00:00On disait qu'il faut qu'on récupère des mortiers, qu'on récupère des molotovs, tout ce qu'il faut.
00:06Allumez-les !
00:09Non mais c'est une dinguerie ça les gars.
00:12Mon but c'est d'attaquer les policiers, clairement.
00:15J'avais de la rage, de la haine, c'était un mélange de plein d'émotions mais qui n'étaient pas bonnes, qui étaient négatifs.
00:21Il avait mon âge quand il est parti, ça aurait pu être moi.
00:26On a allumé tout ce qui avait à voir avec la police, commissariat, voiture de police, tout.
00:31Moi j'étais là pas pour piller, je dis ça parce que je sais qu'à côté dans des villes ça va piller tout ça.
00:37Moi j'étais là pour défendre une conviction.
00:46J'ai 17 ans et là je suis au lycée, je veux passer le bac.
00:50Moi j'ai 17 ans, je viens de Marpa, dans les Yvelines.
00:54La vidéo de Naël moi je l'ai vue dehors.
00:56Tu connais, entre potes ça tourne, regarde ce qu'il s'est passé et tout.
00:59C'est là où j'ai vu la vidéo de Naël.
01:01Premièrement c'est choqué.
01:03Parce qu'il avait mon âge Naël quand il est parti.
01:06Ça aurait pu être moi.
01:08Il voulait conduire, il n'avait pas à faire ça, ça c'est vrai.
01:12D'accord avec ça, il n'a pas le droit.
01:14Mais c'est pas une raison pour mourir, jamais de la vie.
01:17On ne peut pas enlever la vie de quelqu'un comme ça.
01:19Et c'est ça qui m'a fait encore plus mal, c'était quelqu'un qui avait mon âge.
01:22Donc tu te sens directement concerné.
01:24On s'est réunis, on s'est dit qu'on ne peut pas laisser passer ça comme ça.
01:28Il y a eu beaucoup trop de jeunes qui sont morts sous les coups de la police.
01:33Et l'affaire ne peut pas être classée comme ça.
01:36Il faut qu'on leur montre qu'ils aussi ont une voix.
01:39Qu'on peut se faire entendre.
01:41Et ça veut dire qu'on s'est dit qu'on va se donner rendez-vous à une heure précise.
01:44Et on va le faire.
01:46Donc je suis sorti le lendemain de la mort de Naël.
01:50Et ce soir, on allait faire des émeutes.
01:55On disait qu'il fallait qu'on récupère des mortiers, qu'on récupère des malentendants, tout ce qu'il faut.
02:08On a reçu des mortiers, on est partis pour cette mare.
02:11On a croisé une patrouille de police.
02:13Il ne fallait pas qu'elle soit là.
02:15Elle est tombée au mauvais moment, elle s'est fait allumer, elle est partie.
02:19Mon but, c'est d'attaquer les policiers.
02:21Clairement.
02:22J'avais de la rage, de la haine.
02:25C'était un mélange de plein d'émotions, mais qui n'étaient pas bonnes, qui étaient négatifs.
02:28Et même quand on les voyait la journée, on va dire que c'était vraiment tendu.
02:33Vraiment, quand tu les voyais, c'était des gens avec qui tu n'avais pas communiqué.
02:36Tu attends juste le soir pour faire ce que tu as à faire avec eux.
02:44On a allumé tout ce qui avait à voir avec la police.
02:47Commissariat, voiture de police, tout.
02:50Tout ce qui avait à voir avec la justice de passer.
02:53On était allumés tout en noir.
02:55Comme c'était la nuit, on ne nous voyait pas vraiment.
02:58C'était assez facile de partir.
03:00Tandis que la police ne rentrait pas dans le quartier, elle restait aux abords.
03:03Ça veut dire que pour les esquiver, c'était assez facile.
03:07Les pompiers, la police, ils prenaient énormément de temps à venir.
03:11Et ça, c'était choquant parce qu'on avait l'impression que c'était l'anarchie.
03:14Et la ville, elle était à nous.
03:16On avait l'impression que de fin du monde, tu pouvais faire ce que tu veux.
03:19Tu rentrais dans n'importe quel magasin, tu prenais et personne ne pouvait rien faire.
03:32Quand tu as tes amis déterminés, franchement, tu n'as peur de rien sur le coup.
03:36L'adrénaline, elle ne sort pas du corps.
03:39Dans cette semaine-là, j'étais en euphorie.
03:41C'était l'euphorie.
03:43Tu te découvres, en fait.
03:45Tu te dis, c'est moi qui fais ça.
03:48Je ne suis plus le même.
03:50On teste ses limites.
03:52On ne les teste pas, mais on les met à l'épreuve.
03:57Je me dis, il ne faut pas qu'une boule de mortier me vienne sur moi.
04:00Il ne faut pas qu'il tire au flash-ball dessus.
04:02Il m'écrase même, parce que des fois, il passait limite à deux tonnes écrasées.
04:07Sur la ligne de front, c'était ça.
04:10C'était ça que j'avais en tête.
04:12Il ne faut pas que je me fasse tirer dessus par un tir d'LBD.
04:15J'avais peur pour moi.
04:17Si je perds un oeil, s'il me tire dessus.
04:20Tu ne te réveilles pas facilement d'un tir d'LBD.
04:43Vas-y !
04:57En voyant des vidéos sur Snapchat,
04:59c'était un peu le rôle du
05:01qui sera le plus chaud ?
05:03Qui va faire le plus de bruit ?
05:04Qui va aller le plus loin ?
05:06Et du coup, c'est vrai que quand tu regardes des vidéos,
05:08tu te dis, ils vont loin.
05:09Tu te dis, pourquoi je ne peux pas faire mieux ?
05:11Après, nous, on s'est dit, on est de mental,
05:13on va rester fidèles à ça et c'est tout.
05:15On a juste police et c'est tout.
05:17Commissariat, police, rien d'autre.
05:19Je crois que ma vraie revendication, c'était vraiment
05:21contre la police et pas contre les commerçants qui essaient de s'en sortir.
05:24Ils n'ont rien demandé.
05:26Ils n'ont pas à se subir
05:28parce qu'un policier, il a fait n'importe quoi.
05:30Pour moi, ce n'est pas logique.
05:32Si j'avais croisé sa mère, lui dire que
05:34je ne vais pas prendre tout ce que j'ai payé et lui donner.
05:36C'est pour moi que je vais le faire.
05:38Ça veut dire que ça n'a pas de logique.
05:39C'est vraiment marquant parce que
05:41j'étais là pour soutenir.
05:43Moi, je n'étais pas là pour piller.
05:45Je dis ça parce que je sais qu'à côté,
05:47dans des villes, ça va piller tout ça.
05:49Moi, j'étais là pour défendre une conviction.
05:51Ça ne peut pas rester impuni.
05:53Parce qu'on se demande quand ça va s'arrêter.
05:55Je te parle des émeutes en 2005.
05:57Après, ça s'est calmé, on va dire.
05:59Après, ça repart avec Théo.
06:01Même si je te parle
06:03à l'international, je te parle
06:05de George Floyd
06:07et le mouvement Black Lives Matter.
06:09On ne sait pas quand ça va s'arrêter.
06:11C'est ça qui
06:13m'énerve un petit peu.
06:15Je suis susceptible
06:17d'être dogé dans certains endroits
06:19avec ma couleur de peau.
06:21J'aimerais dire qu'il n'y a aucun voyou
06:23avec moi.
06:25Il n'y a pas de racaille.
06:27La plupart des gens sont quasi verges.
06:29On n'a pas de problème avec la police.
06:31On est juste des gens qui ont été choqués par ce qui s'est passé.
06:33On a vu une mère pleure
06:35et on s'est dit que ça pourrait être
06:37notre mère et qu'on
06:39s'est révoltés, on va dire.
06:41Comme il y a eu plein de révoltes en France, nous aussi on s'est révoltés.
06:43On ne voulait pas juste
06:45faire du mal aux policiers, faire du mal
06:47à la mairie qui paye,
06:49à nos parents qui payent des impôts et après rentrer
06:51chez nous. Ce n'était pas ça le but. Le but, c'était vraiment
06:53de viser la police
06:55qu'ils soient vraiment conscients
06:57de ce qui s'est passé
06:59et après que ça change.
07:01C'était vraiment une semaine où il fallait se faire entendre.
07:03Et je pense qu'on s'est fait entendre.
07:05Je ne parle pas spécialement de ma ville,
07:07mais je parle du mouvement.
07:09C'est une roue qui tourne, qui tourne
07:11et qui ne s'arrête jamais. On a l'impression que même
07:13nos enfants, nos petits frères, etc.,
07:15ils vont faire exactement la même chose
07:17et que ça va continuer.
07:19On a l'impression qu'il y a toujours
07:21quelqu'un qui va mourir en moto, en voiture,
07:23qui va se faire renverser par un policier,
07:25qui va se faire tirer dessus pour des histoires comme ça.
07:27On a l'impression qu'après,
07:29il y a d'autres jeunes qui vont se révolter,
07:31qui vont refaire des émeutes
07:33et que ça ne va jamais s'arrêter.
07:35Et donc pour moi, c'est à l'état de réagir à ça.
07:37Quand tu vois qu'un enfant
07:39d'un si jeune âge,
07:41il meurt, normalement,
07:43tu dois être sensible à ça, tu dois te sentir...
07:45Je ne sais pas, ils ont des enfants eux aussi.
07:47Même si on va dire qu'ils ne sont pas dans le même banlieue que nous,
07:49ils ont des enfants aussi,
07:51ça veut dire que ça ne va pas arriver à tout le monde.
07:53Ça ne va pas arriver à tout le monde.
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