00:00Générique
00:06Le débat de ce Smart Impact, on parle de la filière de l'agriculture bio, des moyens de la soutenir avec Jean-Luc Allais.
00:14Bonjour, bienvenue, vous êtes le maire d'Hamel et vice-président de l'agglomération du Douaisy, on est dans le nord évidemment.
00:20Philippe Camburet, bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Bienvenue à vous aussi, céréalier bio dans Lyon et président de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique.
00:29Je commence par peut-être quelques mots sur ce territoire, on est évidemment dans l'ancien bassin minier, ça pèse quoi l'agriculture aujourd'hui ?
00:36Au-delà du bio, l'agriculture en général ?
00:38Sur notre territoire de Wésiaglo, c'est encore quand même 50% de la surface agricole, de la surface du territoire.
00:46La SAU c'est la moitié, on a un territoire de 22 000 hectares, on a encore 11 000 hectares quand même d'agriculture.
00:52Agriculture de grandes plaines, blé, betterave, céréales classiques, très peu malheureusement de bio malgré tous les efforts qu'on mène depuis maintenant une vingtaine d'années.
01:04Même si on a réussi à multiplier par 10 la surface en bio, on est à peine à 5% de surface en bio sur le territoire.
01:12Philippe Camburet, c'est vrai que la filière de l'agriculture bio, elle souffre, on ne va pas faire semblant, depuis quoi, 2-3 ans ?
01:21Depuis un petit peu avant le confinement, on a vu une érosion de la demande, la consommation a commencé à diminuer et aujourd'hui on a beaucoup de fermes qui sont en difficulté
01:32parce qu'on n'a plus de débouchés et alors qu'on avait connu un changement d'échelle très intéressant pendant plusieurs années,
01:39donc aujourd'hui on se pose la question justement d'agir pour relancer cette demande et relancer la consommation.
01:45Ça veut dire qu'il y a des agriculteurs, des agricultrices qui font marche arrière ?
01:50Oui, quelques-uns par-ci par-là.
01:53Ce n'est pas beaucoup ou ça commence à être un phénomène ?
01:55Alors, moi ce que je regarde c'est les surfaces au niveau national, donc on a perdu des surfaces bio l'année dernière, on va probablement en perdre encore cette année,
02:05alors que l'agriculture biologique, elle est au rendez-vous de la protection de la biodiversité, la protection de l'eau, on va en parler tout à l'heure,
02:12avec toujours une alimentation de qualité et donc aujourd'hui la question se pose pour les pouvoirs publics de relancer cette filière-là,
02:19enfin une bonne fois pour toutes et durablement.
02:21Les objectifs sont très hauts, on devrait doubler les surfaces d'ici 2030 mais je crois que là on n'y arrivera pas, on n'y arrivera pas malheureusement.
02:30Alors on va rentrer un peu dans le détail parce que soyons positifs, il y a des leviers à activer et c'est ce que vous faites dans un territoire comme le vôtre,
02:37Jean-Luc Ali, d'abord quel intérêt, pourquoi développer la bio, au-delà des intérêts environnementaux qui sont évidents, mais qu'est-ce que ça représente pour un territoire ?
02:45Des intérêts environnementaux et ça a des conséquences sur la santé des habitants, moi je suis élu pour que mes habitants vivent mieux,
02:51et vivre mieux c'est d'abord vivre en bonne santé et là on en a besoin pour notre alimentation.
02:56Puis c'est aussi des conséquences sociales puisque le nombre d'emplois créés par la culture biologique c'est trois fois plus que l'agriculture traditionnelle.
03:04Dans les Hauts-de-France on crée un emploi tous les 8 hectares en bio et un emploi tous les 22 hectares en traditionnel, en conventionnel, on va pas dire en traditionnel on va dire en conventionnel.
03:15Et c'est de l'emploi par définition non délocalisable ?
03:18Exactement, c'est tout bon pour un élu, il a tout intérêt à le faire, en dehors de la qualité de l'eau, de la qualité de l'air et tout ce qu'on veut, et la qualité des sols aussi.
03:29Les sols on va les transmettre aux futures générations.
03:32Donc il y a des moyens, pour avoir public on peut intervenir en sachant que lorsque l'agriculteur se lance dans une conversion c'est une aventure pour lui quand même,
03:46parce qu'il n'a pas sa boîte à pharmacie pour aller résoudre le problème.
03:50Et donc ça veut dire quoi ? C'est de l'argent tout simplement ? C'est des subventions ? C'est de l'incitation en termes de consommation ?
03:57C'est tout ça. C'est un accompagnement technique, parce qu'il faut qu'ils apprennent, qu'ils se remettent dans des nouvelles techniques.
04:04Ils échangent entre eux, donc c'est notre rôle à nous de servir de les mettre en contact.
04:09C'est assurer des débouchés, donc le travail avec les consommateurs, le travail dans la restauration collective.
04:15Il y a un champ énorme à faire qu'on a pénétré depuis maintenant encore une fois une quinzaine d'années, mais c'est aussi effectivement des incitations financières.
04:25Lorsqu'un agriculteur se lance dans la conversion, pendant deux ans il va être en conversion, il ne va pas pouvoir vendre au prix du bio,
04:34il va vendre au prix du traditionnel, donc il perd de l'argent.
04:37Donc à ce moment-là, il faut que la collectivité compense.
04:41Et nous on a mis en place une aide à la conversion qui s'ajoute aux autres aides à la conversion,
04:46qui est quand même substantielle puisqu'on va de 3000 euros le premier hectare, jusqu'à 1000 euros par hectare, jusqu'à 15 hectares.
04:53Ça veut dire, Philippe Cambure, vous avez cette semaine publié un communiqué de presse, vous demandez une stratégie nationale pour la viticulture bio.
05:03Alors ce qui est fait là à la dimension d'un territoire, vous voulez que cette logique soit la plus vaste possible, qu'est-ce que vous réclamez en fait ?
05:12Ce qu'on constate dans des années au climat plus qu'atypique.
05:18On n'a jamais connu une année comme on en a eu en 2024 avec des difficultés dans toutes les cultures, que l'on soit en bio ou que l'on soit en conventionnel.
05:27Aujourd'hui, ce qu'on demande pour les viticultrices et les viticulteurs bio, justement, c'est parce qu'ils sont plus respectueux de la nature,
05:35ils n'utilisent pas tout un tas de produits qui vont polluer l'eau, l'air, le sol, et bien ils vont récolter moins.
05:41Ils ont récolté moins cette année, par endroits, ils n'ont même rien récolté.
05:45La viticulture bio, c'est peut-être celle qui a le plus souffert pendant vos interrompes, mais en 2024, c'est vraiment la filière sinistrée de l'année.
05:52Absolument, parce que les conditions d'humidité ont favorisé le mildiou, que ce soit pour les pommes de terre ou les tomates aussi,
05:59mais en tout cas la viticulture a été très touchée.
06:01Donc on veut simplement des mécanismes qui permettent de durer dans le temps, c'est-à-dire que quand on a des bonnes récoltes,
06:08qu'on puisse justement faire de la précaution, du stockage de précaution, peut-être des aides fiscales aussi, mais en tout cas qu'on puisse durer dans le temps.
06:18Et si on n'apporte pas ça, les viticultrices et les viticulteurs vont se détourner progressivement de l'agriculture biologique,
06:24et on va se retrouver avec des territoires où on va encore baisser de surface.
06:28Moi ce que je voudrais souligner aujourd'hui, c'est qu'on est devant des élus qui veulent rentrer dans le gagnant-gagnant,
06:34développer de l'agriculture biologique, mettre un euro dans l'agriculture biologique, c'est dépenser beaucoup d'euros en moins sur l'eau potable.
06:44Aujourd'hui il y a un tiers de l'eau potable du robinet qui a encore des résidus de pesticides.
06:51Donc ça nécessite des sommes colossales pour dépolluer.
06:55Donc c'est du gagnant-gagnant que ces élus-là mettent en place sur leur territoire.
06:59Nous, dans notre fédération, on en accompagne plus de 400 sur le pays en entier,
07:04pour justement les aider sur la restauration collective, à mettre plus de bio dans leur cantine,
07:08mais aussi pour protéger leur zone de captage.
07:11Et on a justement un réseau d'une trentaine de territoires biopilotes qui forment une équipe.
07:17Chacun partage son expérience sur un sujet ou sur un autre, et enfin on voit arriver des solutions.
07:23Il y a beaucoup de territoires aujourd'hui qui sont bien plus loin que ces 10% de surface au niveau national,
07:28ou que ces 10% de bio à la cantine. Ils vont beaucoup plus loin parce qu'ils travaillent en équipe.
07:34Vous parlez de l'eau, on est dans ce qu'on appelle le bien commun, Jean-Luc Allais, finalement.
07:39C'est un bien commun qu'on doit protéger.
07:44Est-ce que ça veut dire qu'il faut valoriser, d'une certaine façon, les services rendus par l'agriculture bio ?
07:51Voilà ce que je veux dire.
07:52Quand on a un agriculteur bio, une agricultrice, l'eau va être de meilleure qualité.
08:00Donc il faut aussi lui dire merci, mais merci d'une façon sonante et trébuchante.
08:05Je suis tout à fait d'accord avec vous.
08:07C'est pour ça que je disais tout à l'heure qu'on ne va pas encore assez loin,
08:09même si on a des incitations financières variées et diverses que je n'ai pas le temps d'expliquer.
08:14Là on travaille, il va falloir 2 ans, il y a 2 ans de boulot derrière, ça coûte une fortune,
08:19sur ce qu'on appelle un PSE, un paiement pour services environnementaux.
08:23Et nous on va aller plus loin, ça s'appelle paiement pour services environnementaux et de santé publique.
08:28Parce qu'il s'agit bien de ça, il s'agit bien de santé publique de nos habitants.
08:32Ça veut dire quoi ?
08:33Ça veut dire qu'on met de l'argent pour payer le travail qui est fait par les agriculteurs,
08:37pour protéger la qualité de l'eau, la qualité de l'air et la qualité de l'alimentation.
08:43On estime qu'un agriculteur bio, il a besoin et les services rendus autour de 450 euros l'hectare.
08:49Donc on est parti là-dessus, ça coûte cher.
08:52C'est 1 million d'euros par an et on s'est engagé pour 5 ans sur 2 agglos.
08:57Le président Christian Poiret nous a donné son accord là-dessus pour trouver 5 millions d'euros sur 5 ans.
09:03Ça représente quoi sur le budget d'une agglo comme la vôtre ?
09:06C'est pas énorme, on a un budget à 130 millions d'euros, mais c'est quand même une somme.
09:10C'est 1 million par an, mais ça ne veut pas dire qu'on va mettre le million d'euros nous.
09:14On va les chercher ailleurs.
09:15On va les chercher où ? L'agence de l'eau qui protège les nappes phreatiques.
09:20On va les chercher à l'État, à l'Europe.
09:24On va les chercher partout où il y a des soucis, pas des soucis mais des envies de protéger la nature.
09:30Et puis il y a aussi les entreprises.
09:32Les entreprises, elles ont un outil qui s'appelle le RSE, la RSE.
09:36Oui, on en parle toujours ici.
09:38Et donc nous, sur notre territoire, on dit aux entreprises, rejoignez-nous.
09:42On a ce qu'on appelle un PAT, projet alimentaire territorial,
09:46qui a tout simplement l'ambition d'avoir un nouveau système alimentaire sur le territoire
09:51et où on agrège tous ceux qui veulent travailler.
09:54On a des fondations qui nous financent par exemple, et on a les entreprises.
09:58Et encore une fois, ça c'est un levier énorme.
10:00On a des gros groupes comme Renault, les usines de batterie,
10:03qui pourraient nous rejoindre pour financer ce travail-là.
10:07Si on parle d'entreprise, il y a quand même la loi EGalim.
10:09Il y a un pourcentage imposé de bio en restauration collective.
10:14Vous en voyez les effets de cette loi ou pas encore ?
10:18Aujourd'hui, malheureusement, c'est un fiasco.
10:20C'est vrai ?
10:21C'est un fiasco. On n'est pas encore à 10%.
10:23On devrait être à 20% depuis 2022.
10:25Oui, c'est ça. La loi, c'est 20%.
10:26Oui, 20% minimum de produits bio.
10:28Très peu d'entreprises le respectent.
10:29Très peu. On a quelques territoires qui sont très en avance.
10:32Mais c'est un fiasco aujourd'hui.
10:34Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de sanctions ?
10:36Non.
10:37Pas de sanctions et pas de contrôle.
10:38C'est un vœu pieux. Pas de sanctions.
10:41Les collectivités font ce qu'elles peuvent et ce qu'elles veulent.
10:44Par moment, on va prioriser sur d'autres actions.
10:49Mais aujourd'hui, c'est ça le sujet.
10:51On a à notre portée quasiment 10 à 20% du marché global bio qu'on n'actionne pas.
10:58Alors que moi, je suis agriculteur et j'ai des collègues en difficulté sur toute leur filière.
11:04Aujourd'hui, on a ce problème-là.
11:07Et vous voyez qu'on a des collectivités qui viennent suppléer ce que la politique agricole commune ne fait pas.
11:14Aujourd'hui, on devrait avoir une PAC qui est là au rendez-vous pour rémunérer les services environnementaux.
11:19Malheureusement, à budget constant, ça veut dire qu'il faut donner un peu moins d'argent à une agriculture qui coûte cher par ailleurs.
11:27Le vrai prix de l'alimentation, ça devrait prendre aussi le prix de la dépollution, le prix de la santé publique.
11:31Et tout ça, ce n'est pas encore le bon calcul qui est fait.
11:34Merci beaucoup à tous les deux et à bientôt sur Bsmart.
11:37For Change, on passe à notre rubrique Startup tout de suite.
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