00:00Bonjour Didier Varro. Bonjour Élodie. Vous êtes directeur de la musique des antennes de Radio France,
00:03longtemps collaborateur de Jean-Louis Fouquier pour l'émission Pollen, les copains d'abord,
00:08je sens le sourire là déjà, sur France Inter et pour le festival des francophilies de la Rochelle
00:12dans la casse programmation, tantôt au micro, tantôt justement à la programmation. Votre
00:16plaisir principal c'est de débusquer, de soutenir les artistes, soit confirmer,
00:22soit en devenir. Et oui, vous êtes un foule sentimental et vous l'assumez. Un électron libre
00:26assoiffé de nouveaux sons, de nouveaux beats, tantôt francophones, tantôt électro, rock, soul, pop.
00:32Il n'y a pas de barrière chez vous, avide de découvrir toujours avec la même fréquence. En
00:362020, pour faire face à la pandémie et donc à l'absence de scènes et d'événements touchant le
00:42spectacle vivant, pour soutenir les artistes, vous avez créé le label Hashtag Radio France et le
00:46collectif d'artistes Hashtag et on remet le son avec une grande hyper nuit organisée en plein
00:52couvre-feu. Il y avait 100 artistes, 6 heures retransmises sur 50 contenus de Radio France,
00:58donc cinquantaine de Radio France. Et depuis 2022, vous êtes à l'origine de l'Hyper Weekend Festival,
01:04le premier festival de musique actuelle de Radio France dédié aux créations et à la jeune scène
01:08française. Ce festival en tout cas, vous l'avez voulu un peu votre image, c'est-à-dire l'idée
01:15c'est de sortir de sa zone de confort. Alors oui, parce que j'ai toujours aimé sortir de ma zone de
01:20confort, j'ai toujours aimé être déstabilisé, déséquilibré par des esthétiques musicales avec
01:25lesquelles je ne serais pas en affinité et puis par des projets parfois avec lesquels je suis en
01:29grande affinité, mais qui me perturbent et qui me trouvent. Donc ça, c'est vrai que c'est un de mes
01:34traits de caractère. Mais après, je pense que dans votre présentation, qui était quand même assez
01:38magnifique, il y a un mot-clé, c'est l'absence de hiérarchie dans la musique. Je ne mets pas de
01:44barrière, je déteste les gens qui sont dans l'entre-soi. Je pense qu'il n'y a pas de bonne
01:50et de mauvaise musique. Donc effectivement, je travaille aussi toujours sur ce paramètre qui est
01:56celui de l'émotion, mais aussi d'essayer de me mettre parfois à la place des auditrices et des
02:01auditeurs ou des spectatrices et des spectateurs qui sont confrontés à un projet et de me dire
02:05peut-être que même si ce n'est pas ma culture, même si ce n'est pas ma musique, ce projet-là,
02:10en revanche, je pense qu'il peut intéresser un grand nombre de personnes.
02:15Les premières émotions, ça reste la famille Mathieu, qui habite pas très loin de chez vous.
02:20Effectivement, ce moment où elle gagne l'un de ses premiers concours. On est du côté d'Avignon et
02:25il y a effectivement François Sardi avec tous les garçons et les filles. À ce moment-là, vous
02:31comprenez que vous êtes différent, que vous avez une sensibilité différente, à fleur de peau.
02:35Vous êtes né aussi à une époque très compliquée où l'homosexualité était pénalisée.
02:40D'ailleurs, vous aimez le rappeler, c'est important de le faire. Ça a été soulevé, c'est en 82.
02:45C'est devenu autre chose qu'une maladie mentale en 90 seulement, déclarée par l'OMS,
02:50l'Organisation mondiale de la santé. Mais en tout cas, vous saviez que vous étiez différent.
02:55Oui, je pense que j'étais différent. Et c'est drôle que vous parliez de François Sardi,
03:00tous les garçons et les filles, parce que j'écoutais cette chanson qui était totalement mélancolique
03:07sur l'histoire d'un amour impossible, d'une jeune fille qui regarde les couples s'aimer et qui se
03:14dit, voilà, tous les garçons et les filles de mon âge s'aiment, mais moi, est-ce que je vais parvenir
03:19à aimer, entre guillemets, normalement comme eux ?
03:23Et je sentais, mais intuitivement, sans savoir pourquoi, qu'effectivement, j'aurais une différence
03:30à accepter et à affronter.
03:33Je dirais qu'on parle de la programmation, on est parti.
03:35Georgia Smith, déjà, artiste anglaise extraordinaire, Soul R&B avec l'Orchestre Philharmonique
03:42de Radio France. Il y a Chili Gonzales aussi, qui sera présent, alors là, pour le coup, avec un rap de
03:46Chambre. Il y a un duo de frères qui ont vraiment réussi à marquer de leur empreinte
03:54quelque chose de renouveau, entre guillemets, c'est de nouveau et de renouveau, parce qu'il y a les
03:59deux qui sont valables. C'est Terre Noire, inévitablement, qui ont été vraiment soutenus
04:05dès le départ par des grands artistes. Je pense aussi à Bernard Lavillier, qui a fait appel à eux
04:09dans son album Sous un Soleil Énorme.
04:12Ça aussi, c'est important d'aller proposer des artistes qui comptent déjà sur la scène et qui vont
04:17faire partie de la scène de demain.
04:19Oui, c'est important. Et puis, vous savez, moi, maintenant, je suis comme un papa ou un tonton.
04:24Quand des artistes sont nés ici, vous parliez de maison ronde tout à l'heure.
04:28J'aime bien quand on parle de cette maison comme d'une maison ronde.
04:31Alors parfois, peut-être qu'on tourne un peu trop en rond.
04:34La musique comme le sport sont les deux disciplines qui permettent justement de recréer du lien.
04:41Vous allez dans une salle de concert de 200 personnes, de 5000 personnes ou de 20 000 personnes
04:45ou de 40 000 personnes, ou même aller au Stade de France voir un concert.
04:50Dans l'assistance, il y a des hommes, il y a des femmes, il y a des générations différentes.
04:55Il y a des sexualités différentes.
04:57Il y a des gens qui votent à l'extrême droite et d'autres à l'extrême gauche.
05:00Mais pendant une heure et demie, tous ces gens sont capables de se tenir ensemble au même moment,
05:06de façon pacifique, joyeuse et sociale.
05:10Donc, c'est pour ça que moi, je suis déterminé à dire que la musique doit être vraiment prise en compte
05:17beaucoup plus sérieusement par nos autorités politiques,
05:22parce que c'est un moyen de recoudre cette France qui est déchirée.
05:27Pour terminer, Didier, la maison de la radio et de la musique, c'est votre vie, le service public.
05:36Oui, j'ai ça chevillé au corps.
05:38Alors ça, je ne sais pas pourquoi, il faudrait peut-être que je m'allonge quelques heures
05:43pour savoir pourquoi j'ai cette mission de service public chevillé au corps.
05:49Mais je pense que dans les missions du service public, il y a quoi ?
05:52Il y a la diversité, la parité, la mise en lumière de la francophonie,
06:00des valeurs qui sont pour moi essentielles.
06:03C'est vrai que j'ai toujours aimé la langue française.
06:05J'ai toujours aimé les artistes qui chantent en français.
06:07Donc, je continue à défendre ça vraiment parce que ça me paraît essentiel pour notre pays.
06:16La diversité, elle est essentielle aussi.
06:20La parité, l'expression de minorités qui, tout d'un coup, n'ont pas l'habitude de s'exprimer
06:26dans des maisons comme celle-ci, c'est aussi très important.
06:31D'où ça vient ? Alors ça, je ne sais pas.
06:33Peut-être alors, peut-être pour le coup, il faut rendre aux parents ce qui leur appartient.
06:38Mes parents, eux, c'était et ça reste des auditeurs de Radio France.
Commentaires