Manichéen, ce n'est pas Poutine contre l'Ukraine.
02:03Ça c'est simple, on en parle, on peut le raconter de façon très simple.
02:07Les crises, le Soudan ou d'autres crises, c'est très compliqué.
02:09Il y a des factions en interne, ça participe aussi de l'invisibilisation ?
02:14Oui, ce n'est pas Manichéen en effet, mais les crises ukrainiennes ou palestiniennes
02:18ne sont pas des crises dont il ne faut pas parler,
02:21mais ce sont des crises essentielles aussi,
02:22mais qui ont une donnée géopolitique tout à fait peut-être différente
02:26que les crises dont nous parlons, qui sont plus lointaines,
02:29en tout cas qui semblent plus lointaines, et qui s'installent dans la durée.
02:32C'est-à-dire que c'est à la fois le cumul de l'impact du changement climatique,
02:36qui ne se fait pas du jour au lendemain, ça c'est des impacts longs,
02:39de crises locales, des groupes armés hyper locaux, qui déstabilisent
02:43et qui pourtant génèrent des migrations hyper importantes à l'intérieur des pays-mêmes.
02:48Donc voilà, on est dans ces causes imbriquées finalement,
02:52qui nous paraissent lointaines, qui n'ont pas un intérêt géopolitique
02:55énorme aux yeux des Européens en tout cas,
02:57mais qui créent réellement une instabilité extrêmement forte.
03:00Aujourd'hui, derrière ces dix crises dont nous parlons dans ce rapport cette année,
03:03c'est 43 millions de personnes qui sont dans une urgence humanitaire absolue.
03:07Ça veut dire quoi ? Qui ne mangent plus ? Qui ne vont plus à l'école ?
03:11Qui sont violets ? Pour les femmes, beaucoup qui sont victimes de violences sexuelles,
03:14notamment dans beaucoup de ces pays.
03:17Et nous, on a à cœur évidemment de dire que chaque vie se vaut,
03:21et qu'il faut penser à eux, il faut absolument visibiliser ces crises.
03:25Est-ce que vous diriez qu'il y a une forme de racisme aussi ?
03:28Je ne veux pas le croire.
03:30Je ne veux pas le croire.
03:31Vous savez, une organisation comme la nôtre, à la base de nos convictions,
03:35c'est que toute vie humaine se vaut.
03:37Et non seulement ce sont nos convictions, mais c'est...
03:39Moi, je le vérifie.
03:40Dans mon ONG, je m'occupe aussi de travailler à la générosité du grand public.
03:45Et le public est là, il nous soutient.
03:47Les peuples, je crois, se soutiennent.
03:49Alors, on est dans un moment particulier de l'histoire de notre monde
03:52où on aimerait certainement nous monter les uns contre les autres.
03:56Je pense qu'il faut résister à cette vision et à ce projet de société,
03:59et y résister notamment par l'idée de la solidarité internationale.
04:02Et vraiment, il est là, le soutien des peuples, comme vous dites,
04:05parce que cette sous-exposition médiatique,
04:07elle a des conséquences directes, finalement, sur la solidarité internationale.
04:12Nous, quand une crise est visibilisée, le soutien des peuples est là.
04:15Vous le voyez tout de suite ?
04:16Ah bon, on le voit tout de suite.
04:16Je vous donne un exemple.
04:17Vous avez des dons qui arrivent, direct.
04:18Oui, je vais vous parler de Mayotte, par exemple, l'année dernière.
04:21Couverture médiatique importante, puisque département français,
04:24donc la sphère médiatique s'empare totalement de la crise.
04:26Moi, dans les 48 heures, j'ai reçu énormément de dons.
04:29Donc, la générosité s'est exprimée, des mails disant comment on peut aider,
04:33où est-ce qu'on donne, etc.
04:35Si une crise est passée sous silence,
04:37et bien la générosité ne peut pas se débloquer,
04:40puisque les gens n'en entendent tout simplement pas parler dans leur matinale
04:42ou ne le lisent pas dans leur journal.
04:44Tout ça dans un contexte global, en plus de recul de la solidarité internationale.
04:48On a beaucoup parlé de l'aide américaine,
04:50qui a été complètement siphonnée par Donald Trump.
04:53Mais il n'y a pas que les Etats-Unis, il y a plein de pays,
04:55et la France aussi, notamment.
04:56Oui, ça, c'est ce qui a changé beaucoup entre l'année dernière et aujourd'hui.
05:00C'est le contexte dans lequel ce rapport tombe.
05:02C'est-à-dire qu'il y a les crises oubliées,
05:04mais en plus, tout cela tombe dans un contexte tout à fait inédit,
05:06de recul tout à fait inédit,
05:08de l'idée même de solidarité internationale.
05:11Aujourd'hui, on a une attaque idéologique contre ce que nous représentons,
05:14c'est-à-dire l'idée d'une société humaine où chaque vie se vaut.
05:17Et dans le même temps, cela se concrétise par l'argent.
05:20C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a près de la moitié,
05:22la moitié, en un an, des fonds internationaux liés à l'aide humanitaire qui ont sauté.
05:28Alors, vous l'avez dit, c'est d'abord USAID qui a sauté,
05:30c'est l'aide américaine qui était le premier grand bailleur mondial
05:34de l'aide humanitaire ou de l'aide au développement.
05:37Mais derrière, il y a une dizaine de pays européens,
05:39dont la France, qui ont fait sauter leur budget.
05:42En France, sur cette seule année,
05:43c'est moins 37% au budget lié à l'aide humanitaire
05:47et à l'aide au développement à l'international.
05:49Et pour inciter au don, ce que vous dites,
05:51c'est qu'en fait, finalement, il ne faut presque pas montrer la misère.
05:56C'est maladroit ce que je dis, mais montrer les solutions,
05:58montrer ce qui est fait avec l'argent que vous récoltez,
06:01des solutions du positif, montrer que l'aide, elle est utile.
06:04Oui, parce que je pense qu'on a tous et toutes une fatigue aussi des crises.
06:08Je sais, très humain, moi-même, le matin, quand j'écoute la radio,
06:11quand je vous écoute, Mathilde, le matin, chez moi,
06:13parfois, je lui dis, oh !
06:14C'est normal !
06:16Oui !
06:17Or, je pense que nous, en tout cas, une ONG comme la nôtre,
06:19on travaille, notre business, c'est d'aider
06:21et c'est surtout d'inverser, en fait,
06:23ces tendances dramatiques pour les populations dont nous parlons.
06:27Et nous, ça marche.
06:28On a des cas concrets de choses où ça marche.
06:30Quoi, par exemple ?
06:31Par exemple, en Zambie, un des pays qui est au classement
06:34des 10 crises cette année,
06:35où le changement climatique a des impacts énormes sur les récoltes.
06:38On va de sécheresse en inondation,
06:40d'inondations en sécheresse.
06:42Et donc, là, on intervient auprès des femmes, par exemple,
06:45pour les aider à adapter leur agriculture,
06:48à créer des jardins vivriers,
06:50à se créer une économie propre
06:52et des moyens de subsistance
06:53pour échapper à la domination,
06:55parfois masculine, qui s'exerce sur elles.
06:57Et on a des cas concrets.
06:58Ça marche.
06:59Voilà.
07:00Et je pense que si, collectivement,
07:02médias et ONG,
07:03nous racontions un petit peu mieux cette histoire positive,
07:06des gens qui se battent d'abord pour eux-mêmes,
07:07pour survivre eux-mêmes,
07:09qui ont besoin du petit coup de pouce.
07:10Nous, on est là pour le coup de pouce.
07:11C'est ça, la solidarité internationale.
07:13Merci, Adéa Guillot, porte-parole de Caire en France.
07:16Merci d'être venue dans le 5-7
07:17présenter ce rapport annuel sur les crises humanitaires oubliées.
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